AUX HOMMES D'HONNEUR DE TOUT PAYS
Ames sincères qui reconnaissez l'existence d'un intérêt plus grand que la vie et toutes les jouissances de la vie, savoir, la paix avec Dieu et l'approbation d'une bonne conscience, avez-vous assez réfléchi à l'abnégation et au sacrifice qu'exige la possession constante et assurée d'un bien si précieux? Repassez les événements de votre vie; rassemblez vos souvenirs. Ne rencontrez-vous point çà et là tel acte, telle parole, telle pensée que vous voudriez effacer de votre souvenir et plonger dans un éternel oubli? D'où vient qu'il vous arrive souvent encore de faire le mal que vous haïssez au lieu du bien que vous approuvez 1? Une voix intérieure,
1 Rom., VII, 14.
plus forte que toutes vos raisons et toutes vos excusés, ne vous force-t-elle pas de convenir que vous auriez dû, que vous auriez pu agir différemment ?
Tl a existé en Judée un homme dont nous savons avec certitude qu'il ne s'est jamais repenti, qu'il n'a jamais eu sujet de regretter quoi que ce soit, qu'il ait fait, dit ou pensé. Les témoignages les plus authentiques sont d'accord sur ce point. Dans quelle parenté cet homme est-il avec Celui qui se rend témoignage à lui-même dans nos consciences et qui, toutes les fois que nous négligeons ses avertissements pour écouter une voix qui n'est pas la sienne, nous dit : « Prends garde à ce que tu fais , tu en rendras compte ? »
Le véritable honneur est celui que ni les attraits les plus séduisants de la volupté, ni la perspective des souffrances les plus cruelles, ne sauraient faire dévier de l'étroit sentier du devoir et de la vertu. C'est cet honneur-là que la gentilité évangélisée a reconnu et qu'elle exalte dans ce Jésus, le rejeté des hommes, le bafoué, le crucifié.
Il est un peuple qui a été mis au ban des nations, traité par elles de la façon la plus inhumaine , la plus ignominieuse et finalement rayé de leur nombre ; c'est ce peuple à l'aspect duquel un an-
cien Voyant, appelé par une puissance ennemie pour le maudire, a été forcé de s'écrier :
« Il (l'Eternel) n'a point reconnu de fausseté en Jacob, découvert d'iniquité en Israël \ »
C'est le peuple d'Israël, le peuple du Messie. Il semble que, dans ce Juste méconnu des siens, indignement traité par eux, Israël aurait dû se reconnaître, lui le souffre- douleur des nations. Il n'en a point été ainsi. Une analogie aussi frappante, un rapprochement aussi naturel, Israël l'a désavoué, répudié de toutes ses forces; il a dit :
« Israël a été traité par les nations avec una souveraine injustice. Jésus de Nazareth, au contraire, n'a reçu des siens que ce qu'il méritait ; car il s'est dit le Fils de Dieu. C'est un blasphème; Dieu n'a point de fils. »
De qui voulez-vous que soit le fils celui dont Dieu a parlé ainsi à Moïse :
ce Tu diras donc à Pharaon : « Ainsi a dit l'Éternel : Israël est mon fils, mon premier-né ; je t'ai dit : Laisse aller mon fils, afin qu'il me serve 2. »
Et par l'organe du prophète Osée : « J'ai appelé mon fils hors d'Egypte 3. •»
De qui est fils le Roi que l'Eternel a sacré en Sion, sa sainte montagne, et qui parle ainsi de soi :
1 Nombr., XXIII, 21. — 2 Ex., IV, 22. — 3 Osée XI, I.
« Je publierai le décret de l'Éternel. Il m'a dit : « Tu es mon fils; je t'ai engendré aujourd'hui. Parle, les nations seront ton héritage. De la terre entière je ferai ta propriété, jusqu'à ses extrémités les plus reculées. Tu briseras avec un sceptre de fer ceux qui te résisteront ; tu les mettras en pièces, comme un vase d'argile *. »
Ici les Israélites se récrieront. « Vous avez entendu : Tu les briseras avec un sceptre de fer ; tu les mettras en pièces comme un vase d'argile. Comment reconnaître l'Oint de l'Eternel, notre Roi-Messie, le dominateur de toutes les nations de la terre, le Fils de Dieu, dans ce Jésus de Nazareth saisi et lié en Gethsémané , condamné par le Sanhédrin, flagellé, souffleté, mis en croix entre deux brigands? Le sens commun, d'accord avec le psaume, dit assez qu'avant de se laisser réduire au silence, traiter par ses adversaires d'une manière aussi barbare, aussi ignominieuse, aussi attentatoire à la majesté du Saint des saints, le Fils de l'Eternel, usant de tous ses pouvoirs et déployant la force de son bras , les aurait écrasés , pulvérisés, anéantis.
« Il est vrai, l'on nous cite d'autres prophéties
1 Ps., IF, 8-11).
qui prouveraient qu'avant d'être élevé à ce haut degré de puissance et de gloire, le Messie devait être profondément abaissé, traité comme le dernier des hommes, immolé enfin, pour le péché de son peuple 1 ; mais impossible que cela concerne Celuilà même qui est l'attente d'Israël, son grand libérateur. Ah! plutôt endurer nous-mêmes mille opprobres^ subir mille morts, souffrir toutes les tortures imaginables, plutôt que de voir notre Roi- Messie méprisé , conspué ; mis au rang des plus grands criminels 2. »
Ainsi pensaient les disciples de Jésus eux-mêmes avant la résurrection de leur Maître.
Le peuple, rempli d'admiration pour les miracles et les enseignements de Jésus, se livrait à diverses conjectures sur sa personne. Les uns le prenaient pour Jean-Baptiste, d'autres prétendaient qu'il était Elie, d'autres qu'il était Jérémie ou quelqu'un des prophètes. Jésus voulut savoir ce que pensaient de lui ses disciples. Pierre, prenant la parole au nom de tous, déclara qu'il le reconnaissait ce pour le Messie, le Fils du Dieu vivant 3. » Mais là s'arrête pour lui l'enseignement d'en haut.
Es., LUI, 1-6. — 2 Marc, XV, 27-29.
Matth., XVT, 13-18.
Lorsque, ensuite," Jésus annonce à ses disciples l'obligation où il est de se rendre à Jérusalem, d'y souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, d'y être mis à mort..., voyez comme le prince des apôtres se cabre et se révolte à l'idée d'une si lamentable catastrophe :
« Prends pitié de toi, Seigneur, je t'en conjure; impossible que cela t'arrive. »
La réprimande fut des plus sévères1. Fallait-il que le disciple, qui naguère avait fait un si magnifique aveu, se liguât avec l'Adversaire pour faire broncher son Maître dans l'âpre et rude sentier du sacrifice et du renoncement? Devait-il opposer ses vues étroites et bornées aux oracles de la sagesse divine, à l'ordre exprès du Tout-Puissant?
Certainement , l'apôtre avait besoin d'être redressé; sa présomption, sa témérité, méritaient un blâme ; mais qui lui reprochera d'avoir manqué de zèle pour son Maître, d'un tendre et vif attachement?
Placé, comme il l'était, sous l'enseignement direct de la sagesse divine, si le peuple d'Israël ne se fût pas détourné vers des enseignements et des traditions purement humaines, il eût mieux reconnu
1 Mattli..XVI, 21-24.
qu'il ne l'a fait jusqu'à ce jour la profondeur de l'abîme que le péché de l'homme a creusé entre le Père et les enfants. 11 aurait senti, il aurait compris quelle infinie charité et condescendance de la part du premier, quelle obéissance de foi et quel acquiescement aux conseils de la sagesse divine étaient nécessaires de la part des seconds, pour arriver à une entente et à une unité d'action victorieuse de toutes les puissances du mal. Israël, trop peu détaché des intérêts de cette terre, a refusé de suivre son Roi-Messie dans la voie du sacrifice et du renoncement. Il n'a pu se faire à l'idée de l'abaissement volontaire de Celui qui est souverainement élevé. En un mot, le Christ crucifié et ressuscité d'entre les morts est encore aujourd'hui, pour Israël, la grande pierre d'achoppement *.
On se rappelle le généreux élan de l'armée française à la bataille de Marengo, lorsque, voyant le général en chef, alors premier consul, se jeter au fort de la mêlée, dans le moment le plus critique, elle s'écria spontanément et d'une voix unanime : « Nous ne voulons pas que le premier consul s'expose.
« A nous, soldats et officiers, qui combattons
1 Ps., CXVIII, 22-24. Es., VIII, 13-16; XXVIII, 16. Rom., IX, 30, s.
sous, vos ordres,^ d'exposer nos vies et de verser notre sang dans les combats ; mais celui qui veille sur -les destinées de la patrie, et qui tient en sa main le .timon de l'Etat, est dans l'obligation de ménager ses jours. »
Oui, guerriers intrépides, vous allez maintenant regagner vos positions et culbuter l'ennemi. Mais, si votre général eût ménagé ses jours, s'il n'eût pas affronté à votre tête le feu de l'ennemi ; si, à la vue d'un si grand péril, transportés et hors de vousmêmes, vous ne fussiez pas devenus soudain d'autres hommes, vous cédiez à des forces supérieures aux vôtres, et la victoire encore indécise échappait de vos mains.
Ge n'est pas tout. Une journée aussi mémorable ne se terminera pas sans qu'un trait singulier de clémence à la fois et d'intrépidité vous ait appris la manière dont celui qui vous commande entend ses devoirs de père de la patrie et de chef de ses armées, jaloux de maintenir la règle et la discipline militaire.
Une sentinelle placée, le soir du combat, en avant du champ de bataille, s'était laissé gagner «parle sommeil. Le cas était grave; l'ennemi, encore dans le voisinage, pouvait surprendre un poste mal gardé. Le général en chef fait sa ronde et, arrivé
AUX ISRAÉLITES, . rf , • 9
aux avant-postes, aperçoit la sentinelle endormie, avee son fusil glissé à ses côtés. Que fera celui qui est lui-même le plus strict observateur de la discipline qu'il commande à tous, en présence d'un de ces manquements que la loi militaire ne pardonne pas? Il éveillera la sentinelle avec indignation et la traduira devant le conseil de guerre, qui appliquera la loi.... Rien de tout cela. Doucement et sans rien dire, il relève l'arme abandonnée, la porte à son épaule et fait sentinelle jusqu'au moment où, le jour commençant à poindre, le soldat se réveille en sursaut et, ouvrant les yeux , reconnaît avec effroi le général en chef qui veille à sa place, l'arme au bras. Il s'avoue coupable, il est perdu... Le premier consul lui rend son arme, et se contente de lui recommander plus de vigilance à l'avenir. Bientôt la nouvelle est dans toutes les bouches. Un camarade avait échappé à la honte et à la mort, et la discipline était sauvée.
Israélites, qui a donné aux hommes cet instinct de la vraie grandeur? Qui leur a fait comprendre à quel point s'honore un chef qui descend volontairement chez ses inférieurs, qui partage toutes leurs privations, toutes les fatigues, tous les périls, afin» de donner à tous l'exemple de l'obéissance et d'un inviolable attachement à la règle et au devoir ? Ah !
10 AUX ISRAELITES.
sans doute, c'est Celui qui est la grandeur, comme il est la clémence et la charité même. Certes, si la terre et le ciel doivent s'entendre quelque part , c'est bien dans la question d'honneur.
Israélites, nos frères, qui deviez être nos maîtres dans la connaissance des choses divines, d'où vient que vous n'avez pas su voir et adorer comme nous, dans votre Messie, ce trait distinctif du caractère divin? D'où vient que, pendant des siècles, vous vous êtes montrés les plus ardents et les plus déclarés adversaires de ce qui glorifiait au plus haut degré la clémence en même temps que la justice et la sainteté de votre Dieu ? Est-il possible que vous envisagiez comme exécrable et abominable dans votre Roi-Messie, ce que vous êtes bien forcés d'admirer et d'exalter dans le vainqueur d'Arcole et de Marengo ?
Vous vous récriez : a Non, jamais, jamais, nous ne croirons que Jésus de Nazareth, l'homme qui a souffert et expiré sur le Calvaire, soit avec Celui qui a parlé avec nos pères en Sinaï, et leur a dit :
« Tu n'auras point d'autre Dieu devant ma face ; »
« Que Jésus, disons-nous, le crucifié, soit avec le Dieu de Sinaï un seul et même Dieu »
Israélites, écoutez, écoutez.
AUX ISRAELITES. H
Les dix paroles proclamées en Sinaï, du milieu des éclairs et des tonnerres, étaient-elles de Dieu, ou des hommes?
— De Dieu.
— Dieu n'a-t-il pas aussi parlé par la bouche de Moïse et des prophètes?
— Israël ne le met pas en doute.
— Lors donc que Jésus affirmait que sa doctrine n'était pas de lui, mais de Dieu qui l'avait envoyé ; que ce qu'il disait et enseignait, il ne le disait et ne l'enseignait pas de son chef1, il n'affirmait rien de contradictoire à la vraie foi israélite.
— Evidemment non.
— Israël croit que Dieu a opéré des miracles par l'organe de Moïse et d'autres hommes de Dieu ?
— Oui.
— Lors donc que Jésus déclarait que ce n'était pas lui qui opérait la guérison des malades , non plus que les autres œuvres miraculeuses dont ils étaient témoins , mais le Père qui agissait en lui et par lui2, il n'avançait rien non plus de contradictoire à la foi israélite ?
— Loin de là.
— Celui qui ne dit et ne fait absolument que
1 Jean, VIII, 28; XII, 49; XIV. 10. 24. — 2 Id., XIV, 10; X, 37-39.
ce que Dieu veut qu'il dise et qu'il fasse , n'est-il pas en droit de se dire un avec lui?
— Incontestablement.
— Jésus, qui protestait ne dire et ne faire jamais rien que ce que Dieu voulait qu'il dît et qu'il fît, ne blasphémait donc pas, en se disant un avec Dieu l ?
— Non certes.
— Entre ceux que l'Eternel appelle ses fils2, sur qui ses regards s'arrêteront-ils avec le plus de complaisance; lequel appellera-t-il « son Filsbienaimé en qui il a mis toute son affection 3 » ? Ne sera-ce pas celui qui n'aura jamais fait que sa volonté, toute sa volonté et rien que sa volonté?
— D'accord.
— Nous lisons, au premier livre de Moïse, que les frères de Joseph avaient conçu pour lui une haine telle qu'ils ne pouvaient plus lui parler avec douceur'', et qu'ils allèrent jusqu'à comploter de le faire mourir5. Israélites , réfléchissez sur les causes de cette haine ; vous serez sur la voie des motifs qui ont porté les enfants de Jacob , contemporains de Jésus de Nazareth , à se défaire de lui.
1 Jean, X, 30, s. — 2 Es. XLIII, G. Jér., III, 19; XXXI, 9. 3 Matth., III, 17 ; XVII, S. — * Gen., XXXVII, 4. — 5 16., 18.
Joseph a été haï de ses frères :
i° Pour sa conduite irréprochable, qui faisait un trop grand contraste avec la leur * ;
2° A cause de la prédilection que Jacob leur père montrait pour lui 2 ;
3° A cause des songes dont il les avait entretenus , lesquels présageaient sa future élévation3.
Or, l'on sait de quelle manière les principaux de la nation juive ont accueilli la réforme prêchée par le fils de Marie, et la sévérité des censures dont eux surtout ont été l'objet; avec quel cri d'indignation ils se sont élevés contre l'annonce qu'il leur a faite, en plein Sanhédrin, de son règne et de sa gloire à venir * ; avec quel esprit de malice et d'envie ils ont cherché à noircir les œuvras magnifiques de la Toute- Puissance opérées par lui.
Il est écrit au psaume II :
« Baisez le Fils, de peur qu'il ne s'irrite et que vous ne périssiez dans cette voie, pour peu que sa colère s'embrase. Bienheureux tous ceux qui auront leur refuge vers lui ! »
Ecoutons, d'autre part, le prophète Jérémie : «Maudit l'homme qui s'appuie sur l'homme, qui
Gen. XXXVII, 2. — 2 Ib., 3. — 3 Ib., 5-12. Matth., XXVI, 63-09. Marc, XIV, 61-66.
de la chair a fait son bras , et se retire de l'Eternel! » XVII, 5.
Comment concilier deux autorités , dont l'une recommande si fortement ce que l'autre condamne avec non moins d'énergie ? Deux autorités, dont la première exige que l'on rende hommage au Fils et qu'on mette sa confiance en lui ; pendant que la seconde dévoue à la malédiction celui qui se confie en un homme, enfant d'Adam? Ne sera-ce pas en admettant, avec les Evangiles, que si celui que, dans ce psaume , Dieu appelle son Fils , appartient à notre humanité , il y a en lui plus qu'un homme ; qu'en lui la nature divine est étroitement liée à la nature humaine , tellement que l'Eternel envisage comme rendu à lui-même l'hommage rendu à son Oint, au Roi-Messie issu de lui ? Selon qu'il est écrit :
« Que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n'honore pas le Fils, n'honore pas le Père qui l'a envoyé. » Jean, V, io.
Et, dans un autre endroit :
« Quiconque nie le Fils , n'a pas non plus le Père. » I Jean, II, a3.
Et ailleurs :
ce Dieu était en Christ (le Messie), réconciliant le monde avec Lui-même. » II Cor. V, 19.
Israélites, qui baisez à F envi les franges du rou-
leau de la Loi, porté processionnel le ment dans vos synagogues , ne prenez-vous point le change ? La parole de Dien ne vous recommande rien à cet égard. C'est au Fils que cet hommage doit être rendu.
Mais, direz-vous :
« La Loi nous a transmis la pensée et les intentions du Saint des saints. Quelle est la pensée divine, la conséquence qu'il faut tirer, pour la sanctification de l'homme, des souffrances de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu? »
— Celle-ci déjà : qu'il vaut infiniment mieux demeurer fidèle au commandement divin, eût-on à essuyer les plus grandes contradictions, les plus cruelles souffrances, le plus amer mépris de la part des hommes, que d'étouffer le cri de sa conscience et de désobéir à Dieu, fut-on environné de tous les honneurs, rassasié de tous les plaisirs.
Les Israélites finiront par reconnaître dans leur Roi-Messie, avec les plus sages et les plus éclairés d'entre les Gentils, cette humanité sans défaut et sans tache1, qui n'oppose ni résistance ni réserve à l'obéissance due au Très-Haut, principe éternel de l'ordre moral et raison suprême de toutes choses.
1 Jean, I, 29, 36. I Pierre, I, 19.
Entrant dans cette obéissance, dont Abraham leur a déjà donné un si éclatant exemple, touchés d'une componction véritable, regrettant amèrement la dureté de cœur et l'incrédulité de leurs pères, pleins d'une sainte et généreuse indignation contre euxmêmes, ils s'élanceront avec une ardeur sans égale, dans la voie de la régénération et du renouvellement, où ils auraient dû toujours nous précéder.
La croix , récompense décernée dans nos États modernes à ceux qui ont bien mérité de la patrie et de l'humanité, n'est- elle pas comme un témoignage rendu à Celui dont le martyre , hommage suprême à la sainteté de la Loi , a sauvé le monde ?
Le Nouveau Testament est la contre-partie et le complément nécessaire de l'Ancien.
A l'homme de l'Ancien Testament, tiré de la poussière, qui a cru s'égaler au Tout-Puissant, en contrevenant à une défense positive, répond, dans le Nouveau, l'homme né d'une vierge bénie entre toutes, un Israélite, de la tribu de Juda et de la famille de David ; lequel , conscient de son existence et de son activité éternelle dans le sein du Tout-Puissant, ayant assisté et coopéré à toutes ses créations, à toutes ses œuvres, ne s'en est pas prévalu , pour s'élever au-dessus de ses frères égarés
et déchus; mais, au contraire, s'est mis à la dernière place, se faisant le serviteur, le répondant, le souffre-douleur de tous.
A celui qui s'e^t laissé aller à satisfaire un caprice en dehors de l'ordre, répond celui qui n'a voulu qu'une seule chose, obéir, accomplir l'ordre divin.
A l'homme qui d'une vie de délices est tombé dans la servitude , l'impuissance et une misère profonde, répond celui qui, d'une vie de souffrance et d'humiliation, s'est élevé à la droite de la Toute- Puissance, dans la bienheureuse éternité.
Toute l'histoire de l'humanité se rattache à ces deux hommes d'esprit et de tendances opposées: l'homme du caprice et de la propre volonté , l'homme de l'obéissance et du devoir; l'homme de la volupté hors du devoir, et l'homme de la douleur dans l'obéissance; l'homme d'Éden et l'homme de Gol gotha.
A l'homme qui s'est perdu et nous a perdus avec lui, répond celui qui, ne s'étant jamais égaré, est venu nous ramener au bon chemin et nous retirer de la perdition.
A vous, peuple d'Israël, incombait la tâche d'amener toutes les nations de la terre à la connaissance et à l'obéissance du vrai Dieu. Arrivé au
temps marqué par les prophètes, votre Roi-Messie a invité, sollicité son peuple à le suivre dans la voie du sacrifice et du renoncement. Bien qu'il ait apparu comme le grand Envoyé de Dieu, revêtu de tous ses pouvoirs , vos pères ont été sourds à ses exhortations et à ses avertissements ; et, non-seulement cela, mais les principaux l'ont accusé comme séditieux et rebelle, auprès du représentant d'une domination qu'ils détestaient , et n'ont pas eu de repos qu'il n'eût livré l'accusé dont il avait reconnu hautement l'innocence, au supplice des plus grands scélérats. On ne pouvait user de plus de perfidie; mais, «ce qu'ils avaient pensé en mal, Dieu l'a pensé en bien ï, » pour votre salut et celui de l'humanité tout entière. Rendu à la vie, comme vos pères à la liberté lors de leur sortie d'Egypte, « à main forte et à bras étendu 2 ; » et s' étant montré vivant à une élite d'entre les Israélites, qui avait reconnu en lui le grand Envoyé de Dieu 3, le Fils du Dieu vivant *, Adonaï, le Roi et le Dieu d'Israël 5 , il leur commanda d'aller prêcher à toutes les nations la repentance et le pardon des péchés , en son nom6, en commençant par Jérusalem 7. Ils
1 Gen., L, 20. — 2 Deut., XXVI, 8. — 3 Jean, VI, 68.' 4Matth., XVI, 16. Jean, VI, 69. — 5 M., I, 50; XX, 2* * Matth., XXVIII, 19. Luc, XXIV, il. — 7 Luc, ib.
AUX ISRAELITES. 19
ont obéi , et bientôt leur voix a retenti jusqu'aux extrémités de la terre \
Israélites, vous ne sauriez nier que ce ne soit la prédication des souffrances , de la mort et de la résurrection de Jésus de Nazareth , qui a renversé et renverse encore partout, de nos jours, les idoles, les faux dieux et les vains systèmes de la sagesse humaine.
Et vous vous croisez les bras! Et vous restez indifférents , sinon hostiles, à l'évangélisation du monde! Israélites, le Chef de l'ariffée de l'Eternel vous attend à la brèche où il est monté avec une poignée de braves ; il ne livrera pas le dernier assaut sans vous. Hâtez-vous de le joindre et de réclamer votre place à sa droite, au poste de l'honneur.
1 Romv XI. 18.
LA
La. Fille de Sion a pour objet le rétablissement d'Israël.
Israël se relèvera et sera rétabli alors que, de tout son cœur et de toute son âme, il retournera au principe auquel il doit son origine.
Ce qui ressort le plus clairement des faits et des enseignements consignés dans le Livre sacré des Hébreux, c'est que la volonté du Dieu tout-puissant, créateur des cieux et de la terre , est que l'homme , son enfant , lui soit semblable en justice, en droiture, en sainteté.
Ce qu'il a le droit d'attendre de quiconque porte le nom d'homme, Dieu l'a recommandé à Israël de la façon la plus expresse et la plus positive :
« Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël et
dis-leur : « Soyez saints, parce que je suis saint, moi, l'Éternel, votre Dieu *. »
Comme s'il disait :
La raison même qui fait que rien d'injuste ni d'immoral ne peut entrer dans la pensée ni dans les actes de l'Être tout-puissant qui vous a donné l'existence, et vous a tirés de la servitude égyptienne pour le servir Lui seul, cette même raison-là doit faire que vous aussi, Israélites, vous vous absteniez de tout ce qui est mal et qui a quelque apparence de mal. Cette raison, quelle est-elle ?
C'est que la nature du Dieu créateur et libérateur est sainteté. Dieu est saint; quiconque est né de lui est dans l'obligation de lui ressembler et de vivre dans la sainteté.
Dieu a créé l'homme pour lui être semblable et pour reproduire ici-bas son divin caractère :
Et Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance 2. »
C'est sur cette ressemblance avec Dieu, son Créateur, qu'est fondée la domination que l'homme exerce sur ce globe et sur tous ses habitants :
« Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance, et qu'il domine, etc. »
Quiconque n'est pas saint, ne se détourne pas avec horreur de tout ce qui présente le caractère de la fausseté, de la méchanceté, de l'immoralité , celui-là n'est
1 Lévft., XIX, ■>. — 2 C.oii., I, 26.
pas l'homme que Dieu veut , il est le contraire de ce que Dieu veut.
La voix du Dieu créateur et sauveur crie aux hommes : « Soyez saints, séparez-vous de tout ce qui peut vous séduire et vous entraîner au mal. Renoncez-vous ; soyez prêts à sacrifier ce qui peut vous paraître le plus selon vos goûts, le plus avantageux, aux exigences du principe éternel de l'ordre moral. Là est la force, la grandeur, la vraie et éternelle félicité. »
Mais il est une voix opposée à celle-là qui, appelant l'homme à part, lui dit d'un ton railleur et insinuant : « Je suis la voix de la nature, qui t'a fait ce que tu es et qui t'a donné des goûts et des inclinations à satisfaire ; va comme ton cœur te mène, ne renonce à rien, saisis ce qui peut te faire le plus de plaisir, sans renvoyer au lendemain. »
Ces deux voix étant diamétralement opposées l'une à l'autre, il s'agit de prendre conseil et d'examiner à laquelle il convient d'obéir et, dans la conduite de notre vie et les déterminations que nous avons à prendre, laquelle doit l'emporter.
Qui peut combler tous nos vœux, répondre à tous nos désirs, sinon le Tout-Puissant? Le Tout-Puissant, quel est-il? Est-ce cette nature indulgente et favorable à nos penchants quels qu'ils soient, ou Celui dont le nom est l'Éternel, le Dieu de sainteté, Celui qui, dans mille et mille occasions, nous dit : Renonce, abstiens-toi ? — On fera bien de s'attacher au plus puissant des deux :
« Jnsques à quand clocherez-vous des deux côtés? Si c'est l'Éternel qui est Dieu, suivez-le ; si c'est Baal (en qui vous adorez la nature personnifiée), suivez-le. » 1 Rois, XVIII, ai.
L'Éternel, le Dieu de sainteté, a dit à Israël : « Je suis l'Éternel ton Dieu, qui t'ai tiré du pays d'Egypte où tu étais esclave des hommes, pour faire de toi un peuple qui me craigne moi seul et me serve moi seul. Je suis le Dieu fort, tout-puissant 1 , confie-toi en l'Éternel et fais le bien , habite la terre et nourris-toi de vérité , fais de l'Éternel tes délices, et 11 accordera les demandes de ton cœur 2. »
Israël a été créé pour attester, à la face de toutes les nations, que le Tout-Puissant est un Dieu de sainteté.
Ce qui fait règle, chez le peuple mis à part pour le salut et l'instruction de tous, ce n'est pas l'ordinaire, le vraisemblable, ce que le commun des hommes envisage comme étant la nature des choses, le seul possible ; mais plutôt l'extraordinaire, l'invraisemblable , le surnaturel, ce qu'à vues humaines nous déclarons impossible.
L'Éternel veut que son peuple apprenne et que , par son peuple, tout l'univers apprenne et sache que c'est
1 Gen., XVII, 1. — 2 Ps., XXXVII, 3-5.
Lui, l'Éternel, le Dieu de sainteté, et non ce que nous appelons la nature, qui est le Tout-Puissant. C'est pour cela qu'il est intervenu à réitérées fois , avec des circonstances et une publicité telle que son peuple n'a pu douter de son intervention.
De même que la pluralité humaine est sortie d'un seul homme, Adam le transgresseur, il a fallu que la pluralité israélite sortit d'un seul, lsaac, fils de l'obéis sance et du sacrifice. Mais, pour bien constater que cette naissance était son œuvre à Lui, et non celle des forces et de la volonté de l'homme, Dieu a fait naître celui des fils d'Abraham, par qui la bénédiction devait s'étendre sur toute la famille humaine , d'un père centenaire et d'une mère stérile et nonagénaire , dès longtemps hors d'âge d'avoir des enfants. Voilà par où commence l'histoire d'Israël, par une intervention surnaturelle, parmi miracle ; et toute l'existence de ce peuple sera miracle.
Il faut que tout serve à l'accomplissement des desseins du Tout-Puissant, même ce qui semble là exprès pour les traverser et les faire échouer.
La famille de Jacob, transportée en Egypte par une direction merveilleuse qui change en bien ce que les hommes avaient pensé en mal l, s'accroit jusqu'à devenir un peuple nombreux. Mais l'un des Pharaons qui n'avait point connu Joseph - ne l'entend point ainsi et,
1 Gen.,L, 20. — 2 Ex., I, 8.
pour arrêter une multiplication qui l'inquiète, il ordonne que tout ce qui naîtra d'enfants mâles chez les Israélites soit jeté au fleuve. Il ne se doutait pas que cet ordre barbare serait le moyen dont Dieu se servirait pour élever aux plus hautes destinées le futur libérateur de son peuple , après l'avoir sauvé des eaux.
Voilà Israël secouant ses fers, en marche pour le pays que l'Eternel son Dieu avait juré à ses pères de lui donner. Mais, revenu de l'épouvante où l'avait jeté la mort des premiers-nés, Pharaon considère la perte qu'il va faire d'une population nombreuse, sujette, pliée aux plus rudes travaux ; il regrette de l'avoir laissée partir: « Qu'avons-nous fait de laisser Israël quitter notre service ' ? » Sa résolution est prise : il marchera avec ses gens de guerre à leur poursuite.
Cependant les Israélites, au lieu de prendre le chemin direct du pays des Philistins, peuple guerrier avec lequel il eût fallu se battre, ont fait un détour par l'ordre de Dieu, et se sont dirigés du côté de la mer, vers le désert. Le monarque égyptien ne pouvait rien souhaiter de plus favorable à son dessein. Les Israélites sont enfermés entre une armée formidable et la mer ; pas un n'échappera, à moins que, par impossible, la mer ne s'ouvre et ne se partage pour les laisser passer. Par impossible ! Eli bien, par impossible, la mer s'ouvrira et
1 Ex., XIV, 5.
ils passeront. Mais vous, leur oppresseur, qui ne voyez dans cette obéissance de la mer au Maître de l'univers, que l'effet de causes physiques, vous vous précipiterez dans le gouffre après ce peuple qui, lui, obéit à une injonction du Tout-Puissant, et vous et toute votre armée vous périrez.
A. bien des siècles de distance, les Juifs, dispersés dans les vastes États du roi de Perse, seront menacés d'une entière destruction par la méchanceté d'un Amalécite, leur mortel ennemi. H abusera de la haute faveur dont il jouit auprès de son souverain pour venger sur tout un peuple la blessure faite à son orgueil par un seul homme, Mardochée, fils de Saïr. Déjà il a fait dresser devant son palais une potence de cinquante coudées pour y faire monter le principal objet de son ressentiment. Le décret de proscription , scellé de l'anneau royal, a été expédié dans toutes les provinces de l'empire; il est irrévocable, la loi des Perses le veut ainsi. Le jour est fixé, tout se prépare pour le massacre. Les .lu ifs jeûneront, ils revêtiront le cilice et la cendre, l'épouvante et le deuil seront dans toutes leurs demeures. Mais, par des incidents que la sagesse humaine ne pourra prévoir, il arrivera qu'au lieu d'être pendu à l'infâme poteau, le Juif Mardochée, devenu soudain l'objet de la faveur du roi Àssuérus, sera promené en triomphe dans les rues de la capitale par son ennemi , qui aura cru voter pour lui-même cette insigne distinction. Un nouvel édit permettra aux Juifs de s'armer
pour leur défense, et leur implacable ennemi mourra avec ses fils, sur l'échafaud où il espérait voir monter l'homme dont l'attitude courageuse et ferme avait excité sa fureur. Reprenons :
Sorti de l'opulente Egypte, Israël s'en va périr dans les steppes de l'Arabie sans ombre et sans eau. Où est la province embarrassée de son superflu , où est la grande puissance avoisinante qui fournira à ces deux millions d'hommes le blé et les autres provisions nécessaires pour subsister, pendant quelques mois au moins, dans ces contrées désertes? Demandez à l'Angleterre, abondante en ressources de toute espèce , et dont les vaisseaux sont sur toutes les mers, s'il est si facile (le nourrir, pendant un espace de temps quelque peu prolongé, une classe seulement de la population manquant de pain. Mais Celui qui a commandé à une chétive semence de nourrir annuellement des myriades de créatures humaines pendant toute la suite des générations, aura le pouvoir de donner à une rosée tombant du ciel à temps réglés, la consistance et la saveur d'une substance nutritive, et de quoi soutenir son peuple pendant quarante ans ; et il le fera , dit le conducteur de ce peuple, organe et rapporteur de tant de merveilles, afin qu'Israël s'humilie et sache que le Tout-Puissant a d'autres ressources que le fruit du travail et des sueurs de l'homme, pour faire subsister le peuple qu'il s'est choisi et qu'il a créé pour sa
gloire '. A la même parole créatrice et toute-puissante il appartiendra de faire jaillir des eaux vives d'un dur rocher.
Toute la génération qui avait offensé l'Eternel par ses murmures et ses rébellions est tombée dans le désert, à l'exception de Josué, fils de Nun, et de Caleb, fds de Jéphunné, lesquels étaient demeurés fermes dans leur foi à la promesse de Dieu. Moïse lui-même meurt à la frontière de la Terre promise, selon que l'Éternel l'avait prononcé 2. Josué, qui lui succède, a été désigné pour introduire en Canaan la nouvelle génération.
Pour comprendre l'histoire de cette conquête et les événements d'un ordre extraordinaire qui l'ont signalée et favorisée, il ne faut pas abandonner le principe qui rend raison de tout : c'est qu'Israël a été suscité exprès pour être en exemple aux nations ; pour leur faire toucher, comme au doigt, cette vérité capitale : que l'Éternel, le Dieu de sainteté, fait tout ce qu'il lui plait dans le ciel et sur la terre 3, et que toute délivrance vient de Lui.
Toute l'armée israélite est arrêtée devant le Jourdain ; elle le traversera, mais par un miracle qui rappellera à cette nouvelle génération le bras qui avait ouvert un passage à leurs pères au travers des eaux de la mer Rouge.
C'était le temps de la moisson, saison de l'année où
1 Deut., VIII, 3. — 2 Deut., XXXIV, 5. — 3 Dan., IV, 32.
les eaux du Jourdain s'élèvent par-dessus leurs berges. Les prêtres, enfants d'Àaron, ont reçu l'ordre d'avancer, l'arche de l'Alliance sur leurs épaules. Dès que la plante de leurs pieds a touché le fleuve , ses eaux se séparent et s'amoncellent à droite, à une grande distance. Les prêtres demeurent arrêtés au milieu du fleuve, par le commandement de l'Eternel, jusqu'à ce que tout le peuple ait passé.
Josué pénètre dans le territoire ennemi; mais, avant qu'il ait livré bataille, son Dieu lui rappellera que le pays où il est entré appartient à l'Eternel, et qu'à la tête du peuple de Dieu marche un chef invisible plus puissant que lui, Josué.
Arrivé dans la plaine de Jéricho, Josué lève les yeux et voit en face de lui un homme tenant en sa main une épée nue. Josué va droit à lui : « Es-tu des nôtres, lui dit-il, ou à l'ennemi? » — « Non, je suis le chef de l'armée de l'Éternel, et j'arrive... » Josué tombe la face contre terre et, prosterné : « Qu'a mon Seigneur, ditil, à commander à son serviteur? » Et le chef de l'armée de l'Éternel de dire à Josué : « Détache ta chaussure de tes pieds, parce que le lieu sur lequel tu es arrêté est saint. » Et Josué fit ainsi '.
Cependant l'armée isra élite arrive devant Jéricho. La place est défendue par son roi et par ses habitants, milice guerrière, retranchée derrière ses murailles. Jéricho
1 Jos., V, 13, s,
tombera, mais d'une manière et avec des circonstances telles qu'Israël sera forcé de dire : « Ce n'est pas sous l'effort de mon bras que cette place de guerre est tombée, mais par le pouvoir de Celui qui combat pour Israël, quand Israël entend sa voix et fait ce que Dieu commande. »
L'arche de l'Alliance, précédée et suivie des enfants d'Israël en armes, fera le tour des murailles de la ville pendant six jours. Sept prêtres marcheront devant l'arche, sonnant du cor. Le septième jour, l'arche et l'armée feront sept fois le même tour, et incontinent, les prêtres sonneront du cor, le peuple poussera un grand cri; aussitôt la muraille croulera et les soldats monteront à l'assaut, chacun devant soi '.
Trois mille hommes détachés de l'armée d'Israël sont envoyés contre la ville moins considérable d'Aï; mais les habitants font une sortie, tuent trente hommes et mettent le reste en déroute. La force d'Tsraëll 'avait abandonné; l'interdit s'était glissé dans le camp. Un Israélite de la tribu de Juda avait dérobé et enfoui dans sa tente une riche portion du butin de Jéricho, voué en totalité au trésor de la maison de l'Éternel. L'Eternel ne rendit sa faveur à son peuple qu'après que l'interdit eut été découvert et puni. Mais encore, comment l'interdit a-t-il été découvert? Par un moyen qui devait remplir Israël d'une salutaire frayeur, et le convaincre que rien n'é-
1 Jos, VI.
châppe aux regards du Saint des saints, et qu'il a le pouvoir d'amener au grand jour ce qu'il y a de plus caché f.
Cependant les rois de Canaan se sont coalisés contre Israël et contre Josué. Cinq d'entre eux sont campés avec leurs armées devant Gabaon. Josué marche contre eux et, encouragé par l'Éternel, leur livre bataille.
L'Éternel jette l'épouvante et la confusion dans les rangs ennemis, et fait tomber sur les fuyards de grosses pierres qui les écrasent en plus grand nombre que ceux qui avaient péri par l'épée '.
Il est reconnu de nos jours qu'il tombe des pierres du ciel, pierres métalliques d'une dimension parfois considérable. Israël ne pouvait s'aveugler au point de ne voir dans ce météore qu'un pur effet des lois naturelles ou du hasard, comme on dit.
« Si les nations s'épouvantent des signes des cieux , vous, maison d'Israël, ne vous en épouvantez point 3. »
On sait quelles frayeurs causaient aux anciens peuples les éclipses de soleil et de lune, l'apparition d'une comète -, comment ils se prosternaient devant les astres, auxquels ils attribuaient une influence décisive en bien ou en mal dans les affaires humaines. Israël n'était pas demeuré étranger à cet égarement universel 4 ; comment
Jos., VII. — 2 Ib., X. — 3 Jér., X, 1-3. Osée, XI, 2. Amos, V, 20. Actes, VII, 42-44.
l'en guérir? Comment convaincre, une fois pour toutes, le peuple de Dieu que ces globes de feu qui roulent sur nos tètes, et dont la marche constante et régulière règle les travaux et tout l'ensemble de la vie humaine, ne sont pas des dieux , mais des créations du seul vrai Dieu, d'un ordre inférieur à celui des intelligences en vue desquelles elles ont été faites?
Aucun miracle ne répond mieux à l'idée que le Dieu d'Israël voulait que son peuple conçût de sa toutepuissance et de l'absolue domination qu'il exerce sur toutes choses, que celui qui fut accordé à la foi de Josué, l'intrépide conducteur du peuple de Dieu, dans la fameuse journée où il livra bataille aux cinq rois amorrhéens réunis. L'Éternel, en présence de qui il se tenait et sous la conduite duquel il marchait, lui avait promis la victoire ; mais une journée ordinaire ne suffisait pas pour la décider. La foi, d'origine divine, appartient à un ordre de choses supérieur à l'inflexible nécessité. Josué crie à l'Éternel et, au même instant, se sent en rapport avec un pouvoir d'une nature irrésistible. Laissons parler l'auteur sacré :
«C'est alors que Josué parla à l'Eternel, dans la journée où l'Eternel livra l'Amorrhéen aux enfants d'Israël, et Josué s'écria en présence d'Israël : « Soleil, arrête- toi « sur Gabaon, et toi, lune, sur la vallée d'Àjalon '. » Or,
1 L'arrêt de la lune n'était pas nécessaire au but que se proposait Josué. 11 est remarquable qu'astronomiquement, l'un des phénomènes ne pouvait avoir lieu sans l'autre.
le soleil s'arrêta et la lune demeura immobile, jusqu'à ce que le peuple eût tiré satisfaction cle ses ennemis. N'estce pas là ce qui est écrit au livre du Droiturier? « Le « soleil s'arrêta au milieu des cieux, et retarda son couce cher environ un jour entier. » Après quoi, le document historique ajoute :
« Et il n'y a jamais eu de jour, ni avant ni après, où l'Éternel exauçât la voix d'un homme comme dans ce jour-là, car l'Éternel combattait pour Israël '. »
L'adoration des astres était injurieuse à la majesté du vrai Dieu ; elle dégradait l'homme prosterné devant des objets matériels qui, quelle que fût leur masse et la grandeur de leurs orbites, avaient été créés non pour commander, mais pour servir. Les faire obéir à la voix d'un homme, c'était anéantir leur prétendue déité dans l'esprit des hommes, et les remettre à leur place.
Il est resté dans la tradition des anciens peuples , comme le souvenir d'un jour prolongé au-delà des limites ordinaires , avec des variations quant à l'heure , tenant à la position de l'observateur sur divers points du globe. Josué n'avait nul besoin de savoir que c'était la terre et non le soleil ni la lune dont il fallait arrêter le mouvement. Il s'est exprimé comme nous nous exprimons nous-mêmes tous les jours.
On objecte que la loi qui règle le mouvement des corps célestes est quelque chose de trop grand, de trop
1 Josué, X., 12-15.
nécessaire à la marche de l'ensemble, pour que Celui qui l'a établie ait songé à la suspendre, ne fut-ce que de quelques instants, sur un seul point. Mais qu'est-ce qui est grand devant l'Infini, impossible au Tout-Puissant? Qu'est-ce qui est nécessaire devant lui?
En revanche, quand il s'agit de l'envoi du Fils de Dieu, nécessaire au salut de la race humaine, impossible, a-t-on dit, que le Tout-Puissant ait envoyé le Fils de sa dilection éternelle sur ce globe, grain de poussière imperceptible dans l'immensité de l'univers. Mais que fait la grandeur physique à la question morale ? Un assassinat commis sur un homme de cinq pieds sera-t-il moins condamnable et moins douloureux pour ceux qui lui sont attachés, que celui qui aurait atteint un homme d'une taille beaucoup plus élevée? Est-ce au moyen de la règle et du compas que l'on juge de l'étendue de la souffrance et du remords? Placé par la loi de sa création , entre l'infiniment grand et l'infiniment petit , l'homme est appelé, d'un côté comme de l'autre, à se prosterner devant la sagesse, la bonté et la toute-puissance de son Dieu. La sagesse du Créateur est-elle moins adorable clans l'instinct d'un chétif insecte que dans celui de l'éléphant?
Israélites, votre histoire n'est autre chose, d'un bout à l'autre, que la toute-puissance de Dieu manifestée dans l'infirmité de la nature humaine. Là est votre force ; vous ne vous l'êtes point dit assez.
Toutes les familles de la terre, sauf le peuple que
Dieu s'était réservé, avaient abandonné le vrai Dieu. Le centre de la force était déplacé; il n'existait plus dans une seule volonté souveraine, intelligente et libre, mais dans la nature et ses phénomènes. Les hommes, n'ayant plus foi au Dieu de sainteté, manquaient du point d'appui nécessaire pour résister à leurs passions et combattre leurs mauvais instincts ; la porte était ouverte à tous les vices. Comment presser les peuples au nom du soleil, de la lune, de quelque étoile, au nom d'un bœuf, d'un serpent, d'un fétiche, d'écouter la voix de la justice plutôt que celle de l'intérêt personnel, de suivre les lois de la chasteté, de la sobriété , plutôt que les appétits des sens et les attraits de la volupté? Déifiant les vices les plus honteux, les païens s'autorisaient de l'exemple de ces dieux infâmes pour commettre toute espèce d'abominations et de cruautés. On comprend la rigueur de la loi divine à l'endroit d'un égarement qui , ravalant l'homme au-dessous de la brute, déshonorait son Créateur.
A l'Israélite fauteur et propagateur de l'idolâtrie , la loi n'accordait ni grâce ni merci, pas même de la part de ses plus proches parents et de ses plus intimes amis, lesquels étaienl sommés, au contraire, de le dénoncer à l'autorité supérieure et, la peine de la lapidation prononcée, de lever contre lui la première pierre.
« Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme qui repose dans ton sein, ou l'ami qui est comme ton âme, t'incite en secret et te dit : Allons ser-
vir d'autres dieux, que ni toi ni tes pères n'ont connus, d'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, près ou loin de toi, d'une extrémité du pays à l'autre ; point de sympathie pour lui, tu ne l'écouteras point; tu n'auras pour lui ni pitié ni clémence, et tu ne le tiendras point caché ; mais tu ne manqueras pas de le faire mourir. Ta main se lèvera la première contre lui pour le mettre à mort et, après toi, celle de tout le peuple. Tu l'assommeras de pierres et il mourra, parce qu'il a cherché à te détacher de l'Éternel ton Dieu, qui t'a retiré du pays d'Egypte, de la maison de servitude ; afin que tout Israël craigne , et qu'une action aussi criminelle ne se répète pas au milieu de toi.
« Si tu entends dire que des hommes perdus, sortis du milieu de toi, ont séduit les habitants d'une des villes que l'Éternel ton Dieu t'a données, en disant : Allons servir d'autres dieux, que vous ne connaissez pas ; tu feras des perquisitions, des enquêtes , et procéderas à un interrogatoire exact. S'il est avéré, constaté, que cette abomination a été commise au milieu de toi, tu frapperas de lépée les habitants de cette ville-là. Dévoue la ville au tranchant de l'épée, avec ses bestiaux et tout ce qu'elle contient. Tu assembleras toutes ses dépouilles au milieu de la place, et consumeras par le feu la ville et toutes ses dépouilles, en holocauste à l'Éternel ton Dieu. Elle demeurera ruine à perpétuité, et ne sera pas rebâtie. Que rien de ce qui aura été dévoué ne reste en tes mains, afin que l'Éternel
revienne de l'ardeur de sa colère et te fasse miséricorde , qu'il ait compassion de toi et te multiplie, comme il Ta juré à tes pères , à la condition que tu sois docile à la voix de l'Eternel ton Dieu, gardant tous ses commandements que je te prescris aujourd'hui, et faisant ce qui est droit aux yeux de l'Éternel ton Dieu 1. »
Ainsi, l'inflexible volonté du Dieu d'Israël était que son peuple, nonobstant sa petitesse et sa faiblesse relative, fût une vivante et énergique protestation contre l'infidélité générale. Israël devait résister à toute espèce de séductions et de menaces de la part des nations puissantes dont il était environné, en attendant qu'il reçût l'ordre formel d'aller les chercher dans leur égarement et de les amener toutes, grandes et petites, à l'obéissance du seul vrai Dieu. Quelle lutte inégale ! Quel besoin continuel de l'assistance d'en haut! Une tâche surhumaine exigeait le concours d'un pouvoir surhumain.
L'on peut résumer ainsi les conditions de l'alliance contractée entre Israël et l'Éternel :
Israël s'engage à obéir à la voix de l'Éternel son Dieu et à garder sa loi ; et Dieu , de son côté , s'engage à protéger Israël sur cette ligne, à intervenir dans toutes ses détresses, et à le rendre victorieux de tous ses ennemis.
Suivez l'histoire du peuple d'Israël sous ses juges et sous ses rois : vous le verrez prospérer et tenir tète à
1 Dent., XIII, 7, s.
ses ennemis, aussi longtemps qu'il écoute son Dieu et qu'il garde ses commandements; et, au contraire, tomber dans le malheur et l'assujettissement, dès qu'il se détourne de son Dieu et qu'il se met à faire ce qui lui déplaît Sitôt néanmoins qu'Israël revient, humilié et repentant, à l'Éternel son Dieu, le Tout-Puissant lui rend sa faveur et intervient.
Un personnage divin apparaît à Gédéon *, et lui donne commission de délivrer Israël de la main des Madianites. « Pardonne, mon Seigneur, lui répond Gédéon, « avec quoi délivrerai-je Israël? Hélas! ma famille est « la plus faible de Manassé, et moi, je suis le plus petit « de la maison de mon père. » L'Éternel (Jéhovah, celui qui sera, c'est le nom donné à ce personnage extraordinaire) lui répond : « Parce que Je serai avec toi, tu « battras les Madianites comme un seul homme. » Parce que Je serai avec toi ; tout est là.
Gédéon commence par détruire l'autel de Baal ; puis, rempli d'un courage extraordinaire, il sonne du cor. Les hommes de sa tribu et ceux des tribus voisines, auxquels il envoie des messagers, se rassemblent autour de lui. Il s'en va camper à quelque distance des Madianites, avec une armée de trente mille hommes. Mais l'Éternel dit à Gédéon : « Il y a trop de gens avec toi « pour que je livre Madian entre leurs mains. Il serait « à craindre qu'Israël ne s'élevât contre moi avec or-
1 Juges, VI, 12.
« gueil et ne dit : « C'est à mon bras que je dois ma dé- « livra n ce »
L'armée est réduite à dix mille hommes ; l'Eternel la déclare trop nombreuse encore. Une nouvelle épreuve la réduit à trois cents hommes, et l'Eternel dit à Gé- « déon : C'est par ces trois cents que je vous délivrerai « et que je livrerai les.Madianites entre tes mains. Que « tout le reste de la troupe s'en retourne chez soi. »
Israël ayant de nouveau offensé son Dieu, il est livré pour quarante ans entre les mains des Philistins. Au bout de ce temps, ce même personnage désigné dans les Ecritures, tantôt sous le nom d'Envoyé de l'Éternel, tantôt sous celui de l'Éternel lui-même, apparaît à un homme de la tribu de Dan et à sa femme, sous une forme très-imposante, et leur annonce la naissance d'un fils, qui commencera à délivrer Israël de l'oppression des Philistins '. Ce fds, à qui sa mère donne le nom de Samson , est doué d'une force surnaturelle , mais qui dépend de l'observation d'un vœu et d'un engagement sacré. L'engagement est rompu par les séductions d'une Dalila; la force de Samson n'est plus que celle d'un autre homme.
« Garde ton cœur plus qu'aucune chose qu'on garde, a dit le roi Salomon, car de lui jaillissent les sources de la vie . »
Il y a dans l'entraînement de la volupté, une cause de
1 Juges, XIII. — 2Prov., IV, 23.
dissolution. Salomon, le sage Salomon lui-même, s'étant laissé aller, vers la fin de sa carrière, à des pratiques idolâtres, par complaisance pour des femmes étrangères, il lui fut annoncé que son royaume serait déchiré , qu'une très-grande portion serait ôtée à son successeur, et donnée à l'un de ses sujets. Il fallut qu'avant de quitter ce monde, ce prince qui avait connu toutes les grandeurs, épuisé toutes les jouissances, confessât hautement le néant des choses qu'il avait recherchées avec le plus d'ardeur, et ajoutât à ses paroles de désenchantement cette salutaire sentence :
« Crains Dieu et garde ses commandements, car c'est là tout l'homme. Parce que Dieu amènera toute œuvre en jugement, avec tout ce qui est caché, soit bien, soit mal l. » +
Égaré par la politique infidèle et le funeste exemple de ses rois, le royaume des dix tribus s'enfonçait toujours plus dans l'idolâtrie et dans tous les désordres qu'elle autorise et encourage, lorsque apparut le prophète Élie. Écoutons de quelle manière il s'annonce au roi Achab :
« Aussi vrai que l'Éternel, le Dieu d'Israël devant qui je me tiens, est vivant, il n'y aura pendant ces années-ci ni pluie ni rosée, sinon à ma parole 2. »
Quel défi porté à ces dieux de la nature, auxquels des générations dégradées offraient des victimes hu-
1 Eccl., XII, 13, s. — 2 Rois, XVII, 1 .
maines, et qu'elles ne rougissaient pas d'adorer sous les plus hideuses et les plus indécentes représentations !
La sécheresse dénoncée par l'homme de Dieu dure environ trois ans et demi. Durant ce temps, il est pourvu d'une manière miraculeuse à l'entretien du prophète et à celui d'une femme de Sarepta, qui a cru à la parole du Dieu d'Israël. L'enfant de cette femme meurt; il lui est rendu à la prière et à l'intercession d'Élie. « Alors, est-il dit, l'Éternel exauça le cri d'Élie ; l'âme de l'enfant rentra en lui, et il recouvra la vie l. »
Anne, la mère du prophète Samuel, savait ce qu'elle disait lorsque, dans le transport de sa joie et de sa reconnaissance envers le Dieu d'Israël, elle s'écriait :
« L'Éternel est celui qui fait mourir et qui fait vivre, qui fait descendre au sépulcre et en fait remonter 2. »
Dans tout le cours du ministère d'Élie, l'Éternel intervient. Qui est maître de la foudre? Est-ce l'Éternel, le Dieu d'Israël, ou le Baal des prêtres sidoniens? Un défi dans toutes les formes est proposé à ces derniers au nombre de quatre cent cinquante. On procurera deux taureaux, dont les adorateurs de Baal choisiront et immoleront l'un; l'autre sera pour Élie. Le feu ne sera pas mis au bûcher ; sera reconnue comme le vrai Dieu, celle des deux divinités rivales qui aura répondu par la foudre descendue sur l'autel, à l'invocation qui lui sera faite.
1 Rois, XVII, 22. — 2 I Sam., IL 0.
Les prêtres de Baal prennent les devants, immolent, leur victime, la dépècent, la placent sur le bûcher, invoquent leur dieu, s'agitent, se font des incisions et se livrent à des transports frénétiques jusqu'au soir. Point de réponse. Alors Élie s'avance vers l'autel de l'Éternel, qu'il avait relevé de ses mains, et s'écrie :
« Éternel, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël , qu'il « soit notoire aujourd'hui que tu es le Dieu d'Israël, « que je suis ton serviteur, et que c'est" par ton ordre « que j'ai fait toutes ces choses. Réponds-moi, Éternel, « réponds-moi, et que ce peuple reconnaisse que c'est « toi, Éternel, qui es Dieu, et qui auras ramené leur « cœur au repentir ! »
Aussitôt le feu de l'Éternel descend, consume l'holocauste, le bûcher, les pierres, la poussière, et absorbe l'eau versée en abondance dans la rigole creusée autour de l'autel. A ce spectacle, le peuple entier se jette la face contre terre, s'écriant : « C'est l'Éternel qui est Dieu , « l'Eternel qui est Dieu ' ! »
Élie disparait de la scène par une intervention d'en haut extraordinaire entre toutes les autres, après avoir désigné Elisée comme son successeur dans la charge.de prophète du vrai Dieu.
Le ministère d'Elisée est, comme celui d'Élie, une protestation constante et de tous les moments en faveur du Dieu vivant, personnel, maître souverain de la na-
1 IRois, XVIII, 2i, s.
turë, contre tout ce que des hommes à théories et à systèmes s'aviseraient de lui opposer. La protestation subsiste, indestructible, dans les documents qui nous l'ont conservée ; mais le peuple au milieu duquel elle a eu lieu, et qu'elle n'a pas ramené au principe divin qui faisait sa force, a succombé comme nation. Encore aujourd'hui, l'on est à la recherche des descendants des Israélites des dix tribus.
Le royaume de Juda, quoique réduit à deux tribus seulement, serait demeuré debout s'il se fût tenu ferme dans la foi au Dieu vivant et dans l'observation de ses saintes lois.
Ézéchias, roi de Juda, est assiégé dans Jérusalem par l'armée de Sennachérib, roi d'Assyrie. Sennachérib lui envoie de Libna, qu'il a investie, des messagers avec une lettre, dans laquelle il associe le Dieu d'Israël aux dieux des nations que ses pères, les rois d'Assyrie, ont dé Imites, et défie ce Dieu de sauver Ézéchias de ses mains. Ézéchias monte au temple et, déployant la lettre en présence de l'Éternel, il invoque Celui qui a fait les cieux et la terre et qui domine sur tous les royaumes d'ici-bas :
« Maintenant donc, Éternel notre Dieu, délivre-nous, « je te prie, de la main de Sennachérib, afin que tous « les royaumes de la terre sachent qu'il n'y a de Dieu, « o Éternel! que toi '. »
1 II Rois, XIX, 19.
La réponse fut terrible ; un invisible envoyé du Tout- Puissant frappa en cette même nuit cent quatre-vingtcinq mille hommes du camp des Assyriens !.
II n'y a pas si longtemps que l'Europe a été visitée, et elle l'est encore, par l'un de ces fléaux dont l'invasion soudaine, les prompts et effrayants ravages ne sont peut-être pas sans quelque analogie avec la plaie épouvantable qui détruisit l'armée assyrienne en une seule nuit. Il est possible que les symptômes du mal aient été les mêmes ; mais ils ne suffiraient pas pour expliquer le fait d'une délivrance aussi éclatante et aussi complète. Le roi Ézéchias et tout ce qu'il y avait d'Israélites fidèles et pieux à Jérusalem y auront reconnu l'action de l'invisible agent qui avait frappé, dans une seule et même nuit, tous les premiers-nés des Égyptiens.
Ezéchias est malade à la mort. Ésaïe , le prophète , vient lui annoncer sa fin prochaine et l'exhorte à mettre ordre à sa maison. Ezéchias, profondément ému, se tait et, se tournant vers l'Éternel son Dieu, lui adresse une ardente supplication. Ésaïe n'avait pas encore regagné sa demeure , que la parole de l'Éternel lui fut adressée en ces termes :
« Retourne, et dis à Ézéchias, conducteur de mon « peuple : « Ainsi parle l'Éternel, Dieu de David, ton « père : J'ai entendu ta prière et vu tes larmes; fje vais
I II Rois, XIX, 33.
« te rétablir. Dans trois jours tu monteras à la maison « de l'Éternel; j'ajouterai quinze années à tes jours, et « te mettrai hors de l'atteinte du roi d'Assyrie, toi et « cette ville que je protège pour l'amour de moi et « pour l'amour de David, mon serviteur l. »
Ézéchias réclame un miracle comme garantie de la promesse qui lui a été faite. Le prophète lui demande ce qu'il préfère : que l'ombre du soleil qui marquait les heures du jour dans son palais avançât de dix degrés ou retournât en arrière d'autant. Ezéchias se décide pour le second prodige, qui peut-être lui parait plus frappant. Le prophète invoque l'Éternel, qui fait reculer l'ombre solaire de dix degrés sur le cadran d'Achaz. Faire reculer de quinze années une mort présente et inévitable selon le cours ordinaire des lois de la nature, nous paraît bien aussi difficile que de faire rétrograder le soleil 2 ou son ombre sur un point de l'espace déjà parcouru. Y a-t-il impossibilité absolue? Nous prononcer pour l'affirmative ne nous paraîtrait ni sage, ni bienséant, ni même désirable en présence du Tout- Puissant, l'unique espoir de notre salut.
Qu'elle est admirable la réponse des trois jeunes Hébreux au roi Nébucadnézar, qui les menaçait de les faire jeter dans la fournaise ardente préparée pour qui refuserait de se prosterner devant le colosse éclatant d'or, élevé dans la plaine de Doura !
1 II Rois, XX, 1, s. — 2 Es., XXXVIII, 8.
« Le Dieu que nous servons a le pouvoir de nous dé- « livrer de la fournaise ardente. S'il ne le fait pas, nous « n'en sommes pas moins fermes dans notre refus de « servir tes dieux et de nous prosterner devant la statue « d'or que tu as érigée1. »
Ici encore, faut-il s'étonner si le Dieu d'Israël, provoqué dans la personne de trois de ses fidèles serviteurs, intervient pour apprendre à un orgueilleux monarque, qui s'envisage comme le maître absolu de la religion de ses sujets, qui est le Tout-Puissant?
« Rendez à César ce qui est à César, mais à Dieu ce qui est à Dieu. » Mattli., XXII, ai.
De tout temps, une basse adulation s'est empressée de rendre suspects aux puissances de ce monde ceux qui, en matière de conscience et de religion, en appelaient de leurs décrets à l'ordre positif du Roi des rois. Ecoutons l'accusation portée au roi Nébucadnézar contre les trois jeunes Hébreux :
« Certains Juifs que tu as préposés à l'administration « de la province de Babel, Sadrac, Mésâc et Abed-négo , « ces hommes-là, o Roi, ne tiennent aucun compte de « toi ; ils ne rendent aucun culte à tes dieux et n'adok rent point la statue d'or que tu as élevée 2. »
« Sire, disaient à Louis XIV les ennemis de ceux qui a en appelaient des abus de l'Église romaine aux exce presses déclarations de l'Evangile, souffrirez-vous
'Dan., 111,17-19. — * lb., 12.
« dans vos États des sujets ayant la prétention de suivre « une autre religion que celle de Votre Majesté? »
Si seulement les partisans de la Réforme, en France, au lieu de prendre les armes et d'user de représailles, comme ils l'ont fait, cà et là, avec exaspération, avaient toujours suivi le conseil de notre divin Maître : « Lorsqu'ils vous persécuteront dans une ville, fuyez « dans une autre l ; » ou si la facilité de fuir leur était refusée, plût à Dieu que, renonçant à se faire justice à eux-mêmes, ils eussent remis leur cause, avec une entière confiance, aux mains du Tout-Puissant !
Nébucadnézar, après un temps de déchéance physique et morale des plus extraordinaires et des plus humiliantes, avait fini par rendre un public et éclatant hommage au Dieu de Daniel, au Très-Haut. Son fils Belsatsar, qui lui succéda, ne profita pas de ce grand exemple pour glorifier à son tour le Dieu « qui tenait son souffle dans ses mains et présidait à toutes ses destinées2. » Dans un grand festin qu'il donnait aux seigneurs de son royaume, il fit chercher les vases sacrés enlevés du temple de Jérusalem, et y fit boire ses grands, ses femmes et ses concubines, qui chantaient les louanges de leurs dieux d'argent, d'or, d'airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient, n'entendent et ne savent rien 3. La frénésie du matérialisme et le sacrilège ne pouvaient aller plus loin. C'est alors qu'apparut sou-
1 Matth., X, 23. — 2 Dan., V, 23. — s Ib.
dainement sur la muraille cette main qui traçait,, en quelques mots mystérieux, la déchéance de ce prince et la fin de la domination babylonienne. L'effroi saisit Belsatsar et toute sa cour. Ici encore, dira-t-on que l'intervention du Dieu souverain n'ait pas eu sa raison d'être ?
On sait quelles étaient les dispositions du grand monde à Paris à l'égard de la religion, avant la révolution de j 78g. Dans un souper de beaux esprits, hommes et femmes incrédules, au moment où le blasphème et le mépris des croyances les plus sacrées passaient toutes les bornes, une voix s'éleva, sombre et menaçante, qui, d'abord tournée en dérision, finit par frapper de stupeur et d'effroi tous les convives. C'était celle de l'écrivain Cazotte, que plus tard toute la piété et tout le dévouement de sa fille ne parvinrent pas à dérober à la hache révolutionnaire. A une époque où l'on était loin encore de s'attendre à des événements aussi affreux, cet homme, tout à coup saisi d'un esprit prophétique, annonça le renversement du trône de France, la mort sanglante du roi et de la reine, puis vint le tour des convives assis à cette table impie. Il prédit à chacun d'eux, avec des particularités saisissantes, la fin tragique qui les attendait. Et tout cela s'est accompli de point en point, ainsi que l'a confirmé par son témoignage celui qui * , seul de cette coterie sacrilège, a survécu au règne de la
1 Le littérateur La Harpe.
Terreur. Il lui avait été expressément annoncé dans cette même soirée que, ramené par l'épreuve à des sentiments bien différents de ceux qu'il professait alors, il survivrait à tous ceux qui étaient là présents.
La menace faite au roi Belsatsar ne tarda pas à s'accomplir. En cette même nuit d'enivrement et de scandale, l'armée de Cyrus entra dans Babylone par le lit de l'Euphrate dont le cours avait été détourné. Belsatsar fut tué et son royaume donné à Darius le Mède l.