SCÈNE PREMIÈRE
LA DUCHESSE, ANNA, deux Femmes de chambre. (Anna,
encore évanouie, est étendue sur un fauteuil, entourée de la duchesse et de
femmes de chambre qui lui donnent des soins.)
LA DUCHESSE
Elle revient à elle; ses mains se réchauffent; frottez-lui encore les tempes avec cet élixir; la voilà qui se ranime!... (Anna rouvre les yeux.) Pauvre enfant!...
ANNA, refermant les yeux.
Oh!... l’horrible rêve!...
LA DUCHESSE
Ne me reconnaissez-vous pas?...
ANNA, rouvrant les yeux.
Vous, madame!... où donc suis-je?
LA DUCHESSE
Chez moi!.,. (Sur un signe do la duchesse, les deux femmes de chambre se retirent.) Je sortais de Wliile-Hail et je passais près de la Tamise, quand je vous ai aperçue courant vers le fleuve, vous vous êtes arrêtée sur la berge comme pour adresser une dernière prière à Dieu!... et vous alliez vous précipiter, n’est-ce pas? quand mon vieux serviteur, Jenkins, s’est élancé vers vous et vous a enlevée dans ses bras!... Alors vous avez perdu connaissance; Jenkins vous a portée dans ' ma litière et je vous ai fait conduire chez moi 1
ANNA, se levant.
Ah ! je ne rêvais donc pas !
LA DUCHESSE
Quelle douleur a pu vous porter à cet acte de désespoir, mou enfant?... Quand vous m’avez quittée chez la reine, vous étiez calme... N’alliez-vous pas chez votre père?...
ANNA
Mon père!...
LA DUCHESSE
Je ne veux pas forcer votre confidence; et pourtant je la mériterais par la profonde sympathie que vous m’inspirez; vous ne la refuserez sans doute pas à votre père; Jenkins a dû le prévenir, vous aîlez le voir!
ANNA
Il va venir ici?
LA DUCHESSE
Ne vous aime t-il pas?... avez-vous peur de lui?
ANNA
Moi?,., non! non... madame!... (a part, avec douleur.) Mon père!...
LA DUCHESSE
Ecoutezi...
ANNA, à part.
Oh!... Dieu !... (Jenkins parait sur le seuil de la porte du fond, suivi d’Hewlet.)