IV
Vers neuf heures du soir, le 9 mai 1794, Madame Elisabeth et sa nièce Madame Royale, verrouillées toutes deux dans la chambre du troisième étage de la tour du Temple qui avait été celle de la reine J, se disposaient à se coucher et commençaient à se dévêtir quand on frappa violemment à la double porte qui les séparait de l'antichambre de leur appartement, où séjournait en permanence un des surveillants de service.
Les deux prisonnières se hâtèrent de passer leurs robes qu'elles venaient d'ôter ; ce faisant, Madame Elisabeth, élevant la voix, pria qu'on attendît, parce quelle se rhabillait. Un homme riposta du dehors « que ça n'était pas si long ». Les coups redoublaient, au point qu'on eût cru que la porte allait céder2.
La princesse ouvrit enfin : l'antichambre était remplie d'hommes : outre les quatre commissaires de la Commune,
1 Jusqu'au 1er août 1793, date à laquelle Marie-Antoinette quitta le Temple, elle occupait cette chambre avec sa fille, et Madame Elisabeth, couchait dans la pièce voisine qui n'avait avec la première aucune communication. Il semble bien que, après le départ de la reine pour la Conciergerie, la sœur du roi vint s'installer à la place de Marie-Antoinette : tous les récits la représentent vivant en commun avec Madame Royale, mais nous n'avons rencontré aucun document qui constate officiellement ce changement d'organisation.
* Récit de Madame Royale.
en service ce jour-là, Eude, Mouret, Magendie et Godefroy, outre les guichetiers et les porte-clefs, sans le concours desquels on ne pouvait parvenir jusqu'aux détenues, se trouvaient là l'huissier Monet, du tribunal révolutionnaire, un adjudant général de l'artillerie de l'armée parisienne, nommé Fontaine, et Séraillé l, aide de camp du général Hanriot.
— Citoyenne, veux-tu bien descendre? fit un des commissaires.
— Et ma nièce?
— On s'en occupera après2.
Madame Elisabeth embrassa la fillette toute tremblante, et « lui dit de se calmer, qu'elle allait remonter ».
— Non, tu ne remonteras pas, répliqua un commissionnaire3, prends ton bonnet et descends.
Les hommes, debout, massés dans la porte et à l'entrée de la chambre, l'attendaient; tandis qu'elle cherchait son bonnet, elle trouva le moyen de se rapprocher de sa nièce, terrifiée; elle l'embrassa de nouveau, lui recommanda le courage, la fermeté et l'espoir en Dieu4.
L'huissier, pourtant, ainsi que les officiers, et aussi les commissaires perdaient patience ; ils ricanaient et invectivaient la sœur de Capet. « On l'accabla, rapporte Marie- Thérèse, d'injures et de grossièretés ». Son bagage, il est vrai, n'exigea pas grand temps : bientôt elle fut prête à partir : Madame Royale vit, parmi les uniformes et les carmagnoles, disparaître la robe blanche de sa tante, dans l'ombre de l'antichambre, vers le guichet de sortie, aux
1 Saraillée. d'après Beauchesne. Madame Elisabeth, II, 198 ; Séraillé, d'après Le Rapport de Courtois, p. 171.
* Récit de Madame Royale.
2 Eude, d'après Beauchesne, loc. cit.
* Récit de Madame Royale, loc. cit.
lueurs dansantes des lanternes ballottées aux mains des porte-clefs. La porte se referma ; elle entendit pousser les verrous, les pas s'éloigner, les voix s'éteindre dans la spirale de l'escalier ; elle restait seule, sanglotante, désespérée. Au dehors, la pluie tombait1, lavant avec un bruit monotone et désolantles hottes en planches qui obstruaient les fenêtres-.
L'enfant, ainsi abandonnée au plus haut étage de la
1 Journal inédit de Célestin Guitard, demeurant place Saint-Sulpice à l'ancienne Académie de Vaudreuil. (Communication particulière).
* Madame Elisabeth après avoir été fouillée dans la salle du Conseil, au rez-de-chaussée de la tour du Temple, fut conduite, le soir même, à la Conciergerie. Sur l'unique nuit qu'elle passa dans cette prison, avant de paraître au tribunal, on est renseigné par les Mémoires inédits de V Internonce, Mgr de Salamon. (1 volchez Pion.) — « La sainte Madame Elisabeth, dit le prélat, demeura vingt-quatre heures à la Conciergerie. Elle s'informa (auprès du concierge Richard), avec le plus vif intérêt de l'état de la reine, qu'elle appelait sa « sœur », et demanda à Richard s'il y avait longtemps qu'il l'avait vue. Celui-ci répondit : — « Elle va très bien et ne manque de rien. » (La reine, est-il besoin de le rappeler, était morte depuis sept mois.) Toute la nuit Madame Elisabeth parut inquiète. A chaque instant elle demandait à Richard quelle heure il était. Celui-ci couchait, en effet, dans un cabinet obscur attenant à l'alcôve où elle reposait elle-même. Elle se leva de bon matin ; Richard était déjà sur pied. Elle lui demanda encore quelle heure il était. Richard prit sa montre pour lui faire voir l'heure et il la fit sonner. — « Ma sœur, lui dit-elle, en avait une à peu près semblable ; seulement elle ne la montait pas... » Elle prit un peu de chocolat, puis, vers onze heures, elle s'avança à l'entrée de la prison. Beaucoup de grandes dames qui allaient avec elle à l'échafaud, s'y trouvaient déjà rassemblées. Il y avait entre autres, Mme de Senozan, sœur du ministre Malesherbes, défenseur du roi, la meilleure et la plus charitable des femmes. Madame Elisabeth chargea Richard de présenter ses compliments à sa sœur. Alors une de ces dames, dont j'ai oublié le nom, une duchesse, je crois, prenant la parole : — « Madame, lui dit-elle, votre sœur a subi le sort que nous allons subir nous-mêmes. »
Ce ne serait donc pas, comme le dit Beauchesne [Madame Elisabeth, II, 248) par l'invective d'unhomme du peuple, au pied même de l'échafaud, que la princesse fut informé* de la mort de la reine.
tour, avait, à cette époque, quinze ans et cinq mois. Elle avait vu, plus d'un an auparavant, partir son père pour l'échafaud: une nuit de juillet, la même année, on avait emmené son frère ; un mois plus tard on l'avait séparée de sa mère qu'elle croyait vivante encore dans quelqu'autre cachot, au Temple même, peut-être ; maintenant on la privait de sa dernière compagne, le seul être auquel elle eût parlé depuis bientôt dix mois. Quelles terreurs harcelèrent ce cerveau d'enfant, durant la première nuit de solitude? Les heures se succédaient interminables, égrenées par le timbre de la pendule posée devant la glace de la cheminée et dont « le sujet » représentait la For lune et sa roue*. La jeune princesse, dans l'effrayant silence qui enveloppait l'énorme tour, faisait effort pour ordonner ses pensées : où avait-on emmené sa tante? Sans doute là où déjà était la reine. Quoique les étonnantes catastrophes dont elle avait été le témoin l'eussent préparée à tous les malheurs, l'idée ne lui vint pas que celle qui, tout à l'heure, était là, si énergique et si sereine, fût en ce moment aux mains du bourreau2 : sans doute allait-on la conduire hors de France ; c'est à cette hypothèse quelle s'arrêta.
Quand, le 40 au matin, la chambre s'éclaira des lueurs de cette aube dont Madame Elisabeth ne devait pas voir se coucher le soleil, Marie-Thérèse se leva de son lit, attendant anxieusement la visite quotidienne des commissaires de service. Ils se présentèrent à l'heure habituelle, silencieux et rognes comme d'ordinaire. Courageusement, se faisant violence, elle les interrogea, demandant « ce que sa tante était devenue ».
1 Archives nationales, V1 Y.v.)\ .
*« iïlle n'avait jamais pu croire qu'on poussât la fureur jusqu'il attenter aux jours (l'une princesse qui ne pouvait avoir aucune put au Gouvernement... » Mémoires de Mmt de Tourzel, II, p. 320.
— Elle est allée prendre l'air, répondit laconiquement l'un des municipaux.
Marie-Thérèse reprit que « puisqu'elle était séparée de sa tante, elle demandait à être réunie à sa mère ». 11 W fut répliqué « qu'on en parlerait1 ».
Ces municipaux, choisis journellement, parmi les trois cents membres de la Commune, pour venir, au nombre de quatre, passer, à tour de rôle, vingt-quatre heures au Temple2, étaient, pour la plupart, des boutiquiers, des semi-bourgeois, d'opinions avancées, il est vrai, mais qu'on ne peut, raisonnablement, incriminer en masse de cruauté réfléchie et systématique. Il y avait parmi eux de bonnes gens, des pères de famille... Comment affrontaientils les regards limpides de cette enfant, les suppliant de la réunir à sa mère, qu'ils savaient, eux, morte depuis sept mois?
Dans la matinée, quelqu'un lui rapporta la clef de l'armoire où se trouvaient les hardes de Madame Elisabeth; Marie-Thérèse, sachant que sa tante était partie sans rien emporter, sollicita l'autorisation de lui envoyer du linge : la réponse fut « que cela ne se pouvait point ». La fillette insista de nouveau pour qu'il lui fût permis de rejoindre sa mère : on lui répliqua, comme précédemment, « qu'on en parlerait ». Enfin, comprenant qu'elle n'obtiendrait rien, épouvantée peut-être par la perspective de la solitude, ou, plutôt, pour obéir aux conseils de sa tante qui lui avait recommandé de réclamer, si jamais elle restait seule, les services d'une femme, elle demanda qu'on lui
1 Récit de Madame Royale.
2 Depuis le départ de Simon (19 janvier 1794) il n'y avait plus au Temple aucun gardien à poste fixe : la surveillance était uniquement excercée par les quatre commissaires nommés chaque jour par le Conseil de la Commune. {Moniteur du 30 nivôse an II.)
procurât une compagne. Les commissaires balbutièrent « qu'on verrait1 ».
La nuit revint. L'enfant resta seule. Au rez-de-chaussée de la tour, les commissaires attablés dans la salle du Conseil, s'entretenaient, sans doute, à voix basse, de l'événement du jour, l'exécution d'Elisabeth Gapet, que l'orpheline, recluse là-haut, ignorait et devait ignorer encore durant quinze mois. Quand, le 11 au matin, elle se réveilla de son cauchemar, la pluie, qui avait cessé la veille, tombait en grandes ondées2; celle qui avait été Madame Royale balaya sa chambre, fit sa toilette, prit son tricot « qui l'ennuyait beaucoup ». Madame Elisabeth l'avait ainsi accoutumée à s'occuper.
Comme elle travaillait, elle entendit qu'on pénétrait dans son antichambre; les verrous tirés, sa porte s'ouvrit : précédant le cortège accoutumé, un homme entra : c'était Robespierre.
A quoi le reconnut-elle? Marie-Thérèse ne l'a pas dit. Que venait-il faire là, où nulle fonction ne l'appelait, où rien ne justifiait, n'expliquait même sa présence? On ne sait pas. Beaulieu3 a raconté que, le jour de l'exécution de Madame Elisabeth, Robespierre, passant devant l'étalage du libraire Maret, établi alors au Palais-Royal, était entré dans la boutique, comme il le faisait assez souvent, et, feuilletant quelques livres, demanda « sur quoi roulaient les conversations ».
— On murmure, on crie contre vous, lui dit avec franchise le libraire ; on demande ce que vous avait fait Ma-
1 Récit de Madame Royale.
* a II plut très fort, le H mai, depuis cinq heures du matin, jusqu'à quatre heures après-midi. » Journal inédit de Gélestin Guitard.
3 Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution de France, t. VI, p. 40, en note. Cité par Ernest Hamel. Histoire de Robes-pierre, t. III, p. 492.
dame Elisabeth, quels étaient ses crimes, pourquoi vous avez envoyé à l'échafaud cette innocente et vertueuse personne.
— Eh bien, répliqua Robespierre, s'adressant à Barère qui se trouvait là, vous l'entendez, c'est toujours moi.... Je vous garantis, mon cher Maret, que loin d'être l'auteur de la mort de Madame Elisabeth, j'ai voulu la sauver; c'est ce scélérat de Collot d'Herbois qui me l'a arrachée *.
Est-ce l'intérêt, la curiosité, la pitié pour l'orpheline solitaire ou quelque autre sentiment plus confus qui, dès le lendemain, l'attira au Temple ? La chose demeura secrète, on n'en doit pas douter; il n'en est resté d'autre trace que le récit de Madame Royale ; et l'on serait tenté de le mettre, sur ce point, en doute, si la concordance entre l'anecdote qu'on vient de rapporter et la date de la visite à la fille de Louis XVI2, n'établissait qu'une préoccupation mystérieuse hantait à cette époque l'esprit de Robespierre, alors à l'apogée de son influence et parvenu à cette griserie de l'omnipotence où les rêves n'ont plus d'horizon. Plus tard Barère insinuera que Y Incorruptible avait projeté d'épouser la fille de Louis XY1:{ ; quel que fût son but, il se compromettait étrangement en risquant cette inexplicable démarche *.
* Beaulieu tenait, dit-il, l'anecdote de Maret lui-même. Hamel estime que l'opposition de Robespierre au meurtre de la sœur du roi est « un fait vrai, ni contestable, ni contesté ». — « Aussi, ajoutet-il, les thermidoriens... ont-ils prétendu qu'il avait eu l'intention d'épouser Madame Elisabeth, dans l'espérance de s'asseoir avec elle sur le trône de France. »
* Beauchesne et Chantelauze fixent, en effet, cette visite au 11 mai
3 Mémoires de Barras, t. I, p. 204.
* Il serait précieux de savoir qui avait autorisé Robespierre à pénétrer ce jour-là. au Temple, où nul n'entrait sans un ordre de mission précis. 11 advint même (le 6 floréal an III) que Bourlier, commandant général temporaire adjoint de la garde nationale de Paris,
Robespierre pénétra donc dans la chambre de Madame Royale ; il ne prononça pas une parole, se contentant de regarder la jeune fille « insolemment »; elle était jolie, quoique maigre et délicate ; elle avait le teint blanc, la peau fine, mais gâtée « par une humeur dartreuse qui se manifestait sur ses joues par des rougeurs » : de grands yeux bleus, « à fleur de tête1 » donnaient à son visage une expression de candeur et d'étonnement. Sous le regard du maître, elle resta impassible, ne dit pas un mot. Pourtant elle lui présenta un papier sur lequel elle avait écrit2 :
Mon frère est malade. J'ai écrit à la Convention pour obtenir d'aller le soigner; la Convention ne m'a pas encore répondu : je réitère ma demande.
Robespierre prit le billet, jeta un coup d'oeil sur les rares volumes laissés à la disposition de la prisonnière et s'en alla : les municipaux lui témoignaient « beaucoup de respect3 ». Le donjon retomba dans son silence que coupaient
s'étant présenté à la prison, porteur d'un arrêté du Comité de Sûreté générale le requérant « de s'assurer si le service s'y fait exactement», se fit refuser l'entrée de la Tour parce que l'arrêté « ne portait pas qu'il serait introduit auprès des prisonniers ». Lasne et Gomin, alors gardiens des enfants de Capet,en rendant compte du fait au Comité de Sûreté générale, ajoutaient : a le Cen Bourlier nous ayant requis d'exhiber les pouvoirs qui nous autorisent à refuser de satisfaire a sa demande, nous n'avons pu lui en représenter aucun. » Archives nationales F7 4392. Pièce 93.
1 Ce portrait tracé par Guérin, commissaire au Temple en juin i?95 eôt par conséquent d'un an postérieur àla visite de Robespiere. H est parfaitement conforme, d'ailleurs, aux gravures qui reproduisent les traits de Madame Royale à l'époque de son séjour au Temple. L<' récit de Guérin a été publié par La Sicotière dans Les Faux Louis XVII.
*. . D'avance? La princesse était donc prévenue de la visite de Robespierre. Beauelesne, et nprès lui Chantelauze ont produit le texte de ce billet. Madame Royale n'en dit pas un mot.
3 Récit de Madame Royale.
seuls des doubles tours de clefs dans de solides serrures, le bruit assourdi des tambours et des armes, et les commandements des officiers à l'heure de la garde montante.
Le Temple était une place de guerre. Le vaste enclos, entouré d'une muraille encore en partie crénelée, prenait accès, sur la rue du Temple, par un long et massif portail dont un ancien bedeau, Darque, était le concierge. Ce portail franchi, on se trouvait dans la cour spacieuse, plantée de tilleuls taillés en palissades, au fond de laquelle se dressait la sévère façade de l'ancien palais du Grand Prieur, bâli en 17:20 sur les dessins d'Oppenord, premier architecte du Régent 4.
Dans les appartements du palais est installé « le grand poste », fourni chaque jour par la garde nationale : un commandant général, un chef de légion, un sous-adjudant général, un adjudant-major, un porte-drapeau, quatorze artilleursetcentquatre-vingt-dix hommes. Deux pièces de canon sont en batterie dans la cour2.
Au delà de cette forteresse commence le jardin, que barre un énorme mur de trente-six pieds de haut3, cernant la tour de tous côtés. Ce mur est percé de deux portes: l'une charretière, en planches de chêne, armaturée de barres de fer et que Ton ne peut ouvrir sans le concours
* Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, par M. Thiery, 1787, t. I, p. 595.
* La garde du Temple fut successivement réduite. Elle était composée, avant la mort de Louis XVI, de 287 hommes, y compris les ofliciers. Plus tard elle n'en compta que 210. On en diminua encore le nombre : en thermidor an III, de 50 hommes qu'elle comptait, elle fut réduite à 15. Archives nationales F7 4392.
3 Archives nationales F7 4392, pièce 6.
de deux guichetiers, postés l'un à l'extérieur du mur, l'autre à l'intérieur, et détenteurs chacun d'une clef différente. La seconde porte est un étroit guichet, surveillé de la même façon. L'un de ces guichetiers se nomme Mancel, c'est un vieil invalide, jadis aux gages du comte d'Artois, dernier Grand-Prieur; l'autre s'appelle Richard-Fontaine : il a été terrassier.
Dès qu'on a passé ces portes, la tour, dégagée des édifices qui jusqu'en août 1792, l'ont enserrée, apparaît isolée de toutes parts, renfermée, avec quelques arbres et un jardinet, entre les quatre pans de la haute muraille; masse énorme, nue, grise, morne, avec ses tourelles rondes aux angles, coiffées de toits aigus, que domine la pointe d'ardoise du donjon, surmontée d'un énorme bonnet de la liberté en fer-blanc, peint au vermillon1.
A dix-huit mètres du sol, sur chacune des faces du monument, des hottes en planches aveuglent les fenêtres du second étage : derrière ces étouffoirs s'étiole un enfant de huit ans. Au troisième étage, sept mètres plus haut, les fenêtres, également, sont calfeutrées dabat-jour; là est enfermée la jeune fille ; à considérer ces bâillons de bois on devine qu'un peu d'air et de jour filtre jusqu'aux prisonniers par des croisées invisibles.
Sortant de ces « tabatières », s'élèvent, assujettis contre les grands vents par des ancres de fer scellées à la muraille, d'énormes tuyaux, remplaçant les cheminées absentes de la tour, et qui vont rejeter à la hauteur des toits la fumée des poêles qui chauffent mal des pièces dont les murs ont plus de deux mètres d'épaisseur2.
« Archives nationale F7 4392. Dans le mémoire de Watin, peintre, on voit que, pendant la Terreur, le prix du vermillon avait singulièrement augmenté : « Autrefois à 6 livres, il revient à présent à vingt-cinq francs la livre. »
* Mémoire de poêlerie, au Temple, par Marguerite et Firino. Archives nationales F7 1306.
Au rez-de-chaussée du donjon, dans une salle carrée, de treize mètres de long, haute et voûtée d'ogives retombant sur un pilier central, se tient le Conseil du Temple; il se compose des quatre commissaires de service, des porte-clefs, — Gourlet et Jérôme1, — et de l'économe2. Dans la tourelle nord-ouest s'enroule l'escalier de pierre, superbe, large de deux mètres, montant jusqu'à la plateforme crénelée qui entoure la flèche : il est coupé de sept guichets ; au premier étage, une pièce semblable à celle du rez-de-chaussée sert de corps de garde ; au second, une porte de fer, percée, à hauteur de l'œil, d'un judas recouvert d'un volet à glissoires3; au troisième, même porte de fer, même judas. Et ces murs épais de deux mètres et demi, les sept guichets de l'escalier, les serrures, les judas, les portes de fer, les « tabatières », la haute muraille, les guichetiers, les porte-clefs, le corps de garde, le Conseil, le poste du palais, les officiers généraux, les artilleurs, les soldats, les canons sont là pour garder deux enfants, chétifs et apeurés : formidable cage pour de tels oiselets.
La chambre de la jeune princesse, au dernier étage de cette bastille est de dimensions assez restreintes : quatre
Jérôme fut remplacé le 29 septembre 1794 par Baron.
1 L'économat du Temple fut d'abord géré par un nommé Jubaud(?), puis par Lelièvre, remplacé par Goru, en floréal an II, et réintégré jusqu'au 12 thermidor de la même année, époque où il fut arrêté par suite d'une dénonciation. La place fut enfin donnée à Liénard. Archives nationales F7 4393.
3 Fait et fourni un petit panneau en mosaïque placé au guichet de la porte d'entrée du ci-devant roi pour faciliter le porte-clef à voir les personnes qui se présentent pour entrer ; découpé dans la masse dudit panneau portant 10 pouces en carré de 3 lignes d'épaisseur, 112 ouvertures portant 6 lignes en carré chaque et de distance égale. — Même panneau à la porte du troisième étage. Mémoire des ouvrages de serrurerie faits au Temple par Durand, sewurier. Archives nationales, F4 1306.
mètres et demi en tous sens1. En revanche, elle a cinq mètres de hauteur, sous les ogives de son plafond, récemment blanchies à la chaux2. La pièce est meublée, comme au temps où s'y installa Marie-Antoinette, d'un grand lit à colonnes garni de damas vert, qui fut celui de la reine, et, après elle, de Madame Elisabeth ; d'une couchette plus petite où dort Marie-Thérèse ; d'une commode en acajou, à tablette de marbre, sur laquelle est posé un miroir de toilette, d'un canapé, de deux fauteuils et d'un paravent ; une table de nuit est placée à côté de chacun des deux lits3. Le papier de tenture figure une rayure ondulée, vert et bleu très tendre. Un cabinet de toilette, aménagé dans la tourelle sud-ouest communique avec la chambre par une sorte de couloir, fermé d'une porte peinte en blanc : ce cabinet mesure un peu plus de deux mètres et demi de diamètre.
Tel était l'étroit domaine de Madame Royale; elle s'y arrangea, dans la pesante et continuelle solitude, une vie de Robinson, laborieuse et résignée. Madame Elisabeth l'avait accoutumée à s'habiller, à se coiffer, à se lacer sans aide. Quand elle avait procédé au rangement de sa chambre et à sa toilette, quand elle avait jeté de l'eau pour rafraîchir l'air, raccommodé ses bas, ses robes et « jusqu'à ses sou-
1 La tour, — déduction faite des tourelles, — mesurait 13m.50, en toutes dimensions : l'épaisseur des murs étant de 2m,274. la salle unique de chacun des étages formait donc un carré de 9 mètres de côté : le deuxième et le troisième étages avaient été divisés en quatre pièces, à peu près égales, par des cloisons : chacune de ces pièces mesurait donc 4m,50 de longueur et autant en largeur. La Maison du Temple de Paris, par H. de Gurzon, p. 115.
* Au second elage, haut de ô^SO. on avait établi de faux plafonds de toile,- pareil aménagement n'avait pas ou lieu au troisième : — « Avoir gratté, échaudé et peint de chaux les quatre voûtes en ogives... » Mémoire fies ouvrages faits.au Temple par Watin, peintre. Archives nationales F* 4306.
8 Archives nationales F7 4391.
liers », afin de n'avoir rien à réclamer de la complaisance de ses geôliers1, elle marchait « avec une grande vitesse, pendant une heure, la montre à la main, pour remplacer l'exercice qui lui manquait2 ». Puis elle prenait un livre sur deux tablettes en encoignures placées aux angles de la cheminée : sa mère et sa tante avaient laissé quelques volumes, Les Voyages de la Harpe, entre autres, que Marie-Thérèse relut plusieurs fois3.
Trois fois par jour, les commissaires de service ouvraient sa porte et faisaient l'inspection de la chambre. Ils se montraient plus ou moins sévères, en proportion de leur civisme ou de leur peur : car ils avaient peur des complots que pouvait, à elle seule, fomenter cette enfant de quinze ans.
— Citoyenne, dis-nous donc, est-ce que tu as beaucoup de couteaux!
— Non, Messieurs, deux.
— Et dans ta table à toilette, tu n'en as pas?., ni des ciseaux ?
— Non, Messieurs, non.
Un jour, ils trouvèrent le poêle chaud.
— Peut-on savoir pourquoi tu as fait du feu ?
— Pour mettre mes pieds dans l'eau.
— Avec quoi as-tu allumé le feu?
— Avec le briquet.
— Qui te l'a donné?
— Je ne sais pas.
— Provisoirement nous allons te l'ôter ; c'est pour ta
1 Souvenirs de Quarante ans. Récit d'une dame de Madame la Dau phine, p. 251.
* Ibid.
3 La reine avait également obtenu de ses geôliers un Gil Blas qui peut-être avait été laissé à Madame Royale. Archives nationales F7
santé, de peur que tu ne t'endormes et ne te brûles auprès du feu. Tu n'as pas autre chose ?
— Non, Messieurs.
Pendant sept mois, il se trouva journellement, dans la Commune de Paris des hommes qui supportèrent d'assumer ces piteuses fonctions.
Quand on l'interroge directement, la fille de Louis XVI répond laconiquement, avec une sorte de fierté impassible, sa seule défense contre l'insolence de ses geôliers. Le reste du temps, elle vit séquestrée dans le mutisme, dans l'ignorance absolue de tout ce qui croule ou s'élève autour de sa prison ; privée de soleil, d'espace, de grand air, d'amusements, de soins et de confiance, obligée à une attitude au temps critique où lajeune fille devient femme... Quoi d'étonnant à ce que cette âme n'ait pas fleuri 1 Quels rêves ont ranci dans ce cœur obstinément comprimé?
Du tumulte de Paris effervescent, durant cet été de l'an II où chaque jour tombent, par vingtaines, les têtes qui jadis se sont penchées respectueusement devant son berceau, la ci-devant Madame Royale ne perçoit rien, que, de temps à autre, le bruit d'un tambour rythmant la générale, le cri d'un colporteur dans les rues voisines l, le tocsin grêle d'une cloche épargnée 2. Ou bien c'est Tison qui, de l'autre côté de la mince cloison, tousse et marche dans la chambre où il est reclus. Tison est ce domestique dont la Commune s'est servie pour espionner la reine, et qui, après avoir trop bien rempli son office, est
* « Un crieur à voix de stentor était payé pour répéter sous les murs du Temple le sommaire de son journal. » Souvenirs de Jean- François Lepître.
« Nous apprîmes par les colporteurs la mort du duc d'Orléans » (Récit de Marie-Thérèse-Charlotte).
« *J'ai entendu plusieurs fois, sonner le tocsin, battre la générale, sans que nies gardiens me disent pourquoi. » Lettre de Madame à Louis XVIII, publiée par E. Daudet. Histoire de l'émigration.
gardé au secret, depuis un an, dans une des pièces du troisième étage l.
La princesse, d'ailleurs, ne sait rien de ce voisinage ; elle ignore tout de la vie qui l'entoure; pendant quelque temps elle a guetté le murmure des voix qui montait de l'étage inférieur, où son frère était détenu sous la garde du ménage Simon ; mais, depuis bien longtemps, elle n'entend plus rien ; après « un grand bruit », un soir de janvier, le silence s'est fait : elle croit le Dauphin parti : en mettant l'œil à une fente des auvents de sa fenêtre, elle a vu « emporter des paquets ». Elle pensait, du reste, que, seule de tous les siens, on la gardait au Temple, qu'elle y resterait perpétuellement, assez sûre d'elle-même pour savoir bien qu'elle ne risquerait jamais une question qui pourrait ressembler à une prière.
Une autre fois, par un jour chaud de juillet, un de ces jours sans date comme sont les jours de prison, la rumeur de la ville lui sembla gronder plus bruyamment qu'à l'ordinaire : il y eut des appels de tambour, des tintements de tocsin. Quand Caron, le garçon servant, lui apporta son dîner, elle ne voulut pas interroger et on ne lui dit rien ; mais le lendemain matin, dès six heures, un vacarme inaccoutumé éveillait la tour : les portes s'ouvraient et se
1 Pierre-Joseph Tison, ancien commis aux barrières, né à Valenciennes en 1735, avait épouse Anne-Victoire Baudet, née à Paris en 1736. Ils avaient un fils et une fille, Anne- Victoire-Pierrette Tison, qui épousa Thomas Mascret, demeurant à Paris. Tison et sa femme sont en grand"; partie responsables de la mort de la reine et de celle de Madame Elisabeth : la femme Tison, épouvantée de la tragédie où elle se débattait, devint folle : on l'interna à l'Hôtel-Dieu, depuis le fc juillel 1793 jusqu'au 24 février 1795. Tison resta au Temple, et toujours au secret jusqu'après le départ de Madame Royale. Il mourut à Paris, rue de Limoges, n° 36, le 3 nivôse an VI (23 décembre 1797) sa femme ne lui survécut que pendant quelque mois. Communication de A. Dégis. V. aussi Y Intermédiaire des chercheurs et curieux du 30 mars 1897.
fermaient, la garde criait aux armes! Marie-Thérèse sauta de son lit et s'habilla en hâte. A peine était-elle vêtue qu'on tira ses verrous : des hommes pénétrèrent ; ils avaient de beaux costumes, des écharpes et des panaches, luxe insolite. Un d'eux, — elle sut depuis que c'était Barras, — s'approcha d'elle, « l'appela par son nom », s'étonna de la trouver debout à cette heure matinale, essaya de lier conversation : elle ne répondit pas. Les visiteurs sortirent : la jeune fille les entendit un instant plus tard, dans la cour, haranguer les hommes de garde; puis des cris : Vive la République ! Vive la Convention ! Le jour se passa sans qu'elle apprît rien : elle avait grand peur. Le surlendemain, vers neuf heures et demie du soir, comme elle s'était mise au lit, sans lumière, la porte s'ouvrit, des gens entrèrent, sans jurons, ni menaces : un nouveau régime commençait.
C'est ce soir-là que lui fut présenté Laurent, le nouveau commissaire, nommé dès le 10 thermidor aux fonctions de gardien des enfants du tyran1.
On verra, plus avant, par le récit de Madame Royale, quelle fut la conduite qu'adopta Laurent à l'égard de la prisonnière. Dès qu'elle se fut avisée, au ton dont il lui parlait, sans la tutoyer, qu'il n'était pas de ces hommes sans pitié dont la rudesse l'avait tant épouvantée, elle lui demanda des nouvelles de ses parents, et si on allait la réunir à sa mère. Laurent répondit « avec un air très peiné » que cela ne le regardait pas. De lui non plus elle n'apprit rien, ni l'état du dauphin, ni le sort de la reine, ni la chute de Robespierre ; il se montrait plein de déférence, mais gardait, sur ces points, un silence obstiné.
* Archives nationales, F7 4301. Laurent avait, à cette époque, vingtquatre ans. étant aé à Port-Royal (Martinique) le 25 juillet 1770 ainsi qu'en fait foi son acte de naissance publié par M. Tantet. Revue hebdomadaire, 19 août 1905.
Maintenant les visites des « gens à panache » se répétaient assez fréquemment. Il en vint deux le lendemain de l'installation de Laurent : plus assurée elle réitéra ses questions : elle n'obtint rien que le conseil de patienter. Cinq semaines plus tard, quelques heures après la grande explosion de la poudrière de Grenelle qui secoua tout Paris, jusqu'au Temple, deux autres conventionnels se présentèrent1 : une autre inspection eut lieu, à la fin d'octobre 1794, en pleine nuit, vers une heure du matin.
A cette époque une modification fut introduite dans l'organisation du service du Temple. Un assistant fut adjoint à Laurent : il s'appelait Gomin. C'était un homme simple, de trente-huit ans2, prudent, rangé, modéré d'opinions et aussi susceptible de pitié que désireux de ne point se compromettre. Il entra en fonctions le 9 novembre. En même temps qu'il désignait Gomin pour ce poste de confiance, le Comité de Sûreté générale arrêtait la suppression des quatre commissaires quotidiens envoyés par la Commune. A l'avenir, un seul surveillant, choisi parmi les commissaires civils des sections de Paris, devait venir prendre chaque jour, à midi, la garde au Temple3.
Si ses geôliers se montraient plus humains, Madame Royale n'en vivait pas moins dans une solitude presque absolue. Laurent et Gomin montaient chez elle trois fois par jour, veillaient à ce que son feu fût allumé, sa chambre
1 Madame Royale ne dit pas leurs noms : c'était André Dumont et Goupilleau. Ils vinrent, à dix heures du matin, « constater l'existence des deux entants ». Lettre de Laurent au Comité de Sûreté générale. Archives nationales. F7 4392.
* Gomin était né le 17 janvier 1757.
3 Paris était divisé en 38 sections : chaque section comptait six commissaires civils : on voit qu'en supposant qu'il n'y eût aucune détection, le tour de garde de chacun des commissaires ne devait revenir que tous les dix mois.
nette, ses repas bien servis : elle n'avait pu obtenir d'aucun d'eux un seul mot qui la fixât sur le sort des siens ni sur son avenir ; la majeure partie du temps elle vivait seule, encore qu'on l'eût autorisée à sonner ses gardiens quand elle aurait besoin de leurs services. Elle ne profitait guère de la permission. Un jour, de consomption, elle s'évanouit : elle revint à la vie sans secours et ne songea pas à en réclamer. Sa santé l'inquiétait peu; à certaines heures son découragement était tel qu'elle aurait souhaité mourir1.
Les mois pourtant s'écoulaient : à divers indices il lui eût été facile de discerner que les bourreaux se lassaient ; mais que pouvait comprendre à la tragédie dont elle était l'innocente victime cette fillette qui, depuis trois ans bientôt, n'était instruite d'aucun événement, alors qu'il ne restait rien du monde qu'elle n'avait fait qu'entrevoir et dont elle ne soupçonnait même pas la complète disparition?
A.u commencement de l'hiver2, les « gens à panaches » reparurent : ils se présentèrent au nombre de trois : trois conventionnels, trois régicides : Jean-Baptiste-Charles- Mathieu Mirampal, député de l'Oise, J. Reverchon, député de Saône-et-Loire et le ci-devant baron Jean-Baptiste- Harmand, député de la Meuse. Le rapport que ces délégués du Comité de Sûreté générale durent rédiger après leur visile au Temple n'a pas été retrouvé; mais, plus tard, Harmand de la Meuse en écrivit le récit : il le fit, il est
1 Souvenirs de Quarante ans, loc. cit.
- Le 2 décembre 1794, dit Eckard. lieauchesne et Cbanlelauze assignent Le 27 lévrier 1798 comme date delà visite des Conventionnels. M. Henri Provins : Le dernier roi légitime de France, t. I. p. '.Vil, Ja place obligatoirement entre le 5 novembre 1794 et le 4 janvier 1795. Il était réserré à M. Frédéric Barbey d'en précise? la date exacte qui est le 1!) décembre 1794. Madame Atkins et la prison du Temple, par Frédéric Barbey, p. 184.
vrai, à 1 époque de la Restauration1 et, comme on en jugera, en un style bien différent de celui qu'aurait employé ce plat personnage à l'époque où Madame Royale, devenue duchesse d'Angoulême et dauphine de France, n'était encore que la fille Capet. Cette narration amphigourique et qui dénote chez son auteur autant de prétention que de servilité ne mériterait certes pas d'être reproduite si l'on n'y trouvait quelques détails précieux sur la prison de Marie-Thérèse et sur son attitude devant ses visiteurs. Elle est attachante encore pour une autre raison, que voici : au printemps de 1816, le cadavre d'un pauvre hère mort de misère, fut trouvé, un matin, étendu sur le pavé dans la rue du Monceau-Saint-Gervais : on le porta à la Morgue. Sous les haillons dont il était vêtu on découvrit ce billet :
A Son Altesse Royale Madame, duchesse d'Angoulême. Votre Altesse daigner 'a-t-elle pardonner à un des membres de F effroyable Convention nationale- ?.
Reconnu par des passants, le corps fut extrait de la Morgue pour être inhumé : c'était celui du baron Harmand de la Meuse, ex-représentant du peuple, ex-préfet de Napoléon au département du Bas-Hhin. Son dernior appel, en mourant de faim, était pour celle que, vingt ans auparavant, empanaché et protecteur, il avait vue dans un cachot, grelottant de froid, les mains couvertes d'engelures, sans qu'il eût usé de son influence pour adoucir son sort.
1 Dans une plaquette qui eut deux éditions et qui a pour titre : Anecdoles relatives à quelques personnes et à plusieurs événements remarquables de la Révolution. Nous suivrons le texte de la deuxième édition, Paris, 1820.
* Archives de la Préfecture de Police. Dossiers des Conventionnels régicides, 1816.