‹ La fille du franc-jugeChapitre 15 sur 37 · SIGISMOND, LES OFFICIERS · texte numérisé non relu

SIGISMOND, LES OFFICIERS

SIGISMOND

IMfes ordres I ah ! bientôt j'étonnerai le monde I Aujourd'hui, je commence une lutte profonde ;

Une lu lie terrible où sous mes coups pesants Je veux faire crouler Toeuvre de six cents ans 1 A quoi sert de porter la pourpre impe'riale Si je dois tolérer cette grandeur rivale?

Est-ce régner enfin quand on règne de nom , Et qu'on dit Oui, tout haut, quand TEmpereur dit : Non? Je ne veux plus subir cette occulte puissance Qui soumet FAllemagne à son obéissance.

Francs-juges que le peuple a pris pour des héros ! Francs-juges qui tenez un emploi de bourreaux I Assurez le poignard dans vos mains palpitantes ; Voici, voici le jour des haines, éclatantes I Le jour où deux pouvoirs en se heurtant, mettront Un terme à vos abus ou la honte à mon front.

Non, il ne suifit pas de conspirer dans Tombre ; De juger sans appel dans un repaire sombre D'où sortent chaque nuit des sentences de mort, Pour tout braver, croyant que la justice dort... Non !.. C'est la foi pourtant qui fonda leur doctrine ; La foi !.. la foi qui cloue un fer- dans la poitrine. Et fait de chaque adepte un assassin caché!

Quand sur la terre rouge un cadavre couché Montre un regard vitreux et tourné vers Tespace, On entend des rumeurs dans la foule qui passe , Les Francs-juges! dit-on , et chacun , plein d'effroi. S'éloigne en frissonnant... Et moi, l'Empereur, moi, Moi dont le monde entier redoute la colère, Je vois de tels excès, bien plus, je les tolère! Quelle honte, ô mon Dieu ! que dira l'avenir Quand il évoquera ce sombre souvenir;

Quand il devra montrer les pages de Thistoire

Où Ton verra du sang à côté de ma gloire?

Non, non , plus de merci , le sort en est jeté !

A moi seul un pouvoir trop long-temps contesté !

Qu'ils viennent, ces héros que la nuit voit combattre 1

Qu'ils viennent au grand jouri . . mais non, pour les abattre.

Pour effacer d'un trait le prisme qu'on leur fit,

Je connais le Grand-Maître et cela me suflQt.

C'est lui qui seul est chef, c'est lui seul qui gouverne

Les noirs affiliés au fond de leur caverne;

Eh bien ! je veux le voir à mes genoux , je veux

Je veux voir sur son Iront se dresser les cheveux ;

Je veux tordre son cœur, puisque l'orgueil le scelle ,

Pour en faire sortir les secrets qu'il recèle!...

Il viendra, j'ai sa fille...

Aux officiers.

Amenez près de moi Celle que j'ai remise à votre garde.

Les officiers sortent.

Eh quoi I Franc-juge, conjuré, de quel nom qu'on le nomme. Si redouté qu'ilsoit, Hermannn'estrien qu'un homme; Qu'importe que son nom inspire la terreur?

Hermann n'est rien qu'un homme, et jesuisEmpereurl

Les officiers conduisent Hélène et se retirent.

Approchez.

Page 1