ACTE III. — SCÈNE IV. i6g
Quand je vins au parc, Aligi,
quand tu me trouvas assise
sur cette pierre, en silence
f accomplis ta perdition.
Et toi, tu façonnas dans la souche de noyer,
ah, malheureux ! avec tes outils,
l'image de l'Ange mauvais.
(Il est là, couvert de ce drap :
je le sens.) Et moi, matin et soir,
j'opérais avec mon art caché.
Ne te souvient-il pas de moi ? de tant
d'amour que je te portais ? de tant
d'humilité qui était dans mes gestes,
dans ma voix, ex ta présence ?
Ne te souvient-il pas que jamais
nous ne nous souillâmes ? que je restai
pure près de tU couche ?
Et d'oit venait (tu n'y songeas point)
d'où venait tant de pureté, tant de modestie
che^ l'étrangère malfaisante
à qui les moissonneurs de Norca
avaient fait honte sous le^yeux
de ta mère ? J'opérais bien,
j'opérais bien avec mon art caché.
Ne me voyais-tu pas ramasser
autour de ta souche les écailles,
et les brûler en disant des paroles ?
J'ai préparé l'heure du sang,
parce que je couvais
contre La^aro une vieille rancune.
Toi, tu laissas la hache dans la souche. Et maintenant écoute, peuple de Dieu !
Une grande puissance était venue en moi sur cet homme dompté.
Il faisait presque nuit dans la caverne funeste. Furibond, son père m'avait prise par les cheveux et me traînait hurlante.
Alors celui-ci survint et se jeta sur nous, pour me défendre.
D'un geste rapide je brandis la hache, dans l'ombre; je frappai, je frappai fort, mortellement.
Sitôt le coup porté, je criai : « Tu l'as tué ! » Je criai au fils : « Tu l'as tué, tué ! » Grande en moi était la puissance. C'est mon cri qui l'a fait parricide en son âme qui était esclave.
« Je l'ai tué ! » répondit-il ; et dans le sang il s'évanouit et plus rien ne sut.
Candia, secouée par un frémissement de bête, saisira dans ses deux bras l'enfant redevenu sien. Puis elle se détachera de lui et, avec une violence sauvage, s'avancera vers l'ennemie Mais ses filles la retiendront.
Le chœur des parentes.
— Laissez-la! Laisse-la, Ornella!