ACTE //. — SCÈIVE VI
Lazaro di Roio.
Femme, n'aie pas peur.
Lazaro di Roio est venu,
mais sans apporter sa faucille :
car à la peine du talion
il ne veut pas te soumettre.
On lui a tiré plus d'une once
de sang, dans le champ de Mispa; et tu sais
la cause et la fin de la querelle.
Que tu lui rendes once pour once,
il ne le prétend pas, quoiqu'il sente
à sa tête la brûlure de la cicatrice.
\lume noire et feuille d'olivier,
huile forte et suie de foyer,
après trois Ave à Noël, matin et soir, soir et matin oigne^^-en la peau du chrétien pour le chien d'érysipéle.
Il rira d'un rirc bref et dur.
Et, de là où il était couché, il entendait
pleurer et geindre les femmes,
non pour lui, mais pour le pâtre
ensorcelé par la louve
sur la montagne lointaine.
Certes, femme, tu as mal choisi.
Mais mon sang s'est refait,
et pas n'est besoin que j'en dise davantage :
car déjà ma langue se resèche.
/ / s LA FILLE DE JORIO.
et c'est toujours pour la même raison.
Donc, tu viendras avec moi sans plus
de discours, fille de Jorio.
J'ai là, dehors, l'ânesse et le bât
et aussi une corde de chanvre
et une de sparte, Dieu merci,
Mila restera immobile, adossée à la roche, sans répondre.
s-tu entendu, Mila di Codra?
Ou es-tu devenue sourde et muette?
Or je te le dis amicalement :
je sais bien ce qui s'est passé, l'autre fois, avec les moissonneurs de Norca.
Mais, si tu comptes user contre moi des mêmes défenses, tu te trompes.
Il n'y a ici ni foyer ni parenté, et Saint Jean n'y sonne pas la cloche de salut.
Je fais trois pas et je te prends.
Et j'ai avec moi deux bons compères.
Donc, je te le dis amicalement :
mieux vaut pour toi faire de bon gré ce à quoi la nécessité te contraint.
Mila.
Que veux-tu de moi? Tu es survenu
quand la mort était là,
et elle s'est mise de côté pour te laisser
entrer; mais pourtant elle est là encore.