‹ La fille du cocher comedievaudeville en deux actesChapitre 27 sur 27 · SCENE XIH · texte numérisé non relu

SCENE XIH

Le COMTE, DüllAND , GRÉVAL.

LECOMTE, à part. Encore cet homme!...

(Se rontra/gnant.) Puisr-je savoir , monsieur Durand , ce qui me procure Thonneur de votre visite?

wtLAitD ^ froidement. Monsieur le comte, je viens solder mon acquisition.

GRÉVAL. Eb!... justement, le voilà, notre acquéreur.

LECOMTE, étonné, M. Durand î

DVRAMD, à Grèotd. Voici , monsieur, une inscription de 1 8 , ooo fr. sur le trésor national... et 20 billets de banque.

LECOMTE. Mais c*est iinpossilile... Durand , ce n'est pas pour vous... vous n*ètes qu'un pK‘te-nom dans cette afTairc.

DUBARU. C*est vrai , monsieur le comte , ce n’est pas pour moi.

LE COMTE. Je m'en doutais bien.

DURAND. C’est un petit cadeau que je veux faire à ma fille d adoption.

LE COMTE. Ah ! vous avcz adopté une fille... Et où est-elle?

DURAND. Ici, monsieur le comte... Je l'y ai amenée hierausoir... J'ai consenti à remplacer voir»* cocher malade... Il y a quelques années qu’on a quitté le métier... mais dans Toccasion on donne son coup de fouet comme un autre.

le comte , stupéfait. C’est vous qoi ave?, mené ma voiture !

DURAND, has. Je n'ai trouvé que ce movcn-ln de me procurer l’adresse de ma pauvre JulieAine.

GREVAI. Cve.sl une afTsire do famille... Je xn’en vais faire un tour de jardin.

DURAND, i*arrétont. Du tout, mon cher Grevai... j’ai besoin de votre appui , de vos conseils... relativement à certaine proposition que je viens faire à M. de Morvillc...

car je me trouve avec M.le comte dans une position singulière... plus singulière qu’il ne le croit.

LE COMTE. Je ne sache pas qu’il y ail entre nous rien de singulier...

DURAND. Nous allons voir !... M. le comte de Morville , ici présent , et qui jouit d’ime parfaite santé, fut condamné à mort en

GREVAL. Il en a rappelé ..c’est fort heureux.

DURAND. Je lui procurai les moyens de passer la i roalière... mais sa femme ne pouvait

le suivre... Je la cachai dans mon grenier, me de la Fidelité , n® 4* • mois après

elle accoucha de la plus jolie petite fille

Mais sous quel nom déclarer l’enfant à la municipalité... voilà le hic!... Dire le véritable nom de sa mère, c’était la dénoncer...

me dénoncer moi-mème pour avoir donné asile à une ci— devant comtes.se; cn6n c’était

nous exposer à périr tous sur réchafaiid

Ma foi , je me dis : Allons , Durand ,• il faut donner un croc-en-jambe à la vérité... un mensonge ne pèse pas surla conscicnceqmnd c'est pour reiulre service... et voilà que je dis au municipal d'alors, qui était un enr.igé de cordonnier... Citoyen, c’est un enfant delà nation, [>ère et mère inconnus.

LE COMTE- Comment , monsieur Durand , vous aver osé...

DURAND. On n’a qu'une tète , on y tient...

on est bien aise de la garder... quand ce ne, serait que l’habitude.

GRÉVAL. Oui, voilà qui s'embrouille.

DURAND. Parfaitement. Chaque jour cette pauvre comtesse dépérissait... Au bout d’un mois,.', plus personne.

LE COMTE. Pauvre Elvire !

! DURAND. Ce n’est pas faute de soins, au moins... Quand c’aurait été ma propre mère, je n'en aurais pas eu davantage...

GRÉVAL. Oh! je l’ai toujours connu comme ca , et ne prêtant jamais qu’à cinq pour cent.

DURAND. Deux , trois ans SC passent... je n’entPiids parler de rien... Mes affaires prenaient une bonne tournure. J’avais quitté le fiacre... je m'étais lamé dans le foin, la paille et l'avoine... je gagnais des assignats gros comme moi... ce qui ne m’empèchait pas de crier un peu misère , parce que dans ce tems il y avait des c(M|uins de tribunaux qui arrêtaient tout court les amis qui allaient trop vile... Julienne, car elle n'a que ce nom— là... Julienne grandissait, et toujours point de nonvelles de sa famille...

Je me disais : J’ai bien fuit de ne pas donner de père à cet enfant-là... Si ses parons ne reviennent pas et qu’oa m’appelle làhaut... je n'ai qu’un enfant... il p.irtagera avec elle ; et si j'étais mort à cette époquelà, en l’an VI , j’aurais tout de même laissé une centaine de mille francs.

GRÉVAL. Vous avez mieux fait, père Durand... vous avez vécu pour en gagner davantage.

DURAND. Comme de raison.

LE COMTE. Mais c'est donc un million^ nairc î

GRÉVAL. Dans ces qiialités-U !

DURAND. D'un antre coté... je réfléchissais... M. le comte revenait, il dc faut pas

^uM ait À rougir de sa 6lle. . . et tna foi je Tai elevée comme une duchesse... Elle sait coudre, tricoter, broder, récriture, Torth»grapbe, la peinture... Oh! lu peinture, elle J a la main... elle a fait le portrait de ma pauvre défunte... le mien... relui de mon fiU... Je ne voua ai pas eucore parlé de mon fiU... c’est justement là la pierre d’achoppement.

LE COMTE. Votre bis...

DVRASD. Plus âgé c|uc Jiilicnue de six à sept ans. Il avait nour elle une amitié qui me faisait trembler !... J’av.iis toujours |>eur qu’il vint à savoir qu’il n’était pns son frère.

LE COMTE. Quand il l’aurait su !... je me lais à croire que ma ülle n’aurait |>oinl ou—

lié...

ouRAifD. Cequejeuelui avais pas appris...

LE COMTE. C’est le tort que vous uvezeu...

DiiRARD. Allez donc dii-e à cette enf.mt qu’elle est la fille d’uu ancien noble , pour que son petit caur se gonfle d’orgueil, de vanité!... Et si vous n’étiez pas venu, qu’en aurais-je fait avec ces idées-là !... J*ai mieux agi... j’ai coupé court au danger... j’ai fait partir mon fils pour l’armée... Oui, je m’en suis séparé... je me suis exposé à le perdre pour conserver votre estime , pour ne pas ce.sser d’ètre boimète homme à mes yeux.

GRÉVAL. C’est beau... très-beau... c’est de la république romaine ^

DURARO. Mon fils a fait son chetniu , mais voilà le diable, Charles u continué d’aimer Julienne... Julienne aime Charles, et tous deux savent maintenant la vérité...

LE COMTE. Ma fille aimer votre fils !

nvRARD. C’est du dernier po.sitif .. avec nia fortune et ses protections... Charles peut prétendre à tout ; je lui donne deux ci;nt mille francs en ninringe.

CAÊvAL. Çu paierait une jolie charge d’avoué !...

LE COMTE. J’espère qne vous ne vous êtes pas flatté que je cmisentirai?...

DURAND. J’ai fait tout Ci: <|UC j’ai fermer la porte à cet aniom-U... ifliir'

il est venu...

Le COMTE. Ce mariogi* est inrpds^iDiC\

DURAND. C’csl votre 4ii‘n»içr’ inpC ,7^5 •

LE COMTE. C’csl la Volonté dé son père^»»'

ouRAifO. Prenez garde... Le *rej;i.4tro ’dç.

la mairie de l’an in... porte.,, p'èi^i' ,^iuèrc inconnus...

LE COMTE. Aussi dès (Icmarn; jVu ap{)Mle*i aux iribmmnx... et je vous attaque.

DURAND. Moi !

CHEVAL. Superbe cause!... les deux parties sont riches.., c’est une fortune pour un avoué...

DURAND, Vous m’attaquericz... moi

monsieur lecomle... à quoi bon ?. • éeoiitet..; ce château m’appartient... je l’ai acheté et payé... Eh bien! j’y établis Julienne... elle i’halhtera sous ma protection, sous la votre.., oh ! je lie vous interdirai pas lè Ixinheur de la voir?... non... vous... moi nous viendrons quand nous voudrons auprès de cette chère enfunU.. et a sa majorité, Julienne choisira son époux... et son père... ce sera la première à lai|ueI1e ce bonheur sera arrivé.

LE COMTE. Monsieur Durand, je me plais à vous rendre justice , votre conduite a été parfaite... mais je ne reculerai devant aucun sacrifice pour soutenir mes droits !...

SCEWE XIV,

Les Memes, JULIENNE.

LE COMTE, à Grevai et à Durand, Vous permettez.

(Il d^carhète la lettre

JULFENNE, (iperçevant Durand. Ah !..«•• liotijonr , mon bon père Durand.

GRBVAL. C’est le préféré.

( Durand la bai»e au front cl lui fait signe de ne pas parler pour ne pohai interrompre la lecture du comie.)

LE COMTR , lisant, « Je vous l’avais fait » pressentir hiersoir, moo cher comte, il est » question de marier mademoiselle de Morville «avec legéiiéral bnronile Layl>ach...Sa Ma-

“jesté rcmpcreiiretroi y tient beaucoup

> Je suis heureux, monsieur le comte, d'avoir »• à vous annoncer que Majesté a daigné • vous roinpri'iidrecemntindniis In nouvelle n promotion des comniandaiis de la J.égion— •» d Honneur !... * {^Avft: trtirisf.ort .) Defusez donc qnejquc chose à cct hommc-là !

julien.se, timidement. Eh bien! mon '^ère !

J « Oi; COMTE , lui passant la main sous le hh bien! madame la baronne...

Majfvté a daigné s’occuper de vous.

, mqui!*tc. De moi!

COMTE, à Durand. Monsieur Durand , *voici -ijyio lettre qn* nous met Ions d'ac- ,Sii Majesté r empereur et roi a dis- posé (le la main de nia fille en faveur d’un de scs plus illustres généraux.

JULIENNE. Je n’y consentirai jamais.

DURAND, abattu. L’cmpeieur!

GRÉVAL. Diable d’homme ! il se mêle de tout.

LE CX 1 MTE. Ma fille, par toute i’aatorité

JULIENNE, accourant. Monsieur le comte, monsieur le comte, c'est du ChAtcao...

pressé. . , très-pressé.

(i'iie hit remet une leUre.)

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qui' j*ai sur vous , je vous ordonne de vous préparer à recevoir M. le général haroo de Layl>sck comme voire futur époux.

JVLIERXB Oh ! monsieur, vous ne mecon> naissez point encore , vous ignorez tout ce qu’il y a de fermeté dans ce cœur, de résolulion dans cette petite tête. J’aime Charles depuis que j’existe. ..^e n’aurai jamais d’autre époux que lui... 'je l’ai juré. J’attendrai cinq ans... dix ans... s’il le faut... El que votre baron de Rayback, de Rihrac , ne se présente pas ici avec des prétentions à ma main... car sans m’inquiéter en rien des désirs de l’empereur , je lui déclare , à luimême et en votre présence, que jamais !....

SCÈNK XV.

JACQUES, annonçant,

J1CQUC5. M. le général baron de Laybach!

jiTLtBivfiE. Ab !... nous allons voir!

(Charles Duraad entre en habit de géaéral de brigade.)

jtTUExxE. Charles !

LE COMTE. Le colonel!

( Dans son /Innttemcnl il laisse tomber sa lettre. ) DVRAKD. Mon 61s I GRÉVAL. Le jeune homme de tantôt.

JVLIENHE. Ab! vive l’empereur!

OVBANO. Mon fils baron !

GRBVAL. La savonnette impériale.

CHARLES DVRAND, OU Comte, J'espèrc, monsieur le comte, que mou titre... mon Douwan grade ne me feront rien perdre de votre amitié.

(Durand pasic devant son fils, lai fait signe d*eape’rer. Il ramasse la lettre que le Comte avait laisse tomber, et U lui présente.)

DURAKD,<iu Monsieur le comie.^r

voici une lettre qui nous met tous d’accord... Sa Majesté l'empereur et roi a disposé de la main de votre fille en faveur d’un de ses plus illustres généraux... on ne peut rien refuser h cet bomme-là !

Air du Calife de Bagdad,

Quaud il coromand*, vous d’vcs IVonnahre, li'einpereur veut être obéi.

Il aime assez fair* Je maître »

Et même autre part que chez lui.

Mais d* la soumission la plus ample Quand tous les rois nous donnant Vexemjde, Nous n* pouvons pas. nous autr’s bourgeou , Nous montrer plus fiers que des roU.

LE COMTE. Général, les ordres de l’empereur «ont sacrés pour moi... la journée d’hier est encore préscutc à ma mémoire...

et je me félicite de pouvoir vous prouver ma reconnaissance en assurant le bonheur de ma fille.

DT7RARD. Il sero duc nn de ces jours.

\l%'. Par nos chants d*amour, (La DaNSRUSE.) Je cède à ses voeuv,

^ Je consens à votre alliance.

Puissiez-vous tous deux Vivre long*tems et vivre heoreuz î

Ce héros fameux f

Voudrait voir dans toute la France Anciens et nouveaux Marcher sous les mêmes drapeaux.

^ ENSEMBLE

11 cède è nos vœux ,

Il consent à{ ! alliance, t noire J

PuIssions-noDs > . *

Pumi.-Tou, ‘■'“î

Vivre long-iems et vivre heureux

Ce héros fameux * .

Voudrait voir dans toute 1a France Anciens et nouveaux Marcher sous les mêmes drapeaux!

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