‹ La fille de trente ans;Chapitre 58 sur 140 · ACTE IH · texte numérisé non relu

ACTE IH

HÉLÈNE

Ce serait m'en créer de nouveaux ! Je viens te supplier, loi, ma bonne Ursule, toi et mon tuteur, de ne songer pour moi à aucun parti... je ne veux plus me marier.

URSULE

Allons donc !

HÉLÈNE

J'y suis résolue... fermement résolue... je resterai fille, comme toi.

URSULE, piquée.

Comme moi !

HÉLÈNE

Nous ne nous marierons jamais !

URSULE, embarrassée.

Parle pour toi... moi... je n'y renonce pas, Lien loin de là; car... je ne sais comment te l'avouer... je crois que je vais bientôt me marier.

HÉLÈNE, vivement.

En vérité !... Ah ! si c'est avec quelqu'un que tu aimes, je suis heureuse de ton bonheur ! Crains-tu de me l'avouer?

URSULE

Ah! c'est que par une circonstance, par un hasard que je ne soupçonnais pas... et que nous ne pouvions prévoir, il se trouve que ce mariage ne peut avoir lieu, telle est du moins ma volonté, sans ton consentement.

HÉLÈNE

Que me dis-tu là?

URSULE

Te souviens-tu qu'il y a un mois... M. Raoul de Mornas m'avait avoués, qu'il aimait quelqu'un?

HÉLÈNE, \ivement.

Je le sais... une Anglaise!

URSULE

Non!., cette personne... qu'alors il ne voulut point. nommer...

HÉLÈNE

Eh bien?..

ULSULE.

Juge de mon étonnement... lorsque avant hier il m'a déclaré que cette personne... c'était moi!

Toi?..

URSULE

Moi!.. Tu penses qu'en ce moment... c'était le jour de la lecture de ton contrat avec Robert, je ne pouvais te parler ni de cet aveu... ni de ma surprise, d'autres événements nous préoccupaient!.. Mais aujourd'hui, que Raoul annonce l'intention de venir demander ma main à moi... et à mon père, tu comprends qu'avant de permettre une telle démarche... je devais te prévenir... toi, ma meilleure amie... (Avec dignité.) Hélène, si ce mariage t'offense ou te blesse, je le refuserai.

HÉLÈNE

Y penses tu !

URSULE

Si tu aimes encore Raoul...

HÉLÈNE, vivement.

Moi, du tout... je ne l'aime plus... j'y avais déjà renoncé, tu le sais, j'y renonce pour toujours et avec joie pour toi, mon amie, si noble, si loyale, si dévouée !.. et s'il est vrai que Raoul doive aujourd'hui venir te demander en mariage...

UN DOMESTIQUE, sortant du salon, à droite.

M. Raoul de Mornas attend Mademoiselle au salon.

URSULE

Tu vois !

HÉLÈNE

Va, mon amie, va le recevoir.

URSULE, l'embrassant.

Chère petite!., ah! tu peux compter toujours sur mon affection... (En s'en allant.) C'est toi qui le veux...

HÉLÈNE, très-émue.

Oui!.. (Ursule sort par la porte, à droite; Hélène va s'asseoir près de la table, à gauche, cache sa tête daas ses mains et éclate en sanglots.)

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