‹ La fille de ThuiskonChapitre 6 sur 108 · LE PARTAGE DE LA TERRE · texte numérisé non relu

LE PARTAGE DE LA TERRE

« Prenez le monde, dit un jour Jupiter aux hommes

du haut de son trône; qu'il soit à vous éternellement

comme fief ou comme héritage ; mais faites-en le partage

en frères.»

5 A ces mots, jeunes et vieux, tout s'apprête et se met

en mouvement; le laboureur s'empare des produits de

la terre ; le gentilhomme, du droit de chasser dans les bois.

Le marchand prend tout ce que ses magasins peuvent

contenir; le roi barricade les ponts et les routes et dit:

10 « Le droit de péage est à moi.»

Le partage était fait depuis longtemps quand le poète se présenta ; hélas ! il n'y avait plus rien à y voir, et tout avait son maître.

« Malheur à moi ! Le plus cher de tes enfants doit-il 15 être oublié?...» disait-il à Jupiter en se prosternant devant son trône.

« Si tu t'es trop longtemps arrêté au pays des chimères, répondit le dieu, qu'as-tu à me reprocher ? . . . Où donc étais-tu pendant le partage du monde? — J'étais près de 20 toi, dit le poète.

(( Mon œil contemplait ton visage, mon oreille écoutait ta céleste harmonie; pardonne à mon esprit, qui, ébloui de ton éclat, s'est un instant détaché de la terre et m'en a fait perdre ma part.

25 — Que faire ? dit le dieu. Je n'ai rien à te donner : les champs, les bois, les villes, tout cela ne m'appartient plus ; veux-tu partager le ciel avec moi ? Viens l'habiter ! il te sera toujours ouvert.»

HERMANN ET THUSNELDA

THUSNELDA

Ah ! le voici qui revient tout couvert de sueur, du sang des Romains et de la poussière du combat! Jamais Hermann ne ma paru si beau, jamais tant de flamme n'a jailli de ses yeux!

5 Viens ! je frémis de plaisir ; donne-moî cette aigle et cette épée victorieuse! Viens, respire plus doucement et repose-toi dans mes bras du tumulte de la bataille !

Viens! que j'essuie ton front couvert de sueur, et tes joues toutes sanglantes! Comme elles brillent, tes joues! 10 Hermann! Hermann! jamais Thusnelda n'eut tant d'amour pour toi!

Non, pas même le jour que, dans ta demeure sauvage, tu me serras pour la première fois dans tes bras indomptés; je t'appartins désormais, et je pressentis dès 15 lors que tu serais immortel un jour.

Tu l'es maintenant: qu'Auguste, dans son palais superbe, embrasse en vain l'autel de ses dieux ! . . . Hermann, mon Hermann est immortel!

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