La fille maudite
Jeonesse, beauté, intelligenee, fortune, distinction, amabilité, grâce exquise, la comtesse de Bussières avait itmi pour elle. La nature s'était montrée. prodigue en sa faTCNir €ti loi accordant ses dons les pîhs précieux. Il semblail qu'elle fut née pour connaître toutes les joies, sans qu'un seul instant le bonheur put s'éloigner d'elle^
Mais nul ici-bas n'est exempt des durea^preuves déP la vie, et, souvent, c^ont ceux qui paraissent les mieuilf favorisés quelle mameur frappe plus cruellement. Si le
"^tème des compensations n'était pas presque toujours une absurdité, nous croirions volontiers qu'une loi suprême a décidé que les favorisés expieraient les avantages qu'ils ont sur les autres.
L'Idée que nous nous sommes faite de Dieu est inséparable de l'iilée (fe justice ; mais quand nous voyons^ IL l
femme, ce qui n'eût été qae demi-mal, si celle-ci; profi* tant adroitement de sa faiblesse, n'en avait faitresclava docile de sa volonté et de ses caprices. Or, on sait ce que sont les caprices d'une mondaine et les résultats funestes qu'ils ont souvent.
Valentine, qui avait eu d'abord des maîtres dans la maison, fut placée dans un pensionnat, parce que M"^ la baronne le voulut.
Une petite fille est quelquefois gênante. On trouve^ agréable de s'en débarrasser.
•^ Valentine ne s'en plaignit pas; elle eut au pensionnai ce que son cœur désireiit,' .-ce qui lui manquait absoliif ment chez son tuteur : de l'air, du mouvement, des amitiés, de Tafiection.
La vie du pensionnat a cela de charmant, de bon, que les abandonnés s'y fonl vite une famille. A la jeOf nesse, il faut le rire , un échange continuel de pensées^ des voix qui s'encouragent, des bras qui s'enlacent, des cœurs qui s'épanchent.
M"*<l'Arfeuille rencontra tout cela dans une de ces douc«>s amitiés, dont le souvenir ne s'efface jamais, qnt rappellent plus tard les premiers ravissements de la vie et qui gardent dans le cœur comme un parfum de la jeunesse.
M'^ Julie de Luranne, l'amie de Valentine, était la fille d'un magistrat. Elle avait un frère qui se destinait à la magistrature, dont M. de Luranne père était un des membres distingués et honorés.
Julie de Luranne adorait sou frère, ce qui est bien naturel, et parlait continuellement de lui avec une passion et un enthousiasme qui trouvèrent facilement un écho dans le'cœur de M"* d'Arfeuille.
Un jour, Julie montra à sa jeune amie une charmante miniature, en lui disant :
lA FILLB MAUDITB «
^ Coamênt tittaws^lQ oe portrait 7
— Très-bien.
— C'est rooD fk^ère. N*esi-ee pas qu'il est beau, mou teeieiiT
— Mais oui, il te ressemble, répoudit Yalentioo. Elle n'a Tait pas encore quioxe ans.
Gepi^dant, à partir de ce jour, chaque lois ({u'on parla de Loeten et ip on regarda In miniature, secrètement, pendant les récréations, Valentine éprouva une émotion, une sensation de plaisir dont, certainement, elle ne •ongeait pas à se rendre compte.
L'éelosîon du premier amour se fait toujours mystérieusement. '
La première fois qu'elle vit le frère de son amie, ce fnt à la campagne, chez M. de Luranne, pendant les vacantfes.
Bile avait seize ans. Lucien venait d'être reçu docteur en droit à vingt-trois ans.
Les causeries intimes, les promenades dans les champs, sur les sentiers fleuris, le long des haies, achevèrent l'œuvre ébauchée par Julie. Valentine et Lucien s'ai mèrent, sans que M. de Luranne se doutât de rien, car connaissant la fortune de la belle héritière, il se serait ÉMt un devoir d'intervenir immédiatement et de s'opposer à une intrigue amoureuse qu'il eût considérée, toute platonique qu'elle fût , comme un manquement à l'honneur.
Gerti;s, M^^ de Luranne avait agi sans réflexion et sans même songer que la fortune de Valentine pouvait s'élrver entre elle et son frère comme une barrière infranchissable.
Elle aimait Lucien, elle aimait Valentine ; elle désirait ardemment que la jeune fllle devint sa sœur. C'était son idée, elle ne voyait pas autre chose.
6 LA FILLB MAUDirB
Les jeunes gens se revirent fréquemment chez M. de Luranne, chez le harou de Bierle et même an pensionnat où Lucien se rendait souvent sous le prétexte de visiter sa sœar. Enfm, il y eut des lettres échangées. C'était plus grave encore. Deux années s'écoulèrent ainsi.
En attendant le jour où il pourrait parler à son père de son amour pour M*'* d'Arfeuille, Lucien s'était fait inscrire sur le tableau des avocats do barreau de Paris.
Valentine avait dix-huit ans. Elle quitta le pensionnat '* \o\XT revenir défini livemoot chez son tuteur, où elle était à peine connue des intimes de la baronne.
Parmi ceux-ci se trouvait le jeune comte de Bussières, qui avait aux yeux de M""* de Bierle, entre autres avantages, celui d'être immensément riche. Elle avait jeté les yeux sur lui pour sa fille, qui touchait à sa vingtquatrième année, et que la maigreur de sa dot rendait fort difficile ù caser.
M"' Laure était, il faut le dire, une très-belle personne ; malheureusement, elle avait le tort de ressembler beaucoup trop  madame sa mère, dont les défauts de l'esprit remplaçaient les qualités du cœur. Non moins intelligente que la baronne, Laure comprit que le comte était le mari qu'il lui fallait et elle joua son i^le en conséquence. Mais comme, en dehors do sa fortune et de son titre, le jeune homme possé«lait des agréments physiques très-appréciables, elle s'ollrit en même temps de luxe de deux passions : l'ambition et l'amour. En convoitant le titre de comtesse, elle s'éprit follement da jeune comte.
Celui-ci, ci^olé par la mère, fasciné par les tendres regards do la séduisante demoiselle, se laissait doncemont enlacer dans les mailles serrées d'une séduction
LA PILLI lUUDITB
bien dirigée et risquait fort de se brûler à la flamme de deux beanx yeaz.
La baronne en était aux premières escarmouches qui devaient provoquer une demande en mariage, lorsque M"* d*ArfeuiUe vint reprendre dans la maison de son tuteur la place qui lui appartenait.
Aossitât la situation changea. Le comte, qui résistait depuis un an aux savantes attaques portées contre lui, ftit vaincu du premier coup. Ce que n'avaient pu faire les grands yeux noirs pleins de provocations encourageantes de la belle L^ure, fut le triomphe d'un regard timide et voilé des doux yeux bleus de lu blonde V^|^. lentine.
Dès le premier jour, Laure avait senti le démon de la jalousie pénétrer dans son cœur. Elle essaya de lutter afin de remporter sur sa rivale inconsciente, mais elle s'aperçut bientôt qu'elle n'avait plus rien à espérer.
Alors, ce fut la haine, une haiue sourde, cachée, implacable, qui s'empara de louX son être.
Quelque temps après, le comte de Bussières demanda la main de Valentine à son tuteur. C'était prévu. Laure eut la force de comprimer dans son cœur déchiré et saignant sa fureur et sa rage. Cependant M"* d'Arfeuille ayant répondu à son oncle ([u'elle ne voulait pas se marier, Laure voulut se rattacher à l'espoir. L'illusion est si facile! Malheureusement, c'était un amour profond, ardent, nous pouvons même dire une passion que Valentine avait inspirée au comte de Bussières. Laure ne tarda pas à comprendre qu'elle devait renoncer à ses rêves ambitieux et que le comte était à jamais perdu pour elle.
14 flU£ âUUDCrE
LES DUBLBS NOIRS
Uo jour, Lucien de Luranne parla à son père de son amour pour M"* d'Arfeuille.
— Voilà une grande folie, dit le digne magistrat ; ne sais-tu pas que M"' Valeutine d'Arfeuille est une des pins riches héritières de France ?
— Je le sais, mon père, répondit le jeune homme; mais M"* Yalentine m'aime.
— Comment le sais-tu ?
— Elle me l'a dit.
Le magistrat eut un haut-le-corps et regarda fixement son ûls dans les yeux.
— Lucien, reprit- il d'un ton grave, uurais-lu eu l'audace de profiter des relations d'amilié qui existent entre cotte jeuue fille et ta sœur et des circonstances qui t'ont permis de la voir chez ton père, pour lui parler d'amour?
Le jeune homme rougit et baissa les yeux.
— Si tu as fait cela, continua le rigide magistral, ta as commis une mauvaise action.
Lucien tressaillit.
— Oui, une maavaise action, je le répèle ; c'est sur ma demande, pour m'èlre agréable et faire plaisir à ta sœur, que le baron de Bierle a consenti à laisser venir sa nièce cliez moi. Il me la confiait. Lucien, je sais retpousable de ce qui s'est passé dans ma maison. Or, la
ronfiance de M. Ue Bierle a été trahie, et tu as fait de ton père lu complice d*ttne mnlhonnèteté, d'un acte odieux que je désapprouve, que je blÀme, que je flétrisl...
— Oii I mon père ! murmura \e jeune homme.
— Maintenant, qne sVst-il passé? Je veux tout savoir, parie.
Le jeune homme ne lui cacha rien.
M. de Luranne était atterré. Sa conscience d'Iionnête hoicme lui montrait cette aventure beaucoup plus grave qu'elle ne Tétait réellement ; elle pcenait à ses yeux des proportiocs énormes.
Il fit appeler sa fille et lui reprocha sévèrement sa conduite, en lui niiontrant le vilain côté du rôle qu'elle avait joué dans cett«: déplorable affaire.
Julie pleura à chaules larmes. Elle n'eut pas de petoe, d'aHleurs, à prouver à son père qu'elle avait agi tnVinnocemment et par un entraînement irrésistible de 800 cceiir.
C'était quelque chose peur le magistrat de constater que la conduite de ses enfants ne s'était point basée sur un calcul misérable ; une pensée vénale eût fait un crime de ce qui n'était qu'une malheureuse légèreté.
Mais le mal fait, il était urgent de le réparer.
— Je place mon honneur, qui est le vôtre, dit M. de Luranne à ses enfants, au-dessus de toutes les considérations; vous avez agi l'un et Tautro sans réflexion, sans voir sur quelle pente dangereuse vous vous engagiez ; je ne doute pas de la pureté de vos intentions, mais elles peuvent être suspectées par d'autres ; voilà ce qni ne doit pan être ; je n'admets pas que nous puissions seulement être soupçonnés.
■ La grande fortune de M"* d'Arfeuille, Lucien, anrait
10 LA PILLB MAUDITE
dû le préserver de Taimer et, dans tous les cas, t'empècher d*éiever ta pensée jusqu'à elle. Tu Tas aimée, tu le lui as dit, tu as troublé le cœar de cette jeune fille ; voilà en quoi tu as mal agi, voilà pourquoi tu es conpable. Quoi I on pourrait t*accuser, accuser ta sœur et moi-même d'un manège honteux, d*un calcul infâme, d'une séduction, d'une captalion !... Jamais I A cette seule pensée^ mon àme se révolte, ma chair frissonne et tout mon sang bout dans mes veines!...
Si le baron de Bierle était instruit de ceci, que penserait-il de moi, de nous tous? N'aurait-il pas le droit de me demander un compte sévère du bonheur de sa nièce? Je sais bien que je pourrais lui répondre : Vous me l'avez confiée, c'est vrai ; nous avons été aveugles et imprévoyants autant l'un que l'autre. Mais cela n'adoucirait pas l'amertume des reproches que me fait ma conscience. Ah ! tout cela est grave et doaloureux !
Me comprends- tu, Lucien ? continua-t-il. Es-tu bien pénétré du sentiment de délicatesse et d'honneur qui me fait te parler ainsi ?
Le jeune homme répondit par un mouvement de tète.
Il était consterné.
— Tu n'as qu'un moyen de réparer dignement ta faute, reprit le père, c'est de ne plus revoir M"» d'Arfeuille, c'est de cesser de penser à elle.
Lucien laissa échapper un gémissement.
— Ton amour est insensé, sans espoir... Je connais assez le baron d«» IMerle pour être sûr d'avance qu'il te refuserait nettement la main de sa pupille, l'unique héritière des d'Arfeuille. Tu as du mérite, du talent, ta auras peut-être un avenir plus brillant que le mien ; mn's Actuellement, mon ami, lu n'es rien encore qu'un
LA PILLK IfAUDITB tl
aToeat tr^-okMcar ; oe n*est pas saffisant pour te donner la hardiesse de prétendre à la main de M"* Vajentine. CroitHnoi, consuUe ta raison, regarde mit'ux dans la vie réelle et ta reconnaîtras que tu as caressé une chimère, que ta t'es bercé dans un n'^ve.
Enfin, renonce à l'espoir d'épouser M^^ d'Arfeuille : pour elle, pour toi, il le faut.
— Mais elle, mon père, mais elle I s'écria Lucien.
— Elle se mariera. 11 y a quelques jours, elle a été demandée en mariage par le comte de Bussières, dont la fortune est, dit-on, supérieure à la sienne.
Lucien laissa tomber sa lète d^ns ses mains et sangloU.
— Le malheureux, comme il Taime! murmura M. de Laranne.
Huit jours plus tard, Lucien, nommé substitut dans uu<i petite ville du Mi< i, se reudail à suu poste.
Valentine, ne voyant plus son amie de pension et s*étonnant de ne plus euten Ire parler de Lucien, trouva *!e moyen, sous le prétexte «l'une visite, de se faire conduire par son tuteur chez M. de Luranne. Alors elle apprit le départ du jeune Ii>mme. Elle eut avec Julie une longue conversation où elle essaya de pénétrer la yéritable cause de ce départ qu'on avait tenu à lui cacher. M"* de Luranne, docile aux instructions qu'elle avait reçues de son père, lui dit que Lucien devait songer à se créer ane position, et qu'une place de substitut lui «;yant été offerte, il s'était empressé de l'accepter. Elle trouva aussi le moyen de lui faife comprendre que leurs causeries intimes d'tutrefois et sa petite histoire amoureuse «levaient être considérées par elle comme un agréable pa*s«-temps de [»ensionnaires.
Valentine quitta sou amie désolée, désenchantée, mais non guérie de l'amour qu'elle avait an coear.
IS Là «FUiLB MAUDITS
Julie, croyaut lui reodre service et racliator ea tenu ' rif; M. de Luraoue appelait uDe légèreté coopal>. - il crueliemeot blessée.
Quoi ! OD s'était permis déjouer avec son cœur comme aftc un hochet ! On avait fait de ses pensées, de set confident^, de ses sentiments, d'elle tout entière, des amusements de pensionnaires I... Elle trouvait cela épouvantable, monstrueux. Il y avait de quoi prendre la vie en dégc^At, le monde en horreur.
Elle pleura et fit d'amères réflexions.
Cependant, pressée par M. de Bierle qui, sa aeotant vieillir, tenait absolument à la marier, n'ayant près d'elle personne sur «jui elle put s'appuyer, gênée et sans joie daoseelte maison qu'elle avait enrichie, ayant dans rAae la douleur profonde de sa première illusion détruite, elle consentit à épouser le comte Adolphe de Bussières.
Le comte était grand, bien fait, distingué, agoéable de figure, et possédait, nous l'avons dit, d'excellentes qualités. Son plus grand défaut était d'être un peu trop sérieux pour son âge.
'Yalentine éprouvait pour lui de la sympathie et elle s'était dit :
— Je l'aimerai.
Cola devait venir avec l'oubli du passé et à mesure que le souvenir Uo Lucien se serait effacé de sou cœur. La plaie était eucore vive, il fallait attendre la guérison. Si uu second amour est généralement plus durable que le premier, il meti^ussi plus de temps ù naître et à s'épanouir.
Malheureusement, le comte ne comprit point le doux devoir qu'il avait à remplir. Il ne sut ri»m fairo pour aider À la guérison. 11 s'apen^ut cependant que le cœur de la jeaoe femme ne lui ap|»uj'tenait point ; ce fut pocur
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lui un i^Étonae ohagrin ; mais, au lieu k\v. mcltro loul eu œuvre pour l6 oooquérir à force de prévcu^nces, de sollicitude ut de teudretse, il eut peur, uiui.Ht'inuiit, du fMiiAoïe du passé. 11 derint moreae, soup<;oiiiieux, ombrageas, jaloux.
N'oaaut poiut aborder franchemeot, hard^nent la situation, il se renferma en lui-même, et, manquant de cooÛanee, il se laissa aiguillonner par les diables nuirs. Le sourire disparut totalement de ses livres, il devint plus sérieux encoie, presque sévère, et son caractère s'aii^t. Un mot, un mouvemeut, un regard de la comtesai;;, il l'interprétait et le commentait à sa manière. 11 la soumit à une surveillance oQeosante pour sa dignité; ees moindres autions fure ni contrôlées ; c'est à peine s'il lui laissa la liberté de penser. Sans le vouloir, sans le savoir, sans doute, il devint un tyran conjugal. Enfin il s'arrangea si bien, ou plutôt si mal que, au lieu d'attirer sa femme à lui, il l'éloigna, la repoussa.
Onze mois après le mariage, la comtesse mit au monde un ûls.
Cet heureux événement transporta le comte au septième ciel. On put croire un instant que ses diables noir« s'étaient envolés à tire d'ailes. 11 se fît en lui, eu effet, un changement considérable ; mais la comtesse n'eut pas lieu de s'en féliciter. Il ne ht plus attention à elle.
Pris d'un amour i>aternel étrange, étonnant, pour ne pas dire invraisemblable, il n'eut plus qu'une pensée : son fils. Ses attentions, ses soins, ses paroles, ses regards étaient uniquement |K>ur son hls ; il ne voyait plus que lui, ne conncûssail plus que lui. En dehors de son fils il n'y avait rien, son fils était tout ; il eu fit son Dieu, il se fit son esclave.
Pour se consoler, sans doute, de ses chaf^rins imagi-
naire», il passait les joare et soaveDt les naits en cootemplatJDD devant le berceaa de Tenfant.
Certes, on a vo des pères chérir leurs fils et se montrer souvent d'une faiblesse regrettable pour eux ; mais, janais peot^^tre on n'avait eu l'exemple d'une tendresse aussi exoepive que celle de M. de Bussières. Ordinairement on la^ le fils à sa mère au moins jusqu'à Tàge de cinq ou six ans ; le comte s'empara du sien dès le premier jour de sa naissance et ne le quitta plus. Cette passion inouïe du père pour l'enfant sautait aux yeux et était pour tout le monde un sujet d'étonnement.
Les intimes du comte disaient en souriant, en parlant de son afiection pour sou fils :
— Dans son bonheur il y a un regret, c'est de ne pouvoir remplir auprès de son enfant tous les devoirs de la maternité.
Yalentine avait témoigné le désir de nourrir eUe-mème son fils ; le comte prétendit qu'elle était trop délicate et prit une nourrice. La mère se trouva ainsi séparée de son enfant, qu'elle ne voyait presque jamais. C'était comme une grâce «pie lui accordait son mari lorsqu'il permettait à la nourrice de lui amener son fils.
11 semblait que le comte voulût être seul à l'aimer. De fait, il était jaloux des caresses que la mère lui prodiguait parfois. Si elle le prenait dans ses bras :
— l*renez garde, s'écriait-il, vous allez le blesser! Et il le lui enlevait pour le rendre à la nourrice. Elle finit par ne plus oser l'embrasser.
Elle avait espéfé trouver un refuge dans l'amour maternel, elle fut obligée de renfermer celui-ci comme l'autre «lans son cœur et de se faire une vie à part, contrainte, sans expansion, qui l'eût conduite à une apathie physi((ue et morale complète, si elle n'eût pas eu |K>ur la secouer le tourment de ses McrèteB
Noos ne <)iruu5 pas les amerlames dont son àme éUil abreuTée.
Son mari «^éloignaii d elle, il lui prenait sou en faut, tout lui manquait. Elle devint plus libre. Atteinte dans sa dignité, fmissée dans ses sentiments, elle voulut éeliapper à la torpeur qui s'emparait d'elle. lentement; elle chercha des distractions au dehors. Les avances les plus gracieuses lui furent faites, et si elle eût eu le goût des plaisirs frivoles, elle fût devenue facilement une reine des iètes mondai nés.