SCÈNE II
‘ MARIETTA, LE TINTORET, puis D’AREZZO, et SPALATRI.
NARIETTA.
S'ils allaient le condamner!
LE TINTORET
C’est impossible !..
MARIETTA
Vous dites cela peut-être pour me rassurer?...
LE TINTORET
Non, mon enfant, non... La réparation sera aussi éclatante pour l’innocent que l’accusation était monstrueuse...
MARIETTA
S’ils allaient le condamner!..
LE TINTORET
L’en aimerais-tu moins?
Oh! Dieu!., je l’aimerais mille fois plus encore!., je demanderais à partager son cachot; nous le suivrions en exil, n’est-ce pas, mon père?.. La prison, l’exil !.. Malheureuse! mais, si c’était la mort!..
LE TINTORET
Chasse donc toutes ces pensées funèbres...
MARIETTA
Je ne le peux pas !
LE TINTORET
Ce qui me fait croire surtout à l’acquittement de Valcrio, c’est que d’Arrezzo, tremblant sans doute pour lui-même, n’a pas osé venir l’accuser en face du tribunal.
MARIETTA
Eh bien! moi... l’absence de cet homme m’épouvante, au contraire II n’est jamais plus redoutable qu’à 1 heure où il se
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cache. Qui sait, mon père* si, en ce moment, il necrcu.se pas SOUS nos pieds quelque piège sinistre... (D’Areuo, masqué, traverse avec Spalatri la (errasse du foud.)
SPALATRI, lias à d’Areno, et désignant le péristyle.
Tenez, Monseigneur, c’est cette hyène de bronze.
d'arezzo.
Bien... passons. (ll« disparaissent.)
MARIETTA
Ah! j’ai peur 1
LF.TINTORET.
Je vais finir par te gronder... Tiens, Marietta, au lieu de nous alarmer du présent, sourions ensemble à l’avenir... ua avenir de travail, d’amour et de gloire !... Le rêve de la jeune fille,' c’est la tendre atfection de l’homme qu’elle a choisi , la confiance mutuelle, l’estime croissante, avec toutes les joies et les bénédictions du foyer. Le rêve du vieillard, c’est de voir l’art vénitien délivré des liens qui le déshonorent, affranchi de scs vénalités et de ses hontes, remonter glorieusement à la’ place radieuse que l’histoire lui garde. Pour réaliser ce double espoir, Valerio n’est pas encore là; mais Dieu va nous le rendre.
MARIETTA
O l’horrible anxiété !
LE TINTORET
Allons, mon enfant, du calme, du courage!.. La Niobé nous accompagnait... où donc est-elle? .
MARIETTA
Là, sous ces arbres, agenouillée aux pieds d’une madone.
LE TINTORET
Va la rejoindre... Moi, je cours au tribunal, et je n’en reviendrai pas seul, je l’espère...
MARIETTA
Oh! que Dieu vous entende I.. La pauvre Niobé prie pour sa fille... moi, je vais prier pour Valerio. (Us s’éloignent.).