SCÈNE VI
LA REINE, ANNA, puis Le Page.
la REINE.
Que voulez-vous me dire, mademoiselle?
ANNA, s’agenouillant devant la reine.
Je veux demander à Voire Majesté la permission de retourner auprès de mon père.
LA REINE
Vous ?
ANNA
Je vois que la reine m’a reliié sa confiance et son amitié; je ne veux pas mériter son mépris en reslant plus longtemps dans une cour où ses bontés seules pouvaient me faire supporter de mortelles injures, ou des hommages plus cruels pour moi que ces injures même...
LA REINE, très-émue et lui tendant les mains.
Miss Wilson!... pardonnez-moi !
ANNA, baisant les mains do la reine.
Ah I madame I...
Oui, mon cœur vous a calomniée! En vous voyant si belle et si digne d’àlre aimée, j’ai cru que vous aussf vous alliez vous laisser enivrer par ces hommages et devenir une de mes rivales I Résignée à la douleur de voir une Casielinaine, une Stewart régner tour à tour sur le cœur du roi, je ne me résignais pas devant l’ingrali ude de celle que j’avais traitée en amie, en sœur! (Relevant Anna.) Il faut me pardonner, chère enfant! car je ne vous voyais plus qu’à travers mes larmes ! (Elle laisse tomber sa tête en pleurant sur l’épaule d'Anna.)
ANNA
Hélas! madame!... c'est pour ne pas renouveler une douleur dont je suis la cause involontaire que je supplie Votre Majesté de me laisst r partir !
‘ LA REINE
Et si lu me quilles, qui donc me consolera? quelle main serreia la mienne ?... dans quelle âme épancherai-je les tor-
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lures de mon cœur? Vois ! je ne suis entourée que d’ennemis ou d’indifférents! je lais effort sur moi-même pour ne pas déplaire par un air de tristesse qu’on ne comprendrait pas! Ne suis-je pas heureuse, digne d’envie? ne porlè-je pas une glorieuse couronne?., et qui s’avisera, si ce n’est toi, que cette reine souriante peut redevenir, quand elle est seule, une femme qui souffre et qui pleure?
AN#iA.
Ne désespérez pas, madame! le cœur du roi..;
LA REINS
Le cœur du roi ne me reviendra plus, chère enfantl... Ali! moi aussi, pourtant, je l’ai possédé !... jours de bonheur! jours de joie 1 combien avez-vous duré?... Il n’y a pas trois ans encore... j’arrivais confiante et heureuse dans ce pays qui devenait le mien! — C’était au printemps! tout souriait, la terre et le ciel!... Il m’aimait alors !... il se croyait fidèle!... Et l’été n était pas venu que celte madame de Castolmaine avait repris ses droits! que dis-je!... c’est pour les miens qu’on lui demandait grâce, et le coupable se faisait pardonner en lui donnant un titre de comtesse, et en l'attachant, malgré moi, a ma personnel O sanglots étouffés!... douleurs contenues!... révoltés de l’orgueil qui s’indigne... et qui se tait!... El je ne suis pas morte !... la mort est venue s'asseoir à mon chevet, mon sang s’est glacé dans mes veines, j’ai cru que mon dernier soulfle allait s’envoler!... et je ne suis pas morte! Ah! sais-tu pourquoi?... parce que sur celte main que j’avais tendue au roi, agenouillé près de mon lit, j’ai senti couler ses larmes !... Oui I au moment de me perdre, il a reliouvé des larmes qui m’ont fait revivre!... et ces larmes, versées pour moi !... ô faible cœur !... c'est mademoiselle Stewart qui devait les essuyer !...
ANNA, pressant les main> de la reine.
Madame!...
LA REINE
Voilà, mon enfant, ce qu’est une couréléganle et polie!... Et maintenant que je t’ai laissée lire dans mon âme, veux-tu encore me quitter?
ANNA
Disposez de ma vie !... (La porte s’ourre, le page parait sur le seuil.) *
LA REINE
Silence !... <Se retournant.) Qui se permet d’entrer?
LE PAGE
Que Votre Majesté me pardonne; j’ignorais...