‹ La fille du mauditChapitre 2 sur 117 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HEWLET, prenant la tète d’Anna dans ses mains.

Et le voilà devenue une belle et grande jeune fille!... Ah ! je suis trop heureux ! (a lui-même.) Je n’ose me fier au bonheur;j'ui toujours peur qu’il ne m’échappe!

ANNA

Quinze ans ne sesont-ils pas écoulés sans l’altérer?

HEWLET.

Oui ; mais pendant ces quinze ans Tunbridge était comme une oasis perdue au bout du monde ; quelques paysans simples et bons l'habitaient seuls avec nous, la vertu de ses eaux n’y avait pas encore attiré celle foule de grands seigneurs et de belles dames, de valets et de baladins qui y ont apporté les mœurs elles plaisirs de leur Babylone!

ANNA, souriant.

El c’est pour me soustraire à cette contagion dangereuse que vous m’avez priée de ne pas franchir. sans vous les limites du jardin?... Hélas 1 moi qui étais accoutumée à courir librement dans la campagne, me voilà resserrée aux bornes étroites de notre enclos!...

HEWLET.

L’automne renverra bientôt la cour à Londres, mon enfant, et te rendra la liberté 1

ANNA, passant son bras autour du cou d’Hewlel.

Ahl cher père 1 j’aurais tant désiré voir, ne lùl-ce qu’une fois, celle jeune reine qu’on dit si bonne, ce roi que Dieu a replacé, comme par un miracle, sur le trône de son père, le roi martyr.

HEWLET, se dégageant doucement du bras d’Anna.

Le roi martyr !

ANNA

N’est-ce pas le nom que donne toute l’Angleterre à l’infortunée victime de Cromwell ?

HEWLET.

Qui t’a dit ces choses ? car je ne l’avais pas parlé de nos guerres civiles.

ANNA, avec un peu d’embarras.

Et qui donc les ignore, mon père?... J’ai écoulé ce qui se disait autour de moi, et j’ai entendu de toutes parts les bénédictions qui accueillaient le retour des Stuarts, les malédictions qui poursuivaient le crime des régicides.

HEWLET.

Et comme toute l’Angleterre, lu as maudit ces régicides, n’est-ce pas ?

ANNA

J’ai prié Dieu de leur pardonner, (iicwiet va prendre silencieusement son chapeau.) Vous me quittez, mon père ?

HEWLET.

Oui 1... je désire être seul !

ANNA

Ai-je dit sans le vouloir, quelque chose qui vous ait affligé ?...

HEWLET, la serrant dans ses bras.

Non, rien, rien, cher ange! A bientôt! (il s’éloigne lentement, s’arrête encore snr le seuil pour regarder Anna et sort.)

Page 1