‹ La Fille de l'officier de Marine [microforme]Chapitre 38 sur 84 · SET · texte numérisé non relu

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possible qu’il ne s'associât -point à Ja pensée généreuse de sa femme,

Il releva la tête,

Pour lui, Véronique était le danger,

Au moment où il aurait voulu la voir morte, on venait de plaider éloquemment sa cause.

Son désir le plus ardent était que par l'abandon et la misère elie fût conduite rapidement à la tombe, et on parlait de lui donner les moyens de vivre...

Une rage sourde £’emparait de lui, la pensée qu’ilne pouvait se montrer im.

pitoyable l’exaspérait.

1] lui fallait, sous peine de paraître un monstrueux égoiste, faire sa partie et se mettre à l’unisson dans ce concert de sensibleries,

— Vous devez bien penser, dit-il, que je serais le premier à vouloir rendre à cetie pauvre créature la place de confi.

ance qu’elle occupait à l'usine, mais il y à impossibilité matérielle...

Sa cécité est un obstacle insurmonta-

Mme Vernière reprit :

À côté de Véronique il y a uneenfant, sa petite-fille... il faut songer à l'enfant aussi bien qu’à la grand’mère...

…— Leur donner un secours et. obtenir leur admission dans un asile, vOyez-Vous autre chose à faire ? demanda le fratri.

cide,

— Ne pourrait-on d’abord essayer de la guérir 7... objecta Mme Vernière,

-=De sa cécité ? fit Robert en haussant les épaules.

—M, Henri nous disait tout à l'heure que peut-être ce n’était point impossi-

le,

Amélie, tout en parlant, interrogeait du regard Henri Savanne,

Il comprit cette interrogation muette et répondit :

— Pour savoir si ce que vous désirez est possible, il faudra que j'étudie le cas particulier de Véronique... répondit

Daniel intervint.

—Attendons !... dit-il... vous poutres voir Véronique Sollier, madame, et en causant avec elle vous déciderez facile.

ment ce qu’il y aurait de mieux à faire pour lui venir en aide,

—M. Savanne a raison, appuya Robert, Attendons,

Et la conversation prit un eutre cours, jusqu’au moment du départ du juge d’instruction et de son neveu.

Le lendemain matin Daniel Ssvanne déjeuna plus tôt que de coutume, et à onze heures il se trouvait au Palais, dans son cabinet, prêt à recevoir les témoins cités pour ce jour-là et qu’il voue lait interroger de rouveau, d’une façon moins sommaire qu’il ne l'avait fait au début de l'enquête.

Au nombre de ces témoins, nous le savons déjà, se trouvaient Claude Gri.

vot et le caissier Prieur.

L’un et l’autre furent entendus séparément, puis tous deux ensemble,

Ni l’un ni l’autre ne varièrent d’un iota dans leur déposition.

Ce qu'ils avaient déjà dit, ils le répétèrent en le développant.

Au moment où leur interrogatoire fi.

nissait on fit passer au juge d’instruc.

tion la carte de Robert Vernière, et il donna l'ordre de l’introduire sur-le.

champ.

Prieur et Claude allaient se retirer, mais M, Savanne désirait qu’ils assistas”

sent, ainsi que Robert, à la déposition de Véronique Sollier, et il les bris de rester

Ignorsnt ce qui s'était dit la veille au soir à la vilis de Neuilly entre le magise rat et le frère de Richard, Clande fé

très étonné de voir Robert entrer chez le juge.

Il ignorait également que quelques minutes plus tard il allait se trouver en présence de Mme Sollier, guérie, mais aveugle.

Néanmoins il se tint prêt à faire bonne contenance, si quelque incident ime prévu venait à se produire, et à ne, 86 gere départir de l’audace et du sang-

roid conservés par lui jusqu’à ce jour.

Le soir du triple crime de Saint-Ouen Véronique avait été transportée à l'hôpital Saint-Louis, à peine couverte de vêtements mal attachés,

Magloire qui pensait à tout n’avait point oublié cela.

Sachant que la grand'mère de Marthe allait sortir de l’hospice, il s’occupa, dès son retour à Saint-Ouen, de faire un petit paquet des hardes qui seraient nécessaires à la pauvre femme pour 8e vêtir convenablement.

Dans la soirée il retourna à Paris, alla sonner à la porte de l’hospice, demanda l'infirmière de service auprès de l’aveugle, et lui remit le petit paquet en la priant de répéter à Mme Sollier qu’il se trouverait auprès d'elle le lendemain à l’heure où elle serait prête de partir.

—Quel brave garçon et quel cœur d'or ! Il sait tout prévoir 1... dit Véronique avec attendrissement à l'infirmière qui lui remettait les vêtements apportés par le manchot, et lui répétait ses paroles,

Le lendemain matin le chirurgien en chef, ainsi qu’il l'avait annoncé, signa l’exeat de Mme Sollier, en lui recommandant de se faire amener à sa visite une fois par semaine,

L'infirmière l’aida à se vêtir, lui sorvit son déjeuner, et la pauvre femme attendit sans impatience l’heure de la sortie, c'est-à-dire le moment où Magloire et Marthe viendraient la chercher.

Mais au moment où onze heures s0nnaient, Berthaut, l’inspecteur de la sûreté que nous avons déjà vu à Saint- Ouen, se présenta, fit connaître ses qualités et exhiba son mandat qui consistait à conduire l’aveugle au Palais de Justice, au cabinet du juge d’instruction,

Véronique le prévoyait un peu, on le

sait,

Elle n’en éprouva pas moins une COntrariété très vive.

—Mais on va venir me chercher...

LT es le bon Magloire et ma petite-

—Je vous ramènerai ici où ils attendront votre retour, répliqua Berthaut...

ou ce qui vaudrait mieux et serait inf.

niment plus logique, c’est que, prévenus par le concierge de l’hospice quand ils se présenteront, ils viennent vous prendre à votre sortie de chez M. Savanne, dans le couloir des cabinets de MM. les juges d'instruction,

— Oui... oui... fit vivement l’aveugle.....qu'on les prévienne, Cela vaudra mieux.

En descendant j'avertirai/la concier.

ge, reprit l’inspecteur.

Véronique fouilla sous son traversin, en retira le mouchoir noué qu’elle y avait placé la veille, et le glissa dans la poche de sa robe.

—Un peu d’argent sans doute... peuga Berthaut qui suivait de l'œil ses mouvements.

Mme Sollier était prête et debout.

Il lui prit le bras qu'il appuya sur le sien pour la soutenir et pour la guider et lui fit quitter la chambre où elle vivait depuis uu mois, si souffrir peut g’appeler vivre !

Le concierge se trouvait sur le seuil de sa loge.

En passant devant lui, Berthaut s’arrôta.

J'emmène Mme Sollier. lui dit-il...

Tout à l’heure un ancien soldat, manchot, décoré de la médaille militaire et accompagné d’une petite fille d’une huitaine d’années, vieadra la chercher. Expliques-lui, je vous prie, qu’au lieu de poser ici il se rende au Palais de Justice, dans la galerie des cabinets de MM les juges d'instruction, et qu’il attende la sortie de Mme Sollier du cabinet numero 3, où j'ai l’ordre de la conduire,

L’inspecteur n’avait point prononcé le nom de Daniel Savanne.

Véronique ignorait donc complète-

ment devant aui elle allait comparaître.

Une voiture attendait à la porte de .

l'hospice,

Berthaut y fit monter l’aveugle et prit place à côté d'elle.

Le cocher savait où 1l fallait les conduire.

Le policier était un ‘adroit compère.

Chargé des recherches qui devaient on l'espérait du moins apporter un peu de lumiere au milieu des ténèbres du terrible drame de Saint-Ouen, il ne négligeait rien pour arriver à trouver une piste, et jusque-là ses eflorts étaient demeurés sans résultat.

Le juge n’avait point encore interrogé Véronique Sollier.

Rien n’empêchait Berthaut de profiter de son tête-b-tête avec l’aveugle vour lui tirer comme on dit vulgairement ‘ les vers du nez.’’

Il aurait donné beaucoup pour arriver bon premier dans cette course aux indices. :

L'idée lui paraissant excellente, il ré.

solut de la mettre à exécution sur le champ, et il commença, sous forme de conversation, son travail de questionneur,

Mais Véronique était d’une nature peu communicative, surtout avec les gens qu’elle ne connaissait pas.

En outre elle ne voulait rien livrer à

ersonne, sauf au magistrat chargé de ’interroger.

Il fut impossible à l'inspecteur d’en tirer quoi que ce soit, ce qui, soit dit en pus lui donna une piètre idée de

’intelligence de l’aveugle,

On arriva au Palais,

L'inspecteur aids Véronique à gravir les marches du grand escalier et la conduisit au large couloir d'attente dont Tes fenêtres donnent sur la rue de la Sainte-Chapelle.

Un garçon de bureau vint à leur rencontre.

—Pour le cabinet numéro 3, lui dit Berthaut.

—Très bien, je sais...On attend le témoin... Venes, madame,

Et prenant Véronique parle bras, il l’introduisit dans le cabinet de M, Savanne où l’inspecteur ne devait point

sisns

A suivre.

SR LE 2 Per +

M. Savanne connaissait bien de vue Véronique S#ollier.

Allant assez souvent à l’usine de Saint Ouen visiter Richard Vernière, elle lui ouvrait la porta et il la saluait en pas.

gant,

Lorsque, conduite par le garçon de bureau, elle franchit le seuil du cabinet, à l'aspect du visage couturé de la paue vre femme dont le haut du front dis.

paraïseait encore sous des bandelettes de toile blanche, à l’aspect surtout de ses yeux sans regards, le juge d'instruc.

vion né put réprimer un mouvement de pitié.

Le caissier Prieur eut le cœur ser.

ré.

Richard Vernière devint un peu pâ-

‘le.

Claude Grivot sentit un frisson courir sur son épiderme et ses tempes devenir humides,

Qu’allait dire cette pauvre femme 1...

Qu'avait-elle compris. De quoi se souvenaï-elle ? Quelle serait l'importance de sa déposition ?

Le fratricide et son complice s’unissaient en ce moment dans cette pensée commune,

- —Voici le vrai danger !.. S1 nous en ne gt sains et saufs, l'impunité est sûre.

—Faites asseoir Mme Sollier..ssse dit le magistrat en indiquant du geste un fauteuil placé près de son bureau.

L’employé y conduisit l’aveugle, l’aida à s'asseoir et se retira,

Daniel Savanne fit un signe à son greffier qui, la plume à la main, se te.

nait prêt à écrire, et s'adressant à Véro.

nique, commença ainsi :

—Vous avez beaucoup souffert, ma pauvre madame Sollier.

jui, monsieur.....répondit-elle,...., j'ai beaucoup souffert, et je souftre en.

core, moralement surtout, et je me de.

mande s’il n'aurait pas mieux valu que la balle qui m'a blessée me tuât sur le coup !..Je suis a:sugle ! Que ferai-je maintenant au monde, inutile à moi.

même et à charge aux autres ?

—$i Dieu vous a préservée d’une mort presque certaine, c'est qu'il avait ses

‘ dossoins sur vons...….....répliqua le juge

… Vous éclairerez la justice, vous lui donnerez les moyens de venger celui qui n’est plus, et de vous venger vousmême.

—Ah ! monsieur......s’6cria l'aveu-

e......ce sera de grand cœur que je le

erai si je peux, ..... et j'espère le pouvoir.

La pâleur de Robert devint livide.

Le frisson nerveux de Claude Grivot s’accentua.

Daniel Savanne reprit :

—Connaisses-vous toute l'étendue de la catastrophe dont vous avez été l’une des victimes ?

—Oui, monsieur... M, Vernière assassiné.....l’usine incendiée... un mal.

heureux palefrenier périssant au milieu des flammes et Mile Aline entièrement ruinée.

— Qui vous a appris ces détails ?

—M.le docteur Sermet, d’abord, et ensuite Magloire le manchot, un brave garçon qui est venu me voir hier avec ma petite Marthe, la fille de ma pauvre Germaine.

—Après un silence, Daniel Savanne :

reprit :

—Jusqu'ici, malgré les eflorts rén:

de la justice et de la police, nous ra:

tons en pleines ténèbres.......uUD My8tère impénétrable continue malgré tout à entourer les crimes de Saint-Ouen...

C’est de vous, et de vous seule que peut venir la lumière.

—Je vous dirai tout ce que j’ai vu, tout ce que je sais. t

Un nouveau signe du juge d'instruction indiqua au greffier que l’interrogatoire allait commencer.

Daniel procéda tout d’abord aux formalités légales relatives aux noms prénoms, domicile, etc...

Puis aussitôt après :

Dans la journée du ler janvier M, Verniere avait quitté l'usine d’asses bon:

ne heure, n'est-ce pas ?

—Oui, monsieur,en me disant qu'il rentrerait tard et que je pouvais disposer de mon temps...

— Vous étiez seule dans la maison ?

Avec ma petite-fille.. La bonne de M. Richard était partie la veille au soir pour Vincennes chez son Gis, ot m'avait

confié comme d'habitude, les clefs du pavillon du patron, afin que je puisse tout mettre en ordre pendant son absence...

—Elle ne devait rentrer que le mar.

di matin ?

A la premiere heure, oui, monsi.

eur.

—Avez-vous profité de la permission que M. Vernière vous avait donnée ?...

—Dans la journée, non monsieur... Je voulais aller au cimetière avec Marthe prier sur la tombe de sa mère, mais le temps était trop froid, le vent trop violent.

J’ai craint que cette température ri.

goureuse ne fit du mal à l'enfant...

—Avez-vous reçu quelque visite au cours de la journée ?

—Oui monsieur ; celle du brave gar.

çon dont je vous parlais tout À l'heure et dont le dévouement est incompara.

bie.... il venait, pour nous distraire un peu de notre chagrin, nous engager

‘à aller dîner avec lui chez Mme Aubin...

; ee et digne créature aussi, itiide 0]

= quelle heure avez-vous quitté l’u- DEC.)

—À six heures un quart, avec Marthe e6 Magloire. ; og avoir bien fermé vos por- 68 LLLLLLL L 2

—Ah ! certes, oui monsieur, et allu.

mé le bec de gaz éclairant la cour qui ef les ateliers et le pavillon de

. Vernière...

— Vous êtes rentrée à quelle heure ?

—Il pouvait être neuf heures et demis aix heures moins vingt.

— Vous aviez remarqué l'heure f

—Oui, monsieur, ‘et il est impossible que je me trompe de plus de quelques minutes...

M. Grivot le contremaître de l'usine qui avait dîné avec nous au restaurant et qui souffrait d’un grand mal de tête était remonté chez lui à neuf heures et je suis partie un instant après,

Daniel Savanne continus :

En rentrant à l'usine avez-vous trouvé vos portes bien fermées, comme elles l’étaient au moment de votre départ ?

—Bien fermées, oui, monsieur, répondit Véronique.

—Avez-vous fait une ronde dans les cours et dans les ateliers ?

Non, monsieur.... cela paraissait bien inutile, les ateliers étant fermés depuis deux jours...... Donc le danger du feu n'existait pas... Nous: sommes rentrées dans mon pavillon... Nous avons fait notre prière du soir...... j'ai couché ma petite Marthe, et je me suis mise au lit moi-même..,,..Mais, monsieur... ajouta Véronique... permettez-moi de vous demander en quoi tous ces détails qui sont sans importance peuvent vous églairer ?......ils n'ont aucun rapport, ni de près, ni de loin, avec les misérables qui ont tué M. Vernière et qui m'ont frappée moi-même.

Assurément cette sortie de Mme Sollier était absolument incorrecte et Daniel Savanne fronça légèrement le sourcil, mais la pauvre femme avait tant souffert, elle était si malheureuse, qu’il ne releva point cette incorrection et re-

rit :

, —J'ai besoin de notes précises... de minutieux détails... Rien n’est inutile dans une instruction judiciaire...un fait qui vous semble insignifiant peut être

ur moi d’une importance capitale...

ous en arriverons tout à l’heure à la partie vraiment intéressante de votre déposition,

Robert et Claude avaient repris un

eu de calme,

Jusque-là les réponses de l’aveugle n’apportaient à l'instruction aucun 6claircissement. En serait-il de même jusqu’au bout ?

Daniel Savanne continua :

— Vous possédiez chez vous demandat-il les clefs des portes qui donnent «ur le canal Saint-Ouen et sur les terrains d’entrepôt avoisinant les docks et qui sont entourés par une haute palissade ?

— Qui, monsieur, tous les soirs après la fermeture des portes on me les apportait, et je les accrochais à leurs clous

‘ promettant pour eux ?

respectifs sur un tableau destiné à cet usage...

—On les y a trouvées aussi les clefs des deux portes ouvertes... ‘4

—('est que les assassins avaient de fausse clefs ou qu'ils auront forcé les por.

tes,

—C'est impossible, s’écria Véronique.

—Non, s'il existait une complicité en tre les gens chargés de la fermeture de ces portes.

—Je répète, monsi ue c’est im-.

possible... fit vivement Mme Sollier.

Sur quoi vous basez-vous pour l'af:

firmer ?

—Sur ce que, le jour de l'an, ces portes étaient bien régulièrement elo- Be...

Une ronde faite par moi le matin m’a.

vait permis de le constater, Le samedi soir les clefs m’avaient été remises par le vieux gardien, et se trouvaient accrachées à leur place, au tableau...

—En présence d’une affirmation aus:

si nette, il faut admettre l’existence de fausses clefs, ce qui prouve que le crime était prémédité depuis longtemps,

—Vous êtes probablement dans le vrai, monsieur... dit l’aveugle.

Les inquiétudes dé Robert et de Grivot, un instant apaisées prirent une intensité nouvelle.

Que savait donc Mme Sollier ou, tout au moins que soupçonnait-elle ?

—Arrivons au point essentiel, reprit Daniel Savanne, c’est-à-dire à ce qui vous concerne personnellement... Vous aves été reievée blessée presque morte.

sur le lieu du crime.

Quel était le motif de votre présence en cet endroit ?

—Enfin !....pensa Véronique...

nous:y voici donc, après bien du temps perdu !

Elle prit un temps pour rassembler, pour préciser ses souvenirs.

Claude et Robert attachaient sur son visage expressif des regards dans les.

quels on aurait pu lire l'angoisse.

Ils attendaient avec épouvante le ré.

cit qu'elle ailait taire,

De ce récit ne sortirait-il rien de come

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