‹ La fille de ThuiskonChapitre 10 sur 108 · LE GANT · texte numérisé non relu

LE GANT

Le roi de France assistait à un combat de bêtes féroces, entouré des grands de sa cour, et un cercle brillant de femmes décorait les hautes galeries.

Le prince fait un signe: une porte s'ouvre, un lion 5 sort d'un pas majestueux. Muet, il promène ses regards autour de lui, ouvre une large gueule, secoue sa crinière, allonge ses membres, et se couche à terre.

Et le prince fait un nouveau signe : une seconde porte s'ouvre aussitôt ; un tigre en sort en bondissant ; à la vue 10 du lion, il jette un cri sauvage, agite sa queue en formidables anneaux, décrit un cercle autour de son ennemi, et vient enfin, grondant de colère, se coucher en face de lui.

Le roi fait un signe encore: les deux portes se rou- 15 vrent et vomissent deux léopards. Enflammés de l'ardeur de combattre, ils se jettent sur le tigre, qui les saisit de ses griffes cruelles. Le lion lui-même se lève en rugissant, puis il se tait, et alors commence une lutte acharnée entre ces animaux avides de sang.

20 Tout à coup un gant tombe du haut des galeries, lancé par une belle main, entre le lion et le tigre, et la jeune Cunégonde, se tournant d'un air railleur vers le chevalier de Lorge : « Sire chevalier, prouvez-moi donc ce profond amour que vous me jurez à toute heure en m'allant 25 relever ce gant.»

Et le chevalier se précipite dans la formidable arène, et, d'une main hardie va ramasser le gant au milieu des combattants.

Tous les yeux se promènent de la dame au chevalier

avec étonnement, avec effroi . . . Celui-ci revient paisiblement vers Cunégonde, et de toutes les bouches sort un murmure d'admiration. La dame le reçoit avec un doux sourire, présage d'un bonheur assuré. . . Mais le cheva- 5 lier, lui jetant le gant avec dédain : « Point de remercîments, madame ! » Et il la quitte toute confuse d'une telle leçon.

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