RUE CASSETTE
Nil obstat.
La Rochelle, i5 avril 19 13.
Poiret, chanoine, Censor deputalus.
Imprimatur Parisiis, die 35' Maii 191 3.
H. Odelin,
Vie. Gen.
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Uîs
L'auteur et l'éditeur réservent tous droits de reproduction et de traduction. I f A , 1
Cet ouvrage d été déposé, conformément aux lois, en juin 1013.
Le P. Ludovic de Besse, frire mineur capucin, qui fut, trente années durant, le directeur de Mme Amédée Thayer et son confident le plus intime, hérita de ses papiers et particulièrement de cinquante-quatre agendas où, depuis juillet 1837 jusqu'à la veille de sa mort (Noël 1889), elle tenait fidèlement comme le journal de sa vie.
Mme Thayer — on ne saurait trop le regretter — avait elle-même brûlé la plupart des lettres quelle avait reçues : « J'ai fait aujourd'hui, écrivait-elle le 9 juillet 1869, un an après la mort de son mari, le sacrifice de lettres qui m'étaient précieuses. » Pourtant elle en avait mis à part, sous le titre cTautogra plies, un certain nombre signées de noms illustres parmi les catholiques de France; ainsi le cardinal Pitra, M'.ir Mermillod, Dom Guéranger, le P. de Ravignan, Louis Veuillot, d'autres encore.
Le P. Ludovic, à son tour, les a précieusement conservées. Mais il a jeté au feu les agendas; de quoi nous ne saurions le féliciter. Il est vrai qu'avant de les brûler, il en
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avait extrait des passages assez nombreux pour appuyer en quelque sorte et éclairer une notice biographique de la vénérée défunte qu'il voulait laisser, manuscrite, avec « les autographes » , aux archevêques de Bourges, héritiers de la chapelle, de l'école et du château de Touvent, à seule fin, disait le bon Père, de leur « inspirer la pensée de prier pour elle et peut-être aussi de la prier » .
Ainsi fut fait, et la notice manuscrite prit le chemin de Touvent.
Mais plusieurs personnes qui la lurent, demandèrent à l'auteur de l'imprimer pour un cercle d'amis. Le P. Ludovic céda à leurs instances, et la brochure parut en 1896, intitulée comme il suit : La Fille du général Bertrand. Madame Amédée Thayer.
Biographie extraite de ses agendas, par le P. Ludovic de Besse, capucin. Paris, i5, rue de la Santé (i). Tirée à un petit nombre d'exemplaires, elle J ut distribuée, pour ainsi parler, de la main à la main.
Elle n'a donc pas été dans le commerce, et on peut, en ce sens, la regarder comme inédite.
Le 28 juillet 1898, le P. Ludovic nous
i. C'était l'adresse, en ce temps-là, du couvent des Capucins, aujourd'hui spoliés et chassés.
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écrivit à nous-même : u Je vous envoie un exemplaire de la Biographie. Il ne m'en
reste plus que cinq. n Et, comme nous lui demandions l autorisation de publier les lettres et de mettre à profit ses notes, il nous répondit : « Je vous donne toute permission. Pour les lettres de Louis Yeuillot, comme son frère Eugène est son lier Hier, il faudrait sa permission avec la mienne. »
M. Eugène Yeuillot aimablement nous la donna. Le 2 août de la même année, il nous écrivait en effet : « Je n'ai rien à vous refuser. Vous pouvez publier ces lettres que je grille de lire. »
Que de fois nous avons tenu entre nos mains les précieux autographes, à Touvent même où nous accueillait la bienveillance des archevêques de Bourges, M^' Marchai qui faisait dans la bibliothèque du chciteau des lectures infinies ; M'Jr Boyer qui ne parvenait pas, dans cette solitude tranquille, à endormir sous la pourpre romaine de rudes souffrances chrétiennement supportées; le pieux M'<r Servonnet surtout que je revois, à la chapelle, prolongeant ses oraisons saintes, ou, sous les ombrages, égrenant des chapelets qui recommençaient toujours. « Quand donc, me disait-il, ferez-vous connaître à nos lectrices, dans nos chères Annales de Sainte-Solange, cette Jemme de
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très grand mérite, aussi distinguée par V intelligence que par le cœur, et qui fut une des bienfaitrices de notre Église et de toute l'Église? »
Pressé, harcelé quelquefois, par d'autres travaux, nous avons attendu... jusqu'à ce jour. Mor Servonnet a rejoint Mme Thayer au paradis et il ne lira point ces pages qui, d'ailleurs, ne lui auraient rien appris. Eugène Veuillot se repose de sa longue vie militante au service de l'Église dans la gloire près de son frère, et il n'aura pas lu sur la terre, lui non plus, ces lettres qu'il désirait tant lire; mais, son fils, bon soldat du divin Capitaine, comme tous les siens, les lira et leur donnera place dans le huitième volume de l'immortelle correspondance.
Septembre 191 1.
Et maintenant un mot sur cette notice elle-même.
Rien de moins prétentieux.
Sans doute des personnages la traversent dont les noms historiques ont retenti : les Bertrand, le premier empereur, puis le troisième ; Dom Guéranger et le cardinal Vitra; Montalembert et Louis Veuillot; le
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P. de Ravignan; Mme Swetchine et Alexandrine de la Ferronnays... Mais, à part quelques lettres inédites, — il est vrai qu'il y en a de touchantes, disons de poignantes ; il y en a surtout de charmantes ; — ce ne sont que des notes, des notules, si l'on veut, en marge de la grande histoire.
Pour nous, l'attrait de cette courte biographie n'est point là principalement. Où donc est-il? Il est surtout dans l'âme qui se révèle, une âme qui a constamment vécu dans le monde, voire « le grand monde », et que pas un instant le monde n'a éblouie. Bien au contraire. Elle allait s'en dégageant tous les jours et, tous les jours, d'un pied plus ferme, elle gravissait te roide et rude escalier de l'idéal chrétien. Sur ses robes de soie, ses bracelets d'or, ses colliers de diamants, elle a voulu jeter la bure du Pauvre d'Assise, et sur sonjront, souvent couronné de fleurs, elle a demandé que l'on entrelaçât des épines.
Quelle vie employée que la sienne ! De concert avec son mari, apôtre comme elle, au lieu de s'exalter dans les succès et les honneurs, ou de s'abimer en ses deuils cruels, tant de j ois renouvelés, elle se dévoue aux âmes, aux âmes des siens d'abord quelle ramène à Dieu, puis, peut-on dire, à toutes les âmes ; à toutes les œuvres aussi :
xn PREFACE
point d'exclusion dans son cœur qu'elle aurait dilaté, si elle l'avait pu, jusqu'aux dimensions du Cœur même de l'Homme- Dieu. L'église et l'école, le presbytère et le monastère, les ouvriers, les malades, les pauvres, tous les vivants en un mot et ceux d'ici-bas et ceux d'outre- tombe, voilà quels étaient ses amours. Oui, toutes les flammes saintes, brûlaient en elle...
Que nos lecteurs « mondains », si d'aventure ce petit livre tombe sous leurs yeux, et surtout nos lectrices, ferment ces pages en disant : Quel beau champ d'apostolat, le monde! Mais qu'il y a peu d'apôtres!... Souffrez, Seigneur, que je travaille dans votre champ!... Seigneur, Seigneur, employez-moi.
Pentecôte, 191a.
Naissance à Taris. — Enfance à Sainte-Hélène; le manteau de L'Empereur. — Retour ou France; le débarquement à Calais. — Au château *le Lalœuf : première communion ; le général Bertrand éducateur. — Touvent; Courson; Taris. — La jeune Bile. — Première rencontre avec A.médée Thayer ; la grappe de raisin.
Le général Bertrand eut dix-lmil entants : dix-sepl garçons et une fille. Treize moururent en bas âge.
La fille unique naquit à Paris, le 18 novembre 1810, son père étant grand maréchal du Palais. On l'appela Hortense-Eugé-
nie, du nom de sa marraine, la reine de Hollande, mère île Napoléon 111.
Elle n'avait pas encore trois ans que sa mère disait d'elle : « llortense n'a presque plus de colère ; elle pétille d'esprit; elle raisonne étonnamment bien. Dans deux mois
l m: vmi: DE GR LHDB DAME. — I.
xtt PREFACE
point d'exclusion dans son cœur quelle aurait dilaté, si elle lavait pu, jusqu'aux dimensions du Cœur même de V Homme- Dieu. L'église et l'école, le presbytère et le monastère, les ouvriers, les malades, les pauvres, tous les vivants en un mot et ceux d'ici-bas et ceux d'outre- tombe, voilà quels étaient ses amours. Oui, toutes les flammes saintes brûlaient en elle...
Que nos lecteurs « mondains », si d'aventure ce petit livre tombe sous leurs yeux, et surtout nos lectrices, ferment ces pages en disant : Quel beau champ d'apostolat, le monde! Mais qu'il y a peu d'apôtres!... Souffrez, Seigneur, que je travaille dans votre champ!... Seigneur, Seigneur, employez-moi.
Pentecôte, 1913.
Naissance à Paris. — Enfance à Sainte-Hélène; le manteau de l'Empereur. — Retour en France; lo
débarquement à Calais. — Au château de Lalœul' : première communion ; le général Bertrand éducateur. — Touvent; Courson; Paris. — La jeune fille. — Première rencontre avec Amédée Thayer ; la grappe de raisin.
Le général Bertrand eut dix-huil enfants : dix-sept garçons et une fille. Treize moururent en bas âge.
La fille unique naquit à Paris, le 18 novembre 1810, son père étant grand maréchal du Palais. On l'appela Hortense-Eugénie, du nom de sa marraine, la reine de Hollande, mère de Napoléon III.
Elle n'avait pas encore trois ans que sa mère disait d'elle : « Ilortense n'a presque plus de colère ; elle pétille d'esprit; elle raisonne étonnamment bien. Dans deux mois
1 m: vmi: DE GB UIDB noir. — i.
elle aura trois ans. Elle est fraîche comme une rose (i). »
Toute la famille suivit l'Empereur en exil, à l'île d'Elbe d'abord, puis à Sainte- Hélène.
Arthur, l'un des quatre fils survivants, fit son apparition au monde à Sainte- Hélène : « Sire, dit le général en le présentant à Napoléon, voici le premier Français entré à Sainte-Hélène sans la permission des Anglais. »
Hortense était la joie de tous et comme le charme de l'exil. Elle avait le privilège de dérider parfois le grand prisonnier souvent bien sombre, qui même jouait avec elle.
Un jour qu'on avait déployé devant l'Empereur le splendide vêtement de damas rouge tout chamarré d'or, offert par la ville de Lyon au Premier Consul, et que la petite Hortense restait là dans une contemplation ravie, l'Empereur prend l'habit, le jette sur les épaules de l'enfant et lui dit : « Tiens, je te le donne ; tu en feras faire un spencer. » Hortense n'en croit pas ses oreil-
i. Lettre au général, septembre i8i3.
les, saute de joie, passe tout de suite ses petits bras dans les manches, puis court vers sa mère : « Voilà ce que m'a donné l'Empereur ! » Plus tard, elle exposera ce vêtement dans une vitrine. Elle le léguera par testament au prince impérial, puis, à la mort du prince, au prince Victor qui le possède aujourd'hui.
Cependant le général Bertrand souffrait de ne pouvoir donner sur place à sa fille l'éducation qui convenait; c'est pourquoi il sollicita de l'Empereur un congé de quelques mois pour la reconduire avec sa mère en Europe : il reviendrait ensuite, et seul, au poste du dévouement fidèle et de l'honneur. Sur ces entrefaites, Napoléon mourut et toute la famille rentra en France. C'était en 1821.
Hortense a gardé le souvenir du débarquement à Calais : « Le débarquement, écrira-t-elle plus tard(i), fut un triomphe; mon frère Napoléon embrassé par toutes les femmes imaginables; un des cordons de son soulier attaché au bout d'un bâton et porté comme un trophée!... » Mélanco-