ACTE II. — SCÈNE VIL i
Mets-toi à genoux et demande
pardon, la face contre terre;
et n'aie plus l'audace de te lever
devant moi, mais va-t'en
à quatre pattes et reste avec les chiens.
Aligi.
Le Seigneur soit juge, père;
îîiais cette créature, je ne peux
l'abandonner à votre courroux,
tant que je vis. Le Seigneur soit juge.
Lazaro.
Ton juge, c'est moi. Que te suis-je,
par ton sang ?
Aligi.
Vous êtes mon père que j'aime.
Lazaro.
e suis ton père, et de toi
je peux faire ce qu'il me plaît;
car tu es pour moi comme le bœuf
de mon étable, coinme le hoyau et la bêche. Et quand même je voudrais te passer dessus avec la herse, te rompre l'échiné, oui-da, c'est bel et bien fait. Et si j'avais besoin pour mon couteau d'un manche et que je me le fisse avec l'os de ta jambe, oui-da, c'est bel et bien fait :
car je suis le père et tu es le fils,
entends-tu ? Et à moi est donnée sur toi
la toute-puissance, depuis les siècles
des siècles, au-dessus de toutes les lois.
Et comme je fus à mon père,
ainsi tu es à moi, jusque dans la fosse.
Entends-tu? Et, si cela t'est tombé
de la cervelle, je te le remets
en mémoire. Agenouille-toi, et baise
la terre, et sors à quatre pattes,
et va-t'en sans te retourner en arrière l
Aligi.
Passez-moi dessus avec la herse,
mais ne touche^ç pas cette femme.
Lazaro s'approchera de lui, sans plus contenir sa fureur; et, levant la corde, il l'en frappera sur répaute.
Lazaro.
A bas, à bas, chien ! Plus vite ! Par terre ! 'Aligi tombera sur les genoux.
Aligt.
lici, mon père : je m'agenouille
devant vous, je baise la terre.
Et au nom du Dieu vivant et vrai, par mon premier pleur d'alors que je vous naquis, d'alors que vous méprîtes non encore enveloppé de langes