‹ La fille des camelotsChapitre 31 sur 32 · I.anglunié remua la tète · texte numérisé non relu

I.anglunié remua la tète

— Rien de bon, répondit-il, en from-ant le soun-d, nous connaissons l'oiseau de longue date, loi et moi, cl nous ne mettrions pas cinq centimes sur ses reliques.

— Ça, c'est vrai... repartit Caminade... mais à qui en vimdrait-il? à toi? pour quel motif... Quant à moi., il m'a demandé un service, et il ne choisirait pas ce moment, pour me chercher affaire.

Langlumé ne répondit pas tout de suite... Il réfléchissait. Tout à coup il secoua le front et un éclair passa dans ses yen\. — • Peut être, répondit-il... car il peut croire, lui, que le moment ne sérail pas mal choisi; au contraire.

— Quelle est donc ton idée?

— Elle me vient à l'instant.

— Hàte-toi de m'en faire part.

— Eh bien, poursuivit Langlumé... suis mon raisonnement!... tu admets n'est-ce pas, que Lambert a pu aporendre que tu avais pu trouver un commanditaire.

— Parbleu !

— Et que ce commanditaire est il. Horace ; et qu'il s'agit d'une somme de trente mille francs.

— Ca, va tout seul.

— Pour lors, en te voyant partir pour Longueville, il a du croire que tu y allais pour toucher la somme en question.

— C'est possible.

— Et puisqu'il est ici. qu'il se cache de toi, il n'est pas déraisonnable de penseï'..

Caminade se frappa le front et se prit à pâlir.

— Non ! non ! dit-il d'un ton ému ; ce n'est pas cela ; mais ce que tu viens de dire m'a mis sur la voie de la vérité.

— Qu'est-ce donc? fil Langlumé.

• — Ce n'est pas la même chose, mais ça y ressemble.

— Explique toi.

- — Ce soir, cette nuit, on ne sait au juste, le comte de Presles doit revenir a« château de Longueville.

— Qu'importe!

— Il c'tait alh'à Paris, pour toucher une somme importante, et il rentrera au cliàteau, porteur d'une centaine de mille francs... Voilà, je .rois, de (]uoi tenter un gredin comme Lambert.

— Tu as raison... ce doit être ni... mais alors, qu'est-ce que nous allons faire, nous autres?

— C"est à quoi, nous réiléchirons en dînant... A'iens... nous avons deux bonnes heures devant nous... après diner, je te dirai le rôle que chacun de nous aura à jouer.

Et, sur ces mots de Caminade, ils descendirent à la salle à manger.

U est inutile de dire quelles préoccupations pesèrent pendant le reiias. sur l'esprit des deux amis.

Ils dînèrent fort mal, et, après dîner, ils s'empressèrent de quitler la table.

Us allumèrent un cigare, et gagnèrent la campagne.

Le ciel s'était assombri; de lourds nuages passaient, chassés ]iar lèvent qui venait di" se levei- : la nuit arrivait vite.

Les deux amis marchaient à pas lents, silencieux et uiulul;.. (•::alemenl inquiets tous deux de la situation.

Quand ils curent ainsi avancé pendant une-demi heure, dans la direction de Longueville, Caminade s'arrêta :

— J'ai bien réfléchi, dit-il, et voici, je crois, ce qu'il nous !":uit faire.

— Parle, dit Langlumé.

— Tu vas continuer la route, jusqu'au château, qui est|à trois kilomètres enAiron; là. tu demanderas mon ami Horace, et tu lui feras part des inquiétudes que nous avons conçues, en le priant de venir me rejoindre ici, pour que nous avisions ensemble.

— Le comte de Presics est peut-être de retour ! objecta Langlumé.

— Ce n'est pas problahle : le chemin que nous avons suivi est peu fréquenté, et je n'y ai remarqué que la trace des roues d'un coniié, celui de ce matin. Depuis, aucune voilure n'a passé par ici.

• - .\lors, tu vas rester seul?

— Qu'ai-je à craindre !

— Dame ! avec Lambert.

Caminade lira de sa poche un bon et solide revolver.

— Je suis gardé à carreau. ré|iliipia-l-il en uionlraul son arnieii-lje ne l'engage pas à s'y frotter. Donc tu vas le rendre au chàlean; sni'loul ne doiuie

LA FILLD DlîS CAMliLOTS

il personne le soupçon de ce qui va se passer; |)iTn(ls Horace à pari, ci dis-In que je compte sur lui... il aura l'air d'aller au devant de son auii, et rieu ne pai'ailra |ilus nalui'ei. Tu conipriMiiis.

— l'arbleu !

— En ce cas, n(! perds pas de temps.. . et reviens plus vile tpie ça. Langlumé remua la tête.

• — C'est égal ! dit-il, d'un ton tiouMé ; ça me l'ail (pielque chose de te laisser: je ne suis pas tranquille

— Pas de vaines a/armes! ircdoun^ Tex-baryton; encore une fois, filo vers le château et surtout, !ie llàne j)as (sii l'oute.

— Allons soit! à tout à l'heure.

— ■ A bientôt, c'est cela !

Et Langlumé s'éloigna sans plus faire d'olijection.

Caminade restait seul.

Il fallait à son copain, cin([ bons quarts d'heures pour aller au château et en revenir, en admettant qu'il ne se produisît aucun incident de nature à le retarder en route. Quand Caminade l'eut vu s'éloigner, il l'écouta marcher pendant quelques minutes; puis, quand il n'entendit plus rien, il se mit à faire les cent pas devenant plus impatient et plus nerveux, à mesure que l'heure s'écoulait.

La nuit était venue tout à fait, étendant son ombre comme un linceul sur tout ce qui l'entourait; on n'entendait plus rien, si ce n'est la brise de mer qui, de temps à autre, agitait les chênes rabougris qui avaient poussé le long des fossés.

Du reste, pas un voyageur... un silence profond ; il élait là, comme une sentinelle perdue dans un désert sinistre.

Caminade était brave, assurément ; mais il se sentait gagner par une émotion bizarre, comme il n'en n'avait jamais éprouvé.

Son cigare était fini ; il en alluma un autre, et se mit à marcher en frappant du pied avec force, comme si le bruit qu'il faisait lui-même, eût dû relever son courage.

Il en était là, et se félicitait déjà de ce dérivatif qu'il avait trouvé à son trouble passager, quand, brusquement, il s'arrêta au milieu de la route.

Vaguement il venait d'entendre comme un bruit de pas, dans le champ qu'il longeait depuis quelques moments.

Par un mouvement instinctif, sa main se crispa sur la poignée de son revolver, et s'étant penché il prêta l'oreille.

Il n'entendit plus rien.

Cependant il était bien certain de ne pas s'être trompé.

Il resta aux aguets, pendant dix minutes ; tout s'était tu, il se remit à marcher.

Mais le doute était entré dans son esprit... évidemment, il y avait quelipi'un

ion

II sûlança i sa poursuite le revolver au poing. (P. 1018.

dans le champ, quelqu'un qui atlendait, et qui le surveillait lui-même prêt à tout, s'il tentait quelque chose.

Lambert peut-être ou son complice.

Que faire?

Le mieux était d'attendre l'arrivée de Horace et de Langlumé ; il était fort perplexe, et faisait des vœux ardents pour que le comte de Presics ne survint pas en un pareil moment.

UV. 128 — PIERBF. ^ACCONE. — LA FILLE IlES CAMELOTS. — ÉD. J. luaKK BT C". UY. 128

Une d«TOi^1ii'ewreaTi»(BiiTiss etaitécoult'edojà, rk-piiis le dépari deLanghimé; il ne 'd'Oiita'i!t pas qu il ne fit diligence |)wir k retour; c'était encore au moin^ trois 'fi.TaT*ts d'Tieure d'attent-e.

Twit 4 C0'iii.p i'I se prit à tressaillir.

■Uïi oo'up de sri'l'l'et strident venait de âcchirer l'air : coiap ée sifflet qui était parti du champ voisin.

Il n'y avait plus à hésiter.

Le ,fnet-apen-s 'étta/it 'flagrant... des misérables attendaiewi le passage du ■coimte en 'oet endroit... il fallait à tout prix., empêcher mi a»ailheuT.

D'un 'hond il escalada le fossé, et se ^écipita dans 'te champ, et s'il avait pti concevoir un 'dernier doute, il aarait été levé aussitôt.

En edfet, à ipoine avait-il fait quelques pas, qu'ail vit rnne ombre se dresser 'âeirrière un bouquet de genêts, et s'enfair ai ''extrémité -èncha/nip.

Il se lança à .sa pourstoïtc, lie iPevëhfet am p««nïg.

Mais 4q(à, il'^ïflbre avait dispatm, -^ •â'ai'Il'enTs, an incitent vint à ce Hioménlt 'àétetirner le coiuts de ses révolutions.

'Le fertijl d'nne vo>ii|!fïre, lancée aa trot allongé de 'deaX'clievaiix, était vefnu Iftre^n'à 'Iwi... le 4aKgeir 'devenait imminent.

'G'^'laiït le comte ée, ï*resi}es <qui arrivait : il fallaàt iparesr sn plus pressé.

ïl Sffttta îesteiiHewt «ar la rotfte et s'apprêta.

©qjà, 'OU apercevait as loin, les <deax^ lanternes 'de la voiture, qni rajaierit IJeoribre 'de detx édlaiers méitaHifiBes ; il importait de î'aTréier à temps, pour iremipédher de doïïner 'dans le piège dressé par Laimbeirt, qui, sans doute,, l'attendait à qdekfne distance.

Le projet de 'Caminade était des plus simples.

lîl coiBiptait interpeller an passage le cocher du comte ; se faire reconnaitre 'de 'Ht defnnier, fiTrffea'TOer du danger qv'il courait, et de le prier d'attendre en ■cet 'endroit, l'aiTivée d''Horace qui ne pouvait plus tarder de paraître en 'Compagnie de Langlnmé.

Seulement, un incident insignifiant vint déranger ce plan.

Le comte avait hâte, parait-il, de rentrer au château de Longueville, et il avait fait à son cocher des recommandations expresses, à l'effet de brûler la route et d'arriver le plus vite possible.

El, le cocher, auquel un généreux pourboire de cinq francs avait été promis, avait enlevé ses chevaux à la sortie de Langruue, si bien qu'ils étaient presque emballés, quand ils passèrent devant Caminade.

Ce dernier eut beau appeler et crier, la voiture disparut à l'angle du champ et le pauvre Caminade resta à son poste, comme cloué par la stupéfaction.

Mais ce fut l'affaire de quelques secondes; immédiatement, le sentiment de la responsabilité qu'il encourait s'empara de lui avec une impérieuse autorité, et

LA FILLE DES CAMELOTS iM»

- la main toujours armée de son revolver, il se lança dans une course folle, à la suite du comte.

Un espoir lui reslait.

A un kilomètre de distance, il y avait un raidilloa que les chevaux ne pourraient monter sans ralentir leur allure ; il s'agissait donc d'y arriver en même temps, pour prévenir le comte, et le prémunir contre la rencontre des assassins.

Car il ne doutait plus que la perspective d'un crime à commettre pût arrêter Lambert.

Il se lança donc à la suite de la voiture.

Mais elle allait un train d'enfer, et à chaque pas il perdait du terrain.

Quand il atteignit le commencement du raidillon, elle était déjà au sommet.

Il redoubla de vitesse.

Il était à bout de force... la voiture venait de disparaître au versant opposé; elle avait repris son trot rapide : il fallait renoncer à la :-ejoindre.

Il s'arrêta un moment pour soutTler.

Une grande inquétude s'était emparée de lui... il ne comptait plus que sur l'intervention d'Horace et de Langluraé.

Et il pensait au chagrin de Raymonde, si un malheur arrivait.

Il reprit sa marche, et quand il parvint au point culminant de la route, il vit la voiture qui n'était plus qu'à une centaine de mètres du fond de la vallée.

C'était un lieu bien connu dans le pays, et célèbre par les nombreux accidents qui y étaient arrivés.

C'était sinistre même en plein jour.

Un ruisseau fangeux y coulait lentement, à travers une forêt de roseaux sombres ; alentour, des steppes sablonneux où ne passait que quelques rares piétons: en général, on évitait de s'attarder dans ces parages maudits.

La nuit, on n'y rencontrait que les plus misérables vagabonds.

Caminade se secoua pour chasser l'impression lugubre qui l'avait saisi, et reprenant sa course, il se prit à descendre...

Mais il n'eut fait pas cinq cents pas, que deux coups de feu retentiren . e qu'il aperçut, au loin, les deux lanternes de la voiture, arrêtées au milieu de la roule.

Le guet-apens était accompli.

Toute sa chair frissonna.

Il n'y avait fias de temps à perdre; il recouvra presque instantanément son énergie, et, redoublant de célérité, il s'élança vers le lieu du guet-apens.

.\ tout hasard, il lira un coup de revolver, en le faisant suivre d'un appel sonore : il espérait opérer ainsi une diversion eflicace, en olïrayuiit les assassins par la pensée (pi'un secours arrivait à la viclime.

En moins de cinq minutes, il atteignit la vditure.

Le cocher avait été frappé le premier; il était tombé de son siège, et gisait le long d'un fossé.

Quant au comte de Presles, il était debout, et se défendait vaillamment contre le complice de Lambert, qui lui avait sauté à la gorge.

Lambert, lui, s'était précipité dans la voiture, et en fouillait l'intérieur pour y découvrir les billets de banque, dont il savait que le comte devait être porteur.

La situation commandait ; il comprenait qu'il fallait en finir au plus vite, 8- dès qu'il eut constaté que sa recherche était infructueuse, il sauta lestement de la voiture, et se précipita vers son compagnon qui élait aux prises avec le comte.

Il était convaincu, maintenant, que ce dernier devait porter sur lui, la somme qu'il venait de toucher à Paris; et il importait de l'en débarrasser avant qu'un secours remît tout en question, et empêchât les malfaiteurs de prendre la fuite.

Il alla donc vivement à son complice, mais, au moment où il s'en approchait, un nouveau coup de feu partit, et il le vit tomber à côté du cocher.

C'était Caminade qui venait de le frapper en pleine poitrine.

Lambert le reconnut à la lueur des lanternes, et proféra une horrible imprécation de rage.

— Ah! misérable! c'est toi! toi ! cria-t-il ; attends... attends un peu. Et, à son tour, il visa l'ex baryton, et fit feu.

Mais, à ce moment, plusieurs cris s'élevèrent à une faible distance, et presque aussitôt, Horace faisait son apparition, suivi par Langlumé et le médecin du pays qui avait dîné, ce soir-là ,au château de Longueville.

Lambert ne s'attarda pas davantage dans ces parages, et, sans se soucier de savoir s'il avait tué, ou blessé, ou manquéCaminade, il s'était empressé de disparaître.

Les nouveaux arrivants avaient autre chose à faire que de s'occuper de lui.

Horace, qui avait craint un moment pour les jours du comte, se précipita joyeux dans ses bras, dès qu'il le vit sain et sauf... le médecin était allé reconnaître l'état du cocher qui gisait à côté du complice de Lambert.

Ce dernier était dans le plus triste état... mais il ne valait pas cher, et Langlumé fit observer qu'on avait tout le temps de s'occuper d'un pareil misérable.

Ce qui l'inquiétait, lui, c'était Caminade.

— Qu'est devenu Caminade? disait-il; il ne peut pas avoir disparu... à moins que...

Il n'acheva pas.

Tout en cherchant sur le côté obscur de la route, il venait de heurter du pied le corps môme de son ami...

Il poussa un cri lamentable qui fit accourir tout le monde.

Le médecin avait enlevé une des lanternes de la voiture, et au même instant on put voir Caminade étendu sans mouvement, la poitrine trouée d'une blessure, d'où le sang coulait en abondance.

— Ah! le malheureux! s'écria Horace, d'un accent déchirant; docteur! docteur! voyez s'il respire... et rassurez-nous, de grâce.

Le médecin avait passé la lanterne à Langlumé, et il s'était agenouillé auprès du corps inanimé.

Un grand silence s'était établi : chacun attendait anxieix et oppressé le résultat de l'examen auquel se livrait le docteur.

Celait solennel et grave.

Cela dura deux longues minutes.

Le docteur avait ouvert le vêtement du blessé ; déchiré le linge qui recouvrait la poitrine, et, penché sur la blessure, il resta ainsi un moment, sans prononcer une parole, consultant attentivement le pouls de l' ex-baryton.

Horace se contenait avec peine.

— Eh bien ? interrogea-t-il vivement.

Le docteur remua la tête lentement

— Il est évanoui... répondit-il.

— Mais la blessure?

— Elle est grave.

— Cependant t'ile n'est pas mortelle?

— 11 est impossible de se prononcer...

— Pauvre Caminade!

— Vous le connaissez?...

— Eh! nous le connaissons tous, docteur! et c'est bien la nature la plus aimable, l'homme le plus dévoué et le plus honnête que j'aie rencontré.

Un sanglot s'entendit à ce moment ; chacun se retourna vers Langlumé qui, les joues baignées de larmes, avait failli laissé tomber la lanterne de sa main tremblante.

Horace lui serra furtivement la main, et s'adressanl de nouveau au médecin.

— Enfin, qu'ailons-nous faire?... demanda-t-il.

— Vous déciderez vous-même, répondit le docteur.

— Le blessé est-il transportable ?

— Avec des précautions, ce sera possible : nous l'installerons sur les coussins de la voiture; je monterai à côté de lui, les chevaux iront au pas, et nous le trans|)orterons où vous voudrez.

— Et quant à ceci, intervint le comte de Presles, je désire que ce malheureux reçoive les soins que son état réclame, au château môme de Longueville.

i022 LA l'ILLE DliS CAMKLOTS

— Ml! bien! bien! René, interrompit Horace; je ii'aLtendaJspas luoins de vo.tre cœur que je connais; et je vous remercie avec elïmsion.

Le comte de Presles eut ua triste sourire.

— N'est-ce pas pour moi, dit-il, ipi'i! vient d'être frappi-, peut-être mortellement !...

Et il ajouta à voix plus basse ;

— Et puis, croyez-vous que j'aie pu oublier jamais, quel lien sacré m'unit à cet homme; s'il doit mourir, j'entends qu'il ne quitte pas la vie saus avoir revu et embrassé Raymonde.

Horace ne répondit pas.

Pour un rien, il eût éclaté tant il était ému.

Du reste, on s'occupait des aménagements destinés à faciliter le transport de Camiuade... on avait envoyé Langlumé à une ferme située à deux ou trois cents mèti-es, et qui était tenue par des fermiers du comte de Presles, ils ne se tirent pas prier, et se mirent aussitôt à la besogne.

On leur confia le complice de Lambert, et le ccvcher qui était moins grièvement blessé que Caminade, et quand on eut convenablement installé ce dernier dans la calèche, le triste cortège se mit en route.

Langlumé marchait devant, éclairant le chemin; Horace tenait les chevaux secondé par le comte de Presles... et quant au docteur, il avait pris place à côté de Caminade, dans la crainte de quelque accident imprévu.

Quand ils arrivèrent au château de Longueville, il était plus d'une heure.

Or pendant que ces faits se passaient, Lambert avait fait du chemin.

On était allé au plus pressé, et l'on ne s'était pas occupé de lui.

Il en avait profité, pour prendre du champ.

11 comprenait que l'affaire était mauvaise, et qu'U n'y avait plus à flâner.

Toutefois, le trouble et le désordre qui avaient suivi le guet-apens devaient singulièrement le favoriser.

On l'avait pour ainsi dire oublié, pour ne songer qu'aux blessés, et ce ne fut que le lendemain matin, que Langlumé parla de lui à Horace, et que ce dernier envoya quelqu'un du château prévenir la gendarmerie, raconter la tentative criminelle de la nuit, et donner le signalement du fugitif.

Ce dernier était déjà loin.

Il avait été servi par le hasard, qui est aveugle.

En arrivant à l.angrune, il avait aperçu un coupé qui stationnait à la porte

de l'hôtel Saint-Pierre : il apprit peu après, que la voiture venait d'amener un voyageur, et que le cocher, après avoir laissé souffler ses chevaux, comptait retourner à vide pour Caen.

Lambert faillit se trahir, tant la satisfaction qu'il éprouva fut profonde et vive.

Il se contint, entra dans la salle à manger de Thôtel, et s'approcha du cocher qui soupait tranquillement d'un morceau de fromage arrosé d'un bol de cidre.

— Pardon, monsieur, dit-il, avec son plus invitant sourire; on vient de m'aoprendre que vous alliez retourner à Caen.

— On vous a dit Arai, répondit le cochei-.

— Devez -vous partir bientôt?

— Le temps de r-asser une croûte, et d'avaler cette bolée.

— Ma foi. voilà qui tombe à merveille.

— Pourquoi donc ?

— Parce que j'ai besoin moi-même, d'être à Caen, pour le départ du premier train sur Paris, et comme on m'a dit que vous reparliez à vide...

— Vous voulez que je vous prenne?

— C'est cela.

— Combien donnerez-vous pour la course?

— Cent sous, si vous voulez.

Le cocher eut un sourire de satisfaction, et fit un signe de consentement.

— Va pour cent sousl dil-Jl d'un accent de belle humeur: mai? vous v ajouterez bien le café?...

— Le café et le pousse café!... acheva Lambert... est-ce dit?

— C'est dit! touchez là... et dès que nous aurons pris la surnncette, nous nous mettrons en route.

Lambert remit les cent sous promis, fit servir le café offert, et ayant trinqué avec le cocher, il gagna le coupé dans lequel il se hâta de prendre place.

11 lui tardait de se sentir sur la route de€aen, et craignait, à chaque instani, de voir apparaître, un valet du château de Longueville. accomiuagné de quelque gendarme de la brigade de Lantrrune.

Ses craintes ne se vérifièrent pas.

Aucun incident fâcheux ne vint retarder son départ, et un quart d'heure après, son cocher allumé par quelques verres d'eau-de-vie de cidre, hrùlait la route de Caen.

Ouand ils arrivèrent, le jour n'était pas encore venu.

Tout s'était passé sans encombre, il ne s'agissait plus que de gagner Paris.

Pendant le trajet, Lambert avait pu réUécliir tout à son aise.

L'ulfairc était manquée, et il était furieux de rentrer à l'aris, sans pouvoir offrir à .\nianda ce qu'il lui avait fait espérer.

Qu'allait-il lui dire, cl comment raccueilicrait-eilc?

Il n'y pouvait penser sans frisson.

Amanda ne lui avait jamais témoigné qu'un intérêt médiocre, et il était évident qu'elle lui préférait Je Foulard...

Celui-là, à la bonne heure! C'était un grand garçon bien découplé, fort, robuste, et toujours prêt à tout.

Toutes les filles de brasserie l'adoraient, et si Amanda avait bien voulu flirter quelquefois avec Lambert, c'est que celui-ci ne lui refusait rien, quand la fortune lui souriait.

Lambert, lui, l'aimait à la folie... et il était jaloux avec fureur

Jaloux de tous ceux qui approchaient la belle fille; jaloux surtout de Foulard pour lequel, il sentait bien qu'Amanda avait un fort penchant.

Un moment, il avait espéré...

Averti que le comie de Presles devait rentrer au château de Loufiueville, avec une somme considérable, il n'avait pas hésité.

U n'était pas homme à se laisser arrêter par des scrupules vulgaires.

Un meurtre n'était pas fait pour l'arrêter.

Il avait donc, avec l'aide d'un camarade, préparé un guet-apens.

Mais Caminade était venu se mettre en travers, et avait tout fait échouer.

Et un voile de sang passait devant ses yeux, ((uand il se demandait comment il se présenterait devant Amanda.

Il la connaissait.

Elle lui avait promis d'attendre son retour... Il y avait trois jours de cela, et il revenait sans un sou, et sans espoir de retrouver de longtemps une aussi belle occasion.

Il se mordait les poings, et sa poitrine se soulevait avec rage.

Que ferait la belle fille?

11 n'y avait pas à chercher... elle irait à Foulard.

A cette pensée, les doigts irrités de Lambert se crispaient sur la poignée de son revolver.

Ce Foulard!... comme il le haïssait!

Il ne pensait pas à lui-même, ni aux dangers qu'il pouvait courir.

Il ne songeait qu'à son rival abhorré.

Quand il arriva à Caen, nous avons dit que le jour n'était pas venu.

Le train pour Paris ne devait partir que deux heures plus tard.

Il gagna un modeste restaurant des environs de la gare et s'y attabla.

L'impatience le prenait, et il commençait à avoir peur.

A chaque instant, il s'attendait à voir apparaître quelque gendarme de Langrune.

11 avait hâte d'ùlre en wagon, et pendant deu.v henres, il fut en proie aux plus mortelles inquiétudes.

Enfin, il vit les voyageurs passer devant le caboulot, et se diriger vers la gare. 11 se hâta de gagner les salles d'atlenle, et dès que le quai fut accessible, il s'élança au dehors, et alla prendre place dans un wagon de troisième classe déjà bondé de voyageurs.

LIV. 129. — l'IEHnE ZACMJVF.. — LA KIl.Lli DtS CAUKLOTS. — 11). 1. IlOLKF BT c'». l.fV 1J9

Puis, cinq minutes [jius tuitf, la liKomotive s'rltfiuilaiÈeiisiflIaittLet la Uruq se mt'Etait en itiarche.

Le plus foirt (Hait l'ait.

Dm reste, LiiiMbert avait pris ses précauilàoias : sur sa demaad:», il loi avait éCt"- (lit'iliTré iMi tiiflte-ti pe.Mr la dernière staliom aranit Paris..

te voivawe s'effiecSua à merveille, on ae Tavait psjs imquiHê.

lli éliaiili l'^vifeifut cpie la fWitire n'était |j)as eiiforc irforaaii^r.

Ait sïtrpliiiis^ Caminade était le seul ^lai eût pti domier soia sîgiiaïeBMiill, et il savaiil (qw'H êtaïl! llioi's d'état de s"Q«eu.per de hù.

LiM,!i;Cu;niiié eilt bien pu fournir" <i{Mel(|iîes indiicaitiioius pTOoeiises ; maiis- l!'escliOiriiste ditfvaiit être tort titjuJDlé, et pluis- pré©C(£;ttpé die Camimaidle Ibieœé, q(ue ie Launlbeirt ea fuite.

Toutefois, ijuaiid il apprucha de Paa-it», par mua train dm soir qu'il' aivait [msàJa dernière station où il s'était aorrèté, 'û n'était pas sans appiréfeensLoa.

Pe-iit-ètre. q^ue de €aeu:> &>a avait; tèieçraipluié à ht prii-felm.-iï- de police, et il était poïi&ilite k|ni'om l'atteadiit. à faj'nvée du tmn.

Uûe fois ce dermieff diMigeir effliayiuré» il auuiKtit dm. rw-pit, et p«jiiinraiit dte-nihier Buai lemi dTasiLe.

111 piayai d'audace et présenta toirtlJiiaiieaiC som billet aiU.\. tio^iues- ciarifés die Bereeerosir. Alentour, ill! ne siii-prit rien de susp-ect, et gaigua Tescaililer

C'est ainsi i|u'il atteignit la cour.

Là^ il respira forteuieat.

Amuim iuitliice n^m révéliàà liai pressa»» de Ta p«iBiice.

I puriit sa eo,iMse„ et dis-parut pair le passage du Havre. Qmm- h&wr&s sonnaiie'mli.

ïl' n'avait plus qu'une idlee : revoir Anianda.

Ele l'attendait, et il avait hâte,, tout perple.x.e (pi'a filt. de vuirraccaeii ^'eWie lui ferait.

Mais se irendireau caboulo* du boulevard de Straslb^^uirg^ eùit été bien i![fflp,inaiêmiK oa cO'iniiaiissaiîlL ses mœurs et ses llualbituides; le piTs-Emer seia de h. poliiee toiaiit. être d'y établir uaie soiiiieière, dès qu'ellie seirait avisée..

Et elle ne pouvait tarder à l'être.

II jugea bon d'attendre la fermeture du caboulot, et d'aller trouver la belle fille à son domicile, oii elle rentrait vers une heure du matin.

Il ralentit le pas, et lorsqu'il arriva au\ alentours de la brasserie, il était près de minuit.

Le caboulot llamboyait à riulérieur.

De temps à aulre. la porte s'ouvrait, pour laisser entrer ou sortir un client, et alors, Lambert plongeait au dedans son regard avide, cherchant à s'assurer qu'.\m;inda était biun là.

Il l'aperçut !

Elle était assise trônant à son comptoir, splendide et plantureuse, riant aux lazzis plus que risqués qu'on lui adressait, et répondant effrontément aux provocations dont elle était l'objet.

Ce n'avait été qu'un éclair... mais Lambert était devenu pâle comme un suaire.

C"est qu'à côté d'Amanda, penché sur son épaule nue, à la toucher de ses lèvres, il avait reconnu son rival abhorré...

Poulard !

Un voile de sang avait passé devant ses yeux.

Pour un rien, il se fût ('■lancé dans le cahoulot, et eût pris son rival à la gorge.

Il se contint, cependant, et se mit à se promener sur le boulevard, la tète en feu. les ongles crispés sur sa poitrine.

ku bout de quelques minutes de ce manège, il s'arrêta brusquement.

La porte venait de s'ouvrir, et un homme était sorti.

Un frisson lui parcourut tous les membres.

C'était Poulard !

En dépit de la haine sauvage qu'il portait à cet homme, en ce moment, sa vue le soulagea.

11 quittait .\manda, et, probablement, rentrait chez lui.

Il avait craint un instant, que la fille de brasserie ne se lit reconduire iiar lui.

11 n'en était rien, et il se sentit soulagé.

Il le suivit pendant quelques secondes.

Les boutiques se fermaient; le boulevard devenait plus sombre; PoularJ ne prenait garde à rien.

Les mains enfoncées dans ses poches, la casquette penchée sur l'oreille, il avançait d'un pied nonchalant.

Son garni était à deux pas, passage de l'Indtistne.

Lambert le suivit, et dès qu'il l'eut vu disparaître, il revint sur ses pas... et alors, il remanjua deux ou trois silhouettes <\\\\ lui parurent suspectes...

Lambert était physionomiste; il y avait longtemps (pi'il connaissait tous les agents de la sûreté.

Ceux-ci en étaient... et c'est à lui qu'ils devaient eu vouloir.

Mais jusipi'aiors, ils ne l'avaient [las reconnu.

Il traversa le boulevard, choisit un boa poste d'observation et attendit.

Une demi-heure s'écoula de la sorte; puis le cahoulot s'ouvrit, et dans le • ayon de biniière ipii jaillit de l'intérieur, il vil apparaître .\nianda.

Son CQ'ur ballil à se rdiiipre.

Elle était seule; elle allait se rendre pnssagr du />'«>; le moment rtait favorable pour la suivre.

Il n'y manqua pas.

Les agents avaient péniHré dans le caboulot; ils n'étaient plus à redouter: Lambert régla sa marche sur celle de la jeune femme.

Elle tenait le trottoir de droite; Lambert tenait celui de gauche.

Ils marchèrent ainsi parallèlement, pendant cent mètres environ.

Puis, à sa profonde stupéfaction, tout à coup, Lambert la vit s'arrêter.

Elle était à la hauteur du passage de ri?idus/rie; un homme l'y attendait, et elle lui avait pris le bras.

Lambert faillit tomber raide sur le boulevard.

Cet homme n'était autre que Foulard!

Lui! toujours lui !

Un cri de fauve lui déchira la poitrine, et pour la seconde fois, il vit rouge.

Cependant, il ne bougea pas.

Les agents étaient sortis du caboulot, et traversaient la chaussée.

Ils avaient fini leur service, et retournaient à la Préfecture.

Lambert attendit qu'ils eussent disparu, et quand il ne les vit plus, il bondit vers le passage.

Toutefois, malgré le désordre d'esprit où il se trouvait, il fut encore assez maître de lui, pour ne pas s'emballer tout à fait.

La grille du passage était fermée; il sonna et attendit.

Ce ne fut pas long.

Quelques secondes plus tard, le gardien sortait de la loge, et venait voir qui était là.

Dès qu'il aperçut Lambert, il se prit à l'examiner avec attention.

— Mais vous n'habitez pas ici, dit-il, d'un ton brusque.

— Ah! vous avez de l'œil, vous! répondit Lambert, en riant; vous connaissez donc tous vos locataires?

— Parbleu!

— • Eh bien! si j'ai jamais un immeuble, je vous retiens...

— Enfin, que voulez-vous? insista le gardien.

— C'est simple comme bonjour!... continua Lambert; voilà ce que c'est... je pars demain, et avant de partir, j'ai besoin de voir un de mes pays qui doit me donner des commissions pour ses parents.

— • Et quel est ce pa>/s?

— Foulard! je l'ai manqué de cinq minutes au caboulot; on m'a dit qu'il venait de sortir, et je n'ai eu que le temps de pousser jusqu'ici ! Vous connaissez bien Foulard?

— Certainement, que je le connais.

— Est-ce qu'il ne serait pas rentré?

— Il vient de passer au contraire.

— On ne ma donc pas trompé!

Le gardien se consultait.

— Soit! soit!dit-il enfin; mais, vous savez... après minuit, c'est dix sous...

— Eh! fallait donc le dire! fit Lambert.

Il fouilla vivement sa poche, et fit passer une pièce de monnaie à travers la grille.

— En voilà vingt! dit-il... Ce bon Foulard; j'aurais été désolé de partir sans l'avoir vu.

La grille s'était ouverte, et il était entré.

— Numéro 13! indiqua alors le gardien; au deuxième, la porte à droite; mais faites vite; car il est une heure, et je vais fermer p(mr de bon... vous ne pourriez plus ressortir.

— Bon ! ce n'est pas une atTaire ! Foulard me donnerait bien la moitié de son lit...

— Ça, je ne le crois pas! fit le gardien en clignant de l'œil. Lambert eut un frisson.

— Pourquoi donc? balbutia-!-il.

— Dame... parce qu'il est déjà occupé... par sa connaissance.

— .-\manda!

— Je vois que vous la connaissez... allons! faites vite; je vais vous attendre. Lambert ne l'écoutait plus.

11 marchait d'un pas rapide, vers le numéro indiqué...

Il avait tout à coup frémi dans tout son être...

Âmanda!

Elle était avec son amant; et ce n'est pas la première fois qu'elle rentrait avec Foulard... puisque le gardien la connaissait si bien.

Il prit sa tétc dans ses deux mains, par un geste fou.

Qu'allait-il faire?

Il n'en savait rien.

Il ne raisonnait plus.. . le sang afiluait à son cœur, ses artères battaient avec une ardeur désordonnée.

Il se précipita dans l'entrée du numéro 13; mais après avoir gravi les premières marches, il s'arrêta.

Il voulait les surprendre!... et i)our cela, il importait de ne pas leur donner

l'éveil.

Il se déchaussa avec précaution, cl peu après, il reprit l'ascension, pieds nus, le corps penché, une main collée sur sa bouclie pour étoulTer sa respiration haletante.

i03Q I.A FILLE DES CAMELOTS

L'escalier clait plnngé (huis les ténMjixîs; ctn"y vnyaiil pas, il mil qu'i. (''lail devenu aveugle.

Il u'avaunait plus qu'à tâtons

Unand il atlcignit le deuxième étage, il respira profondément.

A droite était la porte qui \m avait été indiquée : porte mal close à travers les ais mal joints de laquelle filtrait un xi( rayon de lumière.

Il essaya de voir à l'intérieur, par Je trou de la serrure.

Ce fut en vain.

Il ne vit rien... mais il entendit!...

On marchait dans la chambre... on distinguait le pas lourd d'un homme; puis, le pas léger et comme furlif d'une femme...

On allait et venait...

De temps à auti'e, un silence.

Puis un petit cri... doux et vif à la fois, qui liuissait en un rire perlé.

La voix d'Araanda.

Lambert étouffait... s'il eût pu se voir, à ce moment, il eût été effrayé luimême.

Ce qui se passait en lui, ne peut se décrire.

II était comme pétrifié.

Et la haine farouche, implacable, une rage de tigre jaloux grandissait, soulevant sa poitrine par bonds furieux.

Qu'attendait-il?

Qui pourrait le dire... On eût pu penser que l'excès même de sa souffrance, l'avait rendu insensible.

Mais non.

Tout à coup, un frissonnement inouï secoua ses épaules, et il se dressa, agitant ses deux mains affolées.

A travers la porte, il avait entendu le bruit d'un baiser.

Et un rugissement !ui était échappé.

La mesure était comble I il ne pouvait en supporter davantage : le moment terrible était venu.

D'ailleurs, à ce rugissement qu'il venait de pousser, un cri elTaré avait répondu de l'autre côté de la porte.

— As-tu entendu"? dit une voix qui était celle d'Amanda

— Quelque ivrogne qui rentre! objecta Poulard.

— Non! non ! c'est lui... j'en suis sûre.

— Qui ça? Lambert?

— Oui!

— Eh bien... qu'est-ce ([ue(}anous fait... s'il vient, j'ai de quoi le recevoir... Viens!...

LA i'ILLE DES CAMELOTS lOîl

Mais la parole resta suspendue à ses lèvres

Lambert venait de se ruer sur la porte, et d'un coup vigoureux d'épaule, il en avait ébranlé fes gonds.

— Attends! attends ! dit alors Poulard, hors de lui ; ce ne sera pas long, et je vais te régler ton compte

Et il avançait vers ia porte, quand la jeune femme se précipita vers loi.

— Poulard!: Poulaini ! je t'en conjure, dit-elle; il esl capable de tout! il te tuera...

— Lui! Eh bien... c'est ce que nous allons voir...

Et sanspluis hésiter, il repoussa sa mailresse, arma son revolver, et gagna la Dorle qu'il ouvrit brusquement.

Instantanémemt, deux, coups de feu retentirent ; l'un, tiré par Poulani, et l'autre par Lambert, et chacun des deux adversaires alla rouler sur le plancher.

Poulard était tué... Quant à Lambert, il avait ireçu une balle en pleine poitrine.

La blessure était grave, mais elle pouvait n'être pas mortelle.

Cependant, aux cris poussés pai- .\nianda, et surtout, au. bruit des deux détonations, toute la maison fut sur pied, en quelques minutes.

La police dJe-mème ne tarda pas à arriver.

Les deux adversaires étaient fort intéressants : Poulard était un des plus dangereux souteneurs de la capitale, et il laissa peu de regrets.

Mais Lamliert : c'était différent

IL venait d'être signalé à la j,ustice, comme coupable d'avoir commis un do«iible meurtre, la nuit, sur la route de Langrune, au châteaa de LouguevLLle, et il. fut l'otbjet des plus graads soiiis L

On espérait qu'il vivrait assez, pour dénoncer ses complices, si tant est qu'il en eût.

Ainsi que nous l'avons dit, après le guet-apens, Caminade avait été Irans porté au château de Longueville.

Le trajet s'était effectué, sans qu'il reprit connaissance, et il ne revint à lui qiir lorsqu'il eût été déposé dans une chambre de rez-de-chaussée où un lit avait été disposé pour le recevoir.

Mais ce retour à la réalité ne fut que de quebpies minutes.

A peine recouvra-t-il le seuliuuMil de ce qui s'était passé.

11 ouvrit les yeux, chercha à recuiinaitre ceux qui ronlouraiont. serra la

1032 (,A l'ILLE DES CAMELOTS

iiiairi de LaiigluiiK'', (iebout \ni\e el trisle à ses cùU's, cl attira à lui Horace qui l'observait.

— Et le comte ? inlerrogea-t-il d'une voix à peine perccptihle.

— Le comte n'est pas atteint, réijondit Horace ; c'est toi qui l'as sauvé. Caininade eut un geste satisfait, et un éclair de joie souveraine traversa son

regard.

— Tout est bien, alors! dil-il ; quant au reste, c'est peu de chose.

— Ah ! nous te sauverons aussi!... voulut dire encore Horace. Mais le docteur s'interposa.

Caminade était retombé inerte et sans voix; il ordonna que tout le monde se retirât, et bientôt il ne resta auprès du blessé que Langlumé, qui avait demandé à ne pas quitter son ami, et à qui on avait dressé un lit dans la chambre même.

Le docteur donna alors à Caminade, les soins dont il avait besoin; puis, ayant fait à Langlumé les recommandations nécessaires, il se relira à son tour, et gagna la chambre qui lui avait été offerte.

Comme il allait l'atteindre, il vit la comtesse qui venait à lui.

Il s'empressa au-devant d'elle.

— Je vous attendais, monsieur, dit Raymonde, d'un ton oppressé; devant le blessé, je n'aurais pu vous parler, et vous n'auriez pu me répondre, en toute liberté... pourtant, j'avais hâte de savoir...

Le docteur remua la tête.

— Je ne puis rien dire encore, répondit-il; rien du moins qui soit de nature à vous rassurer; la blessure est fort grave; il faudra extraire la balle qu'il a reçue; il peut d'ici là se produire des complications imprévues... dangereuses même; et le jugement que je pourrais porter serait prématuré.

■ — Le malheureux!

— Vous lui portez un grand intérêt?...

— C'est à lui que je dois d'avoir revu vivant le comte de Presles.

— Sans aucun doule.

— Et je ne serai tranquille que lorsque vous m'aurez rassurée.

— Il faut attendre encore

— Sera-ce long?

— Je ne puis préciser.

— Au moins, vous ne le quitterez pas?

— Nous ferons mieux, madame, si vous le voulez bien... demain matin, à la première heure, M. le comte de Presles télégraphiera à M. Desaubrays, qui est le médecin de votre famille, etavecun pareil maître, vous pouvez être certaine que le blessé recevra tous les soins que son état réclame.

Raymonde serra vivement la main du docteur.

— 11 est donc bien m:il? — Très mal! (IV lu;t'J.)

UV. 130. — riFIIIIK ZACCOMÎ. — LA riU.V. DBS CAMIil.OrS. — KD. J. ROUfF BT C''>.

— Merci, dit-elle; merci, je n'attendais pas moins de votre caractère; et voyez! déjà me voici plus calme.

Caminade resta deux jours, sans qu'il fût possible de rien tenter, et l'extraction de la balle dut être remise en raison de l'état de faiblesse où il se trouvait et de la fièvre intense dont il était dévoré.

Langlumé ne le quittait pas; Horace venait à chaque instant le visiter, dans l'espoir de trouver quelque amélioration... Quant aux médecins, ils s'étaient mis d'accord et se succédaient au chevet du patient.

La situation ne changeait pas.

Lf-'S nuils surtout étaient mauvaises... agitées.

On attendait.

Jusque-là. Caminade élait resté insensible, pour ainsi dire inerte... Quand il ouvrait les yeux, on y surprenait des lueurs d'elTarement. quelque chose qui rappelait les affres de la mort.

Un matin, vers dix heures, il parut se réveiller plus calme.

La nuit avait été meilleure; il avait dormi ; quand il s'éveilla, son regard s'arrêta étonné sur le visage de Lau'jlunié.

Il sourit et lui tendit la main.

L'ex-choriste étouffa un sanglot de joie.

— Enfin! tu nie reconnais! dit-il, les yeux gonflés de larmes.

— Ce bon vieux copain... balbutia Caminade.

— Alors, nous sommes mieux.

— Oui, beaucoup mieux...

— Ce n'est pas pour dirj. mais tu nous as fait une rude peur. — ' J'ai été bien mal ?

— Très mal.

— Que s'est-il donc passé?

— Nous te raconterons tout cela... maintenant le plus fort est fait... et quand on t'aura débarrassé de ta balle.

— Une balle!... Que veux-tu dire?

Caminade pressa son front de ses deux mains et rappela ses souvenirs.

Ce ne fut pas long.

Presque aussitôt la mémoire lui revint.

— Je me souviens! dit-il avec émutinn: le comte de Presles, M. Horace. . Lambert... ah! le misérable... le comte est vivant, au moins.

— Oui! oui... très vivant...

— Et M. Horace?

— JL Horace aussi.

— Le ciel soit loué!... Pauvre Fiaymondc... Si un malheur était arrivé.

— Elle .sait que c'est à toi, que son mari doit d'être encore de ce monde;

aussi, elle t'a voué une reconnaissance... à chaiiue instant, pendant le jour, souvent pondant la nuit, elle vient prendre elle-mAme de tes nouvelles... ah! c'est un bon petit cœur...

Gaminade serra la main de Langlumé.

— Et toi, dit-il d'un ton atlendri; lu parles de tout le monde, excepté de toi... je t'aimais bien déjà; que sera-ce désormais... pauvre vieu.x.

— Ne parlons pas de moi! (it Langlumé; est-ce que ce n'est pas naturel, ce que j'ai fait; et n'en aurais-tu pas fait autant à ma place?

— Ça, c'est vrai.

— Eh bien, alors?

— Tu as raison... ne parlons plus de ça... et si j'en reviens... Langlumé eut un haut-le-corps.

— Si tu en reviens ! s'écria-t-il ; ah ! bien, il ne te manquerait plus que d'avoir de ces idées-là. Voyons ! te voilà revenu à toi... l'œil est bon, la main est solide... qu'est-ce qu'il y a à craindre maintenant?

Gaminade eut un triste et doux sourire.

— Ge qu'il y a à craindre, répondit-il; je n'en sais rien, et ça regarde les médecins ; mais vois-tu, depuis quelques jours, j'ai fait de drôles de rêves.

— Des bêtises.

— .l'ai revu Nicette, la chère enfant!

— Eh Lien!

— Et elle me faisait signe, et elle m'appelait de sa voix si douce...

— 11 n'y a pas de mal à cela.

— J'aurais voulu aller à elle.

— G'est l'effet de la fièvre...

— Possible... mais tout de même... tiens! regarde... c'est elle!

Et l'œil de Gaminade devint fixe et son regard s'arrêta plein d'hallucination vers l'angle le plus obscur de la chambre.

Un reste de délire... il demeura quelques minutes, tourné vers la vision qui l'attirait, et ne pouvant en détacher son regard.

Pendant ce temps, Horace était entré dans la chambre ; il demanda à Langlumé ce qui se passait.

Langlumé le lui expliqua, et pendant qu'il parlait à voix basse, peu à peu, Gaminade se remettait de lui-même, et reconnaissait Horace.

Ge dernier s'approcha du lit.

— Je vois avec bonheur que cela va mieux, dit-il; le médecin s'est absenté ce malin, pour aller visiter quelques malades; il sera heureux à son retour, de constater cette amélioration.

Gaminade remua la tête.

— Oui, dit-il vaguement; mais ce n'est pas encore ça, voyez-vous; c est

un éclair ; la tète n'est pas solide, et j'ai toujours peur de retomber daps le délire... j'ai été fort mal à ce qu'il parait.

— En effet, mais c'est fini.

— Non, monsieur Horace.

— Vas-tu l'abandonner à présent.

— Oh! j'ai du courage ; et ce n'est pas la mort qui m'effraye.

— Qu'est-ce donc?

— Une idée qui m'est venue.

— Laquelle"?

— Je vais vous le dire, monsieur Horace; il faut proliter du moment où je suis décidé, plus tard, il ne serait plus temps, et d'ailleurs, ça me soulagera.

— Parle... parle... de quoi s'agit-il?

Horace s'était assis près du lit., il y eut un silence de quelques secondes.

— Voyez-vous, reprit Caminade peu après; pendant mon délire, il s'est passé bien des choses dans mon esprit, il y en a beaucoup que je ne me rappelle pas, mais il est surtout une pensée qui est ici, toujours présente, et que je ne pourrais chasser, si tant est que je voulusse le faire... c'est Nicette!

— La pauvre enfant.

— Je ne l'ai jamais tant aimée... j'ai été bien coupable envers elle, et j'attends de vous un dernier service qui mettra le comble à vos bontés.

— Eh! puis-je rien te refuser...

— Alors, vous me promettez?

— Quoi? quoi? explique-toi.

Caminade se souleva à demi sur son coude.

— Eh bien, écoutez dit-il ; je sais, et vous me l'avez dit vous-même, que j'ai été fort mal, depuis que l'on m'a recueilli ici; il y a eu des moments même, où l'on a désespéré de moi.

— Quelle idée.

— Langlumé me l'a dit.

— D'ailleurs, qu'importe, puisque te voilà mieux.

— Sans doute... mais le dernier mot n'est pas dit, je puis avoir une rechute, et alors, je serai bel et bien perdu... et dans ce cas...

— Dans ce cas ?

— Je voudrais que vous me lissiez une promesse... promesse sacrée, celle-là, que vous tiendrez... j'en suis sûr, et qui adoucira mes derniers moments.

— Explique-loi... voyons! ne nous fais pas languir... encore une fois, de quoi s'agit-il?

— Voilà!... vous ne savez peut-être pas... que Nicelle est enterrée au cimetière de Sainte-Claire?

1038 LA FIl.l.L l)Ii:S GAMliLOiS

— Je sais cela; et j'ai pu m'assurcr par moi-mi^riK' rpie sa tombe est entretenue par les soins pieux de la comtesse de l'resies.

— A la bonne heure! approuva Caminade; eh bien, si je meurs...

— Mais, tu ne mourras pas.

— Si je meurs, poursuivit l'ox-baryton ; promelloz-moi.que vous me ferez inhumer au même cimetière, à côlé de la chère enf;inl qui m'a laiil aimé...

— N'est-ce que cela?

— Vous me le promcUcz?

— Eh ! oui, grand enfant que tu es... mais je te le répète... te voilàmieux; les craintes que nous avons courues sont maintenant dissipées; et avant quinze jours, tu pourras recommencera l'occuper des préparatifs de ta tournée.

Un vif éclair traversa le regard de Caminade, à ces dernières paroles.

— Ah 1 Dieu vous entende! balbulia-t-il ému ; oui, celte tournée... c'est ça qui nie remettrait... mais il n'y faut pas .songer de sitôt.

— II faut y songer au contraire, repartit Horace; partir, ce sera une distraction salutaire, ce sera la santé, et peut-être aussi la fortune.

Caminade eut un geste d'espoir, mais il ne répondit pas; cette conversation l'avait fatigué : Horace jugea prudent de ne pas la prolonger davantage.

l\ se relira.

A partir de ce moment, le blessé parut entrer dans une phase d'amélioration sensible, et ce fut pour tout le monde une satisfaction des plus vives.

On avait craint un dénouement cruel; et on renaissait à l'espoir.

Toutefois, un fait inquiétant subsistait.

Les deux médecins continuaient à garder leur attitude sérieuse, et hésitaient à se prononcer.

Qu'y avait-il donc? Que redoutaient-ils encore?

Langlumé, qui les observait avec une anxieuse attention, fut le premier à s'inquiéter de ce silence soucieux des docteurs.

Il essaya de les faire parler, et n'y réussit qu'à demi.

— Notre pauvre malade n'est donc pas sauvé? demanda-t-il, à bout de patience, au plus jeune des médecins.

— Pas encore... répondit ce dernier.

— Vous craignez quelque complication.. ^ — ■ Il faut'attendre.

— Quoi?

— La fièvre p^ut le reprendre.

— Et ce serait mortel?

— Je ne dis pas cela.

— Enfin, ce serait dangeureux?

— Je le crois.

Langlumé eut un frisson et sortit.

Il comprit que pour que le médecin lui parlât de la sorte, il fallait que la situation fût jugée grave.

Au surplus, ce qui arriva la nuit suivante, justifia de tous points, les paroles du docteur.

Vers une heure du matin, la fièvre reprit avec une grande intensité, et de nouveau, le délire s'empara de l'esprit de Caminade.

Le jeune docteur, qui avait prévu Tincident, était resté au château, pour ne pas quitter le chevet du blessé.

Langlumé veillait à ses côtés, accablé et morne.

Le vieux choriste avait comme l'intuition de ce qui allait se passer, et il sentait son cœur se briser.

Une sueur froide lui perlait au front ; de grosses larmes lui brûlaient les yeux.

Il n'interrogeait plus le docteur... Il l'observait!

Son âme tout entière semblait avoir passé dans son regard.

Et sa poitrine oppressée sifflait comme celle de son malheureux copain !

.Ml ! s'il avait pu donner sa vie, pour celle de Caminade...

Lui! il n'avait plus rien au monde, depuis que Seraphita était partie, tandis que Caminade... avait une fille...

La nuit fut afl'reuse; le délire ne céda pas une seconde; et ce ne fut guère qu'aux premières lueurs du jour, que le patient entra dans un calme relatif.

Langlumé respira, et se penchant vers le docteur :

— Il me semble que ça va un peu mieux, monsieur, dit-il d'un ton timide.

— Oui. en effet, répondit le docteur.

— Celte accalmie ne vous donne t-elle pas quelque espoir? Le docteur mit un doigt sur ses lèvres.

— .\ltcndons! dit-il doucement.

— Mais il ne mourra pas : il n'est pas possible qu'il meure!

Le mnlccin s'éloigna à pas lents sans répondre; et Langlumé se laissa retondier sur sa chaise.

La journée fut relativement bonne : Caminade dormit quelipies heures sans trop d'oppression.

Mais vers le soir, les symptômes alarmants se renouvelèrent.

Les deu.x docteurs ne quittèrent pas le chevet du malheureux blessé ; Horace annonça qu'il ne se coucherait pas.

— Je crois que vous feiez bien... lui dit M. Desaubrays. avec un pli sombre au front.

— 11 est lUnu: bien mal? interrogea Horace le ca'ur déchiré.

— Très mal.

— Ah! le pauvre .-nni... c'est alTreux... que faire?

— Nous avons fait tout ce qui était possii)le... désormais, la science est impuissante.

La nouvelle se répandit bien vite dans le château, et Raymonde à qui on n'avait pas cru devoir le cacher, en reçut comme un coup mortel.

Elle aussi, résolut de veiller, pour être piéte si la terrible catastrophe se produisait.

La nuit vint, et vers dix heures, les sinistres prédictions des médecins commençaient à se vérifier.

La fièvre était revenue.

D'abord bénigne, et ne se manifestant que par une vive coloration des joues, et un singulier éclat des yeux.

Puis, elle devint tout à coup plus intense.

La respiration oppressée s'engagea dans la gorge, qui eut alors des sifflements de râle, et Caminade se mit, par instants à agiter ses mains affolées dans le vide.

Cela dura un quart d'heure.

Horace et Langlumé se regardèrent terrifiés.

— Est-ce déjà la lin! balbutia Horace, en s'adressant au docteur.

— Non, pas encore... répondit celui-ci; cet état de délire se prolongera environ une heure; puis l'état comateux commencera, et c'est seulement après que son sort se décidera... malheureusement, quelque désir que j'en aie, il m'est impossible de vous laisser di's illusions sur l'issue de la crise.

On fil silence, et les trois hommes attendirent mornes et sombres, pendant que Caminade continuait de repousser les visions d'outre-tombe qui l'elTrayaient...

Ainsi que l'avait prédit le docteur, au bout d'une heure, il s'opéra une détente, et tout à coup, le patient retomba lourdement sur son lit; sa tête roula sur son oreiller, et il s'endormit brusquement d'un sommeil de plomb.

C'était l'état comatsux qui commençait.

On attendit.

Deux heures s'écoulèrent alors sans qu'aucun nouvel incident se produisit.

Relativement, Caminade était calme; on pouvait s'y méprendre; on se reprenait à espérer.

Minuit avait sonné depuis longtemps.

Langlumé veillait : Horace s'était assoupi.

Tout à coup un cri retentit, et le patient se dressa sur son lit. '.

On accourut, et on le vit, droit, l'œil grand ouvert, essayant de quitter le lit.

Langlumé le maintint avec peine.

— Eh bien ! eh bien ! dit-il de sa bonne voix de basse profonde ; est-cequ'on ne reconnaît plus les anciens, à présent?

Tout a cuiip il ,!■ ,1|-,

— Lanjîliimé! fit Cuminadc avec force.

— A la bonne heure .

— Laisse-moi!

— Que veux-tu faire?

— Je veux la voir.

— Qui cela?

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