UNIVERSELLE
Frères de l'Alliance,
Elle a été belle, pleine d'avenir, la soirée du 19 novembre, dans la vaste enceinte où nous étions réunis1. Membres et représentants de cette grande association à laquelle viennent s'ajouter, chaque jour, de nouveaux adhérents de toutes les contrées du globe, nous étions tous sous l'action d'un même esprit. Des chrétiens de diverses communions se trouvaient mêlés aux Israélites ; mais quelle bienveillance des uns pour les autres, quelle affection réciproque ! Tous rendaient hommage au dedans
1 Dans la salle Herz, sous la présidence de M. Crémieux.
d'eux-mêmes à cette Raison souveraine, universelle, qui éclaire toutes les intelligences créées, et soupiraient après l'époque bénie où cette divine lumière se fera jour également dans tous les esprits
Qu'est-ce que l'Alliance israélite universelle ?
C'est un accord spontané d'Israël avec lui-même et avec tous les hommes de bonne volonté, dans le but de libérer Israël de ses entraves et de préparer la voie à plus d'union et de bonheur au sein de l'humanité.
Mais qu'est Israël ?
* C'est le peuple de Dieu.
Qui est Dieu?
La réponse est tout entière dans la demande, car, avec nos frères de la maison d'Ismaël, nous disons, dans le plus profond sentiment d'adoration : « Dieu est Dieu ! »
Mais encore ?
Dieu est la cause première et unique de tout ce qui existe.
La cause première vous est-elle apparue?
J'ai vu des causes et des effets, et je suis remonté à la Cause première, vivante et efficace de toutes choses ; avec nos frères de la maison d'Israël, je l'appelle l'Éternel, Celui qui est.
Mais qu'est-ce que l'homme?
Un être intelligent et moral, dans lequel l'Être suprême peut exprimer son divin caractère. Le premier homme a été créé à l'image de Dieu.
Israël a reconnu l'expression de la Raison souveraine, en ce qui concerne les rapports de l'homme avec son Dieu et avec ses semblables, dans la loi promulguée en Sinaï.
L'Eglise chrétienne a reconnu cette même expression de la Raison suprême et dans la loi de Sinai et dans Celui qui en a été le vivant accomplissement, l'Israélite Jésus.
Quel est le mot d'ordre de l'Alliance israélite universelle?
Paix sur la terre, gloire à Dieu dans les lieux très-hauts, bienveillance dans les hommes!
Mais c'est le mot d'ordre qui a retenti au berceau de l'Église chrétienne, à la naissance du Messie.
Dans le Messie se concentrent toutes les destinées d'Israël. De même qu'il a été l'homme de douleur, violemment retranché du milieu de son peuple1; de même, le peuple juif a été violemment retranché du milieu des nations. Mais, de même
< Dan., IX, 26.
que le Messie, le roi des Juifs, est mort, et qu'il est ressuscité par l'infinie puissance du Père *; de même, il faut qu'Israël, maintenant comme enseveli dans le tombeau de la gentilité, se relève et ressuscite comme nation spirituelle, glorieuse et bénie.
L'Eternel a donné à la parole de l'homme l'aile de la foudre; lorsqu'Israël sera mis au large et sa langue déliée, à quoi tiendra-t-il qu'en un moment « la connaissance de l'Éternel ne couvre la terre comme les eaux le fond des mers 2? »
Ce ne seront plus seulement quelques poignées de messagers envoyés par les sociétés chrétiennes des divers pays, qui annonceront aux nations éloignées le salut qui est en Jésus-Christ ; c'est un peuple tout entier, le peuple un et universel, qui se lèvera comme un seul homme, en présence de toutes les nations de la terre, et qui, contemplant dans sa gloire Celui qui, ici-bas, n'accepta qu'une couronne d'épines et choisit pour son trône une croix, s'écriera transporté et tout d'une voix, avec le disciple sortant de son incrédulité : « Mon Seigneur et mon Dieu3! Mon oreille en avait ouï-
1 Rom., VI, 4. Éph., I, 19, 20. — « Es., XI, 9. 3 Jean, XX, 28.
dire quelque chose; mais, maintenant, mon œil t'a vu *. »
C'est le point de départ d'une troisième économie, la gloire et le couronnement des deux autres, l'époque où les hommes, instruits de la volonté de leur Père céleste, et croyant à la possibilité qu'ils ont en lui d'accomplir sa sainte volonté, s'accordent et s'entendent, non plus seulement comme particuliers et comme Eglises séparées de la multitude, mais comme Etats et comme nations, pour accomplir la loi de l'Éternel, et faire ce que Dieu commande. L'Esprit du Seigneur est répandu avec abondance sur l'humanité tout entière, qui, désormais, marche dans la justice et dans la sainteté.
Le signe avant-coureur de cette troisième économie est la conversion d'Israël à son Roi-Messie, son retour et son rétablissement dans le pays de ses pères. Alors s'opérera un changement complet dans la vie et dans l'esprit des peuples, ce que l'apôtre appelle une résurrection d'entre les morts2.
Parmi les nations qui ont embrassé le christianisme, où est celle qui, dans son administration intérieure, comme dans sa politique au dehors, se
1 Job, XLIl, b. - 2 Rom., XI, 45.
règle absolument sur la morale et sur les maximes de l'Évangile?
« Le salut vient des Juifs. » Jean, IV, 22. Les Juifs nous ont donné la Loi et Celui qui est la fin et V accomplissement de la Loi1 ; n'est-ce point à eux qu'il est réservé de réaliser la nation modèle, celle qui, dans ses relations intérieures et extérieures, se conformera au type éternel de la vérité, de la justice et de la sainteté?
Voici comment le prophète Esaie s'exprime touchant l'Israël des derniers temps :
« L'Éternel deviendra ta lumière perpétuelle, quand seront accomplis les jours de ton deuil, et ton peuple sera tout autant de justes. » LX, 20, s.
« Et tout ce qui sera demeuré de reste en Sion, et tout ce qui aura survécu à Jérusalem, sera appelé saint. » IV, 3.
Il n'y aura de paix sur la terre que lorsque les hommes, rentrant dans l'ordre, se rencontreront dans le Serviteur de l'Éternel 2, en qui la foi chrétienne a reconnu cet Etre primitif et divin à l'image duquel l'homme a été créé 3.
Maintenant, quelle sera la nation messianique ou
* Rom., X, 4. — 2 Es., XLI1, 1 s.; XLIX. 3Gen., I, 26, 27. Jean, I, 1-19.
chrétienne l par excellence, sinon celle dont le Messie, lui-même et en personne, sera le Roi?
« Le Seigneur lui donnera le trône de David son père, et il régnera sur la maison de Jacob éternellement 2. »
Alors, plus que jamais, « les nations rechercheront la tige d'Isaï, dressée pour être l'étendard des peuples, dans sa résidence glorieuse 3. » Des peuples nombreux et de puissantes nations viendront à Jérusalem rechercher l'Eternel des armées, et y supplier l'Eternel. C'est alors que ce dix hommes de toutes nations et langues saisiront le pan de la robe d'un Juif, et diront : « Nous irons avec vous, car nous avons appris que l'Eternel est avec vous \ »
« Et il arrivera, dans les derniers jours, que la montagne de la maison de l'Eternel sera affermie au sommet des montagnes, élevée par-dessus les coteaux; toutes les nations y afflueront, et des peuples nombreux iront, disant : Venez, montons à la montagne de l'Eternel, à la maison du Dieu de Jacob; il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers; car c'est de Sion que
1 Christ et Messie signifient la même chose, oint. — * Luc, I, 33. 3 Es., XI, 10. — * Zach., VIII, 20, s.
sortira la loi, et la parole de l'Eternel de Jérusalem. » Es., II, 2, s. Michée, IV, 2, s.
C'est alors que ce le loup gîtera avec l'agneau, que la panthère couchera près du chevreau, que l'enfant qu'on allaite se jouera près du trou de la vipère, pour parler avec le prophète. On ne nuira point, on ne causera aucun dommage dans toute ma sainte montagne. Les épées seront forgées en socs de charrue et les hallebardes en serpes ; une nation ne tirera plus l'épée contre une autre nation, et l'on ne s'adonnera plus à la guerre; mais chacun se reposera sous sa vigne et sous son figuier. » Es., XI, 6-10; II, 4- Michée, IV, 3-5.
Les Ombrages, Versailles, dimanche 9 février 1868.
Existence du Verbe avant tous les temps. — Sa divinité reconnue des intelligences les plus élevées dans la hiérarchie céleste. — Sa sagesse flambeau de l'infini.
Source de la vie de tous les êtres. — L'existence des êtres passagers et finis contrastant avec celle de l'Être suprême éternel et immuable.
L'amour déterminant Celui qui est la raison de toutes choses., à créer l'univers pour s'y manifester. — Il s'y manifeste, en s'immolant sur l'autel de l'ordre moral, loi suprême.
Le chaos. — La lumière. — La terre séparée des mers. — Création des plantes. — L'astre du jour. — Les animaux divers. — Attente d'un être moral, pontife et roi, représentant du Dieu souverain.
Création de l'homme. — Noblesse de s^ stature. — Son regard, ses traits où brille un rayon divin. — Force et faiblesse réunies. — Il est créé libre.
Danger de la liberté. — Possibilité d'une chute morale. — Un ennemi irréconciliable.
Absence d'une compagne. — Aspiration innocente et pure. — Sommeil dans la paix et l'obéissance. — Ravissement de lTiomme à son réveil. — Le ferver des anciens Persans. — Idéal réalisé.
Eve entraînée par la jouissance du moment présent. — Désordre des sens. — Esprit d'orgueil. — Ascendant d'Eve, idolâtre d'elle-même, sur son mari.
Adam séduit et entraîné par sa compagne. — Son amour-propre flatté. — Sa crédulité — Il sacrifie tout à la passion qui le déshonore.
Tourments avant-coureurs de ceux de l'enfer. — Passions déchaînées. — Terre maudite. — Sépulcre.
Peines au sortin de cette vie. — Chaînes spirituelles. — Fureurs de l'enfer. — Le temps de la grâce épuisé. — Tous les hommes sous la condamnation. — Morsure du Serpent. — L'homme né sous l'empire du mal. — Il ne peut changer sa nature pécheresse. — Il fuit le regard d'un Dieu courroucé. — 11 ne peut l'apaiser par ses offrandes. — Il ne peut revenir en arrière. — Folie de la rébellion. — Mort seconde. — Société des esprits réprouvés.
L'homme du ciel toujours dans l'ordre. — Il est lumière et vérité première. — Sa voix au fond des cœurs.
Dons spirituels accordés au premier homme : droiture et vérité. — L'œuvre de Dieu relativement à l'homme, garantie.
Le Fils, caution et rédempteur de l'humanité tombée, par le péché, sous
la domination tyrannique de l'Ennemi. — Revêt un corps humain. — Entre, comme postérité de David, dans la série des générations humaines. — Sa condition humble et sans apparence. — Jouet de la foule égarée. — Son sacrifice expiatoire, héritage du croyant. — L'odieux de son supplice retombant sur l'Ennemi du genre humain qui l'a provoqué.
Jésus l'ami des misérables. — Compatissant à l'infirmité de la nature humaine. — Confondant les fourbes et les sophistes de sa nation.
Agonie du Sauveur en Gethsémané. — Son silence devant les juges. — Sa défaillance sur la croix.
Baiser de Judas. — Satan, flatteur perfide de nos premiers parents. — La coupe amère.
Rage des puissances infernales. — Nature mystérieuse du mal. — Loi de fer par trois fois maintenue dans la souffrance expiatoire du Christ.
Victoire finale de l'obéissance. — Secret de régner. — Innocence reconquise. — Sang de Christ, semence des martyrs de l'obéissance.
Dépouiller le péché qui a causé la mort du Juste. — La robe de justice. — Confesser le Christ.
Christ combattant avec nous. — Le Père apaisé. — La couronne de justice, fruit de l'œuvre du Christ. — Les sept sceaux rompus. — Résurrection d'Israël. — Parole toute-puissante. — Le Juge de l'univers. — Parole qui détruit l'idolâtrie, la même que celle qui, au commencement, a ordonné toutes choses.
Homme-Dieu, quel mortel dira ton origine ? Ta gloire incorruptible a devancé les temps1. Devant ta majesté le séraphin s'incline 2. Ta sagesse, flambeau de lumière divine.
Verse dans l'infini ses rayons éclatants.
La vie incessamment jaillit de ton essence 3. Des êtres successifs les flots tumultueux, Emportés par le temps qui roule en ta présence, Confessent, en passant, cette vraie existence, Éternel attribut du seul Dieu bienheureux.
Raison de l'univers, ô toi, beauté suprême ! Quels étaient tes conseils dans ton immensité? Principe de tout bien dans ceux que le Père aime 4, Quelle loi t'a contraint de sortir de toi-même, Pour nous donner la vie avec la liberté?
C'est la loi dont le cours ne connaît point d'obstacles, Qui, seule, explique tout aux enfants de la foi ; Qui jadis en Sion inspirait les oracles, Qui, de nos jours encore, enfante des miracles, Et force le pécheur à triompher de soi.
C'est la loi de l'amour; elle est avant les âges. Au Dieu qui la conçut brûlant de s'immoler, Le Fils du Saint des saints, adoré des vrais sages, Du mystère éternel écartant les nuages, Voulut avoir un monde à qui se révéler9.
11 créa; s'éveillant et sortant de ses langes, Hors d'une épaisse nuit, le chaos apparut. En ce premier matin , les légions des anges Du Verbe créateur entonnaient les louanges 6 ; Il avait dit un mot, « et la lumière fut 7. »
Bientôt, de notre terre apparut la merveille.
De vastes réservoirs ont enfermé les mers 8.
Grand dans l'aigle qui plane, ouvrier dans l'abeille,
Le Seigneur, du printemps étale la merveille,
Et le flambeau du jour brille au milieu des airs 9.
Le souffle de l'amour réchauffait la nature; La flamme du bonheur se propage . . . élancés Dans la mer, sous les flots, sur des lits de verdure, Des animaux divers de mœurs et de structure Vivent, selon leurs lois, en troupe ou dispersés 10.
Tout se meut, tout est vie; et pourtant solitaire,
La nature soupire après un possesseur.
Le Maître est dans les cieux; il faut que, sur la terre,
Un être, du pouvoir heureux dépositaire,
Offre à Dieu les parfums et le culte du cœur.
L'homme sera donné M ; son port, plein de noblesse, Annonce le séjour dont il est descendu. Ses yeux, des immortels expriment la tendresse, Et, dans un composé de force et de faiblesse12, Brille un rayon divin sur ses traits répandu 13.
Voilà l'homme, il est libre, ô présent redoutable! Sur la limite extrême et du bien et du mal, Celui que le Seigneur fait asseoir à sa table, Peut, ivre de lui-même, imitateur du Diable, Trébucher, loin d'Éden, dans l'abîme infernal.
Assiste-le, grand Dieu, confonds les artifices D'un ennemi perfide, à sa perte acharné! De ses jours, s'il se peut, augmente les délices ; Ou, s'il hésite encor, montre-lui les supplices Réservés à l'ingrat par l'orgueil entraîné.
Il était sans compagne u ; une image confuse D'un bonheur plus parfait vient flatter ses esprits. Est-ce Dieu qui l'enseigne, ou Satan qui l'abuse? S'il poursuit une idole, où sera son excuse? De l'amour de Dieu seul son cœur doit être épris.
[1 était innocent, et, du fond de son être, Ce désir pur encor vers le ciel est monté. Il s'endort, confiant et docile à son Maître 15 ; Qui dira son réveil, quand il verra paraître Un type de la grâce à ses yeux présenté 16 ?
Des antiques Persans la profonde doctrine Enseignait que chaque homme a son pareil aux cieux 17 ; Que, brillant, immortel, de nature divine, Celui-ci, de plus près, devant leur Dieu s'incline : Tel, l'idéal d'Adam apparut à ses yeux.
Leur bonheur est trop grand ; si, du moins, plus fidèles, Ils eussent de leur Dieu mieux senti tout l'amour ! Si, gardant sa loi sainte, à l'ombre de ses ailes, Ils eussent refoulé des tendances rebelles, Eden n'envierait rien au céleste séjour.
De son bonheur présent Eve fut enivrée,
Et l'oubli du devoir attrista ce beau lieu.
Au désordre des sens son âme fut livrée.
Le mensonge et l'audace en ont forcé l'entrée 18 :
Adam n'est plus semblable, il est égal à Dieu 19.
Sophisme sans pudeur, révoltante imposture ! Eve prétend aimer et n'a su que haïr.
D'elle-même idolâtre, elle foule, elle abjure D'un sexe plein d'attraits la plus belle parure : L'humilité d'un cœur qui ne veut qu'obéir.
Adam, non moins coupable, en sa femme s'adore, Et goûte les leçons de l'Esprit séducteur 20 : Eve a su conquérir des clartés qu'il ignore ! A celle qui le flatte et qui le déshonore, Il immole son Dieu, sa vertu, son bonheur.
Amour, qu'est devenu ton bien, ta loi suprême? Au sein du Paradis a pénétré l'Enfer.
Plus de pures vertus, plus d'oubli de soi-même. Les reproches amers, l'égoïsme au teint blême, Les feront ressembler aux fils de Lucifer.
De la perversité les trames sont ourdies ; Les mortels désunis s'égorgeront entre eux. Les intrigues de cour, les noires perfidies, Mille fléaux cruels, la faim, les maladies, Changeront cette terre en un sépulcre affreux21.
Au-delà du tombeau, des peines plus terribles Atteindront le pécheur aux flammes réservé 22 ; Des vengeances du Ciel ministres inflexibles, Les démons chargeront de chaînes invisibles Cette âme dont l'orgueil si longtemps l'a bravé.
Qui pourra de l'Enfer exprimer la furie, Et fléchir le Dieu saint justement irrité? Des faveurs du Très-Haut la fontaine est tarie. Quelle âme du péché peut se dire guérie, Et digne du séjour de la félicité ?
Aucune ; du péché la cruelle morsure,
Du plus juste, ici-bas, empoisonne les jours.
L'homme gît dans le mal 23, il naît dans la souillure.
Un More changerait sa livide figure,
Avant que le péché n'interrompît son cours u.
Tel est, race d'Adam, pour jamais ton partage; De ton Dieu courroucé tu fuiras le regard 2S. Ton encens lui déplaît, ta requête l'outrage 26 ; Jamais ton œil impur ne verra son visage 27, Et, pour rétrograder, hélas! il est trop tard.
Contre ton Juge, en vain, ta raison se rebelle ; Dévore, loin d'Éden, le fruit de ton orgueil. Des esprits réprouvés la cohorte t'appelle ; Va, raille des frayeurs de la mort éternelle 28, Et du marteau levé pour clouer ton cercueil !
C'en est donc fait de nous?... Un seul, issu du Père,
De la vertu, jamais, n'abandonna les droits.
Sans nuage et sans ombre, il vit dans la lumière 29 ;
Il était la beauté, la vérité première 30;
Heureux qui, dans son cœur, a discerné sa voix 31 !
Au père des humains Dieu donna la droiture32, Et plaça sur son front l'austère vérité. L'établissant pontife et roi de la nature33, Il garantit son œuvre et, par Lui-même, Il jure Que l'homme sera juste, et pour l'éternité.
Mais, si le mal prévaut, qui prendra sur lui-même Le crime des humains à périr condamnés 34? Qui saura contenter la Justice suprême 3b, Et, de l'impiété confondant le blasphème, Triompher des démons à ses pieds enchaînés36?
Ce sera l'Immuable 37 et le Témoin tidèle 3S,
Le Vrai, le Saint, le Pur, l'Homme primordial39,
Le Fils du Roi des rois, que l'Esprit nous révèle40.
C'est lui qui, ramenant une race rebelle,
S'est livré, comme otage, aux puissances du mal.
11 voilera d'un corps sa sagesse incréée41, Rejeton de David42, sans beauté, sans éclat43, Deviendra le jouet d'une foule égarée 44, Léguant à son Eglise une paix assurée 4S, Au Démon l'odieux du plus noir attentat46.
Joyeux de relever chez les plus misérables Des instincts de vertu non soupçonnés en eux 47, Il saura déjouer par des traits admirables D'adversaires puissants les haines implacables, Et de fourbes lettrés l'argument captieux 48.
Qui dira les combats de la grande Victime,
Et le trait jusqu'au fond dans son âme enfoncé 49;
Les assauts redoublés du Prince de l'abîme,
Du Juste condamné le silence sublime b0,
Son cri : «MonDieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu laissé51 ?»
Du perfide Judas le baiser de vipère, D'un complot ténébreux signala la noirceur b2; Avant lui, vil flatteur de notre premier père53, Satan broyait les sucs de cette coupe amère, Dont Jésus, au jardin, dut savourer l'horreur.
Faisant l'œuvre du Père54, et jaloux de sa gloire, Christ avait enflammé la rage de l'Enfer. Le mystère du mal se perd dans la nuit noire; Mais, trois fois, de l'Agneau B5 l'angoisse expiatoire Courba son front sanglant sous une loi de fer 56.
Il vaincra, toutefois, par son obéissance :
Le secret de régner est celui d'obéir.
Dans sa mort éclata sa parfaite innocence 57 ;
De son sang répandu germera la semence
D'un peuple pour sa loi joyeux de tout souffrir S8.
Pécheurs, réveillez-vous; abjurez la malice Qui dans le sein du Juste enfonça le poignard. Trempés dans son Esprit S9, zélés pour son service, Recevez, en son nom, la robe de justice 60 ; Mais, pour le confesser, n'attendez pas trop tard 61 !
Dans vos tentations, il n'est rien qui l'étonné. Courage! en vos combats 11 sera le plus fort62. Plein de compassion, le Père vous pardonne; Déjà, du haut des cieux, Il vous tend la couronne Que le Fils, pour les siens, a conquis par sa mort 63.
Voilà l'Homme, Israël, celui dont la vaillance Du Livre des destins a brisé les sept sceaux 64. Environné de gloire et de magnificence-, Vers les douze tribus le vois-tu qui s'avance 6S, Ranimant, sous ses pas, la cendre des tombeaux?
Tu ressusciteras par sa seule parole,
Et tu verras assis, pour juger l'univers 66,
Celui qui renversa les dieux du Capitole,
Et qui, dans l'origine, affermissait le pôle,
Quand le sec apparut, sortant du sein des mers 67.