LE FRANC-JUGE
montrant Hermann.
Il s'accuse, à moi de le défendre!
RODOLPHE j regardant le Franc-juge dont les traits sont couverts par le capuchon de sa robe.
Celte Toix 1
LF FRANC-JUGE.
Ecoutez...
WOLKSTEIN.
Mais avant de parler , Franc-juge , devant tous il faut te dévoiler.
Le Franc- juge écarte son capuchon ; Hélène paraît au milieu de l'assemblée RODOLPHB.
Hélène 1
HERMANN
Mon enfant !
WOLKSTEIN; àHermann.
Voire fille!... peut-être Veut-elle à nos poignards soustraire le Grand-Maître; Soins superflus!
HERMANN
La mort doit me trouver ici; Ne suis-je pas venu me mettre à ta merci?
WOLKSTEIN, à Hélène.
Qui donc vous a conduite en ce lieu?
HÉLÈNE
Ma tendresse...
J'ai suivi pas à pas mon père; Tombre épaisse
M'a cachée à ses yeux; puis^sous ce vêtement Ici je suis entrée à sa suite.
W0LK8TEIN.
Gomment I
n jetfe un regard de <k>Idre an ftinrefllant ; pois fl dit à Hélène :
Savez-vousle danger que vous courez?
HÉLÈNE
J'espère Sauver l'honneur d'un nom et les jours de mon père.
Les Francs-juges font des signes de dénégation ; la jeune fille s'en aperçoit.
Et si votre rigueur me laisse sans appui,
Je garde au moins l'espoir de mourir avec lui.
Ecoutez-moi : devant le Tribunal Suprême,
Mon père , sans détours, vient s'accuser lui-même ;
Il se livre sans crainte , il attend le trépas;
Il vous l'a dit ici ; mais il ne vous dit pas
L'épreuve surhumaine à son cœur infligée ;
Mais il ne vous dit pas l'angoisse prolongée
Qu'il a dû supporter ; ni ce qu'il a souffert
Devant l'affreux spectacle à ses regards offert.
HERMANN
Ma fille!
HÉLÈNE
Il ne dit pas cette lutte suprême Dans laquelle, sans doute, eût faibli Dieu lui-même.
Ecoutez: les valets d'ui) prince criminel
Ce matin, m^ont ravie au foyer paternel;
Par eux conduite' auprès de Sigismond , leur maître ,
J'ai supplié longtemps; et puis, j'ai vu paraître
Des hommes noirs; alors, ce prince, ce he'ros
M'a lâchement remise aux mains de ses bourreaux.;
J'étais prête à mourir.
RODOLPHE
Atroce barbarie!
HÉLÈNE
Mais mon père était là... par une draperie Que Sigismond lui-même entr'ouvrait, il pouvait Voir le fer qui déjà sur mon front se levait; Il suffisait d'un signe et ma mort était prompte. Quel horrible spectacle I... à mon père, sans honte, Sigismond demandait vos noms , le menaçant De lui faire payer son refus de mon sang.
Eh bien ! mesurez-vous cette lutte inouïe ?
Sentez-vous ce combat?... Voir sa cause trahie Ou voir mourir sa fille I... ô supplice! se voir Traître, traître par force ou bourreau par devoir!... II n'a pu résister, sa pauvre âme meurtrie A dû céder...
Las Francs-juges font de nouveaux signes de dénégation .
Malgré Tamour de la patrie,
En voyant voire fille où j'étais aujourd'hui, Repondez ; qui de vous n'eût pas fait comme lui?
HERMANN , à Hélène.
Rien ne peut, rien ne doit arrêter leur vengeance.
WOLKSTEIN.
Tu dis vrai; car nos lois défendent l'indulgence; Contre la trahison elles arment nos bras; Quand on connaît un traître, il meurt;
A Hormann.
Et tu mourras.
HERMANN
Je suis prêt.
RODOLPHE I à part.
Ahl grand Dieu I
HÉLÈNE
Votre loi, je le pense, A qui veille sur vous doit une récompense.
WOLKSTElIf.
Oui.
HÉLÈNE
Montrer le péril c'est vous en préserver.
Ce soir même une lellre a dû vous arriver.
WOLKST£IN.
Oui.
HÉLÈNE
Je vous prévenais du sort qui vous menace.
WOLKSTEIN f ironiquement.
Pour vous récompenser que voulez-vous?
HÉLÈNE
La grâce De mon père.
HERMANN
Jamais I moi, trouver grâce, non!
Trouver grâce I ajouter cette honte à mon nom ! Deux fois déshonoré, non!.. Accepter la vie Quand par la mort il faut qu'un tel crime s'expie, Jamais!., je dois mourir; le supplice achevé, Notre nom sera pur, mon sang l'aura lavé!
HÉLÈNE
Mon père!
WOLKSTEIN, à Rodolphe.
A ton devoir.
HodolpliB garde la même immolnUté dai4oarettsé.
Ah 1 si ton cœur balance, Si tu ne mets un terme à to^i lâche silence, Tu sais quel est le sort quil te faut réserver.
HERMANN, à Rodolphe.
Frappe, tu te perdras sans pouvohr me sauver.
Il ne frappera pas!
D«s murmures de colère sortent des rangs des Francs-juges i ploaieurs d'eatr'eux tirent leurs poignards et s'approchent d*Hcrniann ; Hélène se précipite devant son père.
HÉLÈNE
Francs-juges implacables!
Le sang, le sang I voilà vos lois irrévocables! Eh bieni tuez encor, tuez!... mais sachez bien Que vous aurez mon sang avant d'avoir le sien !
Elle embrasse étroitement son père , lorsqu*un surveillant de Pextérieur arrive précipitamment.