ACTE II
Soyez bénie, vous qui me rendez la force et le courage, car je désespérais de moi!
URSULE, d'un ton de reproche caressant.
Allons donc ! allons, ne vous laissez pas abattre ainsi... à un homme tel que vous, Raoul, le découragement n'est pas permis. Songez à ce que vous devez au monde et à vous-même! C'est quand déjà les premiers obstacles sont franchis, c'est quand le chemin s'offre à vous brillant et facile que vous vous arrêtez, que vous reculez? C'est devant vous qu'il faut lever les yeux, c'est au premier rang qu'il faut arriver. La place d'ingénieur en chef est vacante, vous l'obtiendrez.
RAOUL
Moi, jeune homme !.. Il faut pour cela de longues années.
URSULE
Il faut pour cela du mérite... vous l'obtiendrez!.. Il faut que celle qui vous a délaissé vous regrette, et que celle qui vous aimera soit tière de vous. Allons, courage!., je ne suis qu'une femme, moi, mais il me semble que je sacrifierais tout pour voir au premier rang celui que j'aimerais; et ce qu'une femme aurait le courage de faire pour son ami, vous hésiteriez à le tenter pour vous, pour votre propre gloire?.. Non, vous êtes décidé... plus de faiblesse, plus d'amour, vous n'écouterez désormais qu'une seule voix... celle de l'honneur!
RAOUL
La vôtre ! Ah ! mon amie, ma seule amie ! vous me sauvez de moi-même! et plus je vous regarde, moins je conçois par quel aveuglement j'avais pu méconnaître un cœur si noble, si élevé, si dévoué!.. Mais un jour, je l'espère, ilme sera permis de m'acquitter et de prouver ma reconnaissance...
URSULE, vivement.
Je n'en veux qu'une preuve.
RAOUL
Laquelle?
C'est que vous ne m'en parliez jamais.
RAOUL
C'est impossible !
URSULE, avec émotion.
Et moi je vous en supplie... sinon pour vous... du moins pour moi.
RAOUL
Que dites -vous?