SCENE VI
HERMANN
HERMANN, au valet.
A l'instant va remettre Ces plis à leur adresse.
Le valet sMncline et sort.
On veut donc nous soumettre ; On veut nous écarter nous , les Francs-juges, nous Qui contenions jadis vingt peuples à genoux.
On veut donc nous briser comme un otyel fragile ! Ils croient tous que le fer est mou comme l'argile ; Ils croient qu'on peut pétrirnos cœurs doublés d'airain ; Non ! . . pour nous arracher le sceptre souverain , A nous dont le pouvoir date de Charlemagne , Il faudrait arracher le cœur de TAllemagne !
Une pause.
C'est bien ; nous lutterons et le ciel jugera.
L'Empereur est le maître, et pourtant il verra ,
Si bientôt contre lui le peuple se révèle,
Son sang Foyal lui faire une pourpre nouvelle.
A l'œuvre, et dès ce soir*!., mais je veux, un instant,
Contenir tous les cris de mon cœur palpitant ;
Un instant oublieux des soins de ma patrie,
Je veux revoir ici mon Hélène chérie;
Une dernière fois, d'elle je veux savoir
Si cet hymen fait bien son bonheur ;
Il sonne.
Je veux voir Passer son jeune cœur dans sa voix , et comprendre Si ce cœur tout d'amour n'a plus rien à m'apprendre.
A Wilhem qui se présente.
Conduis Hélène ici... son âme a répondu A Rodolphe; pourtant...
A Wilhem qui reste debout et immobile.
N'as-tu pas entendu ?
Ma fille?
WILHEM
Monseigneur 1
heAmann.
Ma fille, où donc est-elle?
Réponds, réponds !...
WILHEM , à part.
ciel ! quelle angoisse mortelle !
A Hérmann, en éclatant en sanglots.
Hélène est enlevée !. .
HERMANN , avec explosion.
Enlevée, as-tu dit?
Mon Hélène enlevée!... ah ! réponds-moi, maudit I Qu'a-t-on fait de ma fille ?
• WILHEM
Hélas! daignez m'entendre :
Contre ses ravisseurs j'ai voulu la défendre; J'ai lutté, mais en vain ; je n'avais que mon sang , Je Tai donné;
Il montre sa main ensanglantée.
Voyez.
HERMANN
Ma fille, Dieu puissant !
Ma fille I il me la faut!
A Wiihcm.
Mais qui donc me l'a prise ?
WILHEH.
Je n'ai pu voir les traits de ceux qui l'ont surprise.
Willtcm sort, en cachant son front dans ses mains. HERMANN.
Ma fille !.. l'enlever là, presque sous mes yeuxl Devant l'éclat du jour, à la face des cieux ! L'enlever !.. ah! le fer qui dans le cœur se plonge Donne la mort , mais non la mort qui se prolonge En meurtrissant le cœur sans cesse , en étoutfant Tout le bonheur de voir et d'aimer son enfant ! Que ne m'ont-ils tué pour enlever ma fille !... Elle était mon espoir et ma seule iamille ; Ma seule joie au monde ; ô Seigneur! mon seul bien ; Ce qu'on aime toujours quand on n'aime plus rien ; Elle était le dernier rayon que Dieu nous laisse Pour qu'un peu de bonheur sourie à la vieillesse ; L'ange qui sur mes jours traversés de cond)ats Ouvrait un coin du ciel qu'il me montrait d'en bas. Et je la perds!... ma fille, espérance rêvée 1 Que fais-tu loin de moi?... Ceux qui l'ont enlevée Bien sûr n'ont point d'enfants ! car ils auraient compris Que pour vivre il me faut le trésor qu'ils m'ont pris ;
Car le mal qu'ils m'ont fait, ce mal qui désespère, Peut-être eût remué leurs entrailles de père! Mais non! rien n'a crié dans ces cœurs vils, non rien! .Quand sous le désespoir ils ont broyé le mien ! Ils me prennent ma fille, et mes plaintes sont vaines, GrandDieuI quand jeboiraistoutlesangdeleursveinesl
Avec une douleur profonde.
Ma fille , où donc est-elle? -^^
r^ WOLKSTEIN , paraissant au fond.
Auprès de Sigismond Qui l'a fait enlever.
HERMANN
L'ange chez le démon I Merci, Wolkstein, merci!... Maintenant au Grand-Maître De punir le forfait qu'un prince ose commettre ; Allons, la lutte s'ouvre, et pour être vainqueur Le prince a le pouvoir et le père a son cœur. Ah I vous violez ainsi le plus saint des refuges ! Moi, je vais aiguiser le poignard des Francs-juges; Je veux frapper au cœur le crime triomphant; Je veux... je veux mourir ou sauver mon enfant I
Il sort.