ACTE IL — SCÈNE V. iiS
En outre, cette peau de brebis
oîi tu as dormi aujourd'hui, je te la donne;
et toi, donne-moi de ces baies
rouges que tu sais... des baies d'if...
Et puis va, rassasie-toi, gorge-toi.
Anna Onna.
Je n'en ai plus, je n'en ai plus dans mon sac. Doucement, femme de la plaine; doucement, avec le temps.
Penses-y un jour, un mois et une année.
MlLA.
Et en outre, bonne vieille, je te donne un foulard teint en garance et trois brasses de drap de laine, si tu me donnes de ces racines que tu vends aux pâtres, de celles qui tuent subitement les loups...
les barbes de l'herbe louvière...
Et puis va, et refais-toi les os.
Anna Onna.
Je n'en ai plus, je n'en ai plus dans mon sac. Doucement, femme de la plaine, doucement, avec le temps.
Qui bien endure, mieux profite.
Penses-y un jour, un mois et une année. Par les herbes de Mère Montagne
ii6 LA FILLE DE JORIO.
on guérit tout mal, du corps et de l'âme.
u ne veux pas ? Eh bien, je te l'arrache, ton sac, et j'y fouille ; et ce qu'il me faut, je le prends.
Elle essayera d'arracher le sac à la vieille chancelante.
Anna Onna.
Non, non ! Tu me voles, moi une vieille!
Tu me fais violence ! Le berger
me crèvera les yeux, m'écharpera...
On entendra un pas, et l'ombre d'un homme apparaîtra au seuil de la caverne.
Ah! c'est toi, Aligi? c'est toi?
Regarde ce qu'elle fait, cette forcenée !