‹ La fille de trente ans;Chapitre 11 sur 140 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

URSULE

Quand il y a du monde... mais en tète-à-tète... l'amiral.

Nous ne sommes jamais en tête-à-tète !... Tous les jours, à Paris, des bals, des soirées, malgré mon asthme et ma goutte. Tous les jours, nouveau courant qui nous entraine vers un mariage en perspective, que Ton poursuit toujours et qu'on n'atteint jamais.

URSULE

Parce que vous ne me secondez pas.

l'amiral.

Je ne fais que cela.

URSULE, avec impatience.

Récemment, par exemple... vous étiez malade, très-bien... Nous venons aux eaux pour votre santé, à merveille!... Mais pourquoi faire sortir de son couvent, sans me consulter, et emmener avec nous Hélène, qui a dix-sept ans!... Quelle faute ! dix-sept ans !

l'amiral.

Je voulais donner quelques distractions, quelque plaisir à cette jeune tille qui, après tout, est ma pupille.

URSULE

Je le sais... mais elle est jeune, mais elle est jolie, mais elle a deux ou trois millions de dot!... Comment voulez-vous que je me marie tant qu'elle sera là près de moi?... C'est impossible, une jeune tille de trois millions! l'amiral.

Je n'y avais pas pensé.

URSULE

Vous ne pensez à rien. Que nous l'ayons placée dans le plus riche couvent de Paris, à la bonne heure!... Que j'aille souvent la voir, c'est au mieux!., car elle est charmante et je l'aime, cette chère enfant, mais pas ici. l'amiral.

C'est donc cela. . .

URSULE

Vous ne comprenez jamais. Vous ne comprenez pas qu'elle a le temps d'attendre et que je ne Fai plus. Savez- vous que ce matin on m'a appelée madame?

l'amiral.

Ce nom que tu désires tant.

URSULE

Tenez, mon père, je vous dirai à mon tour : Ne me mettez

pas en Colère, mais écoutez-moi. (Elle s'assied et le fait asseoir à

gauche près d'elle.) Vous m' écoutez, n'est-ce pas? Je vous ai parlé à Paris du marquis de Villiers, celui qui avait dans le monde une réputation d'idiotisme...

l'amiral.

Et dont tu as pris un soir la défense avec tant d'esprit, que depuis ce temps-là il passe pour un homme spirituel.

URSULE

Aussi il m'adore, il célèbre partout mes louanges, et il est ici aux eaux avec sa famille.

l'amiral.

Un marquis !..

URSULE

Je vous en préviens pour que vous glissiez dans la conversation quelques mots de nos tendances, de nos goûts aristocratiques, vous comprenez ?

l'amiral.

Je comprends, nous naviguons en plein faubourg Saint- Germain.

URSULE

Bien!... Vous verrez aussi tout à l'heure M. Van Nieuven, un riche fabricant belge, très-assidu auprès de moi. A celui-là vous parlerez de la simplicité de nos goûts et de nos mœurs... de nos tendances bourgeoises. Surtout n'allez pas confondre, comme cela vous est arrivé une fois!... l'amiral.

Tous les deux sont donc sur les rangs ?

URSULE

Il y en a un troisième, peut-être! je dis peut-être! le neveu de M. de Lamorinière : Robert" vient ici appelé par son oncle, qui nous demande un entretien à vous et à moi.

Mais tu as déjà refusé Robert, il y a cinq ou six ans, sous prétexte qu'il était mauvais sujet et qu'il n'avait rien!..

URSULE

11 peut changer, se corriger, et si son oncle, devenu généreux, lui assurait seulement la moitié de sa fortune... l'amiral.

11 est de fait que la fortune corrige bien des choses... (il se lève.) Et à propos de pauvres prétendants ou de prétendants

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