‹ La fille du franc-jugeChapitre 31 sur 37 · HÉLÈNE, RODOLPHE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE, RODOLPHE

HÉLÈNE

Rodolphe! lui!*.

RODOLPHE

C'est elle ! ah ! je la vois encore...

Ce n'est donc pas en vain , mon Dieu I qu'on vous implore

à Hélène.

Je sens cncor ta main, j'entends encor ta voix ; Je puis mourir.

HÉLÈNE

Mourir I mais puisque je te vois , L'amour sourit encor de son plus beau sourire ; Je t'aime tant !... mourir! ce mot, pourquoi le dire ?

RODOLPHE

Je suis injuste, Hélène; à tes pieds j'aurais dû Exprimer le bonheur que le ciel m'a rendu ; Qu'importent les périls que j'ai courus ? qu'importe La sinistre clameur que l'air ému m'apporte ? Je te vois, je t'entends, je t'aime, c'est assez I

HÉLÈNE , à part.

Ah I je tremble!... ses jours sont encor menacés.

RODOLPHE

Caché depuis deux jours au fond d'un quartier sombre,

J'ai senti, malgré moi, mon cœur se remplir d'ombre;

La douleur m'a courbé sous une main de plomb ;

Car deux jours sans te voir, Hélène, c'est bien long;

Deux jours, le comprends-tu?. . deux jours, quand l'heure même

A toute la longueur d'un siècle quand on aime !

HÉLÈNE

Imprudence I

HODOLPHB.

Gherange, accuse mon amour.

HÉLÈNE

Si je t'avais perdu, Rodolphe...

RODOLPHE, regardant autour de lui.

En ce séjour Tout reporle mon cœur vers ces heures passées Où, comme des rayons nous fondions nos pensées, Où, le front radieux et la main dans la main , Nous demandions au soirunpareillendemain.

HÉLÈNE

Ah ! ne rappelle pas ces souvenirs.

RODOLPHE

Je souffre En y pensant; la vie est un immense gouffre; L'œil ébloui d'espoir ne le devine pas; Puis, tout-à-couple gouffre est ouvert sous les pas...

HÉLÈNE, ramenée au sentiment de sa situation.

Etrhonneur, voix du ciel; Tamour, rêve sublime. S'écroulent tous les deux dans le fond de l'abîme.

RODOLPHE

Que dît-elle?

HÉLÈNE

Rodolphe, écoute : Ion relour De mes lèvres a fait jaillir un cri d'amour; C'est malgré moi... sur nous tombe un malheur insigne : Rodolphe, j'ai ton cœur, mais je n'en suis plus digne.

RODOLPHE

Hélène!... ahl mon esprit sans doute est confondu... Je tremble... assure-moi que j'ai mal entendu... Que tu ne m'as pas dit ces paroles étranges...

Hélène garde le silence.

Toi, pure comme un lis, chaste comme les anges! Indigne d'être aimée, oh non! un tel aveu Ne me convaincrait pas, même en face de Dieu!

HÉLÈNE

J'ai dit vrai, je le jure!

RODOLPHE

Ah ! je ne puis te croire.

HÉLÈNE

L'oubli peut-il ainsi peser sur ta mémoire?

Depuis deux jours , Rodolphe, as-tu donc oublie Que l'honneur de mon père au mien était lié ? Et que mon père... hélas I...

Elle s'arrête, et elle cache son front dans ses mains. RODOLPHE, ayec éclat.

Ah I relève la tête Noble fille!... je vois quel scrupule t'arrête; Non, jamais tu ne fus aussi digne de moi; Ton père, en un seul jour, a tout perdu pour toi ; Son nom est blasphémé , son passé l'abandonne; Le peuple le maudit; mais moi , je lui pardonne... Ne l'accuse donc plus.

HÉLÈNE

merci !

RODOLPHE , se rapprochant d'elle avec amour.

Dans tes yeux Mets encor ces rayons qui te viennent des deux; Fais de n'ouvcau tomber de ta bouche adorée Ces aveux dont mon âme est longtemps enivrée, Pour que mon âme s'ouvre et reçoiv-e à la fois Les regards de tes yeux et le son de ta voix.

HÉLÈNE

Oui, je t'aime, Rodolphe, et la vie est ma vie ;

Je l'aime.^.

On entend du bruit au dehors.

Ces clameurs dont je suis poursuivie Me font trembler.

EHe va Ters la fenêtre du fond ; eOe l'entr^ouvre avec précaution, puis elle la refenne précipitamment.

Que vois-je ! un échafaud dressé I .. .

A Rodolphe.

Et tu parlais d'amour, d'avenir... insensé 1 Ah ! fuis au nom du ciel I

RODOLPHE

Moi te quitter I

HÉLÈNE

Tu m'aimes; Et mes jours te sont chers autant que les tiens mêmes; Tu me l'as dit... eh bieni par cet amour sacré, Sauve-toi... si tu meurs, Rodolphe, je mourrai I

RODOLPHE

Non, non.

HÉLÈNE

Âhl par pitié I

Elle pleure.

Sois touché de mes larmes.

RODOLPHE, à part.

Devant son désespoir je demeure sans armes ; Hais comment lui donner ce douloureux bonheur?

Gomme frappé d'une idée soudaine.

Hélène, écoute-moi... me crois-tu de Tlionneur ?

HéLÈNE , relevant la tête.

En pourrais-je douter ?

RODOLPHE

Me croirais-tu capable D'un impur sentiment , d'une action coupable?

Hélène fait un geste énergique de dénégation. RODOLPHE.

As-lu foi dans Vamour dont je t'ai fait l'aveu?

HÉLÈNE

Comme je crois au mien , comme je crois en Dieu!

RODOLPHE

Eh bien ! . . . fuyons tous deux !

HÉLÈNE

Ah I que dis-tu ?

RODOLPHE

Toi-même Prononce sur mon sort.

HÉLÈNE

Tu sais bien que je l'aime; Et qu'aussi je mourrai sans toi ; mais il le faut , Mon devoir me retient.

Elle regarde vers la fenêtre.

L'échafaud I Téchafaud ! . . .

Ta longue résistance, hélas! me désespère...

Tu me feras bientôt maudire par mon père...

Fuis , sauve mon honneur !

RODOLPHE

Ton honneur!

Il prend Hélène par la main, il la conduit sur le devant de la scène, et il s'agenouille.

mon Dieu !

Je vous ouvre mon âme ici comme au saint-lieu ; J'aime Hélène, et je jure, à cette heure sacrée, Que j'en fais devant vous mon épouse adorée; Inscrivez dans les cieux mon serment solennel.

HÉLÈNE

Daignez le recueillir. Anges de l'Éternel !

Rodolphe so relève.

aODOLPHB.

Et maintenant , fuyons.. .

HÉLÈNE

Pars seul.

RODOLPHE

Non, je demeure.

HÉLÈNE

Une dernière fois...

RODOLPHE

Tu veux donc que je meure ; Viens

Hélène lutte encore un instant.

Dieu I pardonnez-moi, mais c'est pour le sauver !

Rodolphe lui prend la main ; Hélène se laisse conduire vers la porte de droite , lorsque le comte de Lenep entre.

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