‹ La fille de ioroChapitre 73 sur 98 · ACTE III. — SCÈNE I. i3g · texte numérisé non relu

ACTE III. — SCÈNE I. i3g

je ne me rappelle pas même comme était

sa voix avant que nous fussions

en deuil. Elle a grisonné toute,

et d'heure en heure sa tête devient

plus blanche. Il me semble qu'elle n'est plus

à nous; il me semble qu'elle est lointaine y

et qu'elle est assise sur cette

pierre depuis cent années et pour cent autres

années, et qu'elle ne se souvient plus

de nous... Voye^, voye^

comme elle tient sa bouche close l

Plus close que cette autre qui est muette

pour toujours, là, sur la terre.

Comment donc pourra-t-elle parler ?

Non, je ne la touche pas; non, je ne lui dis

pas :

« Le voici qui vient. » Si elle bouge, elle tombe, s'abat. J'ai peur.

Splendore.

Ah! mes sœurs, pourquoi sommes-nous nées?

Pourquoi nous a-t-elle enfantées, notre mère?

Puisse la mort nous prendre toutes

en un faisceau et nous emporter avec elle !

Le Chœur des parentes.

— Ah! quelle pitié, créatures !

— Quelle pitié de vous, créatures!

— Allons, prene^ courage : car Celui qui vous a brisées vous relèvera.

— Dieu vous donne triste vendange; mais peut-être l'olive sera-t-elle moins sombre. Aye^ confiance.

— Et il y en a une qui peut-être est plus malheureuse

que vous; il y en a une qui était dans sa maison, au milieu de son pain, et qui vint ici, s'endormit, se réveilla avec son sort chaviré; et elle n'eut plus de contentement et elle se meurt : Viendal

— Elle est déjà dans l'autre monde.

— Et celle-là ne se plaint ni ne pleure.

— Ah î quelle pitié de la chair chrétienne, de notre vie,

de toute la race qui naît,

souffre, trépasse et ne sait pourquoi !

Ornella.

oici Femo di Nerf a qui vient, le bouvier. Il vient tout courant.

Et l'étendard s'est arrêté à la Chapelle blanche.

Mes sœurs, voulez-vous que j'aille, moi, et que je dise la parole à notre mère? Peut-être, hélas l ne se souvient-elle pas de ce qu'il faut. Mais (Dieu ne veuille l), si elle n'est pas prête et que Femo arrive et l'appelle et que tout à coup elle entende cette voix.

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