RAYMOND, FANNY
l"\NNY', près de I II porte du fond. La jjorte de la rue est ouverte enfin... mon oncle est au fond du janlin... maintenant le
pauvre jeimc honinie pourra (/i'/i s'a-
vaiiçant pour allrr h su i liamiirc , elle viii't Raymond.) Ah ! ah ! monsieur Raymond !
RAYMOND , à part. .le suis presque fâché d'être descendu.
r.ANNY, il part. S'il n'était pas si sévère... il pourrait m'aider à sortir d'embarras voyons {S'avançant, liant à
Raymond.) Monsieur Raymond.
LA PILLE MAL tLEVEE.
RAYMOND, Li suluant très -froidement.
Mademoiselle...
FA\\y, à part. Ahl bien oui... il a l'air
encore plus sérieux qu'à l'ordinaire il
faut le renvoyer aussi... [Haut.) C'est sans doute mon onile que vous demandez? — vous le trouverez au jardin.
UAYMOXD , (I part. Elle veut m'éloigner.
FAWY. Tous n'allez donc pas le rejoindre?. . . (A pari.) Je vais bien le faire fuir. . . {Haut.) Mon Dieu ! si vous restez dans ce salon , vous allez vous ennuyer beaucoup, Ccu- nous y prendrons tout à l'heure notre leçon de danse , Léonie et moi.
R.AYMOND , avec un soupir. Vous êtes hieu lieiu'euse , mademoiselle , rien ne peut altérer votre gaîté.
F.ANNY. Comme vous dites cela ali !
vous avez quelque chose contre moi , je vois cela dans vos yeux... Allons, parlez vite. . . ( / part. ) S'il sait tout , cela m'évitera la peine...
RAYMO\D. Je n'ai pas le drc^it de vous donner des leçons...
FAN\Y'. Ah ! mon Dieu ! vous le prenez bien sans permission , ce droit-là.... vous savez bien que vous me grondez toujours... et que cela ne me fait pas de peine , parce
que vous grondez très-agréablement. . .
mais , dans ce moment , vous avez un air de père sournois qui m'épouvante.
RAYMOND, à part. Quel dommage !
F.ANNY'. Voyons, ne soyez pas trop méchant... grondez-moi si vous voulez , mais pas trop fort.
RAYMO.ND , Cl part. Tant de confiance... d'abandon... et coupable !
FANXY. En vérité, si je fais mal, c'est malgré moi.... sans le savoir... je donnerais tout au monde pour ne mériter jamais vos reproches.
R.AYMOND, ai>ec émotion. Et moi , pour ne jamais vous en faire... Si vous saviez , Fauny, combien il est pénible de toujours lutter contre son cœur ou contre sa raison tout à l'heure je n'avais que des
paroles amères à vous adresser, maintenant
Air : fJe Henaud de Montauban.
T*orsf]uc j'enlcn<l.s vos discours ingt'nus, Lorsque je vols l'air calme et plein de charme. Dont vous parle/, de vos lorts inconnus , Tanl de candeur me louche et me desarme, D'un doute aflreux je suis environne, La vérité pour moi n'a plus de trace.. Kt maigre moi, j'excuse, je fais {^ràcc, I.ors(|ue tout autre cul condamne , Oui, ijuand tout autre eût condamné.
Vous devez me trouver bien fou.
FANNY. Comment? parce que vous
La Fille mal rlci-ce.
me jugez un peu moins mal qu'à l'ordinaire eh bien! monsieur, c'est ai lua-
ble... mais n'importe , je ne vous en veux pas — c'est à moi que j'en veux de vous chagriner, de ne pas venir à bout de mou
caractère car il ne faut pas croire au
moins que je ne tâche pas de me corriger. \ ous me direz que cela ne paraît guère,
et cependant c'est que tout le monde
aussi n'est pas raisonnable à votre manière quand je vois blâmer les choses
les plus simples , les mouvemens les plus naturels... ça me dépite, et malgré moi...
RAY'MOND. Mais vous ne voulez donc pas comprendre qu'il est de certaines démarches que chacun , sans être méchant , peut mal juger... mal interpréter.., il en est même qui ont des apparences telles , que l'homme le plus indulgent ne peut quelquefois s'empêcher de les croire coupables.
FAN'NY'. Coupables !
RAYMOND , lui prenant la main. Cette
nuit au moment du coup de fusil , je
suis descendu , et j'ai vu...
F.ANNY', émue. Quoi donc, monsieur...
qu'avez-vous vu?
RAYMOND. Une jeime fille... conduisant par la main un jeune homme , et cherchant à le faire évader.
FANNY, à part. Oh ! mon Dieu .' s'il allait s'imaginer que c'était pour moi que
•M. Ernest... ah! mais je ne veux pas
je ne veux pas de cela... (Haut.) Monsieur- Raymond... il faut absolument que vous sachiez... ah ! oui, il le faut... {.^ part.) Ah ! que vais-je faire?... mais c'est le secret de Léonie.
RAYMOND. Parlez, parlez, mademoiselle... oh! je suis digne de cette marque d'estime... je la mérite au moins par mon affection désintéressée.
F.vxNY. Eh bien ! je. . . je réfléchis. . . j'ai eu tort... je n'ai pas le droit... je ne puis rien dire...
RAY'MOND. Il suffit.,, la confiance ne se commande pas.
FANNY, ('( part. Allons, le voilà persuadé maintenant... Oh ! je suis bien maliieureuse!.. [Haut.) Monsieur llaymond, vous me croyez coupable , je le vois... oh ! oui, je le vois... eh liien! non, je ne le suis pas... ce qui vous paraît nue faute n'est encore cpi'une inconséquence... oh! bien grave , puisqu'elle a pu vous faire douter de moi; mais...
Ain : Je vais revoir ina Nurinamlie.
.Si r^uclquc funeste apparence De mes amis glanait le cœur ,
IX MAGASIN THEATBAL.
Et me privait d'une indulgence Où i*a^ais placé mon bonlicur; A celle, enfin, qui vous implore , Si le soupçon fermait leurs bras...
Ailcudcz, attendez encore , jN'y croyez pas, n'y croyez pas.
n.WMOND, avec doute et émotion. 3IadeiiioiscUe... certainement... il me serait bien pénible... mais quand votis seriez justiliée à mes yeux.. . cela ne suffirait pas encore.
FA\NY. Comment... que dites-vous ?
RAYMOND. Une autre personne a été témoin...
F.4NNT. Une autre...
UAYMO\D. Oui; Annette... elle vient d'en faire le rapport à voire tante.
FAXX Y. Annette... matante... allons, toute la maison maintenant... {A part.) OIi ! mon Dieu ! et si on vient à découvrir où je l'ai caclié... c'est pour le coup... il ne faut pas qu'il y reste un seul instant de plus... (^Haul.) JMoiisieur Haymond.... {A part.) Pour cela je jiuis le lui dire , ça ne compromet que moi... (Wdu/.) Vous allez me gronder bien davantage. . . n'importe. . .
RAYMOND. Oh ! non, mademoiselle... à présent je ne vous gronderai plus... je vous plaindrai... dites.
FANNV. Apprenez donc que... (^Apercevant sa tiinlc.) Ma tante I... je reviendrai. (Elle fait un mouvement pour sortir.)
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SCÈ>E VII.
RAYTMOND, FANNY, MADAME DE PRANGEY.
MADAME DE PRANGEY. ReStCZ, Fannv..' Je suis bien aise de vous trouver là, monsieur Raymond... Yous n'êtes pas de trop pour ce que j'ai à dire à mademoiselle.
FANNY , à part. Quel air sévère ! (^Bas h Raymond.) Al\\ monsieur Raymond, vous aviez bien raison tout à l'heure.
MADAME DE PRANGEY , coiUimtant. Annette vient de m'apprcndre qu'hier au soir il y avait bleu réellement quelqu'un
FANNY'. Ah ! ma tante!.... sur une parole d'Annette...
MADAME DE PRANGEY. NouS avons lui autre téntoignage que le sien... et c'est làdessus que j'allais demander quelques éclaircissemens à M. Raymond.
ray:*!OND, passant entre Fanriy et iU°" de
Prangey* . Inutile, madame... car je n'aurais rien à répondre.
MADAME DE PRANGEY. Je m'y HtteUdais... Annette m'avait prévenue... il suffit, monsieur, je comprends... Par bonté, par commisération , vous vous croyez obligé de garder le silence... mais le fait n'en reste pas moins prouvé, et j'exige à l'instant de mademoiselle un aveu complet et sincère.
FANNY, a pari. Mou Dieu! je ne puis pourtant pas accuser Léonie pour me justifier... [Haut.) JMa tante, ne m'interrogez pas, je vous en prie... si je pouvais, croyez-le bien, je n'hésiterais pas à vous faire lire dans mon cœm... comme toujours.
MADAME DE PRANGEY. Ainsi, mademoiselle , vous refusez ?
FANNY , avec émotion. Oui , ma tante.
RAYMOND , bas. Réfléchissez , Fanny ; votre silence ne peut que vous nuire.
FANNY. Et lui aussi... qui veut que je parle... qui , si je me tais , va me mépriser... et ce jeune homme qu'on finira par trouver... que faire?...
SCEISE VIII.
Les MÎMES, LÉOME. "
LÉONIE, entrant. Fanny avec ma mère !
FANNY, has à Léonie. Ils savent tout.
{Mouvement dUcfjroi de Léunie.) IMais sois tranquille , je n'ai pas pronoiicé ton nom.
LÉONIE , vivement de même. Tu as bien fait... j'arran{;Lrai cela ])lus tard.
FANNY. Plus tard! oh ! tout de
suite , à l'instant.
.MADAME DE PR.ANGEY. Que venez-vous faire ici , Léonie ? retirez-vous... vous in-
tercéiieriez en vain pour votre cousine
vous n'obtiendriez pas son pardon.
FANNY. I\Ion pardon... mon pardon...
est-ce un pardon que je demande ?.. est-ce que j'en ai besoin?