SCÈNE PREMIÈRE
HÉLÈNE
Est-ce un rêve, ô mon Dieu ! qu'une angoisse pareille? Des menaces de mort vibrent à mon oreille; Sous mes regards troublés je vois, en frémissant, Des juges , des bourreaux, des poignards et du sang. Je me raidis en vain, mon effroi continue ; J'entends une rumeur de la foule venue ; Je regarde, je vois un hideux piédestal ; Un homme est là , debout près du billot fatal ; Il se penche, un éclair brille, la tête roule ; Puis le bourreau la prend, il la montre à la foule;
C'est celle de Rodolphe ! ahl grand Dieu!...
Une pause.
N'est-ce pas , C'est une vision qui s'attache à mes pas?
C'est un rêve qui jette au fond de ma pensée Une frayeur sans cause, une crainte insensée I Le réveil va chasser ma sombre vision...
Mais non, je veille, hélas I je veille, ma raison Dans un rêve trompeur ne s'est pas égarée; Non, Rodolphe est coupable et sa perte est jurée ; On le tuera !... ma crainte, hélas! n'a rien de faux... Sans doute on a déjà cloué des échafauds ; Sans doute, avant le jour, des fosses étaient prêles ; La hache sans repos fera tomber des têtes ; Sigismond I Sigismond I tu deviens tout-puissant ; Ton sceptre est une hache et ta pourpre est du sang!