‹ La fille du franc-jugeChapitre 23 sur 37 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

RODOLPHE

Le désespoir étreint mon âme révoltée; le ne suis pas vengé I... ma haine s'est heurtée Conlre un pouvoir plus fort que le mien ; je voulais Chercher le ravisseur jusques dans son palais; Je voulais le frapper ; et mon œuvre finie , Payer de tous mes jours son heure d'agonie I... Ah! rêves qui souvent bercez les sens flattés, Paroles que l'espoir prononce, vous mentez!

Je ne crois plus à rien !... C'est de toi, mon Hélène > Que venait le rayon dont ma vue était pleine ; Toi seule étais ma vie , et par toi chaque jour, Je rêvais un bonheur grand comme mon amour!

Eh bien! la même voix qui le disait : je t'aime 1 Dans ce noir souterrain rugit un analhéme.

Ma vengeance bouillonne, elle veut éclater I Allons, debout! debout! c'est à nous de hâter L'heure où doit s'écrouler dans un abîme sombre Le monarque puissant devant nous, rois de l'ombre! Attendre, c'est tout perdre; à l'œuvre et sans retard! Aux yeux de l'Allemagne agitons le poignard!

Ah I vous croyez qu'on peut enlever une femme , Commettre insolemment un rapt, un vol infâme, Couvrir un nom sacré d'un éternel affront. Parce que vous portez un diadème au front!

Non ! votre droit divin est un droit qui spolie ! C'est une injure à Dieu !... l'Allemagne avilie- •Se cabre sous ce droit qu'elle exècre ; elle sent Gonfler comme le mien son courroux tout-puissant. Eh bien! de la révolte arborons la bannière!

Francs-juges en avant! et toi, qui dans l'ornière, Croupis depuis mille ans, peuple allemand, debout! Que ta haine réponde à ma haine qui bout!

Lève ce bras de fer dont le poids seul écrase 1 Viens, nous ferons trembler l'Europe sur sa base! En avant ! en avant ! . . . Il nous faut en un jour , Toi, venger ton pays; moi, venger mon amour !

On entend au loin sonner minuit ; la trappe s'ouvr^. -^ Un surveillant , enveloppé dans une robe noire, se tient à l'ouverture. — Des Francs-juges entrent ; chacun d'eux dit tout bas un mot à l'oreille du sun'cillant qui laisse passer. — Ces Francs-juges viennent se placer devant le banc, à gauche. — Wolkstein entre ensuite dans le souterrain avec d'autres Francs-juges qui se placent devant le banc , à droite , laissant ainsi le fond de la scène en'tièrement libre.

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