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tait une histoire, Ils ne sont pas seuls, grand-père est avec eux. Ils sont en affaires tous les trois et vous ne pouvez pas les déranger. Alors, amusons-nous.
Et d’une voix de Stentor :
— Allez, l'orchestre ! une hongroise !
Pour ne froisser aucune ambition, et aussi par l’accord de toutes ces curiosités intelligentes, il fut convenu que cette première hongroise serait dansée par Mac Gregor et Marie Stuart ensemble. Comme cela on était bien sûr de ne mécontenter personne, et d’avoir un parfait spécimen de la danse megyare. L’orchestre frappa ses accords sautillants et jeta sur une mesure à deux temps vivement rythmée toute une cascade de cadences joyeuses, Henri et Henriette tressaillirent à l'appel de l’air national. Ils prirent posture comme malgré eux, puis, entraînés par cette voix qui leur parlait de leur enfance et de leur pays, ils s’élancèrent d’un pied leste, marquant la mesure avec leurs talons et prenant ces poses tour à tour gracieuses et hautaines que notre danse banale n’admet plus. Car nous prenons à tous les pays du monde leurs pas, leurs sauts, leurs glissades pour n’en garder que le nom, et les soumettre à l’uniformité de nos ballets mondains. Polkas, mazurkas, schottish, valses, redowas et autres inventions de la Terpsichore exotique, prennent chez nous invariablement le même Caractère, parce que nous dansons pour causer et non point pour danser.
Ceci n’est point précisément un blâme. Chacun se divertit comme il l’entend.
Mais Mac Gregor et Marie Stuart dansaient pour danser, comme on danse le long du Danube et de la Theiss. Ils prenaient malgré eux ces airs de tête provoquants, cette tournure martiale, ces poses à la fois tendres et hardies que l’on copie chez nous, mais qui, 1à-bas, sont la nature. Leurs costumes, il est vrai, mentaient à la couleur locale, mais tout ce qui est auda-
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cieux, fier, jeune et chevaleresque convient au costume national de l’Écosse, la vaillante patrie des cavaliers.
Ce fut un succès, ce fut mieux, ce fut une fièvre. On s'arrêta d’abord pour les voir et pour apprendre. Les couples tout formés restaient immobiles à regarder, Mais on apprend vite, et surtout bien vite, croit-on avoir appris.
N'est-ce pas, Jane, avant d’avoir essayé, tout est facile ?
En avant d’eux ! voici tous !e8 couples partis ! Dieu ! quelles poses ! chacun voulait :: re mieux que le modèle, On se moquait bien un peu les uns des autres, et il y avait de quoi, mais on allait de si bon cœur | jamais hongroise ne fut si vaillamment sautée. Maurice s'était emparé d’une dame maronite qui oubliait là toutes ses infortunes. Elle pirouettait à la barbe des Druses, qui n'avaient pas le cœur dela persécuter. Allez, l'orchestre! ferme, les violons ! soufllez, les cuivres ! La sueur vous perce, tant mieux ! ailez toujours ! Vous êtes essouffés, n’avez-vous pas honte lpoussez, morbleu, ferme ! ferme ! serez-Vous assez lâches pour demander grâce ?
Vaincu, l'orchestre ! le premier violon se renversa sur son siège pour s’éventer avec'son foulard, la clarinette POuSSa un couac suprême, la petite flûte grinça comme une scie et la contre-basse rendit un sourd mugissement. Le chef lui-même était hors de combat.
On vit le trombone, grave et triste, verser dans son godet tout un verre de vapeur distillée, et le cornet à pistons eut besoin d’une bouteille entière pour gargariser sa gorge endolorie.
Les danseurs, les vainqueurs, haletaient sur les divans.
Du punch, mesdames ! les glaces ne valent rien après une hongroise pareille, Du punch fait exprès pour vous, du punch qui étincelle dans le cristal taillé, comme la goutte d’eau sur les feuilles de la rose. Buvez sans crainte et ne faites pas la petite bouche. Il y a si peu de
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rhum ! La divine ambroisie jamais ne donne la migraine. Buvez, je réponds de tout. C’est du lait !
Oh ! le cher Mac Gregor ! oh ! la bien-aimée Marie Stuart ! On peut demander parfois À Paris : De quoi dépend la vogue ? mais ce n’était pas ici le cas. Il suffisait de voir Henri et Henriette pour comprendre leur succès. Leurs regards reconnaissants se promenaient sur la foule amie; leurs sourires remerciaient, et sur leurs charmants visages il y avait une expression mélangée de joie et de mélancolie qui leur donnait tous les cœurs.