‹ La fille du cocher comedievaudeville en deux actesChapitre 6 sur 27 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mksies, JACQUES.

JACQUES, annonçant. M. Gréval.

LE COMTE. Ah ! tuon homme d’affaires.

JACQUES. iM. Leroi , le marchand de modes de iiiadcmoiseUc, descend de cabriulet.

LE COMTE. Va le rejoindre, mon enfant , va , prends, achète, choisis tout ce qui te plaira; je veux que la todelte de ma fille fasse envie à toutes les élégantes de l’empire. ..

(11 embrasse Julienne; elle sort avec Jacques.)

SCÈINE V.

Le comte , GRÉVAL.

LE COMTE. Mon cher Gréval , je me disposais à passer à votre cabinet.

GRÉVAL. Monsieur le comte ne m’y aurait pas trouvé. Je sors de déjeuner chez Baleineau Hocher de Cancale.

LE COMTE. Gourmand !

GRÉVAL. Non , nous y avons mange un turbot délicieux , et arrangé à ramiable un divorce par incompatibilité d'humeur et de caractère... Il n’y a que là qu’on mange de bon poisson. A quatre heures il faut que je sois nu I>ois de Boulogne.

LECOMTE. Pour essayer un cheval ?

GRÉVAL. Pour une transaction.». Je dîoe à aept heures chez Véry.t. '

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Lfi roMTK. Partie fine.

GAKVAL. Nous signüHS iinc soumission pour la l'oiirniture des hopîLiux... et enBn j'ai rendez-vous ce soir a dix heures à péra.

LE COMTE. Pour voir les Bardes ?

GRÉTAL. Non, pour y discuter un projet de faillite... Je n*ai pas un mument à donner au plai.sir.

LECOMTE, sourianf. Je vou.s plains, messieurs... Vou.4 gagnez un argent du diaMe!

CEÊVAL. L'empereur nous a ruinés... il a mis de Tordre partout. Ah ! parlez-moi du directoire... tout se vendait... s'achetait... c'cluil un coiiitiKTce universel... Sous Barras ^ai traité pour ma part de plus de i5u radiations d émigrés... Ça sc taisait de compte h demi avec les adininiNtration.s... c'éUait Tâgc d'or des hommes d'affaires cl des gar- <^on$ <lc bureau.

LE COMTE. A celle époque-lù , moi , j’étais en Russie.

cnÉvAL. Je me (latte que vous y avez un peu entendu parler de nos victoires.

LE cx)MTE. Condamné à mort par votre république, je n'ai jamais eu grande confiance en votre directoire... Mais quand j'ai vu Bonap.arte reconnu par la majeure partie....

URÊVAL. De l'Europe?

LE COMTE. Non , du faubourg Saint-Germain... j'ai senti que j'aurais mauvaise grâce à le bouder plus long— lems. Je suis revenu à Paris... Napoléon m'a rendu cet hôtel, mon chateau , et plus tard Tempercur m'a nommé son t’hnmbcllan. Mais je suis revenu de là-bas très-léger d'argent... l'empereur veut qu'on fasse figure et je suis fort embarrassé... j'ai de vieilles dettes à acquitter... lia vente de mon château, Télablisscment de ma fille, sont donc deux choses pressées, imporlautes... que je voudrais termiuer le plus tôt possible... J’ai déj.à emprunté cent mille francs sur ce diable de château...

Voyons, qu'avez— vous fait ?

GRÉVAL. Je vous ai bien trouvé des acquéreurs... mais cela ne vous convient pas...

c’est de la bande noire ; ça n'achète que pour détruire, pour faire de l'argent avec le fer et les moellons... il vous faut un acquéreur qui tienne à conserver par amour-propre, par orgueil... Un peu de patience, noustrouverons cela parmi les généraux qui nesont pas trop prodigues , ou parmi les sénateurs qui ne sont pas trop avares.

LE COMTE. Et un gendre?

CRÉVAL. J'en ai deux dans mon porte- j feudle.

LE COMTE. Â merveille , nous pourrons choisir.

caivAL. Numéro un. Quarante^-cinq anSf

quinze mille francs de rentes, M. le comte de Sainl-Exupéri.

A COMTE. (jiTcst-ce que vous dites donc?

il est marié à mademoiselle Dnrhâtelicr , la nièce de l’ancien contrôleur-général...

GRÉVAL. Ou tout. Elle Ta refusé... elle épouse un négociant de Saint-Quentin.

LE COMTE, . Mademoiselle Duclnl-

lelier, c'est impossible.

Air : // me faudra quitter Vempire.

Mon cher ami , vou* me riiles un roole.

Lh quoi! cette charmante enfant A drJaigne' la mAÎn <l'un comte Tour épouser un pelii fabricant...

Git ÉVU..

Mais il est jeune, ,'tlmable, intéressant.

LE COMTE*

Un pareil choix serait vraiment ignoble! . . .

GRÉVAL.

Et cependant le fait est hirn certain, (bis)

Lcoulea donc, le vilain a Pair noble ,

Kl franchement le noble est f'>rt vilain.

LE COMTE, souriant. Révolutionnaire*..

Passons à Tautre.

GRÉVAL. Numéro deux. Trente-six ans.

LECOMTE. Sa|position dans le monde?

GRÉVAL. il tient, par sa famille, h tous les gouvernernens que nous avons eus.

LE COMTE. Ses mœurs ?

GRÉVAL. Un million... sans compter une terre superbe en Bourgogne. L’homme lui— même n’est pas mal. ( Se montrant. ) C'est à peu près cela.

LE COMTE. Son nom?

CHEVAL. Vous le .saurez de lui-mémc ; il tient à vous être présenté.

LE COMTE. Volontiers... amenez-Ie moi.

Que faites— vous demain?

GRÉVAL. Je dejeune tôle à tète avec un ancien client... le petit Jérôme , que son frère a poussé... qu'il a fait roi de Wcslphalic... c'est ma seule opération.

LE COMTE. Venez dîner aux Andelys...

avec la personne ; les jeunes gens se verront (souriant) et peut-être ferons-nous un maringe d'inclination.

JACQUES, annonçant M. Durand...

GRÉVAL. Durand le marchand de chevaux ?

LECOMTE. Vous le connaissez?...

GRÉVAL. Certainement... Brave homme qui fait bien ses alTuircs. Il a passé la soirée chez moi avant-hier.

LE COMTE. Nous reccvcz CCS gcns-là.

GRÉVAL. Pourquoi pas?

Air: lieitte du monde, 6 France, 6 ma patrie*

Chez mon csivsicr point de monnaie unique :

Francs de l’empire et ^ros sous de l’an trois, Décimés de la république,

Ëctii d'hier et louis d’autrefois

Sont bien reçus sitôt qu’ils ont le poids.

J'admcU cket moi bourgeoisie el noblcise ,

Gens Je tout rsDg » Je toute opinion ,

Ne voulant pas que mon salon Soit moins tolérant que ma caisse.

( // sorté)

SCEÎSE VI.

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