LES ASSAUTS
Il n’y eut guère que M. Galapian pour garder son sang-froid. Encore criait-il aussi haut que les autres, parce qu’il avait perdu une de ses pantoufles.
L'abbé Romorantin se jeta comme un fou dans l’escalier ardent et revint tout grillé, le pauvre brave homme.
Déjà Joli-Cœur avait dressé la grande échelle des couvreurs et grimpait. Un châssis de fenêtre tomba sur lui et le rejeta blessé sur le pavé de la cour. Fanchon, agenouillée, priait en se frappant la poitrine, Tout le monde avait bien du chagrin, mais cela ne sauvait point le vicomte Paul.
À chaque instant on s’attendait à voir le pauvre bel enfant paraître, blanc de terreur parmi le rouge vif des flammes, à la fenêtre ouverte de la chambre haute.
Mais la fenêtre restait fermée, et le vicomte Paul ne se montrait point.
Dormait-il au milieu de tous ces fracas et au-dessus de cette brûlante fournaise ?
Joli-Cœur sauta sur un cheval, sans selle ni bride, et courut vers la ville. C'était un vieux soldat. Il éveilla la caserne des hussards avant de prévenir le colonei.
Les hussards vinrent les premiers, Ils mirent bas l’u-
niforme. Quatre cents hommes demi-nus donnèrent le premier assaut à l'incendie. Le feu est un terrible ennemi. Ah ! c’eût été aussi bien un fort défendu par des Cosaques !
Le feu fut vainqueur. Trente blessés restèrent couchés sur le pavé de la cour.
Les pompiers arrivèrent ensuite. Des héros ceux-là, qui accoutument depuis longtemps la foule à ouïr le merveilleux récit de leurs modestes prouesses. Ils ont tant fait, qu’on s’habitue à ces exploits de tous les jours. Il semble qu’on ne leur doive plus rien et qu’ils soient de fer ou de pierre,
Les pompiers ! j'ai vu des gens rire en prononçant le nom de ces soldats du dévouement sublime.
L'eau s’élança en gerbes étincelantes et retomba sur le brasier qu’elle aviva. C'était comme une colossale fusée qui couvrait toute la colline de sa poussière de feu.
Puis, le premier moment passé, le feu pâlit, la fumée s'épaissit.
A leur tour, les pompiers tentèrent l'escalade, car tout autour d’eux on disait :
— Dans la chambre du haut, tout en haut, le fils de la maison est couché et dort.
Les pompiers montèrent, plus froids, plus prudents, plus expérimentés que les hussards. Ils arrivèrent plus haut. Ils n’arrivèrent pas au but.
Le pavé de la cour eut d’autres blessés, et le brave qui dirigeait l’escouade prononça tout bas :
— L'enfant du colonel est perdu !
L'ESCALTYR
Où était-il donc le colonel comte Roland de Savray ? on l’avait vu quitter ia calèche et gravir la colline. Personne n'avait remarqué que sir Arthur montait derrière lui, l'anglais à barbe jaune.
Le comte Roland n’était nulle part. On le cherchait en vain. C’était une chose étrange que l’absence du maître dans ces circonstances désespérées.
La comtesse Louise restait toujours évanouie dans sa calèche. Personne ne la gardait. Cocher et valets étaient au feu.
Hussards et pompiers, réunis cette fois, se préparaient pour une suprême tentative. L’escalier central était à nu par suite d’éboulements successifs. On espérait l’atteindre.
Pour quiconque n’a jamais vu réussir les splendides folies du courage, c'était une entreprise extravagante.
Les trompettes du régiment sonnérent comme pour la charge, et deux bataillons intrépides, les hussards et les pompiers, se ruèrent sur la villa «nbrotée,
En ce moment, la comtesse Louise s'éveillait.
Elle put voir ces anges noirs marcher dans le feu...
Le.
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vaincre le feu, allions-nous dire, car les deux escouades pénétrèrent jusqu’à l'escalier.
Mais l’escalier s’abima, lançant vers le ciel une coionne d’étincelles tourbillonnantes.
Il y eut une exclamation profonde comme un râle.
Puis un cri d’étonnement joyeux.
Car tout le monde vit, la mère comme les autres, un homme, — était-ce un homme ? — qui paraissait à la fenêtre de la chambre haute.
Cet homme était de grande taille. Il sortait une longue barbe que la poussière de feu saupoudrait; il avait un long bâton à la main. Il tenait entre ses bras un enfant, vêtu seulement de sa chemise blanche.
Et l'enfant semblait dormir.
La comtesse Louise tendit ses bras tremblants. Elle n'avait pas de paroles: mais comme son cœur tout entier jaillissait vers Dieu !
L'homme enjamba le balcon. L'incendie l’éclairait mieux que n’eût fait un beau soleil d'été. Il était calme et recueilli. Derrière lui, était-ce un flocon de fumée ou une forme humaine? Bien des gens parmi ceux qui étaient là, frémissant, espérant, admirant, prononcèrent le nom de Lotte.
Et il y en eut qui ajoutèrent, ceux qui savaient l’histoire de Lamballe :