HERMANN, HÉLÈNE
HÉLÈNE ; à part et en regardant le cdté par lequel Sigismond est sorti.
Il commence à régner ! . . . grand Dieu I qu'a fait mon père ? Je tremble...
HERMANN, s'ëlançant devant sa ri|le.
Mon enfant ! mon Hélène bien chère !
Laisse-moi te presser sur mon cœur ; laisse-moi Encor te regarder.
Il la contemple avec amour.
Oui, c'est toi, c'est bien loi.
Il l'embrasse.
Ah! ce que j'ai souffert ne saurait se décrire...
Observant la tristesse d* Hélène.
Ne voile pas ainsi ton lumineux sourire ; Ne baisse pas les yeux , mon enfant... le danger Pour toi n'existe plus ; nous ne devons songer Qu'au bonheur du présent.
HÉLÈNE
Pourquoi m'avoir sauvée?
La hache des bourreaux sur moi s'était levée ; Il fallait la laisser retomber.
HëRMANN.
Que dis- lu, Ma mie?
HÉLÈNE
Dans mon cœur, par Tangoisse battu , Un soupçon fait crier chaque libre meurtrie ; Répondez-moi, mon père, à qui dois-je la vie? Les bourreaux^tâient prêts.
HERMANN, àpart.
Indicible tourment!
J'ai forfait à J'honneur, voilà le châtiment !
A sa OUe avec embarras.
Hélène...
HÉLÈNE
Je devine et j'en suis confondue; Vos devoirs sont trahis, votre cause est vendue; A ce prix vous m'avez épargné le trépas ; J'eusse ain^ mieux périr.
HERMANN
Ah I ne m'accable pas.
Tu connais maintenant le prix de leur clémence; Mais tu ne connais pas Tamour, l'amour immense
Que j'ai là, dans mon cœur pour ma fille; Tamour Que j'ai senti grandir chaque heure, chaque jour; Et qui me fait Taimer aujourd'hui plus qu'on aime Ses devoirs, son pays, sa vie et l'honneur mémel
N'avez-vous pas pensé, mon père, qu'on dirait En vous voyant : Cet homme a vendu son secret ! El qu'on dirait de moi : Cette femme est sa Hllel . . Ah ! pour garder intact l'honneur de ma famille, Que ne puis-je cacher devant tous, Dieu puissant! La rougeur de mon front sous celle de mon sang!
hermânn.
Ah ! si ma tête seule eût été menacée,
Rien ne serait tombé de ma lèvre glacée ;
Je ne crains pas la mort, j'en atteste les cieux!
Mais c'est toi, mon enfant, c'est toi, que sous mes yeux
On livrait aux bourreaux dont la bâche était prête;
Je croyais voir ton sang couler à flots ; ma tête
S'est perdue, et mon cœur écrasé m'a trahi...
Pardonne; mais devant ce spectacle inouï ,
Et malgré la douleur qui déjà me dévore ,
Ma fille , je le^ens... je trahirais encore.
HÉLÈNE
Ah! ne le dites plus.
HERMANN
Hélas! ne sais- lu pas Mon Hélène, que j'ai guidé tes premiers pas; Que la mère, si tôt à mon amour ravie, Ne m'a laissé que toi pour tout bien dans la vie? Ah ! Tamour paternel , cet amour si profond , Est comme TOcéan , on n'en sait pas le fond; Tous les biens de la vie : amour, fortuné, gloire , Ont flatté tour-à-tour mon cœur et ma mémoire; Mais quand je m'interroge, enfant, je trouve en moi L'oubli de tout, auprès de mon amour pour loi.
HÉLÈNE
Mon père!
HERMANN
Comprends-tu mon angoisse? Dieu même, Dieu même aurait faibli, l'aimant comme je t'aime.
HÉLÈNE
Puisque sous le malheur il faut courber nos fronts ,
Sous un ciel étranger, mon père, nous fuirons ;
Car des lieux où pour nous la honte se prépare ,
Il faut que l'Océan immense nous sépare.
Je vais fermer mon cœur ; et mon premier devoir
Sera, je le promets, de ne jamais retoir
Rodolphe...
HERMÀNN , d»ns un cri ctouflë.
Hélas! Rodolphe
n s*ititeiToinp( tout-à-coup, et il garde un silence douloureux. HÉLÈNE j remarquant la duuleur de son père
Ah 1 que voulez- vous dire?
hermànn.
Maudis-moi, mon enfant, car tu dois me maudire I Rodolphe...
HÉLÈNE
Est-il Franc-juge?
Hermann ne répond que par un nouveau signe de douleur. HÉLÈNE.
Âh 1 ^and Dieu ! dénoncé !
Avec égarcineut.
O mon père I ô mon père !...
Une pause.
Âh I qui l'aurait pensé Quand ce matin encore il me faisait entendre Tout ce que sa belle âme a pour moi de plus tendre! Demain devait le voir à Tautel , et demain C'est sans doute la mort qui lui tendra la main.
HERMANN
Ma fillC; maudis-moi !
HÉLÈNE*; cil pleurant.
Pourquoi vous maudirai-jc ?
HERMANN
Deux fois je suis coupable et deux fois sacrilège; J'ai brisé, sans pudeur et dans le même jour. Ton front dans son orgueil, ton cœur dans son amour. Maudis-moi!
HÉLÈNE
Je voulais quitter ce lieu funeste; Mais Rodolptie est trahi, Thonneur veut que je reslc; Je dois veiller sur lui, je dois sauver ses jours ; Et puis... Dieu m'en verra séparer pour toujours.
Ello se rapproche d'Hennaiin.
Courons le prévenir d'un danger qu'il ignore; Venez, venez... peut-être il en est lemps encore!
ElJc s<ui en ciilraîiiMiU son ]>rre.