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I. ânne, fiUe de Vsife

17g LA FILLE DU CAPITAINE.

Ivanovna se rendil au bord d*une charmante prairie

où Toii venait d'ériger un monument tii Thonneur des récentes victoires du comte Roumianzeff^ Tout à coup un petit ciiien de race anglaise courut à sîi

rencontre en aboyant. Marie s'arrêta effrayée. En

ce moment résonna une agréable voix de femme.

« N'ayez point [jeur, dit-elle; il ne vous mordra

pas. »

Marie aperçut une dame assise sur un petit banc champêtre vis-à-vis du monument, et alla s'asseoir elle-même à l'autre bout du siège. La dame l'examinait avec attention , et, de son côté, après lui avoir jeté un regard à la dérobée , Marie put la voir à son aise. Elle était en peignoir blanc du malin, en bonnet léger et en petit mantelet. Cette dame paraissait avoir quarante ans; sa (igure, pleine et haute en couleur, exprimait le calme et une gravité tempérée par le doux regard de ses yeux bleus et son charmant sourire. Elle rompit la première le silence :

« Vous n*étes sans doute pas d'ici î dit-elle.

— Il est vrai , madajue ; je suis arrivée hier de la province.

— Vous êtes arrivée avec vos parents /

— Non, madame, seule.

— Seule ! mais vous êtes bien jeune pour voyager seule.

i.RomanzoCr.yûnqueurdesTarcsàLargaetàKagoul, en tîSî,

— Je n*Hi ni père ni mère.

' — Vous éles ici pour affaires )f

— Oui, madame; je suis venue présenter une supplique à rira|M>ratrice.

— Vous éles orpheline ; probablement vous axez à vous plaindre d'une injiistice on d*nne offense?

— * Non, madame; je suis venue demander grâce, et nui» jiislice.

— Permettez-moi une question : qui êtes-vous ?

— Je suis la fille du capitaine Mironolî.

— Du capitaine MironofT? de celui qui commandait une des forteresses de la province d'Orenbourg ]f

— Oui , uiadame. »»

Lia dame parut émue.

« Pardonnez-moi , continua-t-elle d'une voix en* core plus douce, de me mêler de vos affaires. Mais je vais à la cour; expliquez-moi l*objet de votre demande; peut-être me sera-t-il possible de vous aider. »

Marie se leva et salua avec respect. Tout , dans la dame inconnue , ratlirait involontairement et lui insphrait de la confiance. Marie prit dans sa poche un papier plié; elle le présenta à sa protectrice inconnue qui le parcourut à voix basse.

Elle conunenga par lire d*un air attentif et bienveillant ; mais soudainement son visage changea , et Marie, qui suivait des yeux tous ses mouvements, fut elfrajée de Texpression sévère de co

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visage si calme et si gracieux un moment auparavant.

« Vous priez pour Grineff, dit la dame d*ua ton glacé. L'impératrice né peut luiaccor^r de f^rdon. Il a passé à rusurpateur^ non comme un ignorant crédule, mais cemme tm vaurien dépraTéet dangereux.

^ Ce n*est pas vrai , s'écria Marie.

— Comment! ce n'est pas vrai? répliqua la dame qui roQgil jusqii'auK yeux.

— Ce nest pas vrai, devant Dieu, ce n'est pasvrai. Je sais tout, je vous contai fom; e^est pour moi seule qu'il s'est exposé à tous les malheurs qui l'ont frappé. El s'il ne s'est pas disculpé devant la justice, c'est parce qu'il n'a pas vouhi que je fusse mêlée à cette aQ'aire. »

Et Marie raconte avec ebml^ tout ee i|ue le ketei-ir sait déjà.

La dame l'écoulait avec une attention profonde.

«Où vous êtes -vous logée? » demanda -t- elle quand la jeune lille eut terminé son récit. Et en

apprenant que c'était chez Anna VkasiéTna, elle

ajouta avec un sourire :

«Ah! je sais. Adieu; ne parlez à personne de notre rencontre, i'espère que vous n'attendrez paslongtemps la réponse à votre lettre. »

A ces mots eUe se leva et s'éloigna par une allée couverte. Marie Ivanovna retoui na chez elle reniplie d'une riante errance*

LA FILLE DU CAPITAINE. iHI

Son hôtesse la ^rondd de sa promenade matinale, nuÎBÎbfe, disait-eUe, pendant rautomne à la santé d*une jeune till(\ Klle apporta le somovar^ et, devant une tasse ée thé, elle attait reprendre ses mterminabies propoa wr la cour, lorsqu'une voiture armoriée s'anèla devant le perron. Un laquais à la

livrée Impériale entra dana k chambre , annoncent

que riœpératrice daignait mander en sa présence la fille du capitaine Mironoff.

Anna Vlas»iévna tut toute bouleversée par cette

nouvelle.

» Ah I mon Dieu , a*éeria-t<*elle, rimpéi*atrice

vous deuiande à la cour. Couiment donc a-t-elle su votre arrivée? et conunent voua présenterea^vona à riuipéralrice, ma petite mèrelf Je crois que vous ne savez même pas marcher à la mode de la cour. Je devrais voua conduire ; ou ne fàudraît-il pas envoyer cherclier la sage-femuie , pour qu'elle vous prètAt sa robe jaune à Mbalas ? »

Mais le laquais déclara que Timpératrice voulait que Marie Ivanovna vint seule et d;nis le costume où on la trouverait. Il n'y avait qpi'à obéir, et Marie Ivanovna partit*

Elle pressentait que notre destinée allait s*accom« plir;. sou cœur battait avec violence. Au bout de quelques instants le carrosse s'arrêta devant le palais, et Marie, .après avoir traversé une longue suite d appartements vides et somptueux , fut enfin

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introduite dans le boudoir de Timpéralrice. Quelques seigneurs, qui entouraient leur souveraine,, ouvrirent respectueusement passage à la jeune (ille. L'impératrice, dans laquelle Marie reconnut la dame du jardin, lui dit gracieusement :

• Je suis enchantée de pouvoir exaucer volrc prière. J'ai fait tout régler, convaincue de Tinnocence de voire fiancé. Voilà une lettre que vous remettrez à votre futur beau-père. »

Marie, tout en larmes, tomba aux genoux de Fimpératrice , qui la releva et la baisa sur le front. .

«I Je sais, dit-elle, que vous n'êtes pas riche, mais j'ai une dette à acquitter envers la fille du capitaine Mironoff. Soyez tranquille sur votre avenir. »

Après avoir comblé de caresses la pauvre orpheline , l'impératrice la congédia , et Marie repartit lo même jour pour la campagne de mon père, sans avoir eu seulement la curiosité de jeter un regard sur Pétersbourg.

Ici se terminent les Mémoires de Pi(^tr Andréitcli

Grineff; mais on sait, par des traditions de famille, qu'il fut délivré de sa captivité vers la An de Tannée 1774, qu'il assista au supplice de Pougatcbell , et que celui-ci, l'ayant reconnu dans la foule, Uii fit un dernier signe avec la tète qui , un instant pUis tard, fui montrée au peuple, manimée etsau-

glanle. Bientôt après Piôtr Andréltch devint l^époux de Mui'ie Ivauovna. Leur descendance habite encore le ((ouTernement de Simbirsk. Dans la maison seigneuriale du village de.... on montre la lettie aulographe de Catherine II, encadrée sous une glace. Elle est adressée au père de Piôtr Andréitch , et (contient, avec la justihcalion de son iils, des éloges donnés à rintelligence et au bon cœur de la fille iJu capitaine.

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