‹ La fille de trente ans;Chapitre 17 sur 140 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

ROBERT

Mademoiselle, en revenant des colonies avec sa vieille gouvernante, a fait la traversée... une traversée de vingt jours, avec un jeune homme de mes amis.

HÉLÈNE

Qui nous a protégées, qui a veillé sur nous, ma gouvernante et moi, comme si nous avions été de sa famille; il nous a prodigué les soins les plus empressés, les attentions les plus délicates.

LAMORINIÈRE.

Et gui donc ?

Raoul de Mornas ! mon ancien camarade ! si bon enfant, si aimable, cela ne m'étonne pas; oui, Mademoiselle, nous étions tous comme cela à l'École Polytechnique.

HÉLÈNE

Ah! vous y étiez tous les deux!

ROBERT

Oui, et nous en sommes sortis ensemble... lui, ingénieur, et moi (fruit sec).

HÉLÈNE

Fruit sec ?

ROBERT

C'est une dénomination, un titre.

LAMORINIÈRE.

Honorifique !

ROBERT

Qui n'oblige à rien ! Tandis que Raoul s'est cru obligé, bon gré mal gré, à devenir un homme de talent, attendu qu'il

était sans fortune. (En ce moment Ursule est ramenée à sa place par le marquis. Il la salue- et s'éloigne. Robert continuant.) C'est ce que luimême me disait ce matin.

HÉLÈNE, émue.

Il est à Plombières ?

L'AMIRAL, entrant par le fond à gauche avec Raoul. Venez, venez, mon cher Raoul... (Ursule et Hélène font un mouvement.)

Je ne suis pas le seul ami que vous trouverez ici.

ROB ERT, s'avançant vers Raoul.

Moi d'abord, et d'autres encore, (il remonte avec Lamorinière et sort avec lui par le fond. )

l' AMIRAL, présentant Raoul à Ursule .

Ma fille.

RAOUL, vivement.

Ail ! Mademoiselle ! (il s'est avancé pour saluer Ursule, qui lui fait la révérence en baissant les yeux. Raoul aperçoit près d'elle Hélène, qui lui fait aussi la révérence. Il tressaille et se remet avec peine de son trouble. — A

part.) 0 ciel ! Hélène !

URSULE, levant les yeux et regardant Raoul.

Ah! comme il est ému; il ne m'a pas oubliée.

RAOUL, à l'amiral.

Je ne puis vous dire, Monsieur, ce que j'éprouve en retrouvant les amis qui, à mon entrée dans le monde, m'ont accueilli avec tant de bonté, que leur famille me semblait la mienne... alors du moins.

URSULE, lui tendant la main.

Et toujours! (A une dame qui s'est approchée d'elle.) Ail! Madame

la baronne !

LARARONNE.

Ma chère Ursule, que je suis aise de vous voir. On dit que

VOUS VOUS mariez... est-ce vrai? (Elles s'éloignent en causant.) HÉ LE NE, assise sur le canapé.

Il n'y a que moi que monsieur Raoul ne reconnaisse pas.

Que dites-vous, Mademoiselle?

HÉLÈNE

Il oublie promptement ceux qu'il a obligés; heureusement

Ceux-là ont plus de mémoire que lui. (On entend le piano jouer une valse.)

RAOUL

Prouvez-le-moi en ne me refusant pas la faveur d'une valse.

HÉLÈNE

J'ai reçu, Monsieur, six invitations; mais en apprenant tout à l'heure, par M. Robert, votre ami, que vous étiez à Plombières, et que probablement vous viendriez ce matin au salon... (a demi voix.) je vous ai réservé de moi-même un tour de faveur... voilà comment j'oublie.

RAOUL, à part.

Si charmante ! si adorable et si riche! quel dommage!

HÉLÈNE, se levant et lui tendant la main. Monsieur... (Hélène sort à droite avec Raoul. L'amiral rentre par le fond avec Ursule.)

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