‹ La fille mal élevéeChapitre 27 sur 34 · RAYMOND, FANNY · texte numérisé non relu

RAYMOND, FANNY

l"\NNY', près de I II porte du fond. La jjorte de la rue est ouverte enfin... mon oncle est au fond du janlin... maintenant le

pauvre jeimc honinie pourra (/i'/i s'a-

vaiiçant pour allrr h su i liamiirc , elle viii't Raymond.) Ah ! ah ! monsieur Raymond !

RAYMOND , à part. .le suis presque fâché d'être descendu.

r.ANNY, il part. S'il n'était pas si sévère... il pourrait m'aider à sortir d'embarras voyons {S'avançant, liant à

Raymond.) Monsieur Raymond.

LA PILLE MAL tLEVEE.

RAYMOND, Li suluant très -froidement.

Mademoiselle...

FA\\y, à part. Ahl bien oui... il a l'air

encore plus sérieux qu'à l'ordinaire il

faut le renvoyer aussi... [Haut.) C'est sans doute mon onile que vous demandez? — vous le trouverez au jardin.

UAYMOXD , (I part. Elle veut m'éloigner.

FAWY. Tous n'allez donc pas le rejoindre?. . . (A pari.) Je vais bien le faire fuir. . . {Haut.) Mon Dieu ! si vous restez dans ce salon , vous allez vous ennuyer beaucoup, Ccu- nous y prendrons tout à l'heure notre leçon de danse , Léonie et moi.

R.AYMOND , avec un soupir. Vous êtes hieu lieiu'euse , mademoiselle , rien ne peut altérer votre gaîté.

F.ANNY. Comme vous dites cela ali !

vous avez quelque chose contre moi , je vois cela dans vos yeux... Allons, parlez vite. . . ( / part. ) S'il sait tout , cela m'évitera la peine...

RAYMO\D. Je n'ai pas le drc^it de vous donner des leçons...

FAN\Y'. Ah ! mon Dieu ! vous le prenez bien sans permission , ce droit-là.... vous savez bien que vous me grondez toujours... et que cela ne me fait pas de peine , parce

que vous grondez très-agréablement. . .

mais , dans ce moment , vous avez un air de père sournois qui m'épouvante.

RAYMOND, à part. Quel dommage !

F.ANNY'. Voyons, ne soyez pas trop méchant... grondez-moi si vous voulez , mais pas trop fort.

RAYMO.ND , Cl part. Tant de confiance... d'abandon... et coupable !

FANXY. En vérité, si je fais mal, c'est malgré moi.... sans le savoir... je donnerais tout au monde pour ne mériter jamais vos reproches.

R.AYMOND, ai>ec émotion. Et moi , pour ne jamais vous en faire... Si vous saviez , Fauny, combien il est pénible de toujours lutter contre son cœur ou contre sa raison tout à l'heure je n'avais que des

paroles amères à vous adresser, maintenant

Air : fJe Henaud de Montauban.

T*orsf]uc j'enlcn<l.s vos discours ingt'nus, Lorsque je vols l'air calme et plein de charme. Dont vous parle/, de vos lorts inconnus , Tanl de candeur me louche et me desarme, D'un doute aflreux je suis environne, La vérité pour moi n'a plus de trace.. Kt maigre moi, j'excuse, je fais {^ràcc, I.ors(|ue tout autre cul condamne , Oui, ijuand tout autre eût condamné.

Vous devez me trouver bien fou.

FANNY. Comment? parce que vous

La Fille mal rlci-ce.

me jugez un peu moins mal qu'à l'ordinaire eh bien! monsieur, c'est ai lua-

ble... mais n'importe , je ne vous en veux pas — c'est à moi que j'en veux de vous chagriner, de ne pas venir à bout de mou

caractère car il ne faut pas croire au

moins que je ne tâche pas de me corriger. \ ous me direz que cela ne paraît guère,

et cependant c'est que tout le monde

aussi n'est pas raisonnable à votre manière quand je vois blâmer les choses

les plus simples , les mouvemens les plus naturels... ça me dépite, et malgré moi...

RAY'MOND. Mais vous ne voulez donc pas comprendre qu'il est de certaines démarches que chacun , sans être méchant , peut mal juger... mal interpréter.., il en est même qui ont des apparences telles , que l'homme le plus indulgent ne peut quelquefois s'empêcher de les croire coupables.

FAN'NY'. Coupables !

RAYMOND , lui prenant la main. Cette

nuit au moment du coup de fusil , je

suis descendu , et j'ai vu...

F.ANNY', émue. Quoi donc, monsieur...

qu'avez-vous vu?

RAYMOND. Une jeime fille... conduisant par la main un jeune homme , et cherchant à le faire évader.

FANNY, à part. Oh ! mon Dieu .' s'il allait s'imaginer que c'était pour moi que

•M. Ernest... ah! mais je ne veux pas

je ne veux pas de cela... (Haut.) Monsieur- Raymond... il faut absolument que vous sachiez... ah ! oui, il le faut... {.^ part.) Ah ! que vais-je faire?... mais c'est le secret de Léonie.

RAYMOND. Parlez, parlez, mademoiselle... oh! je suis digne de cette marque d'estime... je la mérite au moins par mon affection désintéressée.

F.vxNY. Eh bien ! je. . . je réfléchis. . . j'ai eu tort... je n'ai pas le droit... je ne puis rien dire...

RAY'MOND. Il suffit.,, la confiance ne se commande pas.

FANNY, ('( part. Allons, le voilà persuadé maintenant... Oh ! je suis bien maliieureuse!.. [Haut.) Monsieur llaymond, vous me croyez coupable , je le vois... oh ! oui, je le vois... eh liien! non, je ne le suis pas... ce qui vous paraît nue faute n'est encore cpi'une inconséquence... oh! bien grave , puisqu'elle a pu vous faire douter de moi; mais...

Ain : Je vais revoir ina Nurinamlie.

.Si r^uclquc funeste apparence De mes amis glanait le cœur ,

IX MAGASIN THEATBAL.

Et me privait d'une indulgence Où i*a^ais placé mon bonlicur; A celle, enfin, qui vous implore , Si le soupçon fermait leurs bras...

Ailcudcz, attendez encore , jN'y croyez pas, n'y croyez pas.

n.WMOND, avec doute et émotion. 3IadeiiioiscUe... certainement... il me serait bien pénible... mais quand votis seriez justiliée à mes yeux.. . cela ne suffirait pas encore.

FA\NY. Comment... que dites-vous ?

RAYMOND. Une autre personne a été témoin...

F.4NNT. Une autre...

UAYMO\D. Oui; Annette... elle vient d'en faire le rapport à voire tante.

FAXX Y. Annette... matante... allons, toute la maison maintenant... {A part.) OIi ! mon Dieu ! et si on vient à découvrir où je l'ai caclié... c'est pour le coup... il ne faut pas qu'il y reste un seul instant de plus... (^Haul.) JMoiisieur Haymond.... {A part.) Pour cela je jiuis le lui dire , ça ne compromet que moi... (Wdu/.) Vous allez me gronder bien davantage. . . n'importe. . .

RAYMOND. Oh ! non, mademoiselle... à présent je ne vous gronderai plus... je vous plaindrai... dites.

FANNV. Apprenez donc que... (^Apercevant sa tiinlc.) Ma tante I... je reviendrai. (Elle fait un mouvement pour sortir.)

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SCÈ>E VII.

RAYTMOND, FANNY, MADAME DE PRANGEY.

MADAME DE PRANGEY. ReStCZ, Fannv..' Je suis bien aise de vous trouver là, monsieur Raymond... Yous n'êtes pas de trop pour ce que j'ai à dire à mademoiselle.

FANNY , à part. Quel air sévère ! (^Bas h Raymond.) Al\\ monsieur Raymond, vous aviez bien raison tout à l'heure.

MADAME DE PRANGEY , coiUimtant. Annette vient de m'apprcndre qu'hier au soir il y avait bleu réellement quelqu'un

FANNY'. Ah ! ma tante!.... sur une parole d'Annette...

MADAME DE PRANGEY. NouS avons lui autre téntoignage que le sien... et c'est làdessus que j'allais demander quelques éclaircissemens à M. Raymond.

ray:*!OND, passant entre Fanriy et iU°" de

Prangey* . Inutile, madame... car je n'aurais rien à répondre.

MADAME DE PRANGEY. Je m'y HtteUdais... Annette m'avait prévenue... il suffit, monsieur, je comprends... Par bonté, par commisération , vous vous croyez obligé de garder le silence... mais le fait n'en reste pas moins prouvé, et j'exige à l'instant de mademoiselle un aveu complet et sincère.

FANNY, a pari. Mou Dieu! je ne puis pourtant pas accuser Léonie pour me justifier... [Haut.) JMa tante, ne m'interrogez pas, je vous en prie... si je pouvais, croyez-le bien, je n'hésiterais pas à vous faire lire dans mon cœm... comme toujours.

MADAME DE PRANGEY. Ainsi, mademoiselle , vous refusez ?

FANNY , avec émotion. Oui , ma tante.

RAYMOND , bas. Réfléchissez , Fanny ; votre silence ne peut que vous nuire.

FANNY. Et lui aussi... qui veut que je parle... qui , si je me tais , va me mépriser... et ce jeune homme qu'on finira par trouver... que faire?...

SCEISE VIII.

Les MÎMES, LÉOME. "

LÉONIE, entrant. Fanny avec ma mère !

FANNY, has à Léonie. Ils savent tout.

{Mouvement dUcfjroi de Léunie.) IMais sois tranquille , je n'ai pas pronoiicé ton nom.

LÉONIE , vivement de même. Tu as bien fait... j'arran{;Lrai cela ])lus tard.

FANNY. Plus tard! oh ! tout de

suite , à l'instant.

.MADAME DE PR.ANGEY. Que venez-vous faire ici , Léonie ? retirez-vous... vous in-

tercéiieriez en vain pour votre cousine

vous n'obtiendriez pas son pardon.

FANNY. I\Ion pardon... mon pardon...

est-ce un pardon que je demande ?.. est-ce que j'en ai besoin?

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