ANSÉE. T
iiAVMOVD. C'est vrai , vous êtes mon maître, monsieur Desormes.
DESOK'ilES. Allons tlonc , je suis une m.izette, auprès rie vous, ollicier de fjénie distiiifjur... habitue aux eaiculs matliénialiques c'est que vous avez la tète ailleurs... peut-être ètes-vous amoureux?
HAYMOMl. JMoi!
DErtiJUMES. Quand cela serait il n'y
.lurait pas ;',rand mal. \ous me direz que je ne me suis pas marié, moi... c'est vrai; mais je suis venu in'établir ici , avec ma sœur, madame de Prangey, et mes nièces...
LE MAGASIN THEATRAL
eh bien , depuis que j'ai pris ce parti-là , je suis le plus heureux des hoiinues.
RAÏM0\D. Je le crois bien.
DESORMES. Parbleu I il eu serait de même pour vous dont les goûts sont casaniers jeu sais quelque chose, moi
depuis deux ans que vous êtes mon locataire , et que vous vous dévouez à faire de la politique ou quelques parties de dames avec le vieil ami de votre père.
RAYMOND. Je vous assure que je me dévoue d'un très-grand plaisir.
DESORMES. Eh Ijien! justement ; si vous
vous arrangez de mon tète-à-tête que
serait-ce donc de celui d'un jeune et frais visage?... et si la jeune personne avait reçu une bonne éducation...
RAYMO.\D. Oui , mon cher Desormes...
si l'on pouvait savoir d'abord ce qu'on
entend par une bonne éducation mais
celle qu'on donne aux jeune filles , le plus souvent ne change ni ne modifie leur caractère... elle l'etface...
DESORMES. Ahl ah! ceci m'a tout
l'air d'une épigramme contre ma nièce Léonie.
RAYMOND. Quelle mauvaise idée vous avez de moi.
DESORMES. Oui , oui. . je sais que Léonie , malgré sa retenue et sa modestie ,
vous semble affectée et un peu prude
vous ne lui pardonnez pas le pensionnat célèbre où elle a été élevée...( Jo«an/. ) Je suis à dame.
RAYMOND. C'est vrai.
DESORMES. Ah ! vous en convenez.
RAYMOND. Je conviens que vous êtes à dame... j'avouerai encore , si vous le voulez, que les soins d'une mère sont de beaucoup préférables à ceux de l'insliuiti-ice la plus disling^u'e.
DESORMES. Et moi , je soutiens qu'une femme qui a consacré sa vie à l'éducation doit s'entendre beaucoup mieux qu'une autre...
RAYMOND , l'interrompant. A faire disparaître sous un vernis luiiforme tous les défauts , et même les qualités.
Aia (/u Piège,
Voyc7. cel essaim de bi-autt's, Dont le regard plein de srii;cssc, Soudain à vos yeux enchantes Se baisse avec tant de vitesse...
Jamais dans aucun régiment La consign.-' n'eût tant île cli.irmes ; Là tout suurit, rougit, cnm|.rcnd , Comme au signal de : Portez anitcs.
DESORMES. Ehl qu'importe si le régiment remplit bien ses devoirs.
RAYMOND. Tout ce que vous voudrez...
pour ma jiart , je redouterai toujours moins un défaut bien visible que la plus légère imperfection cachée.
DESORMES. Et poutant mon autre nièce, cette étourdie de Fanny qui vous laisse voir tous ses défauts en cinq minutes, vous plaît encore moins que sa cousine.
RAYMOND, ricement. Qui vous a dit cela?... 3IademoiseLle Fanny certainement mérite bien que...
DESORMES. Oui, oui , mérita bien qu'oD trouve jolie sa petite mine esprejjle... mais c'est tout... (Jouant.) Ahl je vous souffle.
RAYMOND, se remettant viiternent it son jeu, et poussant une darne . Oh!...
DESORMES. Comme cela, j'en prends deiLX... vous n'y êtes plus du tout, mon ami.
RAYiiOND. C'est que vous me supposez des idées si bizarres...
DESORMES. Ah! je donnerais bien des choses pour que Fanny eût été élevée connue Léonie... elle est d'une légèreté, d'une inconséquence... pauvre petite! ce n'est pas sa faute... élevée au fond d'une campagne, par sa bonne femme de mère qui n'avait d'autre mérite que de rendre son mari heureux...
RAYMOND. Eh! mais, c'est bien déjà ciuelque chose.
DESORMES. Je ne dis pas non. . . mais enfin entre ses mains sa fille est restée telle que la nature l'a faite.
RAYMOND, rii'ement. Et c'est très-bien.
DESORMES , arrêtant le bras de Raymond. jSon...
RAYMOND. Comment, non?
DESORMES. Non je veux dire que
vous jouez ma daine au lieu de la vôtre... Tandis que Léonie, avec sa forluiie , son ('■dttcalioii...
RAYMOND. Je ne trouve pas que mademoiselle Fanny ait rien à lui envier.
DESORMES. Allons, VOUS n'êtes pas franc... vous croyez que je cherche à marier mes nièces , et comme vous ne voulez ni l'une ni l'autre... vous faites semblant de voir des défauts à celle qui vous conviendrait , et de trouver parfaite celle qu'on ne peut vous offrir.
RAYMOND. Je vous assure , Desonnes , que vous ne m'avez jamais plus mal compris , et je voudrais être assez heureux ])our que mademoiselle Fanny...
"DESORMES, Hall! bah!... vous la reprenez toujours , et la grondez sans cesse.
RAYMOND. Cela prouverait-il qu'elle ne m'intéresse pas?
DESORMES. Laissez donc.