‹ La Fille de l'officier de Marine [microforme]Chapitre 37 sur 84 · SA TE · texte numérisé non relu

SA TE

encore le infir- , bleseu-

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Lille, la Schwartz

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d de son ques de , toute la nvoi de reau de:

major al.

mand des Va) ape rien moins que flatteuses dans lesquelles on lui reprochait son impéritie, ea maladresse à diriger ses chefs de service et à inener à bien les affaires à lui confiées,

On ne pariait de rien moins que de le relever de ses fonctions s’il ne remédiait promptement à cet état de cho:

|A Cer dépêches visaient particulière: ”

ment le cas de Robert Vernière au sujet duquel à Berliu on étit mieux rensoigné que iui, qui ne l'était pas du tout puisqu’il ne donnait aucun détail sur ses agissements,

On savait que Mme Vernière avait vendu toutes ses propriétés qu’elle possé:

dait en Alsacs-Lorraine et en Allema.

gne afin de fournir à son mari les fonds nécessaires à la réédification de l'usine de Saint-Oueu, à la tête de laquelle il allait se mettre.

On savait qne le ministère de la guerre et celui de la marine continuaient avec Robert les traités consentis à Richard, son frère, et que Robert allaient soumet:tre aux deux d ipartements des canons d'un nouveau modèle pour l'artillerie de campagne et pour l'armement des navires et Ass batteries des côtes.

Ceci offrait une gravité toute particulière,

Cet homme qui avait vécu au milieu des ateliers de l’Aliemagne n'allait-il pas faire profiter la France des secrets que ses connaissances spéciales lui avaient ir de surprendre, et que ses aptitudes d’inventeur lui permettaient de perfectionner ?

Mie Vernière, l’ex-Mme de Nayle, enfant d'une province annexée, haïssait la Prusse.

N’aurait-elle pas sur son mari un einpire assez gran@ pour lui faire partager sa haine ? ;

Le père d'Amélie avait 666 fusillé à Saverne au mépris du droit des gens et des droits de l'humanité ; si maiatsnant elle prodigueit sans compter l'argent à Robert, n'était.ce pas pour le pousser à devenir un dungereux ennemi de Ja na.

tion qui après s'être ..-vie de lui, l’avali cassé aux gages, ie biessant dans

L orgueil, l’atteignant dan: ses inté.

ts Tisscds

Cela, il fallait à tout prix l’empé-

cher, Il fallait remettre le grapin sur cet être avili, sans conscience et sans patri.

otisme, qui, s'étant déjà vendu, nue demanu lerait pas mieux que de se vendre encore, |

Il falait qu’en France, où il allait se fixer et jouer ua rôle, il redevint ae qu'il avait été à Berlin, l’homme lié de la Frusse.

Le fils d’Amélie (on savait t ut au bureau du grand état-major ! ) é'ève distingué de l’école des Arts et Métiers de Châlons, donnait déjà des preuves de haute intelligence et de capacités hors ligue,

a mère avait dû l’élever dans la haine de l'Allemagne,

Mais, étant jeune, ilavait à coup sûr les passions et les aspirations de la jeunesse et peut être des goûts de dépense et de luxe

Avec de l'or on achèis tont !

Ii faillaic acheter Philippe de Nayle comme on acheterait Robert Verniè-

re.

On attendait depuis longtemps déjà à Berlin les documents demandés au sujet de la mobilisation de l’armée française sur les frontières de l’Est.

On attandait avec non moins d'impatience un modèle des nouveaux détonateurs de l'artillerie.

Rien ne venait,

Les agents secrets de l’Alleme.

gne, largement payés cependant, s'en- Lssient dans une inertie compromettante.

O'Brien, le magnétiseur, jouissait de la vie saus prendre à cœur les intérâte de ceux qui li rendaient la jouissance ample et faciie,

On reprochait tout cela avec :mertue.

me au baron Schwartz, Enfin, dans une dernière dépéche chiffrée, on lui disait catégorique-

ment :

“ L'Allemagne joue un jeu de dupe

| en payant cher des gens qui ne la ser- | veni pas ou qui ia servent mai. Passez

ie

ne er

ea

au crible votre personnel. Elimines les jautiles, ,

& On n'accepte point ici vos défaillances continuelles,

‘“ Redevenes l’homme d'initiative et d’action que vous avez été sina vous serez à bref délai relsvé de vos foncti.

ons.

“ Votre successeur éviaiv! est déjà désigné.”

Au reçu de cette déyiche. l'attaché spécial fuk pris d’una épouvante et d’une angoisse fuciler à <omprendre.

La situation qu'il occupait à Paris 6.

tait des plus agréables en ème teicps

ue des plus lucratives, et permettait

le mene: la grande vie qui lui nurait été interdite par la modicité ds sa irtune personnelle.

S'il tombait du poste auquel de fautes vrotectioas l’avaient fait arriver l'avenir pour lui serait effrayant.

Raeppelé en Allemagne, mel noté, en butte aux rancunes de ses saciens protecteurs,raucunes qui se traduiraient par des vexatious de toutes sortes, i! y ruènerait une exisionce mesquine, humiliée, intolérable,

Pour.éviter une si lamentable chute il fallait donc, peudani «il en était encore temps, satisfaire lex exigences du grand état-major.

Le baron Schwartz résolut de suivre tout d’abord le conseil qu'en lui don.

nait, de passer au crible son personnel, d'éliminer les inutiles, en un mot de refondre entièrement ie service d’espionnage dont il était le chef,

Avant de procéder à l'exécution de ce projet, il mit en quête tous ses agents sans leur laisser rien soupçonner de ce

ui se passait eb il donna l’ordre

e lui apporter des rapports à bref dé.

lai.

Les rapports furent à peu près de la plus désolante nullité, décelant soit l'in.

capacité, soit le mauvais vouloir de ceux qui les avaient redigés.

Schwartz comprit qu'il était grande- Le v tem ps de couper le mal par la racine.

t t sè

IT

‘Le «inoteur ('Brien fut naturellement l’un de de ceux que l'agent spécial résc::

lut d'exécuter tsut d’abord. “

L'Américain, après une assez longue

accalmie dans son existence srerntureuse, s'était abandon:é de nouves' à toue te la fougue de son tempérament, * Ildépensaitrans compter, jetant littéra'ement les billets de banque «+ l'or par les fonêtres pour pager ses débau-.

ches,

La subsention de l'Allemagne ne lui sniisnit pluie.

Lo praduit de ses séances magnétiques et ses consultations, dont Ia voyve ne dimiauait point, s’y joignait en Visiise

Ühague jou: voyait 8e creuser plus profondément le gouffre du déficit, et \’heure approchait où O’Brien devrait forcément disparaître, englouti dans ce

gouftre.

11 eût été nécessaire de frapper un grand coup, d'inventer quelque truc nouveau, centuplant les recettes, de dé.

couvrir un sujet vraiment. capable de remplacer la jeune fille de l'Illinois à laquelle O’Brieu avait, dû le commen- TN de sa fortune et de sa célébri.

té.

Ipetruit par l’expérience, il trouverait moyen d’exploiter ce sujet de manière à remplir le monde du bruit des prodiges

accomplis, et à lui faire rapporter des millions.

Mariani, la belle ltalienne, quoique intelligente et docile,n'était pas sufäsan-

Jeune d’ailleurs,comme elle l'était, jolie et séduisante, et connaissant à merveille le pouvoir de beauté, elle ne voulait passer toute sa vie à jouer un rôle de compère auprès du.magnétiseur, qu'elle avait accepté dans un jour de détresse,mais qu’elle détestait cordialement,

De plus, elle sentait venir la ruine, la misère, rs +. 1olut de quitter O’Brien et e° e iui :'::

LA Cour, maigré l'existence de d'-

lement al résc::

longue 1tureu- \ à toue

it lité 26 l'or débau.

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in rôle stiseur, ur de rdiale.

dine, la ete: :

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nettes otre esse Pete …emr-cie— dine

bau«h«3 qu'il menait au dehors tenait à Mar'ani.

Pour }: conserver, que fallait-il ?

Le l'agent ! Beaucoup d'argent !

C'était simple, mais, cet argent, où le rendie ?

Les émoluments qu'il recevait d'Allemagne, si amples qu'ils fussent,jui semblaient t#esquins n'étant point en prorortion avec ses besoins, êt il éprouvait ae humiliation profonde,une rage sour-

de, de 8e trouver sous la dépendance ab.

sclue du baron Schwartz qui le traitait à ls vérité comme un subalterne sans importance.

11 souhaitait avec ardeur se soustraire à ce joug, rompre avec l’agent spécial de l’ambassade, mais avant de pouvoir se donner cette joie, il fallait trouvers ailleurs au moins l'équivalent des appointements auxquels il renoncerait.

Le crime commis autrefois, et par lequel on le tenait, se trouvait maintenant couvert par la prescription...Donc rien à craindre de ce côté.

En outre, les aftaires tortueuses auxquelles il avait ét6 mêlé, et les sec qu'il avait surpris depuis qu’il était u.

venu l’espion salarié de la Prusse lui donnaient une force dont il comptait bien user et même abuser, lorsqu'il aurait rompu sa chaîne.

O'Brien entrevoyait un moyen, sinon de s'enrichir, du moins de se procurer les ressources nécessaires pour vivre largement et garder Mariani : c’était de parcourir l'étranger comme l'avait fait jadis le célèbre Donate, cet adroit chariatan dont les Parisiens s'étaient an moment engoués et de donner dans toutes les villes de grandes séances de magnétisme, de somnatbulisme, d’hypnotisme, de suggestion, qui, grâce à la réputation européenne qu'il possédait, jointe à une réclame monstre, surexciterait: la curiosité des populations et amènerait de grosses recettes,

Pour prendre ce parti, O'Brien avait besoin de toute sa liberté d'action qu’en ce moment sa dépendance à l’endroit de l’Allemagne paralysait,

Certes, il était facile de recouvrer sa liberté en faisant naître un conflit avec l’attaché spécial, mais le docteur, va-

guement inquiet des conséquences sibles d’une rupture, Rte è en 7 dre l'initiative,

Ce fut le baron Guillaume Schwarts lui-même qui détermina ce conflit,

Il fit appeler O'Brien au petit hôtel de la rue de Verneuil, l’accueillit avec un visage courroucé, et lui dit brutalement.

Je suis très mécontent de vos servi:

ces, monsieur le docteur.

—ÆEn vérité ! fit O’Brien avec le plus compist sn Pise qu'avez-vous donc à me reprocher.

Vous semblez n’attacher aucune importance aux ordres qu'on vous donne, et les enquêtes dont on vous charge n’amènent point de résultats satisfaisants.

—Ce qui veut dire, monsieur le baron, qu’à votre point de vue le succès

. est obligatoire,

| tes

—Cela veut dire, tout ai moins, que l’insuccès persistant est inadmissible, puisqu'il prouve soit l’incurie, soit l’incapacité... Entre les deux vous pouvez choisir........Bref, VOB ne gagnes plus l’argent que vous recevez de nous,

—Monsieur le baron..…..répliqua l’Américain...en France comme en Allemagne, quand les services d’un sousordre ont cessé de plaire, on le casse aux gages, on pour me servir d’une expression toute parisienne, ‘f on lui don.

ne ses huit jours ”’—Qui vous empêche de me donner les miens ?

—Il me semble, monsienr le docteur, que vous envisagez la chose avec beaucoup de philosophie ! s’écria Guillaume Schwarts très désappointé, car il s’attendait à des excuses et à des supplications.

—Ma philosophie est grande en eftet.

Puisque vous ne m'epprécies plus, je, ne demande qu’à me retirer, et je le ferai sans regret.

— Vous paraissez oublier que vous avez contracté vis-à-vis de l'Allemagne une dette de reconnaissance,

—Je nie. cette dette...J’ai servi fidèlement l’Allemagne, elle m'a régulièrement PAYÉ eurs Elle ne me doit rien, je no lui doisrion, nous sommes quit-

De up een Nr 7 8 DRE OP APR nn OR TS ci 5 à D pipi dé : :

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—Nous pouvions vous perdre, nous ne l’avons pas fait,

—Parce que vous avies intérêt à ne pas le faire, voulant vous servir de moi gr ce temps-là vous trouvies utile...

ous avez changé d'avis, c'est votre droit...je me retire sans même vous demander une ed np

— Vous avez dans les mains des pièces. qui doivent revenir dans les nêtres.

En effet, des pièces intéressantes, qui, si l’idée me venait d'en abuser, éclaireraient le gouvernement français eur les ramifications et les moyens d’action de l’espionnage allemand en France...Je vous les rapporterai demain.

—J'y compte, et en échange, à titre de pare pour les services d’autrefois, je vous remettrai dix mille francs,

—Mes huit jours, fit O’Brien avec un ricanement,

—Vous avez l'esprit parisien, monsieur le docteur.

—On a l'esprit qu'on peut, monsieur le ….

ï —A demain, onze heures précises,

Et tout en traversant la cour du petit hôtel pour gaguer la rue de Verneuil 1. magnétiseur murmurait :

—Ces pièces que tu vas me payer dix mille francs, baron naïf, je les ai fait photographier, et si l’occasion se présente de m'en servir, je ne la manquerai pas !

Le lendemain, à l’heure dite, O’Brien remettait au baron Guillaume Schwartz toutes les pièces, toutes les notes se rapportant au service d’information dont il avait 6t6 chargé, et recevait la gratification de dix mille francs que lat:

taché spécial accompagna de ces mots :

—Dans votre intéret, monsieur le docteur, je vous conseille la prudence.

Nous ne perdons jamais de vue les gens qui nous ontappartenu...Qn vous surveillera.

Ce à quoi l'Américain répondit, mais trop bas pour être compris dé son interlcsateur.

Moi aussi, monsieur le baron, je vous surveillerai.

Deux jours après cette rupture, les journaux à grand tirage contenaient une note sensationnelle, parlant avec un enthousiasme quasi-lyrique du cabi.

day de oh qe a es VX

puotisme du grand magnétiseur Q?.

Brien, éclairant le passé, lisant dans l'avenir et appliquant sa science à la guérison certaine et presque miraculeuse des maladies nerveuses et mentales,

Les écoles de Paris, de Nancy, de Montpellier, de Genève, sous la direc.

tion d'hommes éminents tels que les docteurs Charcot, Aernheim, Liébault Voisin, avaient op attiré l’ettention des foules pour que le coup de tam-tam de par l’Américain s'éteignit sans

O'Brien préparait ainsi ses voyages à l'étranger. Le cabinet de consultation de la rue

‘ de la Victoire, un instant délaissé, rede-

vint à la mode et retrouva une clientè.

pre nombreuse que celle d'autre.

ois.

Dans sa joie d’être délivré de la dé.

pendance humiliante que lui imposait le baron Schwartz, O’Brien n'avait pas pensé à tout.

Îl commettait l’imprudence de garder auprès de lui, comme valet de chambre faisant fonctions d'huissier les jours de grandes séances, un Allemand, ramené de Berlin, à qui il accordait toute sa confiance et sur l'honnêteté duquel il comptait absolument,

Telle était dans le courant du mois de janvier, la situation respective de nos principaux personnages.

( Pa

12 période 4e convalescence de Vé.

ronique Soilier commençait. à Les plaies produites par la balle du revolver de Claude Grivot, aussi bien ue celles résultant de l'opération du octeur Sermet, s'étaient cicatrisées.

Les compresses sèches, les bandes qui cachaient ces cicatrices, avaient été enlevées.

Rien ne s'interposait maintenant en.

tre les yeux de Véronique et la lumière du jour, rien, sinon les taies 8.

isses qui couvraient ses prunelles et a rendaient aveugle.

Le chirurgien attendait avec une très réelle inquiétude le moment où la gr femme s’apercevrait de sa céci-

Véronique, à peine délivrée de l'appareil qui pendant plus d’un mois avait emprisonné dans un lacis de bandelet.

tes le haut de son visage, souleva 868 paupières encore endolories, et par un mouvement machinal promena autour d’elle le regard impuissant de ses paupières éteintes,

Elle se vit entourée de noir, d’un noir impépétrable, p lus intense que celui de la nuit la plus obscure,

Ne comprenant pas encore s0n malheur, elle crut qu’une dernièré bande

lui couvrait les yeux.

—Otez-moi cette bande, je vous en prie, dit-elle..……j'ai hâte de sortir des ténèbres.

Personne ne répondit.

Elle porta ses mains à son visage et ses doigts brâlants de fièvre touchèrent seB yeux.

L'obscurité régnait toujours.

Fait-il donc nuit 1... demanda.t-elle,

Même silence.

—Mais je n'y vois pas ! je ne vois rien ! s’écria la malheurense.

Le docteur lui prit les mains,

—Du courage, pauvre femme! murmura-t-il d’une voix émue...du courage il vous en faut oise à

Ces mots, et surtout la manière dont ils furent prononcés, firent brusquement la lumière dans l'esprit de Véronique.

Elle comprit.

Un gémissement sourd s’échappa de son gosier, puis elle balbutin avec désespoir.

—Aveugle ! Je suisaveugle ! Uh mon Dieu !

Pour la consoler un peu, le docteur Sermet fit appel à cette philosophie stoïque qui est ceile de tous les ch:rurgiens bronsés par la pratique de leur métier bienfaisaut et terrible.

—Si grand que soit votre :°1 ‘eur...

dit-il, vous devez cependant ‘: : estier houreusc.

Heureuss !.. répéta la convalescente,

—Oui, puisque vous avez la vie sauve contre toute espérance 1... Quand on vous a apportée ici je considérais votre état comme absolument désespé.

lé. Tout Ce que mon ie ne > et la iongue étude des maîtres de la science m'ont inspiré de faire, je l'ai fait.

J'ai réussi, et j'en suis glorieux, car l’entreprise était difficile, presque impossible à mener à bien.......se ous ne Vers rez plus votre chère petite-fille, c’est vrai, et je comprends l'amertume de vos regrets, mais vous entendres 84 VOIX, sséesée VOS doigte, en caressant s0n visage, raviveront et fixeront VOS 80UV6nirs, et son image vous apparaîtra...

Quand elle vous dira : ‘* Grand-mère, je t’aime | ooose quand elle vous cou.

vrira de baisers, votre cœur battra, vous oublierez que vous ne la voyez pas et vous serez bien heureuse de: vivre.

—Cela, oui, je le comprends, monsieur lé docteur, et vous aves raison, répondit Véronique d’une voix frémissante, Mais ilestune chose qui rend mon malheur plus cruei, et qui fait que je ne me consolerai jamsis !

Quelle est cette chose ?

—La pensée que j'ai vu, bien en fece l'assassin de M. Vernière et le mien et que je passerais à côté de lui ssns pouvoir crier : ‘ Le voilà ! ” puisque je ne le verrai pas !.…. puisqse je suis aveugle !

Véronique cacha son visage dans ses mains, et de grosses larmes coulèrent de ses yeux sans regard.

…Calmes-vous, madame Sollier ! Cale mes.vous je vous en prie |! fit vivement le chirurgien inquiet de l’extrême agitae tion de la pauvre femme, agitation qui pouvait ramener la fièvre. Dieu est juste ! Il ne voudra pas que le misérable

assassin reste impuni.... Il permettra .

peut-être que sans le voir, vous puissies

un jour le livrer à la justice |! Ayez con. :

fiance en Dieu ! A cette heure ma tà-

che auprès de vous est terminée, Dans

trois jours je eignerai votre exeat...

—Daus trois jours ?

—QOui, —Et, alors, je quittersi lPhospi.

PR mr cor rt

—Oui.

—Mais, auparavant, vous me perruet:

traies n’est.ce pas, monsieur le dusteur, de recevoir ma petite Marthe et Magloire, le brave garçon qui a pris soin d’el.

le, qui veille sur elle ?

—Magioire m'a laissé son adresse,

uand il est venu avec votre petite-fille et je lui ai promis de l'avertir dès que je pourrais l’autoriser à pénétrer auprès de VOUS .00000

—0Oh ! mousieur le docteur, dit Véronique en joignnant les mains et d'une voix pleine de larmes, je vous en prie, je vous en supplie, prévenes-le bier: vite qu'ii vienne avec ma chère Marthe et que je puisse au moins les «1 /rasser tous deux, puisque hélas je ne pourrai pas les voir....

—Je vais le faire aujourd’hui même, dès ma sortie de l'hôpital, et je donnerai des ordres pour qu’on vous les amèpe quand ils viendront;,sans attendre un jour réglementaire de visite...

Les mains tremblantes de A , s'agitaient dans le vide cherchant les mains du chirurgien. ,

11 les lui dcnna,

Véroninue les porta à ses lèvres en pleurant.

—Merci, monsieur, bégaya - t- elle, vous êtesl bon comme le bon Dieu, et je vous remercie de toute mon âme de m’avoir coïservé la vie, puisque grâce à vous je pourrai serrer Marthe dans mes bras.

Attendri, le cœur serré par une émotion qu'il n’avait pas ressentie depuis longtemps, le docteur quitta la chambre d'isolement où se trouvait la convalescente et continua sa visite du ma:

tn,

A sa sortie de l’hospice, après avoir

révenu la direction ue permettait d'amener les visiteurs quel que fût le jour où ils se présenteraient, M. Sermet expédia au joueur d’orgue la dépêche.

Certes, :l tardait A Vé£senninna d'am-

= RYVSRGUY

brasser l'enfant de Germaine et. de questionner Magloire, mais il ne lui tar-

RS à : sl Free

Mme Sollier,.

dait jins wvoir si Marthe, se souveurut de ses recommandations, aavait remis au manchot le pe de laine dans lequel se trouvait le reçu de Richard Vernière, LT

Richard Vernière était mort, c’est vrai, mais il laissait une fille, son : unique héritière, à qui sa friture x ‘re revenait et qui sur le vu du ia signaiae re de son père, restituerait fidèlement le dépôt qui lui avait été confié, sans qu’il tut besoin de lui faire connaître le nom du dépositaire,

La pauvre aveugle ne pouvait deviner de quel coup l’allait frapper la terrible nouvelle que la fortune de Marthe était anéantie.

Magloire était en tournée depuis la veille au matin avec Marthe, son infatigable compagne.

Partis de Saint-Ouen au point du jour, ils s'étaient rendus en chemin de fer à Nogent, avaient visit: le Perreux, Bry, Villiers-sur-Marne, et passant par la Fourchette, étaient venus coucher à Joinville, d'où ils partiraient le lende.

main, roulant l’orgue-orchestre et par.

courant les localités dans la bouche de la Marne.

De ces côtés les clients se montraient particulièrement généreux.

Le soir venu ils reprendraient le che.

min de ter,et p:: la Ceinture revien-

cm 44

draient à Saint-Ouen, L'itinéraire tracé fut exactement suivi.

À six heures précises, Magloire et sa mignonne âssociée faisaient leur entrée dans le restaurent de la mère Aubin où ils dina-"1ù ce grand appétit.

En sortant de table, Ma.the regagnaii ga petite chambre, se couchait et s’endormait aussitôt pour jusqu’: lendemain matin, tandis que M:.'1re reprenait le chemin del rue de Seine où il avait son logement

Sa concierge lui cle Spêche envoyée dans la jour:* par chirurgien de l'hôpital Saint-Louis qu'il s’empressa d'ouvrir d’une main un peu tremblante, car s’il en devinait l'origine, il ne pou-

| vait savoir ai elle renfermait une bonne

ou une mauvaise nouvelle,

” dé id Limite ”

le, se 18, &nm de u de DCE]

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deviterri- [arthe

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rreux, t par her à lende.

t par.

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raient

e che.

revien-

ement

et sa entrée bin où

gagnait : s’en.

lende- | reprene Où il

he enrurgien upressa iblante, 16 poue

bonne

Eo la lisant le brave manchot sentit sOon Cœur inondé de joie,

Il allait donc enfin la voir, la pauvre Véronique bien décidément guérie, il allait lui conduire sa petite-fille, il allait pouvoir la questionner au sujet du joyau trouvé dans sa main crispée le soir du crime...

Mais, hélas 1......... il allait aussi avoir à lui apprendre que les trois cents mille francs déposés entre les mains de M, Vernière par le père de Marthe n’existaient plus.

Cette nuit-là c’est à peine si Magloire put fermer les yeux, préocoupé de la visite qu’il allait faire le lendemain à l’hospice,

A peine, vers le matin, eut-il une ou deux heures le mauvais sommeil.

11 donna plus de soin à sa toilette que lonsqu'h s’habillait pour partir en tournée,

il tira du petit coffret où nous savons qu’il les avait soigneusemant serrés le reçu de E:‘hard Vernière et la breloque dont le ch:tnn gravé portait les initiales : H, N., ::: glissa dans la poche de son gilet et courut au quai de la Seine

fin de préveni: ‘à fille de Germaine qu’.

il irait voir sa 1: .d'mère,

L'enfant ét:.t «ebout, croyant qu’il fallait partir en tournée l’attendant de puis un gros quart d’'h et très étonnée de ce retard si minis : qu’il fût,

—Sais-tu bien que je me figurais que tu n'arriverais jamais, mon grand ami | lui dit-elle d’un ton de reproche ami-

Il ne faudra pas prendre l’habitude de te mettre en retard comme ça !...

Oh ! mais non !..

Nous n’arriverons point de bonne heure a Passy où nous devons aller aujourd'hui l....

—Pas de musique aujourd'hui, fillet.

te ! répliqua le joueur d'orgue en l’em.

brassant.

— Vrai!

—Oui, bien vrai.

Et pourquoi donc ça ?..

—Va prier la Marie dette mettre ta robe noire toute neuve...poursuivit Ma.

&ivire,

Marthe comprit,

—Nous allons voir grand’mère n'est ce pas ? demanda:t-elle avec 6moti.

on.

—Oui, ma chérie,

—Oh ! quel bonheur ! quel honheur ma bonne, ma chère nd'maman que je n’ai pas embrassée depuis si long

te }

Fa l'enfant pleurait......... Mais c'ébr de douces larmes, des larmes de joie.

Mme Aubin entrait en ce moment dans la de salle avec la Marie,

—Æ£h bien ! qu'est-ce qu’il y a donc ?

fit la brave femme on pleure là-dedans?

on a du chagrin !

— NON. NON, pas de chagrin, s'empressa de répondre la petite Mar.

the en courant à Mme Aubin pourl’embrasser.

Je suis contente au contraire, je suis bien contente !

Nous allons à l’hospice, voir ma bon.

ne grand'mère...…….

—C'est donc permis ? demanda la logeuse à Magloire.

—Oui, dit celui-ci, le chirurgien en chef le docteur Sermet, qui est un aussi digne homme qu’il est grand savant, m’a envoyé une dépêche avec autorisa= tion de visiter notre pauvre amie...

Ma bonne Marie poursuivit-il, fais-moi le plaisir d’aller mettre à la mignonne ga robe neuve.

—Nous déjeunerons ensuite et nous:

partirons...

Je tiens à ne pas arriver à l’hospice plus tard que midi.

Le Marie sortit avec Marthe qui rentra bientôt vêtue d’un joli costume da grand deuil que le joueur d’orgue lui a.

vait acheté.

Le déjeuner fat expédié rapidemsxi etle manchot partit pour Paris en donnant la main à sa petite proté.

, Véronique, la veille, s'était persuadée qu’elle recevrait dans l'après-midi la visite de Magloire et de Marthe, convaincue qu’ils arriveraient aussitôt la dépêche reçue,

. Nous savons qu’elle avait compté sans l'absence du Joueur d'orgue, que cepen« dant elle aurait dù prévoir.

trs

U,La journée s’écouls sans visite, et cette drone lui fit passer une nuit très

Une foule d’idéss insensées se sucun dans le cerveau de l’aveu- & 6,

Magloire était malade peut-être...

à si ce n’était lui, ce pouvait être Mar.

Elle avait peur, et la peur ne raison- |

ne pas...

Si personne ne venait la voir...

pr a l’abandonnait, que deviendraitelle

Comment ferait-elle pour regagner Saint-Ouen ?

Elle ne savait rien.

Elle ignorait que Marthe avait été recueillie par la mère Aubin, et qu’elle accompagnait chaque jour le manchot dans ses tournées,

Cette ignorance de toutes choses laissait, on le comprend, la place libre pour l’épouvante...

lendemsin, à l’heure habituelle, le docteur Sermet arriva,

Eh bien ! demanda-t-il aussitôt à Véronique, est-on venu vous voir, ma bonne madame Sollier !

—Héles |! non, monsieur le docteur...

répondit l'aveugle avec abattement, et cependant, vous avies bien écrit, hier,

‘comme vous me l’avies promis ?

—J'ai fait mieux qu'écrire, j'ai envoyé une dépêche, mais il ne faut point vous tourmenter.

Ce petit retard n’a rien d’inquiétant.… Le brave Magloire était certainement absent de chez lui quand ma dépêche st arrivée, il viendra sans doute aujourd’hui. ..... Du reste, vous alles tout à fait bien...Demain matin, je signerai votre exeat ; à demain,

Le chirurgien alla à ses autres malabr laissant Véronique un peu rassu-

Elle se rassura même tout à fait en se rappelant les habitudes du manchot

qui, chaque jour, partait en tournée avec son orgue dès le matin,

Dans le trouble de son esprit, elle n’avait pas peusé à cela.

A midi... maintenant, elle n'avait aucun doute à cet égard, ceux qu’elle

D f al À + ï sc LA PRESS Re LOT FAP ERP "DELLA À car oh, MT

attendait avec tant d’impatience arriveraienc.

On sonna le déjeuner des malades, Une heure après les douze coups de midi retentirent à l’horloge de l'hospi-

ce.

Assise dans son lit, le cou tendu, la tête renchée, l'oreille au guet, la pauvre Véronique écoutait avec des battements de cœur le bruit des pas frap.

t les dalles des couloirs que les visiteurs traversaient pour se rendre dans les grandes salles, car c'était un jeudi jour de visites,

A chaque instant elle s'attendait à entendre ouvrir la porte de la chambre particulière où elle se trouvait.

Elle cherchait, daus le bruit des pas, à reconnaître ceux plus légers d’une enfant, de Marthe,

La fièvre de l'attente la prenait.

Sa tête s'emplissait de bourdonne.

ments confus.

Elle ne distinguait plus rien,

Brusquement, elle tressaillit de tout son corps.

La porte tournait sur ses gonds, et une voix, celle de son infirmière... di.

sait :

—C'est ici, monsieur et mademoiselle, Entrez, 4

Véronique tunclit les bras en avant,

Marthe !...Magioire !...... s’écria-telle,

—Grand'mère..….. grand’mère...sssse fit la petite fille en se précipitant dans les bras de l’avaugle dont les mains fré.

missantes palpaient s0n corps et cher.

chaient son visage, qu'elle couvrit de baisers et de larmes.

Debout auprès du lit Magloire, atter.

ré, regardait le visage de Véronique, couturé de cicatrices, à peine reconnais.

sable,

I! la vit palper les traits de l'enfant, et il comprit tout.

—Aveugle ! Kile est aveugle ! mur.

mura.t-il sourdement,

Marthe, à son tour, avait noué 8es bras autour du cou de Véronique, l’em.

brassant, la serrant, pleurant tout à la fois de chagrin et de joie :

Où i regarde-MOi.....e regarde-moi...

grand’mère |... bégayait-elle....…..,

con conte Dee Vo 0 D à

tout

:, et

selle,

nt.

ria-t-

dans 8 frécher.

it de

atter.

1ique, inaisafant, muré ses l'em.

à la

moi...

que je voie tee bons yeux me regard

er,

Véronique eut un sanglot,

—Je ne peux plus te re er, je ne peux plus te voir, mon enfant... fitelle d’une voix brisée par la douleur,

Tu ne peux plus, grand'mère ? demanda l'enfant, Pourquoi f... Dis-moi pourquoi,

6 suis aveugle.

Marthe poussa un grand cri d’épou-

vante.

—Aveugle !....., répéta-t-elle avec pere ae s'élançant vers le man.

chot, qui, pâle, semblait terrifié.….

loire. .... Magloire, entendstu...

à voa ? Grand’mère est aveu-

. —Magloire 1...,..Mon bon loire.....…..…dit Mme Sollier en tendant les mains vers l’endroit où la voix de sa petite.fille se faisait entendre.

manchot s'avança et se penchant sur elle, l’embrassa avec effusion, mais sans prononcer une‘parole,

L'émotion l’étranglait, les sanglots montaient à sa gorge.

Véronique le serra contre sa poitrine. |

—Il vaudrait mieux que je sois mor.

te, n’est.ce pas ? murmura-t-elle à son oreille,

—Non...Non......Ne dites pas cela...... répondit le brave garçon, s’ef.

forçant de retrouver un peu de voix, de ressaisir un peu de calme,

—Mais qu'est-ce que je ferai ? reprit Véronique...Qu'est.ce je deviendrai ?.… .. Je ne pourrai même pas me condui-

re,

—Oh ! grand’mère, grand’mère... interrompit Marthe......ne dis pas cela. Est.ce que je ne serai pas là, moi, tou.

jours auprès de toi, toujours, toujours, pour te servir de guide......pour te soi-

er, se TOR mignonne, cher trésor, que pourras-tu, si jeunette, si faible, auprès Sue infirme .....eauprès d’une aveu-

e * —Je pourrai tout, grand'mère, car on peut'ce qu'on veut...Tes pauvres yeux ne voient plus, mais les miens verront à leur place,

Et les lèvres frémissantes de l'enfant bsisaient les paupières de Véronique dont l’émotion faisait trembler tout le

Ms loire intervint,

— Vous pouves compter sur l'enfant, madame Sollier..... dit-il.,, Depuisle jour du grand malheur qui vous a frap.

Pé elle a appris à connaître avec moi

ien des choses, les difficultés de la vie, ses exigences, sés déboires, elle est grande pour son âge, on lui donnerait douze ans... elle est forte, bien por« tante, courageuse, et comme elle vous le disait tout à l’heure, elle a la volon.

t6, 0e qui est pus que tout! C'est elle qui vous fera vivre, qui empêchera la misère, et même la gêne, d'arriver jusqu’à vous... C'est elle enfin, la C’est elle enfin, la chère mignonne qui vous donnera le courage de supporter vaillamment la dure épreuve 1... Elle travaillera pour vous en même temps que pour elle, et je vous garantis que le travail ne l’eftrayera paa,

—Le travail ?..,. répéta Véronique inquiète,

—Ebh bien ! oui, le travail accepté de bon cœur,

—Mais aura.t-elle donc besoin de travailler ?....., Vous savez bien qu'elle sera riche... Elle n'aura rien à redouter de l'avenir... Vous parliez tout à l’heure de misère et de gêne, mon bon Magloire....cela ne m’effraye point puisque cela ne peut nous atteindre, puisque l’enfant sera maîtresse d’une fortune... Ce qui m'effraye, moi, c’est de penser que la pauvre ché.

rie sera forcée de passer sa vie auprès d’une grand’mère infirme... et en pen sant à cela je me dis que mieux aurait valu À DM elle que je trouve la mort à l’u.

sine de Saint-Uuen,

Un assez long silence suivit ces pa.

roles, coupé seulement par le faible bruit des sanglots contenus de Marthe.

Magloire le rompit.

Madame Sollier, dit-il, écoutez.moi .…écoutez-moi avec courage et surtout avec calme,

Véronique l’interrompit,

—Un mot d’abord, fit-elle, je vous écouterai ensuite, et je vous promets

: jé) dl es DE ee UE

en 26 oies Loin meme aide ut teS SR 4

d’avoir beaucoup de courage et de cal.

me...

Mais avant tout, répondez à une question.

— Laquelle ?

—Marthe vous s-t-elle remis, après la mort de M, Vernière, le peloton,de laine dont elle connaissait le contenu ?

—Oni, elle me l’a remis !,

—Vous savez alors ce qu'il cachait ?

—Oui... et c'est à ce sujet que je vais m’expliquer en vous instruisant de tout ce qui s'est paseé.. Et c'est pour cela que de nouveau je vous recommande le calme...

—Palez, parlez sans crainte, mon bon Magloire dit Véronique. Tout ce que vous pourrez m’apprendre sera bien peu de chose à côté du malheur qui m'a frappée.

—Vous savez déjà que M. Vermére est mort, reprit le manchot. Par qui l’a.

vez-vous su À

—Par le docteur Sermet,

—Mais savez-vous aussi que les bâti.

ments de l'usine, à part le pavillon que

‘ ‘vous habities et que son isolsment met-

tait à l'abri, out été la proie des flammes ?

—Tous les bâtiments ont été détruits, demanda Véronique haletante.

—QOui.

—Il ::'en reste rien ?

—Les «mas de décombres, voilà tout ce qu'i: en restait... Les secours n’ont point manqué, mais ils sont arrivés trop

tard.

-L'habitation particulière de M, Vernière ?

—Anéantie comme le reste !..... Les assassins, qui étaient en même temps des voleurs, ont allumé l'incendie dans Vespoir d’anéantir les traces de leur crime, mais, malgré les mesures prises, le mobile de ce crime apparaît lumineux comme le soleil 1.......On avait forcé le coffre-fort de votre patron contenant + ute sa fortune et volé cette fortune!

4, x une accumulation dé circonstances tortuites et déplorables, j’usine n'était

nd Lisa Ÿ , Rionere à Aa nico ones imiphinnet ai dé FRS ER] à Er ra es Te ci is me LHORE rentes rene er ter v es

point assurée et l'incendie, succédant au vol, complétait la ruine de M. Vernière et celle de sa fille en même temps. Les terrains sur lesquels l'usine était construite et quelques millie’s de francs déposés au Crédit Lyonnais, voilà tout ce qui reste à cette pauvre jeune fille habituée à vivre largement et à compter sur le plus riche avenir,

& C'est, à très peu de chose près, la misère complète,

4 Que faire en présence d’une aussi effroyable catastrophe ?

“ À qui pourriez.vous réclamer le dépôt fait par le père de Marthe à M. Vernière ?

& Vous adresserez.vous à l’orpheline qui ne possède rien ?

, “ Ce serait à la fois cruel et inutie..,

“ Le crime qui a ruiné Mlle Aline Vernière ruinait Marthe en même temps.

“ Vous m’avez dit que ce père après son acte de tardine réparation, ne pour.

rait désormais rien pour sa fille,

‘ Il ne faut donc plus compter, pour vous assurer une vieillesse tranquille, que sur votre chère petite Marthe, et aussi sur moi.

‘“ Mais au moins ces deux-là ne vous manqueront pas, n6 vous manqueront jamais looocoe

Véronique, oppressée, respirant pénie blement, avait écouté avec stupeur le joueur d'orgue.

Quand ii eut achevé, elle murmura leutement, d’une voix à peine dlistinc-

—Ruinées | Marthe comme la fille du patron tu ruinées Lodocee

Puis, au bout d’une seconde, elle reprit avec fièvre :

—Après !.. Dites-moi tout ! Si la fortune de Marthe est à jamais perdue, il me sera peut-être donné, du moins, d’aider à découvrir les misérables qui ont frappé M. Richard et moi ct réduit à la misere deux enfants !

—Comment pourriez-vous faire cela ?

demanda vivement Magloire,

Véronique prit sont front dans ses mains avec un geste AésCspérS:

— Hélas, s'écria-t-elle, je ne le pourrai

mo EE | ed

pes 1 ..., j'oubliais que je suis aveugle 1...

— Vous vous êtes trouvée en contact avec l'un des assassins ?

—Oui, —Dans quelles circonstances 7...

—Je dormaws. ... je fus éveillée brus.

quement per un coup de feu, par des cris, par des lueurs d'incendie... j'ai quitté précipitæmment mon pavillon pour aller me rendra compte de ne qui se passait.

‘“ Un homme eftaré sortait du couloir conduisant au cabinet de M, Vernière

“ Je me jetais sur cet homme pour l'empêcher de fuir, et j'appelais au se.

Cours...

—Une lutte, alors s’engagea entre vous et l'assassin ?,....

Ulis il voulait 8e dégager. ..,., ses vêtements que j'avais saisis et aux.

quels je me cramponnais craquaient sous 868 efforts mais quoique sa vigueur fût double de la mienne, je ne lâchaie pas prise...

—Un bec de ges éclairait la cour ; var conséquent pendant cette lutte, vous avez vu l'assassin ?

—dJe l’ai vu, et je lai reconnu.

—Reconr: |... répéta Magloire étonné.

—Certes |...

— Vous is: connaissiez donc ?

Trois jeurs cuparavant il s'était présenté doux fois de suite à l'usine... je l’avais introduit auprèe de M, Verniere et

Celui-ci, après son départ, me défendit

de le laisser jamuis, sous quelque pr que ce soit, arriver jusqu'à ui...

—Cet homme vous avait-il dit son nom ?

—Oui, °

— Vous en souvenez vous ?

—Et je m'en souviendrai toujours be il nr: elait, m’a.t.il dit, Frits Leyman.

est un nom &l' .maad, cela —Je ne sais pas...

CT poursuivit :

En luttant contre ce scélérat, en

vous Cramponnant à ses vêtements, n'a | Ves-Vous pas senti s0us vos mains un |

corps étranger, un objet métallique, sur lequel se sont crispés vos doigts ?..

__.. me demandez.vous ce:

— ous le saurez. Rappeles bien vos souvenirs. ...

Véronique réfléchissait.

—Oui... oui... fit-elle tout à coup, je me souviens......….,L'homme se débat.

tait..…..à un moment il allait m'échap-

er...

' —Mes mains s’accrochèrent alors à tue chaîrie de montre que je vis briller à son gilet... et puis.

Elle s’interrompit,

—Æt puis ?....,, demanda le man.

chot.

—Une détonation se fit entendre...

j'éprouvai à la tête un choc, suivi d’une douleur aiguë...je perdis connaissance et je ne revins à moi que sur ce lit d’hôpital ..

—Alors, vous ignorez si au moment où vous tombies frappée par une balle, il Vous restait dans les mains quelque ob.

jet détaché de cette chaîne de mon.

tre à laquelle vos doigts s'étaient accro.

chés ?

.—Je l’ignore.., je ne me souviens de rien.

—Je vais donc vous apprendre qu'après vous avoir relevée mourante inanimée, sur le lieu du crime, pour vous por ter dans votre pavillon, étant seul au.

près de vous et vous donnant des soins en attendant l’arrivée du médecin j'ai trouvé dans votre main raidie un bijou une breloque, détaché à coup sûr de la chaîne de montre que vous aviez saisie pour maintenir l’assassin...

—Un bijou ?... une breloque ? répéta Vénonique après avoir écouté le joueur d'orgue avec attention.

—Oui.., un cachet, un véritable objet d'art d’une grande valeur, représentant un lion accroupi, admirablement ciselé, tenant dans ses griffes une pierre précisuse, une émeraude je crois, sur laguelie sont gravées deux initiales.

— quelles Fc demanda Mme So:

lier,

—Une H,etus N

de vu vi !

—Une H, et un N lus écrin l'aveu.

gle.

—Mais cela peut devenir un indice, —Certes oui, et des plus précieux, car il peut grandement aider à découvrir les coupables...

Ce cachet, l’avez-vous remus à la justice ?

—Non,

—Pourquoi ?

—Parse que je voulais, avant d'agir, connaître votre volonté...

—À quel propos ?

—AÀ ce propos qu’il me semble deviner, dansle mystère entourant le cri.

me, quelque chose qui doit se rattacher à la Briuse de Marthe, à son père... Je me suis dit que je ne devais prendre aucun parti avant de vous avoir consule

— Vous avez bien | PRET Magloi- TOscoo0e Alors, vous aves ce joyau ?

—Oui.

—Joi, sur vous ?

—Avec le reçu de M. Vernière, oui.

—C'est bien... Vous me les remettres tout à l'heure... Allons, ma vie u’est point tout à fait inutile, je le comrends. .. .il faut que je fasse provisior de volorté, de force, de courage...

faut que je cherche à venger Richard Vernière et Marthe, et à me venger moi-même de ce qu'on m'a fait souffrir.… et pour cela, il faut que je vive.

—Oui, . : Oise DOND6 grand’mères..8’écria la petite Marthe... il faut vivre pour m'aimer et pour venger M.

Richard !

Véronique attira l'enfant dans ses bras et l’embrassa avec passion.

—Oui.…Oui,....je t'aime, ma chérie...baibutiait-elle, je t’aime de toute mon âme.

Puis, s'adressant à Magloire :

—N'avez-vous plus rien à m'apprendre ? demanda.t-elle, Que se passe-t-ii ?

—L'enquête se poursuit.

Toujours sans aboutir à un résultat !

—Maiheureusement |...

— Et à l'usine ?

—ÏIlye du nouvean,,, Ella va être

réédifiée.

Mme Sollier fit un geste de surpris ge.

—Par qui ? reprit-elle.

—Par le frère de M, Vernière.….

—Le patron avait donc un frère f

—(Jui, ingénieur mécanicien comme lui... un homme très capable à ce qu’on aflirme, qui va prendre la suite de ses

es...

—Alors il est riche ce frère ?

—Je ne sais pas s’il est riche, mais je sais qu'on n’épargne rien pour que nouvelle usine ait encore plus d’importance que l’ancienne...Aux ateliers on adjoindra une tonderie,

—Cela coûtera beaucoup d'argent ?

—Oui, beaucoup..M, Robert Verinière, à ce qu’on dit, a derrière lui de solides bailleurs de fonds, à commencer par sa femme qui, s'il faut en croire le bruit public, met des capitaux .

tants dans l’aflaire..…., Son fils du p’emier lit, riche de l'héritage de son père, sera associé, et aussi, paraît:il, Mlle Aline Vernière, qui apportera les terrains...….Cela, ce sont des bruits qui courent, mais, ce qui est certain c’est que Prieur, l’ancien caissier, conserve ses fonctions, et qu’instailé dans le pavillon que vous occupiez, il paye à cais.

se ouverte tout ce qui lui est présenté portant la signature de teu Richard Ver. uière,

—Ah ! dit Véronique vivemeut.. on fait honveur à cette signature ?

-— Pour les fournitures relatives à son industrie, oui.

pendant quelques instants l’aveugle e’absorba en de profondes réflexi.

ons.

Puis tout à coup, elle reprit :

—Demain le docteur qui m’a soignée doit signer mon billet de sortie, Vous comprenez, Magloire, que je ne puis retourner à l'usine dont le nouveau maitre ne me connaît pas, et où d’ailleurs, hélas, je serais incapable de rendre des services...

—Je le comprends, oui, mais je comprends aussi que ceux qui vont remplacer M. Vernière, pour qui vous vous êtes dévouée, pour qui vous êtes rendue aveugle, ont le devoir impérieux d’assurer votre avenir.

surpris

re ?

l'impor liers on

gent ?

rt Ver.

lui de imencerroire le file du.

de son paraît-il, tera les uits qui in c’est onserve s le pa- > À CAise présenté ad Vor-

ut.. on es à son

l'aveuréflexi.

soignée e, Vous puis re- Au maîailleurs, dre des

je comremplaus vous rendue 1x d’as-

Véronique secoua la tête. À

Le nomréplique-t-elle.........le propriétaire actuel ne me doit rien, absolument rien...

—Cependant,...., commença Ma.

gloire.

—Je vous répète qu'il ne me doit rien, interrompit Mme Sollier, et je n’accepterais rien de lui... Mais les meubles qui m’appartenaient et £e trouvaient dans le pavillon épargné par l'incendie existent encore, n'est-ce pas ?..

—Oui,

—Où sont-ils ?

—Ne vous inquiétez de rien... J'ai tout fait transporter, après y avoir été autorisé par le juge d'instruction, dans un petit logement que la bonne Mme Aubin a mis à ma disposition pour une somme très minime... C'est là que cou.

che Marthe.

C’est là que je vous conduirai demain lorsque nous serons venus vous chercher ici. :

“ Voilà donc un premier point éclair.

ci,

“ Quant à ce qui concerne le besoin matériel de la vie, ne vous inquiétez pas davantage,

“ Depuis un mois Marthe et moi nous AVONS gagné pas mal d'argent... Elle me porte bonheur...

On me donne le double quand elle est avec moi...

Donc, il est de toute juétice qu'alle soit mon associée...

Il ya là-bas un petit magot déja très gentil qui vous attend et que nous gros-

SIrons encore... et puis, nous verrons plus tard...

Mais n’oublies pas, n’onblies jamais, madame Soilier, que vous avez un fils, prêt à faire deux part égales de son déyouement, l’une pour sa vraie mère, et Pautre pour vous,

— Vous n’aves pas besoin de me l'af.

firmer, mon brave Magloire, fit l’aveugle en serrant dans ses mains la main uni.

que du joueur d'orgue, Tout ce que vous Aves fait jusqu’à présent le prouve mieux que dés paroles 1...

—N'en parlons plus !.. Et, dites-moi, êtes-vous cériaine que ie docteur signe.

ra demain votre exeat 1...

—Certaine,oui, Je le tiens de lui-méme.

— Alors, demain, nous serons ici à mi.

di précis, prêts à vous prendre après la visite.

——Oui... Mais le docteur a dû écrire au magistrat chargé de l'instruction res lative au crime de Saint-Ouen...

On attendait ma guérison pour m’inter.

roger.

Et bien ?...

— Eh bien ! si le juge me faisait appeler demain ?

—Nous vous accompagnerions au Palais de Justice,

—Mais si vous n'étiez pas là ?...

Si l’on m'y conduisait avané votre ar.

rivée ?

—Nous aitendrions ici votre retour

OU NOUS irions Vous rejoindre au Palais...…

—Je compte sur vous... Magloi.

re.

— Et comme vous avez raison | Maintenant madame Sollier, nous allons vous quitter, en vous disant :

emain,

—Oui, à AMAIN ..ese répéta l

—Mais avant de partir, ua mot enco.

aveu.

Vous m'avez dit que vous aviez appor.

té le reçu de M. Vernière retiré par M + du peloton de laine où Je l'avais cae ché...

—Oui, madame Sollier,

— Ainsi que e bijou arraché à la chatne de montre de l'assassin de M. Verni.

ère, pendant que je luttais avec lui,

—Je vous l'ai dit...

— Voulez-vous que je vous remette ces deux objets ?

—Donnez.les.moi, oui... J’er aurai besoin si, avant que je retourne à Saint.

Ouen, le juge d'instruction me faisait appeler dans son cabinet,

—Etes-vous bien sûre de ne pas les perdre ?

Lane 2

—A48 ! SSr$es, Oui, j'en suis sûre j lee ...00080%-y donc, Magloire, ils repré.

sentent pour moi la fortune de Marthe

et la vengeance ! ...... S0yez Sa08 crainte … Pas une seconde je ne me séparerai d’eux,

Magloire tira de la poche de son gilet le reçu et la breloque et les plaça dans les mains de l’aveugle, qui palpa pendant un instant le cachet, pour bien se rendre compte de sa forme, puis le glissa avec le papier sous s0n traversin, après les avoir noués dans un coin de son mouchoir.

—Avec ce bijou.... murmura-t-elle pensive.....un autre que moi pourrait voir l'assassin...le suivre jusqu’à s0n gite et me dire : Il est là !

—Un autre que vousfrépéta Magloire qui l’écoutait avec surprise.

—Oui...répondit l’aveugle. à

—Expliquez-vous, madame Sollier, car je ne vous comprends pas.

—Je ne vois plus, moi.....Je ne peux plus rien !......Mais il y & des êtres, je le sais, qui, pour voir, n’ont pas besoin des yeux de leurs Corps... C’est leur esprit qui voit, malgré l’espace et les ténèbres. C’est leur esprit qui va droit à la vérité !

* Le manchot se demandait avec in üiétude si Véronique, reprise par la

èvre, ne parlait point sous l'influence d’un accès de délire.

Elle poursuivit.

—Avec ce bijou dans les mains, une “ voyante ” trouverait l’aesassin, si bien

caché qu'il soit, si introuvable qu’il se croie |

Encore une fois, madame Sollier, je vous supplie de vous expliquer ! Que voulez-vons dire ? balbutia le joueur d'orgue.

—C'est une idée à moi, et ne vous figurez pas que je perde la tête, mon brave Magloire ! Vous verres plus tard, et vous comprendrez.

En ce moment l'infirmière de service entra,

—L'heure qui marque la fin des visites est passée dépuis longtemps déjà, monsieur, dit-elle à l’ancien soldat de marine,

Magloire se leva.

À demain. mas enfants, fit l'aveu-

boum : M 1; IIIe

gle en tendant les bras à ss petite-fille

et su manchot.

—A demain, bonne maman, répondit Marthe en l'embrassant,.

Magloire répéta :

—À demain, madame Sollier,

Puis l’ancien soldat et l'enfant quittèrent l’aveugle,

Pur

Le docteur Sermet avait en effet donné connaissance au juge d’'instruction de la guérison aussi complète que possible de Véronique.

Il ajoutait que la pauvre femme...

dont il devait signer l’exeat le lendemain...était assez forte pour supporter la fatigue d’un interrogatoire.

La lettre était adressée au magistrat, en cabinet, au Palais.

Aussitôt après en avoir pris connaissance, Daniel Savanne manda le chef de ia sûreté et lui donna mission d’envoyer le lendemain, à onze heures du matin,un agent avec une voiture à l'hospice Saint-Louis, afin d’y prendre l’aveugle et de la lui amener.

Précisément le caissier Prieur et le contremaître Claude Grivot étaient c1tés pour le même jour et pour la même heure.

M. Savaune se félicitait que la guérison de Véronique lui permit de réunir dans son cabinet les trois personnes dont les dépositions avaient le plus d'importance,

A six heures il retourna ches lui,

Ii devait dîner le soir, avec son neveu, à la villa de Neuilly où ils se rendaient deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche.

Après le diner on passait la soirée en causant devant un bon feu.

Parfois Mathilde se metiait au piano et faisait un peu de musique,

Le deuil des parents de Richard Veruière et de ses plus intimes amis était trop récent pour que ces réunions fussent bien animées,

Presque toujours l’entretien roulait sur l’instruction de l'affaire de Saint- Ouen dont le magistrat était chargé de mener à bonne fin la lourde tâche.

Robert, suriout, ne iarissaii pas en questions auxquelles Daniel répondait,

CPR

spondit

quittè-

n eftet instrucète que

11m [2] CLII I 2] le lensu ppor-

agistrat,

connais le chef n d’enures du oiture à prendre

ar et le aient Cle a même

la guérie réunir ersonnes le plus

; lui, son nele jeudi

soirée en au piano

hard Vermis était ions fus-

on roulait de Saint.

hargé de âche.

it pas en

répondait,

sans se départir des obligations du se.

cret pomionnel, mais avec assez de franchise cependant pour donner au fratricide la quasi.certitude qu'il n’a.

vait rien à craindre,

Ce s0ir-là, Robert demanda :

— Et votre blessée de l’hospice Saint-Louis ?,......Cette femme sur la déposition de laquelle vous comptez Pour apporter un peu de lumière au milieu des ténèbres qui vous entourent +... 68t-elle enfin guérie 7... Pour.

NL l bientôt subir un interrogatoire

—Ælle est entièrement guérie, et je Pinterrogerai demain, répondit Daniel Savanne,

Ce ne fut pas sans peine que Robert contint un leger tressaillement.

—Demain ? répéta.t.il sans bien avoir conscience qu’il parlait,

—QOui. J'ai reçu ce matin une lettre du docteur Sermet m’annonçant que Véronique Sollier quittera demain l’hoge pice Saint-Louis, et jai immédiatement donné des ordres pour qu'avant son départ elle soit amenée dans mon cabi.

net,

— Vous avez dit entièrement guérie...

reprit Robert en appuyant sur le mot entièrement... Le chirurgien qui l’a opérée craignait qu’une cécité complète ne résultât de l’opération... S'était.il donc trompé dans son pronostic ?

—Malheureusement non.

—Ainsi elle est aveugle ?

—Oui, et la pauvre femme restera a:

veugle toute sa vie,

—Inguérissable ?

—Le docteur Sermet l'affirme.

Henri Savanne eut un sourire que Robert aperçut et dont il s'inquiéta,

—Doutez-vous done du bien fondé de l'affirmation du docteur, mon cher Henri f demanda:t.il,

—Pour vous répondre sans hésiter. .

répliqua le jeune homme dont nous Conzaissons les aptitude spéciales, il me faudrait avoir étudié d’une façon minue tieuse l'opération faite par l'éminent chirurgien de l'hôpital Saint-Louis et m'être absolument rendu compta des Causes déterminantes de la cécité...

Je me garderai bien de faire pédantes-

quement devant vous un étalage de mots techniquesauxquels il vous serait impossible de comprendre quoi que ce soit...

mais si la perte de la vue provient seu.

lement d'un épanchement sanguin ayant, amené une cataracte cornée, je prétends que la guérison n’est peut-être point impossible...

— Telle n’est pas cependant l'opinion du docteur Sermet qui passe pour un pe de la science... interrompit Ropert,

—Et à bon droit reprit le jeune hom.

me,

—Mais si le docteur Sermet est un grand chirurgien, il n’est Pas un oculiste ayant fait de tout ce qui touche aux or- &anes de la vision sa spécialité...

J'ajouterai que si la chirur ie proprement dite, la chirurgie s'appliquant aux blessures, aux fractures, aux traumatis.

mes violents résultant de coups de feu ou d’accidents genéraux a fait de grands progrès, la chirurgie oculiste ophtalmo.

logique ne ie lui cède en rien dans ga marche en avant,

Je puis donc, sans mettre en doute le mérite éminent du docteur Sermet, com.

me chirurgien opérateur, admettre que 8a science oculistique peut se trouver en défaut...

Je travaille sous la direction de maitres qui font autorité, et dont les plus illustres chirurgiens viennent souvent prendre conseil en pareille circonstance,

Or, je ne sache pas que le chirurgien de l’hospice Saint-Louis soit venu les consulter,

Conciluez, .

— Est-ce que les maîtres dont il par.

le pourraient rendre la vue À cette femme ?...se demanda Robert, non sans effroi, puis se dominant et s'adressant à Daniel Savanne, il dit :

—Combien je souhaiterais que cette Véronique Sollier puisse vous mettre sur les traces de l’assassin ! je ne serai heureux que le jour où le misérable aura expié son crime sur l’échefaud ! le jour où mon frère sera vengé | Combien je suis impatient de savoir ce que cette

nacses

| PAUVrE créature vous apprendra,

—Croyez bien que mor impatience égale la vôtre { répondit Daniel.

Robert poursuivit, avec une animation bien jouée :

— Véronique Sollier, ainsi que vous l'ont fait conjecturer les indides déjà recueillis par vous, a vu certainement bien en taçe l’un des assassins... Elle a dû lutter avec lui...Si elle le connaissait elle l’aura reconnu..Si elle ne le connaissait pas, elle pourra le reconnaître.

La déposition de Mms Sollier me paraît être la cheville ouvrière de votre instruction...Est-ce que je me trompe ?

— Non, ecrter !

—Ah |! sij'osais..

Robert s’interrompit.

—Si vous 05162 ? répéta Daniel.

— Vous présenter une requête.

— Qui vous en empêche ?

La crainte de vous sembler indis.

cret.

—-Parlez quand mime.. Si vous êtes indiscret je vous le dirai très carrément.

—Eh bien! jaurais le plus vif désir ‘d’assister à l’interrogatoire de Véronique Sollier.. se Est-ce impossible ?

—Ce serait impossible si Véronique comparaissait comme accusée devant moi, répliqua Daniel Savanne, et mon devoir serait de vous répondre !

Non ! Mais tel n’est pas le cas, Véronique devant varaître devant moi en qualité de témoin...

Vous vous trouverez d’ailleurs dans des conditions toutes particulières, Vous êtes un proche parent de la victime et vous êtes intéressé, non moins que la justice elle-même, à connaître la vérité Certaines choses pourront d’ailleurs, dans les réponses du témoin, échapper au magistrat, qui n'échapperaient point à votre clairvoyance..

— Accédez-vous donc à ma demande ?

s’écria Robert,

Oui,

—Je n’osais l’espérer, et je ne sais comment vous témoigner ma reconnaiesance.

—Vous ne m'en devez aucune. Trouvez-vous demain à mon cabinet à midi précis... C’est à cette heure, après avoir entendu de nouveau is caissier Prieur et le contremaître Claude Grivot

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que je ferai amener devant moi Véronique Sollier… —Comptes sur mon exactitude.

—Vous me ferez passer votre carte et on vous introduira aussitôt.

Pendant ce court entretien ou le fratricide venait de faire preuve d’autant d'adresse que d’audace et d’hypocrisie, Amélie et les deux jeunes filles avaient écouté avec beaucoup d'actention.

! Mme Vernière prit à son tour la parae,

—Cette pauvre Véronique dit-elle, m'inspire un profond intérêt. Elle s'est dévouée pour porter secours à son maitre elle a failli être tuée en accomplissant cet acte de dévouement et, si sa vie est sauve, elle n’en reste pas moins atteinte d’une façon bien cruelle, puisqu'elle est privée de la vue ! Aveugle; ne pussédant rien sans autre protecteur que ce brave garçon aussi pauvre qu’elle, ce manchot dont nous a parié M. Savanne et qui gagne péniblement de quoi vi-

vre en jouant de l'orgue dans les rues, .

que va-t-elle devenir ?...

Robert fronça le sourcil,

Il présentait que sa femme, charitable comme toujours, allait vouloir in tervenir, et que de cette intervention résulterait pour lui quelque chose de fâcheux .

Mais il se garda bien de prononcer uu mot.

La mère de Philippe continus :

—Je sais à merveille qu'aucune responsabilité ne peut incomber à ceux qui prennent la suite des affaires de M. kichard Vernière, mais,à côté de la question de moralité et d'humanité.

4 Il me semble qu’un devoir s'impose à nous |...

‘ Ii me semble que nous ne saurions mieux honorer la mémoire du pére regretté de notre chère Aline qu’en nous occupant de cette pauvre créature dévouée et si malheureuse |...

Puis se tournant vers son mari, Amélie ajouta :

—N'est.ce point votre avis ?

Chacun attendait la réponse de Ro-

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