‹ La filleule (volume 3)Chapitre 7 sur 7 · SS LA riLLr.CLE · texte numérisé non relu

SS LA riLLr.CLE

Je ne sais plus s'il est vieux comme je me l'étais imaginé à son arrivée ; je crois que c'est parce que je m'étais fait de lui une autre idée que je l'ai trouvé ainsi. Aujourd'hui, il m'a semblé jeune, ou tout au moins si beau, qu'il n'a pas besoin de jeunesse. "Non, je me trompe encore, il n'est pas beau. 11 a une physionomie si expressive , si distinguée , si agréable , qu'il n'a pas plus besoin de beauté que de fraîcheur. Il a beaucoup gagné , d'ailleurs, depuis le peu de jours qu'il est ici. Son teint s'est éclairci, reposé ; son regard a pris un,e expression plus douce.

Un peu plus de toilette aussi a rajeuni sa tournure. Oui, il a tout à fait l'air d'un

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jeune honiine quand il rit : et quelles dents de perles ! Ses yeux sont alors comme ceux d'un enfant ; mais s'il devient sévère, s'il blâme mes idées, s'il raille mes fantaisies, il est vieux, bien vieux! Il me fait peur; mais je ne sais pourquoi je l'aime encore plus après qu'il m'a grondée.

26 septembre.

Puisqu'il le veut, je monterai à cheval moins souvent et je prendrai mon plaisir avec plus de tranquillité. C'est vrai que je suis une nature immodérée ! comme il a deviné cela, tout de suite ! et rnamita,

qui ne s'en doutait pas! Vraiment, je crois que s'il ne me chérit pas comme elle, du moins il fait plus d'attention à moi. Il faut donc que je sois calme et patiente. Allons, j'en aurai l'air, dussé-je en mourir !

Il a enfin joué et improvisé ce soir.

Oh ! quel talent, quelle àme, quel charme ! Voilà la seule de ses grandes facultés que je sois un peu capable de comprendre, moi! Pour le reste, j'admire sur parole. Mais la musique, c'est une chose que je sens, que je possède dans

mon cœur, comme lui, quoiqu'il en dise, et quoique je ne la possède pas encore dans ma tête, comme Schi-vartz. Non, non, je ne l'ai pas seulement au bout des doigts, comme ils le prétendent, cet art divin ! Mon cher Stéphen l'a fait passer aujourd'hui dans tout mon être. J'étais émue, brisée, j'avais envie de pleurer, je tremblais. Il n'a pas daigné voir cela, lui, mais mamita s'en est bien aperçue. Elle m'a embrassée en disant : Eh bien ! tu vois qu'il vaut mieux posséder un don comme celui-là, qui fait tant de bien aux autres, que d'être habile à sauter les fossés pour leur faire peur? Elle a bien raison, mamila ! Et puis, elle sait que tout

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me sera possible si mon parrain s'en mêle un peu, et elle attire toujours son attention sur moi ; mais ce n'est pas facile : on dirait qu'il ne veut m'en accorder qu'à ses moments perdus.

11 m'a fait beaucoup de peine aujourd'hui. Il est venu à quatre heures, comme tous les jours, et je me suis trouvée .^ seule au salon lorsqu'il y est entré. J'étudiais mon piano, je me suis levée bien vite pour ne pas l'ennuyer. Il m'a dit de continuer et a pris le journal. Je l'ai supphé de ne pas m'entendre.

— Oh ! parbleu ! sois tranquille, a-l-il répondu, je ne t'entends pas !

J'ai trouvé cela bien cruel, je le lui ai dit avec des larmes dans les yeux. Il m'a regardée alors d'un air si étonné, si froid, si sévère, que j'ai failli m'évanouir.

— Vous ne m'aimez pas du tout ! me suis-je écriée.

— Allons, a-t-il répondu, je vois bien que tu es folle.

Et il a repris son chapeau, il est sorti

sans me donner la moindre assurance d'affection. Oh ! i! est étrange, mon parrain ! Il a les caprices d'un homme qui sent tout le monde au-dessous de lui.

C'est un orgueilleux!... ou bien je lui déplais particulièrement. Il me trouve laide. C'est donc que je le suis. Si j'en étais sûre, je me tuerais !

FIN DU SECONl) VOLUME-

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