UN COIN DE PRÉFECTURE
On dansait en effet à la préfecture.
Les préfectures Sont des Louvres en laCCourci, des diminutifs de Tuileries, J’ai
Connu un préfet qui disait } On gouvernement.
bonne grosse petite reine, ronde et rouge comme un bouton de pivoi isai
hapelet
balle.
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fit la
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Dan-
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nde eures.
Les 1es
femmes charmantes; mais, entre toutes les admirées, la comtesse Louise brillait au premier rang.
Celle-là était véritablement reine par l'esprit, la bonté, la beauté.
La comtesse Louise dansait.
Celles qui ne dansent pas sont soupçonnées de jalouser celles qui dansent.
Surtout celles qui ne dansent plus.
J'en sais pourtant qui regardent avec un sourire maternel ces joies étourdies de la jeunesse; j’en sais, et beaucoup, qui sont restées belles sous leurs cheveux blancs à force de bienveillance et de miséricorde.
Certes, il y en avait là de ces chères femmes, spectatrices clémentes du plaisir qu’elles ne regrettent point; de ces femmes exquises qui ne vieillissent jamais, du moins dans leur cœur, et qui trouvent une éternelle jeunesse dans le trésor de leur piété charitable.
Mais il faut de la variété dans un parterre et quelques soucis au milieu des roses. Il y avait aussi de braves dames qui, n'ayant point de charité à revendre, épiloguaient et médisaient abondamment.
De braves messieurs faisaient la partie de ces braves dames.
Dans un coin du salon, où l’intendance militaire, le tribunal de première instance, l’état-major, les domaines, l’enregistrement, les contributions directes et même l’académie universitaire étaient avantageusement représentés, on tuait le temps comme on pouvait.
Le colonel comte Roland de Savray et la comtesse Louise étaient sur le tapis.
On parlait bas. On mordait fort.
— Mon Dieu, disait la dame des domaines, elle est jolie, si on veut...
— Moi qui connais mes pauvres, fit observer Me l’archevêque en passant, je sais bien pourquoi elle a un regard d’ange !
re
Ici-bas, toute grandeur évêques sont condam
ais Monseigneur n Il continua sa route.
— Quand on a deux cent mille livres ricanant la Sous-intendante Militaire, on ner quelques louis aux malheureux, dites donc ! aMais Vous n’avez-vy de si beau turban que celui de cette fournisseuse. Elle ressemblait à Roustan, le
mameluk de l’empereur. Seulement, sa physionomie était plus mâle.
— Le colonel re danse pas, dit M. Lamadou, commandant de la gendarmerie.
— Îl fait danser la dame de pique ! riposta le procureur général.
— Joueur comme les cartes ! 8ppuyèrent plusieurs Voix.
Ces Savray étaient trop beaux
ches, trop heureux. On ne les a coin.
— Bah ! ft Me L Sous-intendante, s’il perd la dot de sa femme, il y à les cinq sous du Juif-Errant !
était pas de ce bon groupe-là.
de rentes, fit en peut bien don-
» trop nobles, trop riimait pas dans le bon
se paie. Nos seigneurs les .
nés de temps en temps aux galas de la préfecture.
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galas ipe-là.
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EN
LE DOCTEUR LUNAT
— C’est moi qui suis le Juif-Errant ! Qui parle de mes cinq sous ? demanda avec douceur un petit homme maigre et brun au front déprimé, aux yeux luisants.
— Ce cher docteur a donc son accès ! murmurèrent les dames.
Le commandant de la gendarmerie, M. Lamadou, dit :
— On ne devrait pas le laisser circuler ainsi. Il peut casser un plateau !
— Oh ! il est bien tranquille... C’est pourtant cette comtesse Louise qui lui a dérangé le cerveau !
— Un homme si savant !
— Un si célèbre spé:ialiste !
— Comment la comtesse de Savray a-t-elle fait son compte? demanda la directeure des contributions, qui était toute neuve dans la localité.
— C’est juste, répondit la sous-intendante, chère madame, vous ne savez pas : le docteur Lunat est un très remarquable médecin aliéniste. Il traite les fous avec beaucoup de succès. Il a guéri un ancien notaire qui croyait être ailigator. Cela le génait bien : j'entends le notaire. Il plongeait dans sa mare pour attraper les poissons. Maintenant, grâce au docteur Lunat, il se
de fous...
cause de ce malheur !
croit poisson et ne veut diles.
— C’est un progrès ! fut-il décl — Je crois bien !
— Mais comment la comtesse a-t-elle pu ?.. insista M”: Contributions directes,
— Attendez donc ! vous allez comprendre... Mais voyez donc comme elle s’en donne !
— C’est une svlphide ! dit le maréchal de camp avec admiration.
La Recette binoele.
— Bien ris démodés.
— Vous allez Comprendre, chère mada sous-intendante Militaire, Mne Commencements de ces Savra une histoire de Juif-Errant…
M°* Lancelot était les Domaines.
La galerie entière porta ce témoignage :
— Ah ! une jolie histoire !
-— Et que M Lancelot raconte si bien !
— Alors, continua la Sous-intendante, cette histoire-
là à mis le Juif-Errant à la mode, parce que les Savray ne sont pas aimés dans le pays.
— Pourquoi ne sont-ils pas aimés
— Je vous le demande ! Toujours e Lunrt, le pauvre homme, ces mystères.
— Il y a donc des mystères ?
— En qu. ntité ! et le docteur Lunat
aré tout d’une voix.
générale couverte de diamants ouvrit son
qué ! fut-il dit derrière trois éventails
me, reprit la Lancelot, qui a vu les y à Lamballe, raconte
dans le pays ?
st-il que le docteur a voulu aller au fond de tous
» Qui a guéri tant
— Comme le crocodile Lo La sous-intendante conclut :
— Vous voyez bien que la comtesse de Savray est
plus sortir, de peur des croco-
sol
croco- | VOÏix.
nsista Mais avec t son itails it la
a les onte
— Mesdames, dit le docteur Lunat avec une exquise politesse, je ne puis m’'arrêter, vous savez, c’est légendaire, mais je vais m’informer de vos chères nouvelles en tournant tout autour de vous... d’ailleurs, il ne m’est pas défendu de marquer le pas.
Il caressa sa longue barbe à pleine main, bien qu’il eût le menton ras comme une fillette.
— Ce que c’est que de nous ! murmura le commandant de la gendarmerie.
Le docteur Lunat le saisit vivement par le bouton de son uniforme.
— Ne bougez pas ! ordonna-t-il. Regardez-moi sans loucher ! Je découvre en vous les symptômes...
— Voulez-vous bien me lâcher ! s’écria le pacifique soldat.
— Je vous défends de bouger ! fixe! Le vulgaire prétend qu'il faut avoir de l’esprit pour devenir fou. Vous êtes une preuve vivante du contraire...
Il y eut une douzaine d’éclats de rire étouffés dans les mouchoirs brodés.
Le docteur Lunat pirouetta sur ses talons et marqua le pas avec activité.
— Madame, dit-il à la sous-intendante, vous êtes un sujet curieux. Vers l’âge de cinquante-huit ans, vous avez dû avoir quelques étoiles au cerveau.
— Mais je n’ai pas encore cinquante ans ! s’écria la sous-intendante indignée. C’est un fou dangereux !
— Le colonel de Savray gagne cinq cents louis, dit un conseiller de préfecture.
Le docteur Lunat fouilla précipitamment sa poche.
— J’ai mes cinq sous ! pensa-t-il tout haut avec une intime satisfaction. Tout va bien ! Je pourrai m'intéresser à la partie.