‹ La fille du cocher comedievaudeville en deux actesChapitre 7 sur 27 · LE COMTE, DURAND · texte numérisé non relu

LE COMTE, DURAND

LE C 01 MTE) à Jacques, Faites entrer. ( Du^ rond entre , Jacques sort.) Eh bien ! monsieur Durand?

DVEAND. Je viens , monsieur le comte , vous rapporter un portefeuille que vous avez oublié chez moi.

LE COMTE. Je n*ai rien oublié, mou cher Durand, ce portefeuille est à vous.

DUftiHD. S’il ne contenait rien , je l’aurais gardé comme un souvenir!... mais accepter les 25,000 francs qu’il renferme! (// le pose sur le secrétaire.) Vous vous uioquericr de moi!... vous diriez: Durand m’a sauvé la vie en 94... il a élevé ma 6llc... Je Fai payé, nous sommes quitte.s.

LE COMTE. Où diable allez— vous chercher cela?

DUSAMD. Je connais le monde... La re- •onnaissancc ressemble aux assignats; c’est démonétisé.

LE COMTE. Puis-je Oublier jamais ce que je vous dois?

DVBAKD. Monsieur le comte , vous n’étes pas franc. Lorsqu’il y a trois semaines vous vîntes chez moi réclamer votre enfant qui , depuis sa naissance, ne m'avait pas quitté, je n’hésitai pas à vous la rendre... je ne vous demandai que la prrmissiuii de venir ici... que le plaisir de revoir, d’einbrassernia .pauvre Julienne !... Que m’avez-vons ré* pondu?... Comment donc. Durand, les por* tes de mon hôtel seront toujours ouvertes pour vous... j'y suis venu «ne fois, dix fois , vînçt fois, à votre hôtel... Mais le conci* rge avait sa consigne et il l’a exécutée en serviteur fidèle... et intelligent... Il ne se sert jamais des mêmes mois pour dire la même chose... l’antôt c’est : monsieur le comte est sorti... ou bien il travaille, il est à 1a cour... il est à la chasse... Que sais-je:’... I>o matin mademoiselle est à la messe... Le soir, ma* demoiselle est à l’Opéra , aux Italiens , h Feydeau, et je n’aurats pas clé plus heureux aujourd’hui si je n’avais forcé la consigne en montrant à votre cerbère le portefeuille qucje vous r.npporle.

LECOMTE. Mon cher Durand, si j’avais été prévenu , j’aurais dooué mes ordres en conséquence... Ma fille est pou libre. Elle a dos occupations, des devoir difierens de ceux d’elle avait contractés pendant mon ab-

sence... Les rangs se classent... Le mariage de Napoléon avec une archiduchesse d' .Autriche est une preuve qu’il est décidé à rétablir l’ancicune noblesse.

OVRABD. Ce n’est p.rs ce qu’ü fera de mieux.

LE COMTE

Air : Tous les merhans sont bui>curs d'eau.

Vous M*yct bien qoe Tempereur Va , dans sa sagesse profuii Je ,

Relever IVrlat, la splenJttur D’un ordre aussi vieux que le raoade.

ou a AMD.

Si le monde etail sun berreau.

Je n'en veux que vous seul pour juge .

La nobless* s'rait rimbi'c^dans IVau ^

C'est bien prouvé parle déluge.

LECOMTE. Il ne .«crait pasconvcnatJc que, dans sa nouvelle positiuii, ma fdlc conservât un souvenir trop \tf de se.s liaisons d’enfance.

DURAND. Allons donc... voilà parler..., F.sl-cc qu’il faut tant de façons pour accoucher d’une belle et lionne ingralilnde?

LECOMTE. Mais dn lout... vousvuus trompez... En tonte occasion je vous proaiels d’être utile à vous et anx vôtres,

DURAND* Moi et les miens , nous n’avons be.soin de la proleetioii de personne.

LE CA)MTe. Ah ! vous faites le fier !

DURAND. Le fier !...nioi... CeU m’irait bien... Moi qui viens ici les main.s jointes, voua prier, vous supplier de me lais.ser voir un quart d'heure, uue minute. .. un insiunl.. un seul inalanl celle dont je me suis séparé avec tout de peine.

LE COMTE

Air ; 7V «oueiens-ti/ ?

Voire demande est vraiment insensée.

J'ai rru qu'enfio vous j renooccriet, tiar je voudrais cbassrr dr sa nrcisre Les jours qu'ici vous lui rapj>rilericx !

lïTRAND.

EU* l'oublier! l’orgueil en vain reapère* J'conoais son rcaur et son attachement.

Si d'puisquinte joiirs eM - vous nomme son père , PiMiJanl qiiinxcaiis j' l'ai nomiiie'c mon vor^nl!

LE COMTE. Eh ! mon Dieu , monsieur Durand, vous n’avez que cela à dire... Vous me le répétez sans cesse. . . et ce u’est peutêtre pas très— adroit de votre part... Un bienfait reproché si souvent... si publiquement., cesse d'ètre un bienfait.

DtJRAifD. Je vous comprends , monsieur le comte.

Air ‘.Mon pays avant tout. des .SCTTHES.)

Faites du bien , mais gardrx le silence*

Cette maxime est rninmode en rfTel :

Si vous parlex, aotre reconnaissance Ne vous tiendra pas compte du bienfaity £( notre cour i’oublira toot-à-Uit*

Oigitized by Coogle

Oui ^ des iojgrftu c*cs( U pKiloso|ihic.

Muif quniurjc |uii» rrpatiilre un jeu <lc bien, S’ciÉ iuuvit‘nt-on , auwi'Af je i'oubiie;

? hianil ntl l'oublie, alort je m'rn souviens; | '

)ui , c'est alors i)ue Dutaïul s’cii souvient.

LE COMTE. Je n*uiil))ie ricfif monsieur Dumil J, même «pieje suis chez moi et qtie

j‘m le pl;ii$ir de vous y recevoir.

jiCQUBS, entrant. Monsieur le comte, un ■lefttngr de IVfnperciir.

L£ coMTB , entière. De Sn Majesté!.., On

JACQUES. C’est un offîrier d’ordonnance...

Je l’ai fait passer au salon.

LECOMTE, irwihlé^ joyeux. J’j vais... j’y cours... Mon cher monsieur Durand, nous nous reverrons... et j’espère que vous neme garderez pas rancuoe.

(Il sort.)

Page 1