‹ La fille de SionChapitre 6 sur 43 · ENT · texte numérisé non relu

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de deuil ayant le triomphe. — Sang expiatoire. — Vue de Dieu, victoire sur l'enfer et sur la mort, prix d'une foi vivante.

A la foi de faire tomber le voile qui sépare l'Église d'en bas de celle d'en haut. — La charité fait défaut. — Les prodiges qu'elle opère. — Résurrection de Lazare. — Miracles du Christ arrêtés par notre incrédulité. — Hâter son avènement. — Cri d'archange, voici l'Époux. — Lampes enfumées d'un faux savoir. — Mépris de l'onction divine. — Les retardataires rejetés. — Le plan divin manifesté en Sion. — Fête qui, pour les élus, terminera l'économie actuelle. — Hommage rendu au Rédempteur. — Le Fils'de l'homme vainqueur. — Règne de Sion.

Si du Dieu qui m'aima la clémence infinie

Voulait consommer mon bonheur ;

Si son Esprit consolateur Me disait : « De tes ans la tâche est accomplie ; Tu vas des bienheureux entendre l'harmonie, Des cieux ouverts contempler la splendeur ; Ou, restant sur la terre et, combattant l'erreur,

Tu peux à Sion désolée

Montrer la face dévoilée

D'Adonaï, son Rédempteur l ; »

Eternel, ici-b^s, tu connais ma faiblesse : Des sentiers de ta Loi je m'écarte sans cesse.

Mais si, gardé par ton amour , Avant de m'envoler au céleste séjour,

Je pouvais contenter le désir qui me presse ;

Si, pour Sion t'invoquant chaque jour, Je pouvais, à son Roi l'amenant à son tour,

Donner essor à ma tendresse,

Je le confesse sans détour :

Pouvant des séraphins ouïr la symphonie, J'aimerais mieux la terre et sa douleur bénie; Je voudrais ramener la vertu dans les cœurs, Du démon de la haine éteindre les fureurs , Dans un code inégal et remis à l'étude, Des noirs enfants de Cham rayer la servitude2, Applaudir au progrès accompli dans les mœurs ; Mais, surtout, je voudrais à Sion rajeunie, Du Juste mis en croix retraçant l'agonie,

Avec Sion, verser des pleurs.

J'ai vu le Seigneur des seigneurs, Pâle, défait, meurtri, chargé de nos langueurs 3, \)u céleste courroux épuiser les rigueurs 4 ; D'Israël, à son tour, contemplant la souffrance, En un point capital, j'admire sa constance : Je vois que si, pour tous , son Roi s'est dépouillé 5, Israël, pour Dieu seul, voulut être immolé.

Au Dieu de Sinaï craignant d'être infidèle, Il a fermé son cœur à la Bonne Nouvelle. Montrez-lui son aïeul en sa hanche perclus 6 , Contre l'Homme d'en haut7 il ne luttera plus 8.

Tous pour un, un pour fous : c'est la grande maxime Qu'acclame, dans nos clubs, un transport légitime; Si, du moins, de nos temps l'esprit litigieux En savait démêler le sens religieux!

Tous pour un : de Dieu seul c'est avancer la gloire. Un pour tous : c'est du Christ l'offrande expiatoire. Tous pour Un : avant nous , les Hébreux l'ont compris. D'Un pour tous les Gentils ont mieux connu le prix.

Chrétiens, Hébreux, cessez, votre foi se ressemble; Cessez de vous heurter, de quereller ensemble. Le Seigneur « d'un seul sang créa le genre humain 9; » Sachez donc le comprendre et vous donner la main.

De son sang le Messie a créé cette Église , Que l'Ennemi du bien hait10, anathématise ; Mais qui, de plus en plus, s'édifie en un corps, Dont le Chef unira tant de membres discords.

L'Esprit de vérité, dans une âme docile, Grave en traits lumineux la loi de l'Évangile, Lui fait, avec amour, pratiquer les vertus Dont le type divin a relui dans Jésus.

Telle que, s'isolant, la lyre éolienne Semble de purs esprits la voix aérienne, Sitôt qu'en la campagne un léger coup de vent, En sons mélodieux, frémit dans l'instrument;

Telle, des profondeurs de ton âme inspirée, Des saints retentira la science épurée, Sion, quand, sur la foi de ton législateur ", Tu t'assiéras aux pieds du céleste Docteur12.

Israël et son Roi, dans leurs destins semblables, Sortiront de l'épreuve intacts, impérissables. Le Roi ressuscité règne au plus haut des cieux ; Le peuple, du creuset remonte, radieux.

Le Fils du Souverain, présent dans la fournaise, Tempérait et la flamme et l'odeur de la braise l3 ; Tel, Moïse en extase aperçut au désert Ce genêt qui, flambant, demeurait toujours vert u.

Le Prince de l'abîme a pâli sur son trône : Hébreux, la Bible en main, sortez de Babylone 15, L'édit du Vatican a sonné le départ; Le foudre qui s'éteint peut s'enflammer plus tard.

La chute d'Israël a fait notre richesse 16 ;

Qui soutiendra l'éclat de sa conversion,

Quand toutes les tribus, le cœur plein d'allégresse,

Reprendront, sous le Christ 17, le chemin de Sion 1S?

Rois, relevez Sion ; le fardeau qui vous pèse, S'accroît avec les jours de sa captivité ; Et des peuples sans Christ l'indicible malaise Exige un grand remède à leur impiété.

Sur le Saint d'Israël appuyez l'équilibre, Qui du peuple et des rois balance le pouvoir. O vous, dont le concours rendit la Grèce libre ig, De l'antique Sion trahirez-vous l'espoir?

Naguère, du Seigneur allumant la colère, Vous opprimiez son peuple exilé parmi nous 20. Chrétiens, n'aggravez pas le supplice d'un frère, Fléchissez avec lui le céleste courroux.

Votre paix vient des Juifs 21 ; leurs livres sont les vôtres ; Le monde, instruit par eux, connut son Créateur; Vous leur devez Moïse, avec les saints Apôtres ; Une Juive, en ses flancs, conçut votre Sauveur.

Dieu, dans l'homme voulant imprimer son image, Trois fois, pour l'achever, a repris son ouvrage ; Et, d'abord, il forma le père des humains. L'homme était innocent, au sortir de ses mains. Sans jamais offenser la Sainteté suprême, Adam devait s'aimer dans un autre lui-même. Son être s'absorba dans un profond sommeil 22 ; Une aide au front divin parut à son réveil. Ils étaient deux d'un seul; une tendresse immense Dans une sainte ardeur doublait leur existence. Dieu, se réfléchissant dans sa création, De nos premiers parents consacrait l'union 23 , Lorsque, prêtant l'oreille au Père du mensonge,

Ils virent s'envoler leur bonheur comme un songe.

Le Démon jalousa l'ouvrage du Dieu fort,

Et la race d'Adam fut sujette à la mort u.

Mais l'œuvre du Seigneur est une œuvre immortelle 25,

Au plan qu'elle a formé sa sagesse est fidèle.

Opposant au démon l'égide d'un des leurs,

Les hommes du combat devaient sortir vainqueurs26.

Répondant, comme l'ombre, à la Cause première, Adam apparut seul, tiré de la poussière 27. D'Adam, Eve en mystère avait reçu le jour28. Tel, naîtrait de la femme un troisième, à son tour29. Trois actes créateurs, où l'on peut reconnaître Le triple sceau du Dieu qui nous a donné l'être 30.

Eve fut infidèle, et le fils de la chair, Cain, des voluptés trahit le fruit amer 31. Le genre humain déchu naissait pour la souffrance ; Mais un Sauveur naîtrait, fils de l'obéissance 32. Pendant que le Malin dominait en tout lieu, L'Esprit saint se mouvait sur le peuple de Dieu. Au temps déterminé Dieu tira d'une autre Eve Celui qui, par sa mort, du péché nous relève 33 ; Et le Fils de Marie, esprit de sainteté 34, Apparut, type vrai de notre humanité 35.

Mortels, qu'une ruse infernale Entraîna dans l'iniquité,

Et que des sens l'illusion fatale A courbés sous le joug de la nécessité, Jusques à quand l'esprit immonde, Par les prestiges de ce monde, Égarera-t-il votre cœur?

Est-ce au délire, à la licence, A. mettre en doute la puissance Et la sagesse du Seigneur?

De notre humanité rebelle ,

Qui foule aux pieds sa sainte Loi,

Dieu tire une race nouvelle,

Qui se propage par la foi.

Par la plus tendre sympathie,

Du corps des saints faisant partie,

Leur nom dans le ciel est écrit36 ;

Pleins de l'Esprit qui les console 37,

Ils ont pour guide la parole

Et l'exemple de Jésus-Christ.

L'histoire du vrai Dieu, par son esprit dictée , N'est pas la fiction par la fraude inventée 38 ;

Dans l'ordre merveilleux des faits, Son conseil arrêté ne se dément jamais39. Comme le chêne existe en sa semence,

Et se montre en ses premiers jets;

Comme, dans les goûts de l'enfance,

De l'homme on pressent la tendance,

Le Père des esprits, en de premiers essais, Du plan divin a dessiné les traits.

A Dieu, seul appartient l'existence absolue,

Qu'à la matière aveugle Épicure attribue.

L'existence de l'homme émane du Dieu fort,

Qui, seul, tient en sa main et la vie et la mort40.

Lui contesterons-nous la vertu créatrice?

La matière est sujette, il faut qu'elle obéisse.

Le miracle est le fait qui démontre au chrétien

Que Dieu-, dont tout dépend, seul, ne dépend de rien 41.

En dehors du cours ordinaire,

D'un fils Sara devenant mère Préparait Israël à contempler un jour,

Dans un plus auguste mystère, La naissance du Fils que l'éternel Amour

Immolerait sur le Calvaire.

Avec ménagement et par mesure instruits, Les Hébreux, en lsaac, à Jésus sont conduits.

La race humaine était déchue, Et, par le péché, devenue Inhabile à porter les fruits Qui par l'amour pur sont produits.

Mais Dieu, pour qui tout est facile, Du tronc languissant et stérile.

Par un miracle, fit sortir Un rameau généreux, fertile, Qui, fécondant l'arbre sénile, Pour le ciel l'a fait reverdir.

Dans un passé qui prophétise, A lire l'avenir la foi nous autorise.

Voyez comment, dans deux faits accomplis, Dès l'origine de l'Église, Des élus, en deux parts, le destin se divise;

Comment Jésus, la porte des brebis 42, Deux fois glorifié, doublement réalise Le passage des saints dans la gloire introduits.

Des derniers jours l'Eglise consommée Survit exempte du trépas43.

Avec Christ, au Thabor 44, je la vois transformée , Le retour du Sauveur termine ses combats ; Mais l'autre portion, qui s'endort dans l'attente, Comme Christ, du tombeau sortira triomphante , La mort en ses liens ne la retiendra pas45.

Relevé des labeurs de son long ministère,

De la Terre promise atteignant la frontière,

Moïse du trépas subit l'arrêt sévère 46 .

Des mortels son tombeau dut rester ignoré ;

Mais, durant trente jours, son peuple l'a pleuré 47.

Du Thisbite, autrement, Dieu couronna Je zèle : Le sépulcre ignora sa dépouille mortelle ; Son être tout entier à la mort dérobé, Dans l'élément divin disparut absorbé 48. Mais, lorsque, anticipant sur sa gloire future, Aux yeux de trois des siens Jésus se transfigure, Moïse, ainsi qu'Élie, admis à ses côtés, De la gloire d'en haut renvoyait les clartés 49.

Sion, réveille tes compagnes Pour le grand jour du Tout- Puissant; Il vient, dans ses greniers, assembler son froment50, Et son souffle de vie a jauni les campagnes 51, De la foi dans les cœurs jetez le fondement ; La foi fait qu'on subsiste au jour du jugement 52, La foi renverse les montagnes 53.

Tout se hâte, en nos jours, vers un grand dénoûment Notre globe lui-même implore un changement. D'un monde qui périt haïssez la figure. Dans le sang d'un Sauveur engendré sans souillure, Du mal qui s'infiltra lavez la tache impure 54.

Une des vierges d'Israël

A cru, contre toute espérance,

Que par l'Esprit de l'Eternel,

A l'homme vrai, spirituel,

Sion pouvait donner naissance 55 ;

Et sa foi fut bénie en sa simplicité.

Sur l'obscur horizon de la gentilité, Se leva de Jacob l'étoile radieuse 56.

Croyant à la fatalité,

De Dieu le monde avait douté ;

Une âme chaste et généreuse,

Instruite par la vérité,

Du Serpent subtil, effronté,

Brisa la tête venimeuse 57.

En sa sainte postérité, Marie au genre humain rendit la liberté, Et l'Eglise à jamais la dira bienheureuse 58.

A tant de fermeté si le ciel fut ouvert,

Et qu'aux gloires du ciel la sienne soit unie,

Dites-nous quelle mère avait autant souffert?

Paix et salut! vierge bénie , Mère de notre Rédempteur ; Dans la retraite, avec candeur, Du Dieu vivant tu recherchas la trace ; Sur toi s'est abaissé le regard de sa face 59, Et rien n'égala ton bonheur.

Des trônes d'ici-bas, dont la figure passe, Tu regrettas peu la splendeur,

O fille d'Abraham et de l'Oint du Seigneur Qui des rois de Juda fut la tige et l'honneur, Et de Saut obtint la place 60.

Qu'aux idoles du jour s'attache la aveur,

Console-toi de ta disgrâce ; En ton abaissemen ta majesté surpasse

De Salomon l'éclat et la grandeur.

Si les scribes alors murmurent pleins d'aigreur, Si tant de foi les embarrasse, Prends pitié d'eux ; ce savoir ergoteur Qui les fascine et les enlace, Par mille absurdités expia son audace, Qu'abattra d'un seul coup le céleste Frondeur61.

Mais une épée a transpercé ton cœur 62 : Le fils que tu portas fut homme de douleur ; Haï des grands que la vérité lasse, Vil jouet de la populace 63, .lésus à tant d'outrage opposa la douceur 64, Et rien n'égala leur fureur.

Son sang coula ; mais, propice, il efface Le crime d'Eve et de sa race 65.

Dans tes bras maternels pressant le Rédempteur, De ton cœur ingénu qui dira les délices ?

Tu ne t'appuyais point sur de fausses justices, Tu t'égayais en ton Sauveur 66.

Foi simple, foi du cœur, que le monde ravale,

Israël a connu ta vertu sans égale,

Alors que, plus soumis au Dieu de vérité,

Il écoutait sa voix avec humilité.

Mais de l'esprit d'orgueil les offres le tentèrent,

Et d'un savoir impur les vapeurs l'enivrèrent 67.

On le vit accabler d'un injuste dédain

Ces humbles, ces petits 68, aimés du Souverain 69.

Vierges, qu'un sexe ingrat laisse aux abords du temple70,

Du plus sublime élan vous donnâtes l'exemple.

L'une de vous a cru, sur la foi du Dieu fort,

Que de ses flancs naîtrait le vainqueur de la mort ;

Et, de son fris, la tombe a connu la victoire 7i.

D'où vient qu'au Rédempteur vous refusez de croire ?

Le Seigneur vous punit par cet abaissement

Où le sexe plus fort vous retient tristement.

Des nations par vous les chaînes sont brisées,

Et sous un code obscur vous vivez maîtrisées.

Plus que chez les Gentils, trop éblouis de l'or,

La femme, chez les Juifs, se négocie encor n.

Vos époux, détenteurs des richesses du monde,

Étouffent de Sion la sagesse profonde-

Levez-vous; montrez-leur la Juive dont l'enfant Sous ses pieds écrasa la tête du Serpent73.

Église des Gentils, entonne le cantique Qui doit du peuple élu précéder le retour u ; Que dans Jérusalem un culte évangélique De sa conversion inaugure le jour 75 !

De nos temps en travail les signes s'accumulent. L'oppression sans frein réforme ses abus 76 ; Des peuples à l'étroit les barrières reculent; Wolf 77 parcourt les déserts, cherchant les dix tribus.

Pour hâter leur retour, vois-tu quelle distance L'Europe moins barbare a déjà dû franchir? La terre des guerriers, la généreuse France, A donné le signal qui va les affranchir 78.

L'Orient put connaître, au départ de ses sages, Le moment où le Christ naissait à Bethléhem 79 ; En Ecosse a paru l'Étoile de nos âges, Les mages d'Occident sont à Jérusalem 80.

au fond de la Syrie a grondé le tonnerre 81, L'Euphrate ouvre un passage aux rois de l'Orient 82 ; La mer Rouge unira les deux bouts de la terre s3, Le feu prête son aile au liquide élément.

Des Gentils cependant les destins s'accomplissent84, Par leur savoir impur le Christ est rejeté 85, Les semences du mal incessamment mûrissent, Et l'Impie en nos temps sera manifesté 86.

Mais bientôt, effrayé d'un danger qui les touche, Des enfants d'Israël le cœur s'amollira 87 ; Le Seigneur enverra le souffle de sa bouche, Et du fils de David la gloire apparaîtra 88.

Réjouis-toi, Sion , une époque nouvelle Va ramener pour toi le siècle tant promis 89 ; Pour ne plus te laisser le Seigneur te rappelle , Son bras te vengera de tous tes ennemis 90.

Des enfants d'Albion la milice flottante Ramènera tes fils de cent climats divers 91 ; Et les accents vainqueurs d'une bouche éloquente 92 Des mains de l'opprimé feront tomber les fers.

Israël, regagnant le pays de ses pères, Partout, sur son chemin, recrutera des frères93; Et, dans Jérusalem, un culte universel Du Dieu trois fois béni consacrera l'autel 94.

Aussi bien, il fallait qu'une autre économie Dans l'ombre refoulant la puissance ennemie, L'Hébreu sur les confins, placé comme un flambeau, Marquât le changement par un temple nouveau95.

Dans le champ du progrès avec nous élancée, Plus chaste et plus sévère, évite nos écarts , Mais sans abandonner la céleste pensée Qui, dans Rome chrétienne, apparut aux beaux-arts

Ézéchiel ravi contemplait la structure

D'un temple dont l'autel était de simple bois 97 ;

Du mystère du Christ imposante figure,

Vers quatre points du monde il s'étendait en croix.

Au parvis du milieu l'autel du sacrifice De l'inflexible loi retraçait la rigueur 98 ; Mais, dans le temple même, une table propice Réclamait les parfums et le culte du cœur ".

Au pied de tes autels les nations en foule Viendront se prosterner avec toi tous les ans ,0° ; Leurs chefs, désabusés d'un pouvoir qui s'écroule, A l'honneur de Dieu seul feront fumer l'encens ,01.

Oh ! quand viendra le temps où la terre bénie Assemblera ses fils dans ton temple nouveau ; Où, fondus de tendresse, enivrés d'harmonie, Ils courront se ranger sous un même drapeau 102 !

Ton Roi, qui dans les cœurs imprimera sa crainte, Sur ta sainte montagne établira sa cour 103 i, La majesté de Dieu luira dans son enceinte 104, Ton nom sera justice 105, et ta livrée amour 1o6.

Si le Seigneur ne vient pas dans sa gloire,

C'est que les temps ne sont pas accomplis.

Du haut des cieux, il poursuit sa victoire

Sur le Démon , sur tous nos ennemis ;

La mort glacée et son escorte noire

À leur vainqueur seront assujettis I07.

Si seulement les hommes pouvaient croire !

Jésus se plaint, dans sa divine histoire, Du peu de foi de ses meilleurs amis108, Et des retards qu'à son œuvre ils ont mis. Trop aisément ils perdaient la mémoire Des jours de deuil qu'il leur avait prédits, - Et de l'éclat dont ils seraient suivis 109. « Vous ignorez la coupe qu'il faut boire Leur disait-il , craignez d'être surpris. » \ l'homme il faut un sang expiatoire : L'homme a perdu la perle de grand prix 1H Si seulement les hommes pouvaient croire ! Ils verraient Dieu ; leurs yeux sont retenus.

O vous, amis que nous avons perdus!

A nos soupirs si vous n'êtes rendus, A nous la faute; avec plus de courage, De l'ennemi nous dompterions la rage ; Vous viendriez, bons anges, parmi nous, Ou nous irions, transformés, près de vous.

lin

Le peu d'amour, voilà ce qui sépare.

L'amour peut tout ; hélas! il est trop rare.

L'amour s'unit au pouvoir du Dieu fort,

Et peut briser les liens de la mort.

Son grand pouvoir en Jésus se déclare;

Jésus aimait, et du sépulcre avare

Son cri puissant fit remonter Lazare "\

Il déplorait notre incrédulité,

Qui de son bras gênait la liberté m.

De son retour à peine on se soucie.

Nous pourrions tout, croyant au vrai Messie

Jésus hâtant son apparition,

Nos jours verraient la résurrection.

Il est minuit, une ombre plus épaisse Semble attarder l'effet de sa promesse ; Mais il est temps de sortir du sommeil, Un cri d'archange a sonné le réveil m. Comme l'éclair, une parole ailée A fait le tour de la terre ébranlée 115; Du Groenland jusqu'aux fleuves hindous A retenti le cri : Voici l'Époux U6 !

Savants d'hier, vos lampes enfumées Rassurent peu nos âmes alarmées.

Vous méprisez la divine onction Qui du Seigneur suivit l'ascension ; Craignez de voir dans les scènes dernières

Pâlir soudain vos trompeuses lumières 1I7; Lorsque, essayant de vous joindre à Jésus, Il vous dira : « Vous m'êtes inconnus118. »

De ton temple, grand Dieu! l'ordonnance parfaite Dans Sion reluira jusqu'au jour éternel. J'entends déjà là-haut les apprêts de la fête Qu'ouvriront les élus par un chant solennel 119 ;

« A Celui qui vainquit est la magnificence , « Célébrons les vertus de l'Agneau mis à mort 120 ; « Devant le Saint des saints il prit notre défense 12i, « Et, luttant avec Dieu, l'homme fut le plus fort 1Mi »

Consommée en Jésus dans la gloire du Père, Que Sion vive et règne à perpétuité !

Le Père l'a choisie, et le Fils, sur la terre, En elle a répandu l'Esprit de sainteté.

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