‹ La fille de trente ans;Chapitre 44 sur 140 · ACTE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL

sibles : « Je t'attends pour mon contra t, » sans me donner aucun détail, sans me nommer... même... la personne...

URSULE

En vérité !.. Mademoiselle Hélène de Mailly!

RAOUL, hors de lui.

Vous en êtes sûre ? vous ne vous trompez pas?..

URSULE, montrant le salon, à gauche.

Ils sont là!.. On lit le contrat.

RAOUL, laissant échapper un cri de douleur.

Ah!

URSULE, allant à lui.

Raoul, qu'avez-vous?.. d'où vient ce trouble?..

RAOUL, cherchant à se remettre.

Pardon!., si devant vous, si devant une amie, j'ai été faible à ce point... ne me trahissez pas!

URSULE, jouant l'étonnement.

Ah! qu'est-ce que j'apprends?.. Celle dont vous me parliez, il y a un mois, celle que vous aimiez... c'était elle?

RAOUL

Oui!

UR SULE , d'un ton de reproche.

Et vous ne me l'avez pas dit!.. Vous avez eu des secrets pour moi!.. Ah! c'est mal, Raoul, c'est mal! car je pouvais vous servir, je le peux encore! Oui, il est encore temps... je peux tout dire à Hélène, à mon père, qui est son tuteur... et retarder... empêcher ce mariage.

RAOUL

Nous opposer au bonheur d'un ami ! Une pareille idée ne serait digne ni de vous, ni de moi!.. (Avec dépit.) Et puis, si elle l'épouse..; c'est qu'elle l'a choisi, c'est qu'elle l'aime... et de quel droit irai-je alors...

URSULE

Ah! vous avez raison.

RAOUL

Je me tairai! Nul autre que vous ne connaîtra ce rêve qui n'a duré qu'un instant et qui se dissipe pour toujours... Mon honneur vous en est le plus sûr garant; la femme d'un ami n'est plus rien pour moi!

URSULE

Bien, Raoul!

RAOUL, tombant accablé sur la causeuse.

Et maintenant, conseillez-moi! Que dois-je faire? Partir ou rester?

URSULE, après un instant de réflexion.

Partir vaut mieux! non que je doute de votre parole ou de votre courage; mais l'absence rend la lutte moins pénible, la victoire plus prompte, et bientôt vous oublierez... Tout s'oublie... (Avec une émotion croissante.) VOUS le savez bien!

RAOUL

Ursule !

Les soucis de la fortune ou de l'ambition vous viennent en aide à vous autres bommes, tout vous console... jusqu'au bonheur même de pouvoir parler de vos souffrances... Chez nous, on souffre aussi... mais sans se plaindre... le sourire sur les lèvres! (Souriant.) Moi, par exemple, je peux vous le dire maintenant, nous sommes d'anciens amis. (Avec bonhomie.) Et puis, je suis forte, je suis brave... vous en aimez une autre ! (Feignant la gaieté.) Eh bien! ce n'est pas sans peine que je suis parvenue à chasser certains souvenirs... (Souriant.) si toutefois, je ne me vante pas encore !

RAOUL, vivement.

Que dites-vous?

URSULE , de même.

Il ne s'agit pas de moi : on s'habitue à vivre dans l'ombre et le silence; on s'habitue à souffrir... ou plutôt on se console, croyez-moi, en pensant à ses amis, en faisant pour eux les rêves qu'il n'est plus permis de faire pour soi. C'est encore être heureux que s'occuper de leur bonheur et de leur avenir. Voyons, quels sont vos projets?

RAOUL, se levant.

Je ne sais... je sens autour de moi comme une solitude immense... comme un froid glacial et mortel. Je cherche en vain un regard ou une main amie... il me semble que personne ne s'intéresse plus à moi, que personne ne m'aime plus au monde!

URSULE, lui tendant la main .

Ingrat!

RAOUL, la saisissant.

Ah! il y a des moments, dans le malheur, où le cœur vole tout entier vers le cœur qui lui apporte espoir et consolation !

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