‹ La fille du capitaineChapitre 2 sur 25 · Bspèee de cidre qui fait la boisson mnmune des Riusas · texte numérisé non relu

Bspèee de cidre qui fait la boisson mnmune des Riusas

giieur n'avait i^ais eu assez de se$ propres gens! »

J'avais honte; je me retournai et lui dis : Vat'en, Savétiitch, jé ne veux pas de thé. » Biais il était difficile de calmer Savéliitch une fois qu'il s'était mis en train de sermonner. >• Vois-tu , voistu , Piôtr Andréilch « .ce que c'est que de laire des folies? Tu as mal à la tôte, tu ne veux rien prendre;. Un homme qui s'enivre n'est bon à rien. Bois un peu de saumure de concombres avec du miel , ou bien un demi-verre d'eâurde-vie pour te dégriser. Qu'en dis-tu? » •

Dans ce moment entra un petit garçon qui m'apportait un billet de la part de Zourine. Je le dépliai et lus ce qui suit : • ^ ' • ' • "

« Cher Piôtr Andréitch , iais-moi le plaisir- *de m'envoyer, par mon garçon, les cent roubles que

* tu as perdus hier. J'ai horriblement besom d'ar-. gent. ïou dévoué , Jvan Zourine. . .

n n'y avait rien à faire. Je donnai à mon visage une expression. d'indifférence, et, m!adressant à Savéliitch, je lui commandai de remettre cent roubles ad petit garçon.

« Gomment? pourquoi? me demanda-t-U tout surpris.

.—Je les lui dois, répondis-je aussi froidement que possible.

-r- Tu lesr lui dois 1 repartit Savéliitch , dont Té- (onnement redoublait. Quand donc as-tu eu le

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temps , (le contracter une paieiile délie? C'est impossible. Fais ce que tu veux, seigneur, mais je ne donnerai pas cet ar^^t. »

Je me dis alors que si, dans ce moment décisif, je ne forçais pas ce vieillard obstiné à m'obéir, il me serait difficile, dans la suite, d'échapper à sa tutelle. Lui jetant un r^rd hautain, je lui dis.: « Je suis ton maiUe , lu es mon domestique. L'argent est à moi; je Tai perdu parce que j*ai touIu le perdre. Je te conseille de ne pas faire Tesprit fort et d'obéir quand on te commande. »

Mes paroles firent une impression si profonde sur Savéliitch, qu'il frappa des mains, et resta muet, immobile. « Que £ais-tu là comme un pieu? » m'écriaije avec golère. SavéUitcU se mit à pleurer. «« 0 mon père PiAtr Andréltdi, baU)utia-t-il d*ime Toix tremblante, ne me fois» pas mourir.de douleur. 0 ma lumière, écuule-moi, moi vieillard; écris à ce brigand que tu n'as fait que plaisanter, que nous n'a-> vons jamais eu tant, d'argent. Cent roubles! Dieu de bQiitét.«.;«IMa*4i|i que tes papenls f ont séyère* ment défendu de jouer autre chose que des nui* çettes* t* •

— Te lairas-tu? lui dis- je en l'interrompant avec sévérité; donne Targi^nt, ou je te chasse d'ici à coups de poing. »

Savéliitch me regarda avec une profonde exprès- ^on de douleur, et alla chercher mon argent, J*a-

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vais pitié du pauvre vieillard ; mais je voulais m'émauciper et prouver' que je n^étais pas un enfant Zoorine eut ses cent roubles. SavéUitch s*empressa de me faire quitter la maudite auberge; il entra en m^annonçant que les chevaux étaient attelés* Je partis de Simbirsk avec une conscience inquiète et des remords sQencieux, sans prendre congé de mon maître et sans penser que je dusse le revoii^ jamais.

Le guide.

Mes réflexions pendant le voyage n'étaient pas^ très-agréables. D'après la valeur de l'îir^ent à cette époque i ma perte était de quelque importance. Je ne pouvais m' empêcher de cunvcuir avec moimême que ma conduite à Tauberge de Simbirsk avait été des plus sottes, et je me sentais coupable envers Savélîitcb. Tout cela me tourmentait. Le vieillard se tenait assis, dans un silence morne, sur le devant du traîneau , en détournant la tète et en foisant entendre de loin en loin une toux de mau<* valse humeur. J avais fermement résolu de [aiie ma . paix avec lui;- mais je. ne savais par où commencer. Enfin je lui dis : » Voyons, voyons, Savéliitcb, flnissons-en, foîsons la paix. Je reconnais moi-

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même que je suis l'aulif. J'ai lail hier de^ j^êlises et je t*ai offensé sans raison. Je te promets d*ètre plus^ge et ravetdr et.de te mieux écouler* Voyons,

né te lâche plus , faisons la paix.

— Âh! mon père Piôtr Ândréitch, me répondit-ii avec un profond soupir, je suis fàciié conlrc moimême/ c'est mol qui hl tort par tous les bouts. Comment ai-je pu te laisser seul dans l'auberge? ' Mais que faire ? Le diable s'en est mêlé. L'idée m'est venue. d aller voir la femme du diacre, qui est ma commère, et voilà, comme dit le proverbe : j'ai quitté la maison et suis tombé dans la prison. Quel malheur! quel malheur! Comment reparaître aux yeux de nïes .niattres? Que diront-il^ ..quand ils sauront que leur enfant est buveur et joueur ?»

Pour ednsol^ le- pauvre Savéliitch , je lui donnai . ma parole qu'à l'avenir je ne disposerais pas d'un seul kopeck sans son consentement. Il se calma peu à peu , ce qui ne rempéclia point cependant de grommeler encore de temps en temps en branlant, la téte : «Cent roubles t c'est facile & dire. » . .

J'approchais du lieu de ma destination. Autour de moi s'étendait un désert triste et sauvage, entrecoupé de petites collines et de ' ravins profonds. Tout était çouv^rt de neige. Le soleil se couchait. Uekkibitka suivait l'étroit chemin, ou plutôt la trace qu'avaient laissée les. traîneaux de paysans. Tout à

co\}( mon cocher jeta les yeux de côté, et s'adres- . saiil à moi : Seigneur, dit-il en ôtant son bonnet , a' ordonnes-tu pas de retoui^ner eu arrière ?

— Pourquoi cela?

— Le temps n^est pas sûr. Il fait déjà un petit veut. Vois-lii comme il roule la neige du dessus?

— Ëh bien 1 qu'est-ce que cela £ait ?

— Et vois-lu ce qu'il y a là-bas?

' (Le cocher montrait avec son fouet le côté de Torient. }

Je ne vois rien de plus que la steppe blanche el le ciel serein.

• — Là, là , regarde...» ce petit nuage. ^

Taperçus , en effet , sur Thorizon un petit nuage blanc que j'avais pris d'abord peur une coUiue éloignée. Mon cocher m'expliqua que ce petit nuage présageait un^bouraneK

J'.ivais ouï parler des chasse-neige de ces contrées, et je savais» qu'ils, engloutissent quelquefois des caravanes entières. Savéliitch, d'accord a\ec le cocher 9 me conseillait de revenir sur nos pas. Mais le vent ne me parut pas fort; j'avais respér.ance d'arriver à temps au prochain relais; j'ordonnai donc de redoubler de vitesse.

Le cocher mit ses chevaux au galop ; mais il regai'dait.sans cesse du côté de l'orient. Cependant

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