‹ La fille du franc-jugeChapitre 16 sur 37 · SIGISMOND , HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SIGISMOND , HÉLÈNE

SIGISHOND.

HÉLÈNE , à part.

Je frissonne...

SIGISMOND) à^arl.

Elle a pleuré ; j'espère Tout connaître par elle.

à Hélène.

Aimez-vous votre père ?

HÉLÈNE

Si je Taime!... ah! plutôt, Sire, demandez-moi Si je n'ai pas un cœur.

SIGISMOND

C'est bien , et c'est pourquoi J'ai voulu , dans un but que vous allez connaître , Prévenir votre père et le sauver peut-être.

Le sauver !

SIGISMOND

Un abîme est ouvert sous ses pas ; Lui-même Ta creusé.

HÉLÈNE

Je ne vous comprends pas.

SIGISMOND

£coutez-moi : déjà l'Allemagne est lassée Du pouvoir ténébreux qui la tient embrassée ; Elle veut secouer ce pouvoir trop puissant Dont le sceptre est un fer toujours taché de sang. Eh bien! moi, TEmpereur, j'ai juré d'en extraire Ces Francsr-juges maudits, cette horde arbitraire Qui poursuivant toujours un projet infernal, . Dans Tombre et malgré moi s'érige en tribunal. Il le faut, je le veux I

HÉLÈNE

Je demande justice.

SIGISMOND , sans l'ocouter.

Il faut que sur eux tous la loi s'appesantisse.

HÉLÈNE

Sire , daignez me rendre à mon père.

SIGISMOND

Gomment!

Votre père est le chef des Francs-juges; Hermann Doit être le premier frappé.

HÉLÈNE

Grand Dieu ! qu'entends-je !

Vous jetez dans mon âme une frayeur étrange; Quoi! mon père est Franc-juge!

SIGISMOND

Il l'est.

^HÉLÈNE

N'^en croyez rien.

SIGISMOND

Il Test; et je sais trop quel pouvoir est le sien.

HÉLÈNE

Sire, vous vous trompez.

SIGISMOND

Et vous même, sans doute, Vous connaissez bien ceux que le peuple redoute; Geux qui vont dans la nuit par un obscur chemin, La prière à la bouche et le fer à la main.

Moignon, non!

SIGISMOND

C'est Hermann qui chez lui les rassemble.

Hélène a un mouvement d*eflroi.

Et vous les connaissez... répondez-moi.

HÉLÈNE , à part.

Je tremble!...

EUc demeure accablée sous le poids de la crainte que Sigismond semble suivre sur ses traits.

SIGISMOND

Vous ne répondez pas... il est coupable; il faut Un grand exemple.

HÉLÈNE

ciel 1 réchafaud, Téchafaud!

Le vertige s'étend sur ma vue égarée!...

Ne faites pas tomber cette tête adorée ; Ne tuez pas mon père ! ... ah ! l'échafaud hideux Du coup qui l'atteindrait nous tuerait tous les deux !

SIGISMOND

Peut-être pourrez-vous le sauver.

HÉLÈNE

Parlez.

SIGISMOND

Ah! de grâce

Des conjurés je veux suivre la trace; Vous devez les connaître ; eh bien ! indiquez-moi Une tête à porter sous le fer de la loi ; Elle remplacera celle de votre père.

HÉLÈNE j devenue soudainement froide.

Qu'osez-vous proposer?... Croyez- vous que j'espère Sauver des jours, si chers qu'ils soient à mon bonheur, Au prix de l'infamie, au prix du déshonneur?

Non, jamais!

SIGISMOND

C'est donc vous qui voulez que le glaive Sur la tête d'Hermann à mon ordre se lève ; N'en accusez que vous.

HÉLÈNE

Sire, écoutez-moi bien :

Mon père est mon espoir, mon bonheur ,inon seul bien; J'ignore jusqu'au nom de ces gens qui dans l'ombre Se livrent, dites-vous, à des complots sans nombre ; Mais je l'avouerais même en face du trépas , Si je les connaissais je ne le dirais pas ;

Je ne le dirais pas, car mes nobles ancêtres

Dans leurs rangs jusqu'à moi n'ont pas compté de traîtres;

Car je dois respecter l'éclat de mon blason ;

Car je dois respecter l'honneur de ma maison ;

Car il n'est pas de mots que la bouche prononce

Assez durs pour flétrir le lâche qui dénonce !

SIGISMOND

Puisque vous auriez pu le sauver d'un seul mot ; Vous tuez votre père !

HÉLÈNE

Ah! qu'il meure plutôt Que voir son nom souillé, son nom maudit sans cesse, Ou sa vie achetée au prix d'une bassesse 1

SIGISMOND

Votre père bientôt va me l'apprendre.

HÉLÈNE

Rien Ne le fera faillir à ses devoirs.

SIGISMOND

C'est bien.

11 va au fond ; il parle à voix basse aux deux ofllciers qui viennent auprès d'Hélène.

HÉLÈNE, à part.

Ociel!

Les deux officiers emmènent la jeune fille, et sortent en soulevant la tenture du fond.

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