SIGISMOND , HÉLÈNE
SIGISHOND.
HÉLÈNE , à part.
Je frissonne...
SIGISMOND) à^arl.
Elle a pleuré ; j'espère Tout connaître par elle.
à Hélène.
Aimez-vous votre père ?
HÉLÈNE
Si je Taime!... ah! plutôt, Sire, demandez-moi Si je n'ai pas un cœur.
SIGISMOND
C'est bien , et c'est pourquoi J'ai voulu , dans un but que vous allez connaître , Prévenir votre père et le sauver peut-être.
Le sauver !
SIGISMOND
Un abîme est ouvert sous ses pas ; Lui-même Ta creusé.
HÉLÈNE
Je ne vous comprends pas.
SIGISMOND
£coutez-moi : déjà l'Allemagne est lassée Du pouvoir ténébreux qui la tient embrassée ; Elle veut secouer ce pouvoir trop puissant Dont le sceptre est un fer toujours taché de sang. Eh bien! moi, TEmpereur, j'ai juré d'en extraire Ces Francsr-juges maudits, cette horde arbitraire Qui poursuivant toujours un projet infernal, . Dans Tombre et malgré moi s'érige en tribunal. Il le faut, je le veux I
HÉLÈNE
Je demande justice.
SIGISMOND , sans l'ocouter.
Il faut que sur eux tous la loi s'appesantisse.
HÉLÈNE
Sire , daignez me rendre à mon père.
SIGISMOND
Gomment!
Votre père est le chef des Francs-juges; Hermann Doit être le premier frappé.
HÉLÈNE
Grand Dieu ! qu'entends-je !
Vous jetez dans mon âme une frayeur étrange; Quoi! mon père est Franc-juge!
SIGISMOND
Il l'est.
^HÉLÈNE
N'^en croyez rien.
SIGISMOND
Il Test; et je sais trop quel pouvoir est le sien.
HÉLÈNE
Sire, vous vous trompez.
SIGISMOND
Et vous même, sans doute, Vous connaissez bien ceux que le peuple redoute; Geux qui vont dans la nuit par un obscur chemin, La prière à la bouche et le fer à la main.
Moignon, non!
SIGISMOND
C'est Hermann qui chez lui les rassemble.
Hélène a un mouvement d*eflroi.
Et vous les connaissez... répondez-moi.
HÉLÈNE , à part.
Je tremble!...
EUc demeure accablée sous le poids de la crainte que Sigismond semble suivre sur ses traits.
SIGISMOND
Vous ne répondez pas... il est coupable; il faut Un grand exemple.
HÉLÈNE
ciel 1 réchafaud, Téchafaud!
Le vertige s'étend sur ma vue égarée!...
Ne faites pas tomber cette tête adorée ; Ne tuez pas mon père ! ... ah ! l'échafaud hideux Du coup qui l'atteindrait nous tuerait tous les deux !
SIGISMOND
Peut-être pourrez-vous le sauver.
HÉLÈNE
Parlez.
SIGISMOND
Ah! de grâce
Des conjurés je veux suivre la trace; Vous devez les connaître ; eh bien ! indiquez-moi Une tête à porter sous le fer de la loi ; Elle remplacera celle de votre père.
HÉLÈNE j devenue soudainement froide.
Qu'osez-vous proposer?... Croyez- vous que j'espère Sauver des jours, si chers qu'ils soient à mon bonheur, Au prix de l'infamie, au prix du déshonneur?
Non, jamais!
SIGISMOND
C'est donc vous qui voulez que le glaive Sur la tête d'Hermann à mon ordre se lève ; N'en accusez que vous.
HÉLÈNE
Sire, écoutez-moi bien :
Mon père est mon espoir, mon bonheur ,inon seul bien; J'ignore jusqu'au nom de ces gens qui dans l'ombre Se livrent, dites-vous, à des complots sans nombre ; Mais je l'avouerais même en face du trépas , Si je les connaissais je ne le dirais pas ;
Je ne le dirais pas, car mes nobles ancêtres
Dans leurs rangs jusqu'à moi n'ont pas compté de traîtres;
Car je dois respecter l'éclat de mon blason ;
Car je dois respecter l'honneur de ma maison ;
Car il n'est pas de mots que la bouche prononce
Assez durs pour flétrir le lâche qui dénonce !
SIGISMOND
Puisque vous auriez pu le sauver d'un seul mot ; Vous tuez votre père !
HÉLÈNE
Ah! qu'il meure plutôt Que voir son nom souillé, son nom maudit sans cesse, Ou sa vie achetée au prix d'une bassesse 1
SIGISMOND
Votre père bientôt va me l'apprendre.
HÉLÈNE
Rien Ne le fera faillir à ses devoirs.
SIGISMOND
C'est bien.
11 va au fond ; il parle à voix basse aux deux ofllciers qui viennent auprès d'Hélène.
HÉLÈNE, à part.
Ociel!
Les deux officiers emmènent la jeune fille, et sortent en soulevant la tenture du fond.