ACTE II. — SCÈNE II L
et qu'on m'emporte pour la sépulture.
Ce ne fut pas un péché, sous vos yeux.
Ce ne fut pas un péché. Vous l'ave^ permis.
Ce ne furent pas les lèvres (vous m'en êtes
témoin), ce ne furent pas les lèvres.
Je puis mourir sous vos yeux.
Je n'ai pas la force de m'en aller, ô Marie.
Et vivre avec lui, Mi la ne le peut !
Mère clémente, je ne fus pas mauvaise.
Je fus une fontaine piétinée. Et trop
de honte m'a été faite à la face du Ciel.
Mais qui m'ôta de la mémoire
ma honte, sinon vous, Marie ?
Je tiaquis de nouveau quand naquit l'amour.
Vous l'ave^ voulu, Vierge fidèle.
Toutes les veines de cet autre sang
viennent de loin, de loin,
du fond de la terre où repose
celle qui m'allaita (faites qu'elle aussi
me voie maintenant !), de la plus lointaine
innocence. O Marie, vous le voye^ç.
Ce ne furent pas les lèvres; tout à l'heure (vous m'en êtes
témoin) ce ne furent pas les lèvres.
Et, si j'ai tremblé, qu'en mon trépas j'emporte
avec moi ce tremblement dans mes os!
Je me ferme les yeux moi-méme, avec mes doigts.
joo LA FILLE DE JORJO.
Avec les doigts de chaque main elle pressera ses paupières: et elle courbera jusqu'à terre son visage.
Je sens la mort, je la sens près de moi.
Le tremblement grandit, et le cœur bat plus
fort.
Elle se redressera impétueusement.
Ah! malheureuse ! Ce qui m'a été dit, je ne l'ai pas fait; et il me l'a dit trois fois : fi Remets de l'huile... » Et voici que la lampe s'éteint !
Elle courra vers l'outre pendue à une solive, tout en surveillant de l'œil la petite flamme tremblante devant l'image et en tâchant de l'entretenir par la prière murmurée.
Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum... Elle décrochera l'outre qui restera flasque entre ses mains. Elle cherchera la bouteille pour y verser l'huile; mais elle ne pourra tirer de l'outre pressée que quelques gouttes.
Ile est vide ! Elle est vide ! O Vierge,
trois gouttes qui me soient saintes pour l'Extrême Onction, deux pour les^mains, l'autre pour la bouche, et toutes les trois sur mon âme !