DURAND, LE COLONEL
DURAND. C’est toi ?
LE COLONEL. Moii père!
ouRAND. Et par quel hasard a»-tu quitté la maison ?
JLB COLONEL. En effet, mon père, notre rencontre est bien un hasard!... car je ne m'attendais guère à vous trouver en ces lieux !...
nvRAMD. Qu’y viens-tu chercher?
LE COLONEL. La personne que j’ai empêché de verser hier au soir.
durand. Comment!... ce serait...
LE COLONEL. M. Ic conite de Morvillc.
durand. V'raiinent!
LE COLONEL. Et je me rends aujourd’hui à rinvilatioii qu’il m’a faite de venir passer la journéa à son château...
DURAND. Eh bien ! je n’en suis pas fôehé...
je voudrais, morbleu, qu’il lui fut impossible de faire un pas sans se rappeler un st^rvice de la famille .. voilà comme j’aime à me venger!...
LE COLONEL. Est*ce quc vou# auriez à vous en plaindre?
DURAND. Eh! mon pauvre Charles... M. le comte est le père de Julienne...
LE COLONEL. Il serait po.ssihie!...
DURAND. De celle que hier encore tu croyais lu sœur!...
LE COLONEL. Il y a long-lems que je sais qu’elle ne l’est pas,
DCRAND. Tu ic savais!..* Et d’où le savais-lu ?
LE COLONEL Quelques mots qui vous étaient éclutppcs à répoqtie où le premier consul fut noinuié empereur avaient évedlé mes soupçons... Une conversation avec ma mère...
et que l’entendis presque malgré moi, acheva de me faire connaître l origine de Julienne... Si j’ai consenti avec tant de rc.s>guatiou à m’éloigner, à vous quitter pour aller courir les chances de la carrière militaire, c’etatt (Uu6 l’espéraoce de me dûtioguer, de me faire
un nom qui pilt aller de pair avec celui que je lui supposais alors... J’ai eu du bonheur!. • Partout j’ai combattu sous les yeux de ^iapoléon... et jamais il ne laisse une action sans récompense?... Aussi on le sert!...
Mon avancement , mes croix... j’nitout reçu des innin.^ de l’empereur, et sur les cbampt de bataille!... Je sais, par le maréchal Duruc , qu’il s’est souvent iufurme de moi , de mes parons, qu’il me porte un intérêt particulier... Encore uue campagne avec lui, et j’étais général de brigade!... J’attendais ce grade-là pour revenir vous voir, vous embrasser... vous dire : Mon père, je suis digue d elle, accordcz-ln moi.
DURAND L’aurai.s-jc pu?... La fille d’un ancien comte... du comte de MorvHle.
LE COLONEL. C’est de la noblc.ssc sans îm* portance... Quel éclat ce npm-là jcttc-t-il dans le monde!... Les Monillc, personne ne counaît cela!... Je iic dis pas qu’autrefois... du teins de Uharlenvignc , ou des croisades, leurs aïeux ne se soient fort distingués... et d’ailleurs, en fait de noblesse, u’a\ons-nous pas aussi la nôtre, la nouvelle... qui doit ses litres à son courage, à scs exploits... et qui, dans cent uns, ne vaudra pas mieux que l'antre?
DUEAND. Ainsi tu aimes M"* de Morville?
LE COLONEL. Elle, l’enipereur et voies!...
DURAND. J’espér.'iis qu’en par<*onratit l’Eu> rope lu aurais trouvé en Allemagne, en Prusse, en Bavière ..je ne sais où, quelque joli minois qui t’aurait fait oublier cette pauvre Julienne!