‹ La Fille du juif-errant [microforme]Chapitre 68 sur 89 · LE GRAND SECRET · texte numérisé non relu

LE GRAND SECRET

— Ma reine, reprit le faux comte, quand les verres furent pleins, je vais vous expliquer l’histoire. — Est-ce que je ne pourrais pas rester là pendant l'opération ? demanda Hérodiade. Je voudrais voir. — Non, impossible, Je dois être seul. C’est la loi, Mais je puis vous faire assister par la pensée,

— Je voudrais voir ! interrompit Hérodiade qui était entêtée.

— Le roi dit: Nous voulons! prononça solennellement le soldat Ozer.

Puis, avec un gros rire, il ajouta :

— Et encore, on ne lui obéit pas tous les jours !

Il but un verre de punch et reprit :

— Nous somme seuls. Le blessé est évanoui. Ce fou de docteur n’a pas même songé à lui rendre ses sens. On peut causer : cela tue le temps, et quand je dois changer de corps, j’ai toujours une petite émotion bien naturelle.

— C’est donc dangereux ? demanda Hérodiade.

— Mon Dieu non, pas autrement. mais c’est délicat. Voilà : il me faut un homme évanoui, pour qu'il soit complètement en mon pouvoir, mais un homme en bonne santé pourtant, car je ne voudrais pas m'affubler d’un corps malade ou en danger de mort. Quand je me fis sir Arthur, je lui donnai tout bonnement à boire un verre de vin chaud où il y avait une bonne dose de laudanum. Quand je m'introduisis dans la peau du colonel comte de Savray.

— Vous regretterez ce corps-là ! interrompit Hérodiade. Cinq pieds sept pouces, et du mollet !

— C’est possible, mais laissez-moi vous conter cette anecdote. Ce fut la nuit de l'incendie, là-bas, à Tours. Pendant que ce coquin d’Ahasvérus sauvait l'enfant, moi, je suivais le père par derrière: les lueurs du feu l’éblouissaient, et d’ailleurs il avait la tête perdue; il buta contre un tuyau de pompe, ie l’étourdis d’un coup de poing, et pendant qu’il cherchait à se relever, troublé comme un homme ivre, j’aspirai lestement son âme, et j'entrai en lui comme chez moi.

— C’est tout de même bien étonnant ! dit la reine Hérodiadëé. Je voudrais voir !

— Et je revins, ajouta Ozer, m’étendre dans la calè-

che auprès de la comtesse Louise, qui devenait ma femme légitime.

— Donna-t-elle dans le panneau ?

— Bah ! fit Ozer, jamais cette pimbèche ne m’a permis de lui baiser le bout des doigts.

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