‹ La fille du Tintoret drame en cinq actes et six tableauxChapitre 51 sur 67 · ACTE If, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE If, SCÈNE V

METAZZA.

Eb bien!., oui... Je ne sais pas mentir.

d’abezzo.

Parle... dis-moi tout.

METAZZA.

Pardonnez-moi, monseigneur Pietro, mais je m'ennuie, et la solitude me pèse!.. 11 y a des instants où j’ai une fièvre ardente, où je souffre beaucoup, où je voudrais être morte...

d’arezzo.

Enfant!... tais-toi.

Pourquoi restez-vous si longtemps loin de Metazza?

d’arezzo.

Parce que ma vie ne m'appartient pas, chère fille!... Ah! si elle m'appartenait, nous fuirions tous les deux au bout du monde... Ton sourire serait ma seule joie, mon seul bonheur!.. Tu t’ennuies, dis-tu? mais, ingrate! n'as-tu pas à profusion les étoffes les plus riches, les fleurs les plus rares, les joyaux les plus précieux?..

METAZZA.

J'en ai trop, Monseigneur.

d’arezzo. ,

Voyons, désires-tu quelque autre chose?... Parle... et s'il est en mon pouvoir de te contenter... * ,

METAZZA.

Oh! je voudrais bien connaître Venise, cette vaste et splendide Venise que j’aperçois de loin à travers les grilles dorées de mon pavillon... Je .voudrais me mêler à cette foule, monter sur ces gondoles, m’égarer dans ces grands palais, prier dans ces belles églises!.. Quand vous sortirez, emmenez-moil...

d’arezzo.

C'est impossible !

METAZZA.

Toujours la même réponse!

d’arezzo.

Oui, car c'est à moi qu’appartient la garde de ton bonheur ! Tu veux voir Venise, connaître la foule, agrandir ton horizon? mais, pauvre enfant! je ne t'ai donc pas encore assez dit tout ce qu’il y a de perversité parmi les hommes?.. Confie-toi donc à ma sagesse, à mon expérience... Ces pièges et ces dangers, je t'en ai préservée jusqu’à présent, je dois t’en préserver toujours... Voilà pourquoi je te cache à tous les yeux, pourquoi je t’enfouis comme un trésor...

METAZZA.

Je ne connais même pas ce palais!., que ne me laissez-vous du moins errer librement à travers ces salles, ces galeries, ces jardins?.. Ils sont si beaux, les jardins!., des rumeurs joyeuses y retentissent jour et nuit et me font tressaillir... Quelles sont

LA FILLE DP TINTORET

donc ccs femmes que, du fond de ma solitude, j’entends rire et chanter? ' : . ;

d’arezzo.

Ces femmes?...

METAZZA.

Oui.

d’arezzo.

Mais... ce sont des esclaves.

METAZZA.

Comme moi!..

d’arezzo.

Metazza, tu n’es pas une esclave, tu es la joie et l’orgueil de ma vie!:.

METAZZA.

Ainsi, vous refusez ce que je vous demande?

d’arezzo.

Il le faut!..

METAZZA.

Que votre volonté soit faite.. Mais je manque d’air ici, j'étouffe, je languis, je meurs!..

LA NIOBÉ, tu dehors.

Je n’avais qu’un enfant! mon àme * Fut brisée avec son berceau !

Honte à d’Arezzo cet infâme !

Mort à ce bourreau!..

METAZZA.

Encore cette voix... Je ne sais pourquoi... mais elle me fait mal... Écoutez... écoutez.

LA NIOBÉ

Donnez une obole.

À la pauvre folle Qui chante en versant Des larmes de sang!

d’arezzo.

Une mendiante que je vais chasser.

Non, non... laissez-moi plutôt lui jeter cette aumône. d'arezzo.

Je te le défends.

Est-ce un crime?..

Reviens ici.

METAZZA.

d’arezzo.

• METAZZA.

Tenez, pauvre femme! (Elle jette ane bourse pir la fenêtre. L» KtoBé pousse un grand cri.) Ce cri.., Tarez-vous entendu? il m’a

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