‹ La fille des camelotsChapitre 32 sur 32 · LIV. 131. — l'IKIUli; ZAClX.NE. — LA KII.I.K DES CAMKI.Or · texte numérisé non relu

LIV. 131. — l'IKIUli; ZAClX.NE. — LA KII.I.K DES CAMKI.Or

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f042 I.A l'II.I.K nr.S CAMKI.olS

— lîaynioiule i li;'i.lrz-\(iiis... je la veux! Horace intervinl.

— On va la [)n''V(Miir, dil-il, ciinuMe il eût parlé à un eiifant: mais il faut èti'c raisoniialile el nous donner le temps.

— Raymonde! llaymonde! dit eni'or(! le palienl... je vous en conjure... je veu,\ lui parler à elle... à elle, seule !...

Horace allait réplirpior; la parole resta suspendue à ses lèvres. Une petite main \riiaiide lui loucher l'épaule; il s'clait retourné, avait aperçu la comtesse de l'resles, droite et pâle devant lui.

— Vous! vous mailame... s'écria-t-il.

— Je suis venue à son appel! répondit la jeune l'emme... n'est-ce pas naturel ; et je ne fais que mon devoir.

— Que dites-vous?

— Laissez-moi! il veut me parler... il désire èire seul... et c'est mon désir à moi aussi...

Horace ne fit pas d'autre objection.

11 se retira, emmenant Langlumé avec lui, dans une pièce voisine. Raymonde restait seule avec Caminade.

Cependant ce dernier ne la quittait pas des yeux: on eût dit ({u'il ne pouvait croire à ce qu'il voyait: toute son âme palpitait dans son regard.

— Ah! c'est un rêve! balbutia-t-il, en cherchant à dissiper ses doutes.

— Non, ce n'est pas un rêve, répondit la jeune femme... c'est bien moi, Raymonde, qui est près de vous et qui vous parle.

■ — Mon Dieu !

— Vous m'appeliez !

— Oui, c'est cela !

— Eh bien, moi aussi, je désirais me trouver seule avec vous.

— C'est la plus douce consolation que le ciel pouvait m'envoyer c'est comme un pardon que vous m'apportez... avant que je meure!

— Ne parlez pas ainsi.

— A cette heure, je n'ai plus {[u'une pensée dans l'esprit, qu'un nom sur les lèvres.

— Et ce nom?

— Il résume toute ma vie; il emplit loul mon cœur.

— Nicette, n'est-ce pas?..

— Si vous saviez comme elle m'a aimé !

— Mais vous l'aimiez aussi...

— Oui! oui! pauvre chèi'e amie... nous étions jeunes... nous aurions pu être si heureux. .\h ! quel remords! comme j'ai été cruel... mais, je vous dis cela, vous ne pou\ez nii' comprendre.

— Croyez-vous?

— On m'a dit que vous l'aviez connue... on m"a assure que vous preniez un grand soin de sa tombe... et Ton a ajouté...

Un sanglot s'étoulïa dans la gorje de Caminade; quelques gouttes de sueur partirent à ses tempes.

— Achevez: dit Raymonde, profondément émue et troublée. Et, comme Caminade se taisait n'osant poursuivre:

— Ou plutôt, non! continua-t-elle ; laissez-moi vous dire; oui, j'ai connu celle que vous appelezMcelte, et je l'ai aimée, comme on ne peut aimer que samére.

— Que dites-vous?

— J'étais bien jeune, quand elle mourut; mais je la vois encore comme si elle était là... elle m'avait élevée, adorée; elle était bonne et tendre, et jamais, je n'ai entendu tomber de ses lèvres ni un regret, ni un remords.

* — Ahl misérable que je suis...

— J'ignorais alors la cause de son chagrin ; je ne l'appris que plus tard.

— Qu'avez-vous appris ?

Qu'elle avait eu dans sa vie un amour profond, auquel elle avait donné

tout son cœur et toute son âme... et que l'homme qui en était l'objet, elle l'a aimé jusqu'à la mort.

Cammade prit les mains de la jeune femme et l'attira à lui.

— Mais cet homme! dit-il à voix ardente; cet homme, vous le connaissez?

— Oui! oui !

— Et sans doute... vous le baissez?

— Moi...

— Répondez... répondez... c'est un mourant qui vous implore. Ravmonde était à bout de forces, elle se pencha oublieuse vers Caminade,

et les lèvres prés de sou oreille.

— {) mon père! mon père! murmura-t-elle, d'une voix oppressée et défaillante.

Caminade attendait cette parole avec une cruelle anxiété, un déchirement se lit en lui; il serra tendrement la jeune femme sur sa poitrine, et des larmes abondantes coulèrent le long de ses joues.

— Oh! sois bénie, chère et douce enfant, dit-il; uiaiiitenant, je [tuis nionrii', p:i<que tu m'as pardonné!...

l'uis il se tut.

l'ne pâleur livide s'était répandue sur ses traits, il avait épuisé ce qui lui re>lail d'énergie, et tout à coup, Raymonde le sentit i^lisser de ses bras pour aller retomber sur le lit.

Alors une peur .sans nom la saisit; elle crut qu'il venait de mourir et elle j"la MU cri d'épouvante.

— A moi ! à moi ! fit-elle éperdue et folle.

Horace et Langlumé se précipitèrent dans la chariibre suivis de près par le docteur.

— Voyez ! voyez ! dit la jeune femme. . . tout est fini !

— Pas encore! répondit le docteur. . mais retirez-vous, madame; il est temps, vous n'avez déjà que trop almsé de vos forces.

— Mais dites-moi au moins...

— Soyez courageuse.

— Mon Dieu! il est donc perdu ?...

— Avant une heure, il aura cessé de vivre.

Les derniers moments de Caminade furent relativement calmes.

C'est à peine, s'il eut encore quelques minutes de lucidité.

Horace avait des larmes plein les yeux ; Langlumé sanglotait comme un enfant; tout le monde au château, était attendri et triste.

A un moment cependant, une cho?e bizarre se passa.

Le râle avait cessé ; le moribond s'était pris à respirer plus librement ; une expression de joie surhumaine éclairait, son visage amaigri et pâle.

Tout à coup, il se dressa sur son séant.

On se regardait stupéfait.

Qu'allait-il faire...

On attendit.

Puis, sa poitrine se souleva avec effort, ses lèvres remuèrent, et d'une voix pleine et ronde, il entonna :

Triste exilé sur la terre étrangère Ali ! que de fois, j'ai soupiré...

Un souvenir d'autrefois !

Souvenir rapide; il avait retrouvé sa voix pour quelques secondes dans un suprême effort, et elle s'éteignit presque aussitôt, avec son dernier soupir...

Aujourd'hui, il repose dans le cimetière de Sainte-Claire, à côté de Nicette, ainsi qu'il l'a demandé, et sa fille entoure les deux tombes du même amour pieux.

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