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Faire le bien par un moyen illicite, c'est agir mal

L'invocation du nom de Jésus est un moyen illicite.

Donc, ceux qui ont guéri l'impotent de la Belle Porte, en invoquant le nom de Jésus, ont fait une mauvaise action.

II. Une œuvre surnaturelle, si merveilleuse qu'elle puisse être, dès qu'elle a été opérée par un moyen illicite, doit être attribuée, non pas à la puissance et à la bonté du Dieu souverain, mais à la puissance et à la malice de l'Ennemi de tout bien.

La guérison surnaturelle de l'impotent de la Belle Porte a été opérée par un moyen illicite, maudit. Donc, elle est l'œuvre de l'Ennemi de tout bien.

III. L'œuvre de guérison et de restauration opérée sur l'impotent de la Belle Porte a excité tant le peuple qui en a été témoin que celui qui en a été l'objet, à louer et à glorifier Dieu.

Mais c'était leur faire attribuer au Saint des saints, au seul vrai Dieu, une œuvre de l'Ennemi, c'était les engager dans une voie d'erreur et de mensonge.

Donc, c'était faire le mal et non le bien.

Le bon sens du genre humain et celui du peuple juif finiront par faire justice d'une logique aussi absurde. On reconnaît l'arbre à son fruit. Si le fruit est bon, excellent, dites que l'arbre l'est aussi *. Attribuer au principe du mal ce qui est l'œuvre manifeste de la Puissance et de la Bonté souveraine, c'est renverser les no-

1 Matth., VII, 15-21.

tions du bien et du mal ; c'est faire l'œuvre de la Puissance des ténèbres, de l'Ennemi de tout bien et de toute vertu.

On conçoit le chagrin profond des apôtres en entendant prohiber comme criminel par la première autorité religieuse du pays, et comme entaché d'impiété, ce qui procédait si manifestement de la clémence du Dieu d'Israël et de sa fidélité envers son peuple. Ils devaient se rappeler la plainte douloureuse du Maître, dans le dernier entretien qu'il eut avec eux :

« Si je n'eusse pas fait, au milieu d'eux, des œuvres que nul autre n'a faites, ils seraient excusables; mais ils les ont vues et n'ont pas laissé de haïr et moi et mon Père. » Jean, XV, il\.

Il disait à ses adversaires :

« Je vous ai fait voir bien des œuvres magnifiques de la part de mon Père ; pour laquelle de ces œuvres menacez-vous de me lapider? » Ici. , X, 32.

Et dans son entretien avec Nicodème, l'un des docteurs de la Loi .-

« Le sujet de la condamnation, le voici : c'est que la lumière est venue au monde et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. » Id.,lV, 19.

La bénédiction d'en haut se montrait d'une façon toujours plus visible sur les apôtres et sur leur œuvre ; a beaucoup de signes et de prodiges s'opéraient par leur moyen .

« On les trouvait tous assemblés d'un commun accord sous le portique de Salomon. Le nombre des hommes et des femmes qui croyaient au Seigneur se multipliait de plus en plus, et la confiance qu'inspiraient les apôtres était telle , qu'on apportait les malades dans les places sur des lits et des grabats, afin que, Pierre venant à passer, son ombre, du moins, couvrît quelqu'un d'eux. Le peuple des villes voisines accourait aussi en foule à Jérusalem , apportant des malades et des gens tourmentés par des esprits immondes ; et tous étaient guéris1. »

On se souvient de la parole du prophète Isaïe :

« Qui a cru à notre prédication et pour qui le bras de l'Eternel a-t-il été visible? » Es., LUI, i.

Il ne l'a pas été pour le souverain sacrificateur et pour ceux de son bord qui appartenaient à la secte sadducéenne. Tant et de si éclatants prodiges ne faisaient qu'exciter chez eux l'envie et redoublaient leur fureur. Ils se saisirent des apôtres et les mirent dans une pri-

1 Actes, V, 12-17.

son publique. Le courage des apôtres fléchirait-il devant une si constante et si redoutable opposition ? Un ange du Seigneur ouvre les portes de leur prison pendant la nuit, et, les ayant fait sortir, il leur dit : « Allez, « et, vous présentant dans le temple, portez au peuple « toutes ces paroles de vie. » A cet ordre, ils se rendent au temple, dès le point du jour, et se mettent à enseigner1. »

Cependant, le grand sacrificateur et ceux qui étaient avec lui étant survenus, ils convoquent le Sanhédrin et tout le sénat israélite, et envoient quérir les apôtres. Mais les huissiers s'étant rendus dans la prison, et ne les ayant pas trouvés, ils s'en revinrent faire leur rapport :

« Nous avons trouvé la prison bien fermée et la garde à son poste, devant les portes; nous avons ouvert, mais nous n'avons trouvé personne 2. »

Ouï le rapport des huissiers, le conseil se vit dans le plus grand embarras.

On avait trouvé les portes de la prison fermées, la garde aux portes, à son poste, comme si rien d'extraordinaire ne se fût passé; mais les prisonniers, sur la comparution desquels on comptait, n'étaient plus là ; comment s'étaient- ils évadés et où les atteindre? On se perdait en conjectures, lorsque quelqu'un survint et fit ce rapport :

1 Ib., 17-22.— 2 Ib., 19-24.

« Voilà, ces gens que vous aviez mis en prison, sont là, dans le temple, qui enseignent le peuple1. »

Là-dessus, le capitaine du temple se rend sur place avec les huissiers, et arrête les prévenus; mais, sans user de violence, pour ne pas s'exposer à être lapidés par le peuple2. Quand les apôtres furent arrivés en présence du conseil, le grand sacrificateur les interrogea en ces termes :

« Ne vous avions-nous pas interdit, de la façon la plus expresse, d'enseigner en ce nom-là? Et voilà que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine ; voulez -vous donc faire retomber sur nous le sang de cet homme3? »

Pierre et les apôtres répondirent :

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir pendu au bois. Ce Jésus, Dieu l'a élevé par sa main puissante, l'a établi chef et sauveur, pour donner à Israël la repen tance et le pardon des péchés, et nous lui sommes témoins de ces choses avec le saint Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent4. »

On n'y tenait plus, on grinçait les dents, et déjà l'on mettait en délibération de les faire mourir, lorsqu'un pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, honoré de tout le peuple8, se leva, et, ayant demandé qu'on fit retirer les apôtres un moment :

« Israélites, dit-il, prenez garde à ce que vous allez

1 Actes, V, 25. — 2 Ib., 26. — 3 Ib., 28, — 4 Ib., 30-33. 5 On croit qu'il était petit-fils du célèbre Hillel.

décider à l'égard de ces gens. Il n'y a pas très-longtemps que s'éleva Theudas , personnage qui s'en faisait accroire. Il s'était fait un parti d'environ quatre cents personnes; mais il a été tué, et tous ceux qu'il avait gagnés à son parti ont été dispersés et réduits à rien.

« Après lui, s'éleva Judas le Galiléen, à l'époque du recensement1. Il entraîna bien du monde après lui; mais lui aussi a péri, et tous ses adhérents ont été dispersés. Voici donc quel est mon avis : Ne vous commettez pas avec ces gens-là, laissez-les; car si cette œuvre ou cette entreprise est des hommes, elle ne se soutiendra pas; mais, si elle esl de Dieu, vous ne sauriez la détruire, et prenez garde que vous ne soyez trouvés faire la guerre à Dieu ! »

On se rendit à cet avis. On fit rentrer les apôtres, et, après leur avoir infligé la peine du fouet, on leur réitéra la défense de parler et d'enseigner au nom de Jésus; après quoi on les renvoya. « Mais eux s'en allèrent tout joyeux de l'honneur qu'ils avaient eu de souffrir cet opprobre pour le nom de Jésus; et tout le jour, dans le temple et de maison en maison, ils ne cessaient pas d'enseigner et d'annoncer Jésus comme étant le Christ2. »

Jamais l'Église naissante n'avait couru un si grand péril ; mais, jamais non plus, le secours n'avait été plus énergique et plus prompt. La perte des apôtres

1 Ordonné par l'empereur Auguste, l'an 7 de l'ère chrétienne.

2 Actes, V, 33, s.

était jurée; on était maître de leurs personnes, et les voilà délivrés miraculeusement de leur prison. Nonseulement cela , mais ils reçoivent d'en haut l'ordre de se rendre au temple et d'y annoncer la Parole de vie, hardiment et sans crainte1.

Le danger se renouvela quelques années plus tard, à l'époque du martyre de Jacques, fils de Zébédée. Pierre lui-même, le prince des apôtres, avait été mis en prison par l'ordre du roi Hérocle Agrippa, et allait être livré au supplice. L'Eglise vivement alarmée n'avait cessé d'être en prières pour lui. Sa délivrance miraculeuse, la veille du jour où il devait être décapité, est racontée par l'écrivain sacré, avec des détails qui jettent du jour sur celle qui vient d'être mentionnée.

Pierre, après s'être rendu dans la maison où les disciples étaient rassemblés pour prier, et leur avoir raconté la manière dont le Seigneur l'avait délivré, ne s'exposa pas à un nouveau danger, mais se transporta dans un autre lieu. Il n'en avait pas été ainsi, lors de la précédente arrestation : sortis miraculeusement de prison, les apôtres étaient retournés prêcher au peuple la grande nouvelle de la résurrection du Messie, avec plus de force et de courage que jamais. Le capitaine du temple' et son escorte envoyés pour mettre la main sur eux, les trouvèrent enseignant au portique de Salomon, non loin du lieu où le Sanhédrin tenait ses assemblées.

1 Actes, V, 19-21.

Mais Celui qui les avait tirés de prison leur avait suscité un puissant défenseur dans la personne d'un des principaux docteurs de la loi.

Gamaliel fait ce raisonnement :

L'œuvre commencée par Jésus de Nazareth et poursuivie par ses disciples après sa mort est, ou l'œuvre des hommes, ou l'œuvre de Dieu.

Si elle n'est que l'œuvre de l'homme, elle se détruira d'elle-même, elle tombera.

Viennent les deux exemples de Theudas et de Judas le Galiléen. Ces deux hommes, ne prenant conseil que d'eux-mêmes, s'étaient soulevés contre l'ordre de choses existant; mais l'un et l'autre avaient été tués, et leur entreprise était tombée avec eux.

Si l'œuvre de Jésus de Nazareth et de ses disciples est pareille à celle-là; s'ils n'ont pris conseil que d'euxmêmes et non de Dieu, comme les deux dont je viens de parler, leur entreprise ne se soutiendra pas. Le chef est tombé; l'œuvre, sans même que vous ayez à vous en mêler, tombera avec lui.

Il en sera autrement si cette œuvre est voulue et approuvée de Dieu. En ce cas, l'opposition serait inutile et nous n'aurions qu'à nous en repentir.

Gamaliel et ses collègues devaient être frappés d'une chose : c'est, qu'à la différence du parti de Theudas et

de Judas le Galiléen, dispersés et anéantis après la mort de leurs chefs 9 celui de Jésus de Nazareth, au contraire, après une défaillance de peu de durée, s'était relevé, hien autrement puissant et nombreux qu'il ne l'était du vivant de son chef. Sa mort, au lieu d'écraser l'œuvre, en était devenue le point d'appui, la pierre angulaire ! ; en quelques jours, elle avait pris un prodigieux accroissement.

Les disciples de Jésus proclamaient partout, et jusque dans le temple, que leur Maître était ressuscité le troisième jour, ainsi qu'il l'avait annoncé.

Or, de deux choses l'une :

Ou bien Jésus avait accompli ce qu'il avait prédit qu'il ferait, et s'était, en effet, relevé d'entre les morts dans le temps fixé. En ce cas, il était bien véritablement ce qu'interrogé par le souverain sacrificateur, il avait affirmé qu'il était, le Messie, le Fils de Dieu2, le Prophète dont Dieu avait dit à Moïse :

« Il arrivera que quiconque n'aura pas écouté les paroles qn'il aura dites en mon nom, je lui en demanderai raison. » Deut., XVIII, 19.

Ou bien il était faux que Jésus fût ressuscité des morts le troisième jour. Sa prédiction ne s'était point accomplie, et il en résultait, aux termes de la loi, qu'il était un faux prophète, un imposteur dont il ne fallait nullement s'effrayer 3.

1 Ps., CXVIII, 23. — 2 Ib., XXVI, 63-65. Marc, XIV, 61-63. 3 Deut., XVIII, 21, s.

« Voilà bien, pouvait dire à ses collègues le sage Gamaliel, ce dont il était désirable que chacun put se convaincre avec nous; or, il y avait un moyen unique et infaillible à mettre en œuvre : c'était de faire garder à vue le corps du crucifié, de ne pas s'en dessaisir avant l'expiration du troisième jour. Nous l'avons bien compris ainsi, et nous avons fait entrer dans nos vues le gouverneur qui a mis la garde à notre disposition.

« Qu'est-il arrivé? Le troisième jour, le corps déposé dans le tombeau n'y était plus, sans que le détachement à qui la garde en avait été commise ait pu nous renseigner sur ce qu'il était devenu. Les disciples de Jésus de Nazareth attestent qu'ils ont revu leur Maître plein de vie ce même troisième jour, qu'ils l'ont entendu parler, qu'ils l'ont touché de leurs mains, qu'ils ont bu et mangé avec lui. Quel moyen avons-nous de les démentir? Aucun, et, au contraire, la rigueur de nos mesures préventives est de nature à appuyer leur témoignage, en écartant l'idée d'une tentative d'enlèvement. On connaît l'inflexible sévérité de la discipline romaine et la peine qui attend la sentinelle qui s'endort à son poste. Mais, ici, les sentinelles étaient en nombre ; seraient-elles toutes tombées de sommeil, au point de ne rien apercevoir, de n'être réveillées par aucun bruit? La grosse et lourde pierre qui fermait l'entrée du sépulcre aurait-elle roulé loin de l'ouverture, comme une plume légère, sans quelque retentissement?

« J'admets que, par un moyen quelconque, le corps

qui nous fait défaut soit tombé entre les mains des disciples du crucifié, et qu'il soit là, gisant quelque part chez eux, à l'état de cadavre; les voilà qui ont, eux, la pièce probante, la preuve matérielle et irrécusable comme quoi leur Maître n'est point ressuscité comme il l'avait annoncé, le troisième jour, et qu'il a prophétisé à faux; vous figurez-vous une abnégation, un dévouement tel que celui dont ces gens-là vous donnent la preuve, pour un cadavre, le cadavre d'un homme qui les aurait déçus d'une si étrange manière , qui aurait abusé à ce point de leur crédulité ?

« Hier, nous avons fait arrêter et emprisonner ces hommes que, jusqu'ici, ni défenses ni menaces n'ont pu intimider, et aujourd'hui nous nous sommes assemblés pour les mettre en jugement et procéder contre eux. Le capitaine du temple et son escorte se rendent à la prison, avec mandat d'amener; mais les voilà qui, au bout de quelques instants, nous rapportent que les prisonniers n'y sont plus. Nous eussions été la risée d'un public de plus en plus disposé en leur faveur, et qui a l'œil sur nous , si heureusement quelqu'un ne fût venu nous informer que nos détenus de la veille étaient au portique de Salomon, enseignant le peuple et annonçant la résurrection de leur Maître, avec plus de zèle et de hardiesse que jamais. Expliquez le fait comme il vous plaira, il ne semble pas indiquer que le vent souffle pour nous, cela semblerait plutôt signifier le contraire. (Jeux que nous avons envoyés aujourd'hui pour les ar-

rêter ont du user à leur égard de beaucoup de ménagements pour n'être pas lapidés '.

» Introduits dans cette enceinte et interpellés pour être contrevenus à la défense expresse que vous leur aviez faite de parler et d'enseigner en ce nom-là, avec quelle fermeté et quelle intrépidité ils ont maintenu qu'ils ne faisaient que ce qui leur était ordonné d'en haut, qu'ils étaient témoins comme quoi le Dieu de nos pères avait ressuscité et élevé à sa droite ce Jésus que nous avions fait mourir sur la croix ; que F Esprit saint que Dieu accorde à ceux qui lui obéissent, par où ils entendent sans doute ces guérisons extraordinaires qui accompagnent leur enseignement, en rendait aussi témoignage \

« Je conçois tout ce qu'un pareil langage a soulevé d'indignation, et ce qu'a d'alarmant la situation qui nous est faite par ces gens-là. Il n'y a pas jusqu'à cette amnistie offerte par eux à quiconque ajoutera foi à leur parole, qui n'implique et n'appuie de toutes les imputations la plus odieuse, celle d'avoir rejeté impitoyablement et livré au supplice des scélérats l'homme que le Dieu, béni soit-il ! avait envoyé pour délivrer son peuple d'Israël 3.

« Que cette doctrine prenne faveur et gagne la masse de la nation, nous voilà exposés aux fureurs d'une réaction qui nous fera payer cher la mort de cet homme4.

1 Acte?, V, 26. — 2 Ib., 20-33. — 3 Luc, XXIV, 21 . — 4 Actes, V, 28.

« Malgré ce danger que je reconnais, je dis qu'il y a lieu de réfléchir et d'user de modération !. Aussi longtemps qu'à des assertions positives, à des attestations soutenues, consonnantes, circonstanciées, nous n'aurons à opposer que de vagues conjectures, des dénégations en l'air, des suppositions destituées de toute donnée certaine, de toute preuve de fait, n'espérons pas avoir sitôt raison de nos adversaires; la lutte est trop inégale entre eux et nous. Il est à craindre qu'au lieu de gagner du terrain sur eux, nous n'en perdions au contraire toujours davantage. Peut-être, par le passé, aurions-nous dû tenir compte davantage de certains faits. Dans les explications que nous avons eues avec le Maître, avons-nous jamais réussi à le prendre en défaut? Ses réponses ne nous ontelles pas toujours fermé la bouche 2? C'est pitié que la manière dont toute cette controverse a été menée dès l'origine! Nous avons notre marche à nous, telle que nos pères nous l'ont transmise; mais le Seigneur, béni soitil ! a aussi sa marche connue de lui ; c'est à nous d'y prendre garde. Rappelons-nous « qu'il n'y a ni sa- « gesse, ni prudence, ni conseil, qui prévale contre l'E- « ternel 3. »

La pleine et entière assurance avec laquelle les apôtres annonçaient la résurrection de leur Maître avait

1 Actes, V, 35.

2 Matth.,XIX, 1-9; XXI, 23-28; XXII, 15, s. Marc, XI, 27, s.; XII, 13-3$. Luc, XX, 1, s. Jean, VIII, 1-12.

3 Pioy., XXI, 30.

sans doute de quoi décontenancer leurs juges; mais ce qui devait les mettre plus mal à l'aise encore, c'était, nous l'avons dit, la difficulté de donner de la disparition du corps du crucifié une explication autre que celle des apôtres. L'idée d'un enlèvement, si, d'entrée, elle avait pu se présenter à leur esprit, parait avoir été bientôt complètement abandonnée; du moins ne voyonsnous pas que, dans les interrogatoires subis par les apôtres, il y ait été fait la moindre allusion. Par deux fois, ils affirment que leur Maître est ressuscité des morts, qu'il est le Prince de la vie l, le seul et unique Sauveur 2, et ni le président ni aucun des membres du Conseil n'essaye de leur donner un démenti. Tout ce que l'on demande d'eux, c'est qu'ils se taisent et laissent tomber dans l'oubli le Maître et sa doctrine. Mais ils ne se tairont pas; malheur à eux s'ils se taisent et s'ils trahissent le glorieux mandat dont ils sont chargés3! Ils iront partout, proclamant la victoire sanglante de l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde 4, et leur voix parviendra jusqu'aux extrémités de la terre 5.

Les Juifs se révoltent à l'idée de la Divinité expiant le péché de l'homme par la souffrance ; c'est qu'ils ne se

i Actes, V, 31. — « ld., IV, 12; V, 31. -3 I Cor., IX, 16.

4 Jean, I, 29, 36. Apoc, IV, 6, 9. I Pierre, I, 18-20; II, 24.

5 Rom., X, 18.

font pas une assez juste idée du péché de l'homme et de la sainteté de Dieu.

La sainteté consiste dans l'horreur du mal. Dieu ne saurait haïr la nature humaine dont il est l'auteur; mais il hait le péché qui s'est attaché à elle.

Le mal qui règne et domine dans le monde cause au Saint des saints un souverain déplaisir *.

Ce déplaisir, Il l'a manifesté par le déluge universel, par l'incendie de Sodome et des villes de la plaine, par la double ruine de Jérusalem et de son temple, et par tant d'autres sévères dispensations conservées dans la mémoire des hommes.

Pour mieux pénétrer les hommes des horreurs du péché et de ses affreuses conséquences, Il en a laissé retomber tout le poids sur la tête du saint et du juste, sur celui qui n'avait point commis de péché.

« Si l'on fait ces choses au bois vert, disait Jésus alors qu'on le menait au supplice de la croix, en Golgotha, qu'arrivera-t-il au bois sec2? » C'est-à-dire : Si l'innocent, l'homme pur de tout crime et de toute injustice, est condamné à subir de pareils tourments, à quoi doit s'attendre le méchant, celui en qui il n'y a plus ni sainteté ni vertu?

Celui qui a souffert un traitement qu'il ne méritait pas a droit à une compensation, à une réparation proportionnée au mal qu'il a souffert.

1 Geov VI, 5-7. — 2 Luc. XXIII, 31.

A quelle compensation a droit Celui qui, n'ayant jamais fait que le bien, jamais le mal, a souffert de la façon la plus cruelle des conséquences du péché d'autrui ?

Sans doute il lui est permis d'aspirer à une félicité désormais hors des atteintes du mal et de ses odieuses conséquences.

Mais il y avait droit déjà avant d'avoir souffert ce que le péché d'autrui lui a fait subir. Certes , il a droit de demander que ceux qui ont été cause de sa souffrance soient mis hors d'état de nuire, à l'avenir, à qui fera comme lui le bien et non pas le mal.

S'il est disposé à la clémence, il lui sera permis aussi de demander une amnistie en faveur de quiconque se repent du mal qu'il a commis, et désire s'attacher à lui désormais pour lutter contre le mal et faire le bien.

Il encouragera par ses paroles et par son exemple, et aidera ceux qui, marchant sur ses traces, rencontrent la même opposition et sont exposés aux mêmes souffrances que lui.

Enfin, le temps de l'amnistie écoulé, il aura le droit de requérir l'expulsion définitive des rebelles, de tous ceux qui persistent à faire le mal.

Tel est le message que les apôtres ont été chargés d'apporter au monde de la part de leur Maître.

Le jour de la Pentecôte, après avoir entendu l'apôtre Pierre protester contre l'injustice de la mort de Jésus de Nazareth, attester sa résurrection d'entre les morts, son élévation à la droite de Dieu et l'envoi du Saint-Esprit

qui avait été promis, ses nombreux auditeurs, pénétrés de ce qu'ils viennent d'entendre et repris dans leur conscience, s'adressent à Pierre et aux autres apôtres , et leur disent : « Frères, qu'y a-t-il à faire? » A quoi Pierre répond : « Convertissez-vous, et que chacun de « vous soit baptisé au nom du Messie-Sauveur en ré- « mission des péchés1, et vous recevrez le don duSaint- « Esprit 2, car la promesse en est faite à vous, à vos ente fants et à tous ceux qui sont éloignés, autant que le « Seigneur notre Dieu en appellera. » Et, par beaucoup d'autres considérations, il les sommait et les exhortait, disant : « Sauvez-vous de cette génération perverse. » Actes, II, 22, s.

Pour ce qui concerne le jugement définitif qui clora l'économie actuelle, écoutons l'apôtre Paul s'adressant aux Athéniens de l'Aréopage :

« Dieu, ayant laissé passer les temps d'ignorance , fait « signifier maintenant à tous les hommes, en tous lieux, « qu'ils aient à abandonner leur mauvaise voie, parce « qu'il a arrêté un jour auquel il doit juger le monde « avec justice, par l'homme qu'il a établi, de quoi il a « donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant « des morts. » lô., XVII, 3o-32.

Au mythe grec des trois hommes justes, établis juges dans les enfers après leur mort, l'apôtre israélite oppose le fait certain, authentique, du Juste que le Tout-Puis-

1 Signe du péché enlevé et pardonné.

2 Nécessaire à votre régénération et à votre sanctification.

sant a signalé et consacré entre tous, en le ressuscitant des morts.

Oui, Frères israélites, l'énormité de la sentence qui a condamné à mort le Fils de Dieu a singulièrement facilité, pour nombre d'Israélites de sens droit et d'hommes consciencieux parmi les Gentils, l'admission du fait de la résurrection de votre Messie. C'en était trop ; l'iniquité portée à son comble demandait une prompte et éclatante réparation, aussi n'a-t-elle pas tardé; le troisième jour, le Dieu d'Israèl a relevé d'entre les morts le Juste, l'Homme irrépréhensible qui nous jugera tous.

Satan, notre grand ennemi, a réussi à faire mourir d'une mort cruelle l'Homme irréprochable ; il a porté une main sacrilège sur l'interdit, sur la sainteté parfaite et sans tache, et c'est ainsi que la malédiction que le Tentateur avait attirée sur Adam et sur ses descendants est retournée à lui, l'auteur de la tentation.

La mort, qui tenait les hommes dans une frayeur continuelle par l'image qu'elle présente de l'immobilité et du néant, nous ne la redoutons plus. La vie et l'immortalité, mise en évidence par la résurrection du Rédempteur l, nous délivre et nous affranchit. Déjà nous nous envisageons comme ressuscites par la puissance de Celui qui n'a revêtu notre nature humaine que pour la faire triompher du péché et de la mort 2.

Israélites, nous lisons sur le portail de vos cimetières

1 II Tim., I, 10. — 2 Jean, VI, 39-41. Col., III, l-o. Hébr., II, 14-16.

cette inscription : le champ de la résurrection1. Vous affirmez ainsi que ceux dont les corps sont déposés là se relèveront de leurs tombeaux; votre Messie a mieux fait que cela : il s'est relevé de son tombeau le troisième jour, et a été fait ainsi, selon l'expression de l'apôtre, « les prémices de ceux qui se sont endormis 2. » En présence de celui qui marche, il n'y a plus moyen de nier le mouvement.

A qui appartient-il de ressentir et de témoigner du déplaisir pour le mal qui existe et se commet chez les hommes, sinon à Celui qui, au commencement, a créé l'homme à son image? Ce déplaisir est la condamnation du pécheur ; mais là aussi est le remède. Si, touché de regret, le pécheur s'associe à ce déplaisir du Dieu trèssaint, jusqu'à se haïr et se condamner lui-même, il est rentré dans l'ordre, il est en voie de salut; mais s'il résiste à l'Esprit qui parle à sa conscience et le convainc de péché, Dieu le réprouve et se retire de lui.

Afin de donner aux rebelles la mesure du mal qui est en eux, Dieu a livré entre leurs mains son Fils bienaimé, Celui qui n'a jamais fait que sa volonté. On sait la manière dont ils l'ont traité; le bruit en a retenti dans tout l'univers. Le Fils, soumis à la volonté de son Père céleste, n'en a pas été déshonoré : c'est son plus beau titre de gloire.

Israël s'est envisagé comme le souffre -douleur des

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s .1 Cor., XV, 20.

autres nations. S'il n'a souffert que pour sa fidélité à maintenir, en face d'un monde idolâtre, qu'il n'y a qu'un Dieu, Celui qui a créé le monde et de qui toutes choses dépendent, quelle gloire pour lui d'avoir souffert!

Israélites, ceux qui ne pénètrent pas au fond des choses, mais s'arrêtent à la superficie, n'ont pas l'idée du zèle qui vous anime pour le Nom du grand Dieu d'Israël. Nous qui parlons ici, pouvons en dire quelque chose.

Assistant en i85i, dans la synagogue de Bordeaux, à la fête du renouvellement de Tannée israélite-1, de quelle émotion, de quel élan de tendresse n'avons-nous pas été témoin, alors qu'en mémoire du fils d'Abraham épargné et rendu à son père par la miséricorde divine, commençait à retentir au sein de l'assemblée, le cor du bélier mystique! Et, ensuite, le grand jour d'expiation 2 arrivé, comme nous sentîmes notre cœur frémir d'une sainte jalousie à l'endroit du Dieu d'Israël, lorsqu'après tant d'assurances réitérées de l'amour et de la fidélité de votre Dieu, nous entendîmes s'élever, en mélodieux accords, des voix émues

1 Rosch haschanah. — 2 Jour du Kippour.

répétant à l'envi : « Adonaï , hou ha-ÉlohimK . » Ah! oui, l'Éternel est bien votre Dieu , il vit au fond de vos entrailles; vous êtes à Lui, et Lui est à vous. Notre âme profondément remuée s'ouvrait à un sentiment par trop humain, sans doute, mais non sans une certaine grandeur, le sentiment d'une nation s'opposant avec toute l'énergie d'un premier amour à ce que le Dieu qu'elle aime et qu'elle élève au-dessus de tout souffre et s'immole pour elle, bien résolue et bien déterminée qu'elle est, ou qu'elle croit l'être, en bonne foi, à souffrir et à s'immoler pour Lui.

Nos sympathies pour vous, Israélites, remontent plus haut. Longtemps auparavant, sous l'enseignement du Dieu d'Israël, nous nous étions assis en esprit à la table hospitalière du Père des croyants, sous le chêne de Mamré, et nous avons entendu la divine promesse :

« Je reviendrai à toi, l'an prochain, dans cette même saison, et Sara aura un fils. » Gen., XVII, 10.

Puis, ce fils nous est apparu en Morija sur l'autel du sacrifice. Nous étions encore sous l'impression de cette scène émouvante, quand nous entendîmes la glorieuse parole, dès lors accomplie et ratifiée pour nous Gentils :

« Seront bénies en ta postérité toutes les nations de la terre. » Ici,, XXII, 18.

Nous avons suivi dans ses pèlerinages le troisième des

1 « C'est l'Éternel qui est Dieu, c'est l'Éternel qui est Dieu ! » I Rois, XVIII, 39.

grands patriarches; nous avons contemplé avec ravissement, en Béthel, les messagers célestes, montant et descendant de la terre au ciel et du ciel sur la terre, et l'Éternel lui-même, se tenant au sommet de l'échelle mystérieuse l. Plus tard, nous assistions à sa lutte avec le divin personnage qui s'opposait à sa rentrée dans le pays de ses pères, et qui finit par le bénir et le proclamer Israël, c'est-à-dire vainqueur dans la lutte avec Dieu et avec les hommes 2.

Un double intérêt s'attachait pour nous à la reconnaissance de Joseph et de ses frères : l'intérêt si pathétique du moment présent et la perspective de ce qui doit se passer dans l'avenir entre la nation aimée et le Messie qu'elle a si injustement haï et rejeté. Avec leur postérité prodigieusement accrue et multipliée, nous avons gémi sous l'oppression du monarque et la verge de l'exacteur égyptiens. Errant dans le désert sur les pas de Moïse, avec quel tressaillement de joie et d'adoration, arrivant en Horeb, la montagne de Dieu, n'avons-nous pas recueilli ces mots sortis de la bouche même de Celui qui EST !

« Le cri des enfants d'Israël est venu jusqu'à moi. » Ex., 111,9-

La dixième grande plaie a passé sur le pays d'Egypte; l'agneau pascal est immolé, les enfants d'Israël sont en marche, fuyant leurs oppresseurs. Mais, bientôt, les

1 Gen., XVIII, 10-16. — - Id., XXXII, 24-32.

voilà entre l'armée de Pharaon, qui les presse, et la mer qui s'oppose mugissante à leur passage. La nuit arrive, quelle horrible anxiété ! Cependant le vent de l'Éternel a soufflé avec véhémence. Moïse avance sa main sur la mer; les flots se divisent, et les enfants d'Israël, sous la nuée qui les éclaire et les protège, passent à pied sec, pendant que leurs ennemis, qui se sont obstines à les suivre dans l'obscurité, sont engloutis dans les flots. Nous arrivons avec les enfants d'Israël sur le rivage opposé, et notre cœur bondit dans le cantique de la délivrance. Cinquante jours plus tard, nous nous retrouvions avec vos pères au pied du Sinaï, dans l'attente de la fameuse et immortelle journée de la publication de la Loi. Comme eux, nous entendions la voix divine, tout tremblants, non sans componction, non sans l'ardent désir de nous conformer à ses prescriptions. Hélas ! il fallut bien peu de temps pour nous faire reconnaître l'inconstance et la tromperie de notre propre cœur, dans les murmures et l'apostasie de l'ancien peuple. Cependant, avec la nouvelle génération, il nous semblait passer le Jourdain sous la conduite d'un premier Jésus ou Josué l. Après sa mort et sous les juges, quel entraînement criminel vers des divinités étrangères, quelle lâche complaisance pour leurs rites cruels et abominables, que de sévères châtiments; mais aussi que de larmes amères, que de repentirs sui-

1 Jeschouah clans Néh., VIII^ 17.

DERNIERES CONSIDERATIONS. ail

vis de pardons et de délivrances signalées ! Avec les Juifs de la captivité, nous avons pleuré sur les rives de l'Euphrate ; mais, les soixante et dix ans de la prophétie écoulés, nous applaudissions de toutes nos forces au glorieux édit de Cyrus, que l'Éternel appelle son Oint *, et nous retournions à Jérusalem assister à l'a construction du second temple. Vos pères rentraient en petit nombre et le cœur serré, n'espérant jamais atteindre la magnificence du temple construit par Salomon. Les temps de la venue du Messie approchaient.

Israélites, nous avons sympathisé avec vos pères dans toutes leurs angoisses, dans toutes leurs souffrances, et nous avons rendu grâces à l'Eternel pour toutes les délivrances dont ils ont été l'objet. Quand le temps est venu pour nous Gentils d'être visités d'en haut, Israël-nation s'est-il préoccupé de la lamentable situation de nos pères? A-t-il eu pitié de l'affreuse idolâtrie où ils étaient plongés? Lui est-il venu dans la pensée de remercier la souveraine Sagesse du moyen uni que, inouï, employé par elle, pour nous faire connaître à nous aussi, pauvres païens, le Dieu d'Israël, et nous attacher irrévocablement à son service?

Vous aviez Moïse et les prophètes, la voix qui vous

1 Es., XLV, 1 .

parlait des cieux ; mais nous, Gentils, qu'avions-nous? Assis dans les ténèbres de l'ombre de la mort1, imbus dès l'enfance de doctrines de démons , adonnés aux pratiques les plus extravagantes, les plus inhumaines, asservis aux passions les plus dégradantes, les plus brutales, souillés par les vices les plus abominables2, nous ne savions ce que c'était des compassions du Dieu d'Israël envers une humanité égarée et pervertie ; nous n'avions ni entendu sa voix, ni vu sa face.

Maintenant, associés aux prérogatives dont se glorifiaient vos pères, nous avons Moïse et les prophètes, et, surtout, nous possédons Celui à qui la loi et les prophètes rendaient témoignage, Celui qui était la fin et l'accomplissement de la Loi3.

Et à qui sommes-nous redevables d'un si grand salut? Israélites, vous êtes forcés d'en convenir, à ce Messie que vos pères ont méprisé et rejeté, à sa croix, à sa mort volontaire, à sa résurrection d'entre les morts, à son élévation à la droite du Père, au don de son Esprit de sainteté à tous les pauvres pécheurs qui se repentent et se réfugient vers lui4 ; en un mot, à cet Evangile du royaume des cieux, dont la voix se fait entendre aujourd'hui plus que jamais par tout l'univers.

Et vous vous obstinez à fermer les yeux, à crier ténèbres, quand il fait grand jour et que ce jour gagne les contrées les plus reculées du globe ? Ces souffrances et

1 Es., IX, 1. — 2 Rom., I, 22, s. — 3 M., III, 21 ; X, 4. *Ps., II, 12.

cette mort expiatoire du Fils unique de Dieu, celte résurrection d'entre les morts, souveraine garantie de la foi et des espérances de l'Église universelle, vous avez eu dix-huit siècles pour en renverser le fondement, pour en démontrer la fausseté.

Vous êtes répandus dans toutes les parties du monde habitable, présents à tous les siècles et à tous les pays, vous êtes au fait de tout ce qui s'y passe et de tout ce qui s'y est passé d'important, depuis les origines du christianisme. Dites-nous si, quelque part, vous avez rencontré quelque donnée, obtenu quelque renseignement plus exact et plus positif que ceux qui sont consignés dans les quatre Évangiles, sur la manière dont le corps de Jésus de Nazareth a disparu de la terre des vivants.

Ceux d'entre vous qui habitent les contrées de la chrétienté savent avec quels soins et quel excès de dévotion les chrétiens des premiers siècles recueillaient les reliques des martyrs. On nous a montré, dans la vieille basilique de la capitale de la France, un fragment de ce que l'on a donné pour avoir été le bois auquel le Sauveur du monde a été cloué. Encore aujourd'hui, la ville de Trêves expose dans ses jubilés ce qu'elle donne pour avoir été la robe sans couture, tombée par le sort en partage à l'un des soldats du crucifiement1. Pensezvous que, si l'Église chrétienne avait eu entre ses mains la dépouille mortelle de son Rédempteur, elle n'eût pas

1 Jean, XIX, 23-25.

51 i DERNIÈRES CONSIDÉRATIONS.

été tentée, tôt ou tard, d'élever cette relique d'un prix inestimable par-dessus toutes les autres, et, la persécution ayant cessé, de la restituer à son sépulcre de Jérusalem, entourée d'autant et de plus d'hommages que celle du prophète de la Mecque, dans son tombeau de Médine? Mensonge pour mensonge, il eût été facile de publier que le Fils de Dieu, devenu fils de l'homme, avait abandonné à la terre les grossiers éléments de son corps terrestre , mais que , prémices de la résurrection générale1, il s'était montré à ses disciples revêtu d'organes nouveaux, tels que ceux des saints qui, à sa mort, sortirent vivants de leurs tombeaux , et apparurent à plusieurs 2.

Vous eussiez voulu, Frères israélites, que Jésus, après sa résurrection , se montrât aux prêtres, aux Anciens, aux scribes, même en plein Sanhédrin, comme il s'était montré à ses apôtres et à ses disciples, et vous pensez qu'alors ils eussent bien été forcés de reconnaître en lui le Fils de Dieu, le Messie promis.

Il est certain que la manière dont Jésus apparut à ses apôtres et à ses autres disciples, pendant quarante jours, acheva de les convaincre de sa toute-puissance et de sa divinité; mais ce qui n'est pas moins certain, c'est

1 I Cor,, XV, 20, 23. — « Matth., XXVII, 52-94.

qu'auparavant déjà, ils avaient reconnu en lui le Messie, le Fils du Dieu vivant1. Il n'en était pas de même de ses adversaires qui, loin de reconnaître sa mission divine, cherchaient à le faire passer pour un suppôt du Démon2, et, dans leur démarche auprès de Pilate , l'avaient qualifié d'imposteur3. Pour les convaincre que celui qui s'était laissé condamner par eux et crucifier par des mains païennes était , lui , niîT •> le Dieu de l'avenir, il eût fallu qu'au moins il leur apparût, comme il leur avait très-positivement et très -solennellement annoncé qu'il le ferait : assis à la droite de la Puissance, et venant sur les nuées du ciel1*'. Mais c'est là le grand événement qui doit clore et couronner l'économie actuelle, quand les temps réservés à l'évangélisation des Juifs et des Gentils seront accomplis. Dieu s'est toujours montré accessible à ceux qui le cherchent de tout leur cœur; mais il laisse aux rebelles, aux hommes impies et immoraux de toute nation, le temps de se reconnaître et de se repentir*, après quoi, viendra le jugement. En attendant, Jésus ne pouvait traiter de la même manière ceux qui avaient reconnu en lui le Messie, le Fils du Dieu vivant, et ceux qui avaient traité ses œuvres les plus magnifiques, ses miracles de bienfaisance et de miséricorde les plus signalés, d'œuvres de ténèbres,

*Matth., XIV, 33; XVI, 16-18.

2 M., IX, 32-35; XII, 24. Marc, III, 22. Luc XI, 14-16. Jean, VII, 20; VIII, 48, 52.

3 Matth., XXVII, 63.

• Itf., XXVI, 64. Marc, XIV, 62. Luc, XXII, 69.

de prestiges de l'Ennemi du genre humain. Comme ils n'avaient pas reconnu en Jésus celui à qui la Loi et les prophètes rendent témoignage1, sa résurrection, bien que dûment attestée et démontrée par ses apôtres et ses disciples, ne pouvait les contenter, selon ce que Jésus lui-même a dit :

« S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, un mort ressuscitera, qu'ils ne se tiendront point pour convaincus. » Luc, XVI, 3i.

Rassurant ses apôtres consternés de l'annonce qu'il leur a faite de sa mort prochaine et de son retour auprès du Père, Jésus leur promet qu'ils ne tarderont pas à le revoir vivant à leur très-grande joie 2, et, nonobstant les défaillances de leur foi si fortement éprouvée, il leur a tenu parole. Il la tiendra de même à ses adversaires, au temps dont le Père s'est réservé de fixer l'époque3. Les prophéties déjà accomplies sont une garantie certaine de celles qui ne le sont point encore.

Heureux l'homme qui en est venu à ne plus vouloir que ce qui est dans l'ordre éternel et véritable ! Ce bienheureux état suppose une entente parfaite avec Celui qui est la vérité, la justice et la charité même. C'est là le grand festin auquel est conviée toute l'humanité égarée et misérable par Celui qui en est le seul véritable roi 4. C'est le secret que l'Éternel communique à ceux qui le

1 Actes, XXVI, 22-24. Lue, XXIV, 26-28; 44-48. Es., XLIX, 6. Actes, XIII, 47. Rom., III, 21.

2 Jean, XVI, 16-23. — 3 Actes, I, 7. — 4 Matth., XXII, 2-15.

craignent1, cet état d'homme parfait dont parle l'apôtre Paul , cette taille normale du Christ à laquelle nous devons tous parvenir, enfin cette unité de la foi et de, la connaissance du Fils de Dieu, dans laquelle nous devons finir par nous rencontrer2.

Selon l'Évangile publié de plus en plus par toute la terre, tout homme est appelé à devenir ce que Jésus a été; à être, dans le renoncement et le sacrifice de soimême, un héraut et un champion de l'ordre parfait.

C'est à quoi la plupart des hommes ne veulent pas entendre; en particulier, les grands et les puissants de ce monde, ceux qui commandent au long et au large, les conquérants , les chefs d'empire , auxquels tout ce qui les environne semble ligué pour faire accroire qu'ils sont tout-puissants et dignes de l'être , qu'ils ne sont tenus de se sacrifier pour personne, que tous au contraire le sont de se sacrifier pour eux : erreur capitale et mortelle, erreur très- difficile, pour ne pas dire impossible à détruire et à guérir, aussi longtemps que l'éternelle vérité et la force des choses ne les a pas convaincus de leur impuissance et de leur néant, en face de Celui qui seul peut tout.

'Ps., XXV, 14. — 2 Éph., IV, 13.

Deux exemples tirés, l'un de l'antiquité, l'autre de nos temps modernes, serviront à mettre en relief ce qui est dit ici : celui de Nébucadnetsar, roi de la première des quatre grandes monarchies de Daniel, et que le prophète appelle la tête d'or !, et celui de Napoléon Ier , empereur des Français.

Nébucadnetsar a vaincu et subjugué tout ce qui résistait à sa domination universelle , il est au faîte de la puissance et de la gloire. Se promenant un jour sur la terrasse de son palais, et jetant les yeux sur la capitale de son royaume, il s'écrie, ivre d'orgueil :

« N'est-ce pas ici la grande Babylone que j'ai bâtie pour être ma résidence royale, par le pouvoir de ma force et pour la splendeur de ma gloire? » Dan., IV, 29, 3o (26, 27).

Difficilement se sera-t-il trouvé dans ses alentours quelqu'un d'assez charitable et d'assez courageux pour avertir le monarque de la tromperie et de l'instabilité de cette puissance et de cette gloire qu'il s'attribuait si imprudemment et si complaisamment à lui-même. Le châtiment ne tarda pas.

La fumée des grandeurs et de la prospérité l'aveugla et l'étourdit au point qu'il en perdit la raison. Par une dispensation venant d'en haut, il tomba dans un état de stupidité animale, telle qu'on fut obligé de le séquestrer de la société humaine durant sept années consécu-

1 Dan., II, 38.

tives, au bout desquelles « il leva les yeux vers le ciel ; le sens lui revint, » dit l'Ecriture, et, dans un édit adressé aux hommes de toute nation et de toute langue, il s'humilia profondément et rendit gloire :

« Au Très-Haut , à Celui qui vit éternellement , dont la puissance est éternelle et dont le règne est de génération en génération, devant qui tous les habitants de la terre sont comme rien *, et qui fait tout ce qui lui plaît dans l'armée des cieux et parmi les habitants de la terre, dont il n'est personne qui puisse arrêter la main et lui dire : Que faïs-tu? » /&., 29-36 (a6-33).

Quel conquérant, quel chef d'empire dans nos temps modernes, s'est cru mieux qualifié et plus en mesure d'imposer sa volonté aux nations que Napoléon Ier, jusqu'au jour où il fut forcé de plier et de céder à une volonté plus forte et plus puissante que la sienne?

Après des victoires signalées et un accroissement prodigieux, suivi de vicissitudes et de revers non moins éclatants, renversé de son trône et relégué loin du théâtre de sa gloire et de ses exploits, dans une île solitaire perdue au sein de l'Océan, Napoléon se mit à repasser les événements de sa vie et à comparer ses destinées à celles d'autres grands capitaines et chefs d'empire d'un génie semblable au sien, qui avaient "conçu ce même plan de domination universelle ; aucun d'eux n'était arrivé au terme de ses vœux.

1 Es., XL, 15, 17.

Ses réflexions le reportèrent vers une grandeur d'un caractère bien différent, et, avec un étonnement et un respect toujours croissants, il en vint à contempler un homme qui n'avait été vaincu par rien, et qui, sans armées, par une influence exercée sur les cœurs et sur les esprits, avait soumis et soumettait de plus en plus des multitudes innombrables à son empire et à ses volontés ; nul homme n'avait su comme lui se faire aimer et commander avec une autorité absolue.

Cet homme était Jésus, celui qui s'était soumis volontairement à toutes les privations, à tous les tourments, à toutes les ignominies, afin de convaincre les hommes ses frères que là n'était pas ce qu'il y avait de plus à craindre, qu'il y avait un malheur bien autrement grand à redouter, celui de l'extinction du sentiment moral, celui de ne pouvoir subsister dans l'assemblée des justes1, faute d'être soutenu par l'approbation de Dieu et d'une bonne conscience. Là était le secret de ce règne invisible que Jésus étendait de plus en plus sur les âmes.

En face d'une si éclatante lumière, tombé de si haut, Napoléon Ier, relégué à Sainte-Hélène, s'humilia sous la main du Tout-Puissant, et comprit que, s'il acceptait comme de la part de son Père céleste l'intolérable situation qui lui était faite par les hommes, il entrerait dans la voie du salut, de la liberté et de la véritable gran-

1 Psaume 1^ 5.

deur. Il est de fait, et l'histoire ne saurait le proclamer assez haut, que jamais homme n'a saisi plus nettement, plus positivement, et, à la lettre, plus mathématiquement que Napoléon à Sainte-Hélène, l'esprit, le pouvoir et la majesté du Très Haut, du seul vrai Dieu, dans l'homme Jésus. Pour lui, le Christ, le Dieu fait homme, donnait la clef de tous les dogmes de la religion l, la seule vraie réponse à toutes les énigmes de la destinée humaine 2.

1 C'est lui « qui a la clé de David ; il ouvre et personne ne ferme, il ferme et personne n'ouvre. » Apoc, III, 7.

2 Aussi l'apôtre Paul, versé dans la science des Écritures et du Talmud, ne voulait-il plus savoir autre chose, au milieu des raisonneurs de son temps, « que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. » I Cor., II, 22.

Planche I.

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